‹ Nouveaux éléments de pathologie généraleChapitre 56 sur 102 · I. — Nutrition incomplète. Métamorphose régressive · texte numérisé non relu

I. — Nutrition incomplète. Métamorphose régressive

(Atrophie, infiltration et dégénération.)

(Voyez les ouvrages de pathologie et d'anatomie générales, et plus bas pour kl littérature spéciale.)

Les métamorphoses régressives entraînent , à un degré variable, une diminution dans la nutrition et dans le fonctionnement des parties malades, en morne temps que Ton observe dans les tissus les modifications suivantes :

a. Ils diminuent simplement : leurs éléments deviennent plus petits et moins nombreux, leurs principes constituants chimiques ne s'altèrent pas, ils sont seulement diminués ; c'est Y atrophie simple, quantitative. On peut aussi distinguer V atrophie simple des éléments, c'est-à-dire leur rapetissement, leur amaigrissement, de l'atrophie numérique dans laquelle une partie de ceux-ci disparaissent totalement et pour toujours (atrophie nécrobiotique). Toutefois, dans la pratique, on trouve simultanément et successivement les deux genres d'atrophie, souvent aussi combinés avec des dégénérescences quelconques.

/;. Ils s'infiltrent d'une substance étrangère qui s'y dépose et qui provient du sang (chaux, pigment, graisse, substance amyloïde) ; il en résulte, soit une perte de la fonction, soit, en outre, une altération de la forme, soit enfin une destruction complète des tissus — infiltration.

c. Ils subissent une transformation complète dans leur forme et leur substance, ainsi l'albumine se change en graisse, en mucus, etc. : atrophie qualitative, dégénérescence.

Cette division toutefois ne peut être nettement établie.

Certains genres d'atrophie, atteignant certaines parties du corps ou l'organisme tout entier, ont reçu jadis des noms particuliers qu'on leur donne parfois encore aujourd'hui. Ainsi on distingue l'amaigrissement simple — maries, cmaciatio, marcor,— qui est la disparition de la graisse, de l'amaigrissement des muscles — tabès; certains auteurs ont donné le nom de tabès à l'amaigrissement résultant d'une affection nerveuse. Jadis on désignait sous les noms de phthisie, consomption, l'atrophie duc à la suppuration cl aux processus fébriles; tandis qu'aujourd'hui ces expressions se rapportent habituellement à l'atrophie qui se produit dans le cours de la tuberculisation pulmonaire; le terme dlicetisie s'appliquait à l'amaigrissement par des perles d'humeurs, par la diarrhée, les flux de sang, etc. On se sert du mot marasme pour désigner l'état de nutrition incomplète et durable qui s'observe chez les vieillards on bien dans les cas de mauvaise alimentation. L'appellation de cachexie est habituellement usitée pour indiquer une diminution prolongée de la nutrition chez déjeunas individus. — Actuellement toutes ces expressions sont employées presque indifféremment pour désigner l'atrophie consécutive aux maladies.

Avant que de connaître les altérations histologiques, on divisait les atrophies en indurations et ramollissements. On comprenait aussi parmi les indurations, un certain nombre de processus d'hypertrophie et de néoplasie, surtout du tissu cellulaire. — Le mot ramollissement a une signification tout aussi variable. De même que l'induration, il se produit dans certains cas où il n'est pas possible

d'admettre de l'atrophie ; aitisi les parties œdématiées détiennent plus molles, et dans l'amaigrissement général, on trouve une espèce de ramollissement du tissu graisseux qui n'est en réalité qu'une métamorphose en tissu muqueux ; dans l'inflammation on observe fréquemment aussi une dégénérescence du tissu conjonctif en tissu muqueux. Dans d'autres cas, le ramollissement est la conséquence de la putréfaction; tel est le ramollissement de l'estomac. Le ramollissement des os peut prendre sa source dans diverses causes : parfois il est le résultat d'une production médullaire, analogue à celle qui se fait à l'état normal : la substance corticale de l'os détient alors plus mince, le canal médullaire plus large, et il se forme dans l'os des cavités remplies de granulations et de tissu graisseux ; quelquefois il est dû au développement de nombreux vaisseaux de nouvelle formation (malade vasculaire de Volkmann) ; enfin, il peut être la suite de la résorption des sels calcaires (forme haiitierétique de la malade). Le rachitisme que Ton avait également considéré comme étant un ramollissement des os , consiste essentiellement en un ralentissement do l'ossification normale dans les os en voie de développement.

L'influence exercée par l'atrophie est locale ou générale. L'action locale consiste ordinairement dans la diminution, parfois dans la suppression complète des fonctions de la partie. Elle est par conséquent en rapport avec le genre et le degré d'atrophie, mais surtout avec l'importance des parties atteintes.

L'influence de l'atrophie est surtout profonde quand elle atteint des parties qui jouent le rôle de tissus producteurs pour d'autres tissus, spécialement lorsque ceux-ci ne sont que peu ou point développés. C'est dans ce cas que se produisent les vices de conformation congénitaux et les arrêts de développement (dont nous n'avons pas «à nous occuper ici). Mais dans la vie extra-utérine, avant que la croissance ne soit achevée, spécialement dans les os , cette cause produit encore des effets qui sont relativement plus prononcés qu'après la plénitude du développement. C'est ainsi que chez les jeunes individus, l'accroissement en longueur des os est enrayé par les affections des disques cartilagineux épiphysaires, surtout par la suppuration de ces disques ou par leur ossification prématurée consécutive à l'ostéomyélite, à la carie et à la nécrose des extrémités articulaires, etc. ; il lest encore par les résections articulaires comprenant le disque cartilagineux, par la rétraction des os du crâne , du bassin et du rachis à la suite d'une inflammation suppurative ou ossifiante. Il en est de même pour les divers vices de conformation du crâne et du bassin, etc.

Les atrophies exercent donc constamment une influence locale défavorable sur les tissus préexistants, sauf dans les cas de régression normale (thymus, utérus puerpéral, etc.). Cette influence est au contraire favorable quand elle se produit sur des néoplasmes, spécialement ceux de composition essentiellement cellulaire, tels que le

l'OLE ET WAGXER. — |*ATU. GtS« 10

of

pus, le tubercule, le cancer : ces derniers peuvent ainsi diminuer dt volume et même disparaître complètement.

L'action fjrncvale des atrophies est en rapport avec le genre, le depré et l'extension de celles-ci, avec l'importance de l'organe atteint et enfin avec lu facilité avec laquelle les tissus détruits se reproduisent et les fonctions perdues sont compensées. On ne peut a cet égaul fournir aucune donnée générale.

L'atrophie s'observe soit isolément, soit en même temps que de* troubles nutritifs ou circulatoires, spécialement l'inflammation. Lo métamorphoses régressives ont avec les troubles circulatoires des rapports variables, mais toujours dune grande importance, et desqueb dépend souvent leur signification locale et générale. Certaines atrophies sont la vousct/iience de troubles circulatoires ; telles sont l'atr plue simple et lu dégénérescence graisseuse consécutives à l'anémi qui résulte de la thrombose on de l'embolie, par exemple dans 1 cerveau et les reins ; lu métamorphose pigmentuire qui succède souvent à rhyperémie et à l'hémorrhagie. Parfois, au contrains c'est l'atr.plue qui occasionne des troubles circulatoires ; ainsi la métamorphose graisseuse ou lardacée entraîne régulièrement l'anémie à ni suite. Dans d'autres cas enfin, l'atrophie est le point de départ de processus divers : dans l'arthrite déformante (malum senile) il se produit d'abord une atrophie du cartilage articulaire , puis (à la suite de la presMon anormale, etc.) de l'inflammation dans la syno\iale et dans les os sous-jaeents, des épaississements et des végétation:» dans la séreuse, de l'hvpertrophie dans les os, etc. — C'est aux extrémités inférieures que ces phénomènes sont le plus marque>, parce (pie les conditions mécaniques décompression s'y rencontrent plus fréquentes et plu- eilicaces.

En général, l'atrophie résulte de ce que les ti-sus se régénèrent incomplètement ou ne se régénèrent pas, ou bien encore de ce que lu régression surpaie la reproduction.

Les atrophies si4 divisent ordinairement en actives et en passive*.

Lo> causes de l'atrophie pa»i\e sont les suivantes :

1° La prcssh'H cxtcriciuw agissant sur la partie tout entière, sur les vaisseaux ou >ur les nerfs i\oy. plu< bas), soit qu'elle provienne du dehors, >oit qu'elle prenne >vi source dans une dégénérescence ou des néoplasmes. On eu trouve dis exemples dans toutes les parties du corps, tant dans le> uruune* internes «pie dans les organes externes : nous citerons les petits pieds des Chinoises et 1« crâne déformé de cet taiu> peuple*. L'atrophie osseuse est surtout

digne de remarque ; ainsi celle de la colonne vertébrale produite par des anévrysmes, celle de la voûte crânienne par les glandes de Pacchioni , celle des extrémités articulaires dans les luxations et les contractures. A la peau nous observons souvent cette atrophie sur des veines variqueuses, etc.

C'est à la pression que subissent les vaisseaux des surfaces articulaires dans les articulations en aclivité qu'il faut attribuer la disparition de ces vaisseaux pendant le cours du développement (Toynbee, Philos, transact., 4841, I, p. 159). Ces vaisseaux se rétractent quand l'enfant commence à se servir de ses articulations auxquelles il fait subir ainsi une compression, et à l'^ge adulte on ne les retrouve que dans le rebord du cartilage articulaire. Us se reproduisent sous l'influence de divers processus morbides.

2° Le défaut de nourriture en général ou l'afflux moindre des matériaux de nutrition ; cette cause peut être générale ou locale. Dans le premier cas, elle peut être en dehors de l'organisme (pauvreté, disette), ou bien résider dans des altérations du corps lui-même (sténose des organes digestifs supérieurs , refus des aliments chez les aliénés, etc.). Nous trouvons des exemples de diminution dans l'apport local des matériaux de nutrition, dans toutes les anémies ; dans l'hyperémie veineuse si le sang ne peut pas arriver en quantité suffisante ; dans les hémorrhagies et les hydropisies qui compriment les tissus et y produisent l'anémie.

5° Les troubles de la digestion qui agissent d'une façon analogue ; ainsi dans la plupart des affections fébriles; dans un grand nombre de maladies aiguës et chroniques de l'estomac et de l'intestin, du foie, du pancréas ; dans certaines affections du cerveau, du cœur et des poumons, etc. Il faut noter aussi les troubles de la résorption que Ton observe dans un grand nombre d'affections du cœur et des poumons accompagnées de congestion passive des organes abdominaux, dans certaines maladies du foie, de l'estomac, de l'intestin, des glandes mésen té ri ques, etc.

4° Les évacuations excessives, telles que les pertes de sang, les sécrétions et excrétions exagérées (lactation, diabète sucré, exsudalions considérables, albuminurie), les ulcérations, etc.

Une sanguification défectueuse a pour conséquence, soit l'atrophie de tous les tissus, soit celle de quelques-uns d'entre eux comme phénomène exclusif ou principal.

L'atrophie active reconnaît les causes suivantes :

1° Insuffisance de fonctionnement et d excitation locale : c'est ainsi que les os, les nerfs et surtout les muscles s'atrophient dans l'inac-

2î>2 NOUVEAUX ÈLÈMKNTS DE PATHOLOGIE UÈNÉKALE.

lion; par exemple la portion d'intestin qui reslc inactive dans le cas d'anus artificiel, etc. Il n'est pas raie d'observer à la suite d'un défaut d'exercice prolongé, l'atrophie d'extrémités tout entières (aplatie (F inaction), surtout celle des extrémités inférieures après les arthrites chroniques, ou après la carie chez les enfants: celle de l'extrémité des os dans les moignons l'amputation, dans la pseudarlhrose ; celle des mâchoires privées de leurs dents ; il en est de même pour l'orbite qui se rétrécit après la perle du bulbe et pour la cavité cotyloïde qui diminue à la suite des luxations non réduites ;

2" Usage immodéré des parties : par exemple, l'atrophie musculaire progressive cous 'cutive aux efforts musculaires violents; l'atrophie cérébrale résultant des fatigues de l'esprit ; l'atrophie du testicule qui succède à l'onanisme prolongé; l'emphysème pulmonaire provenant de cris ou de l'action de souiller habituelle, etc. ;

r>" Certaines substances usitées comme médicaments ou dans /7/idustiie produisent de l'atrophie, tels sont l'iode, le mercure, le plomb, le phosphore, les alcalis, le seigle ergoté, etc. ;

ly Uinllummation entrai ne parfois l'atrophie à sa suite (voy. l'art. Inflammation) :

5° Fièvre violente de courte durée et toutes les fièvres prolongées en général (voy. art. Fièvre, surtout I" hectique) : la fièvre agit en diminuant l'alimentation, en augmentant l'usure des tissus et peutêtre par un mécanisme tout particulier (chaleur fébrile). Klle fait diminuer le poids du corps, tandis que la quantité d'urée renfermée dans les urines augmente uénéralement.

Il existe souvent plusieurs causes à la fois : ainsi chez les enfants, l'atrophie (pédalrophiei qui se produit parfois sans autre trouble organique (pie de légers catarrhes intestinaux, succède en d'autres cas aux altérations simultanées les plus graves des poumons, de l'intestin et des glandes lymphatiques. Il faut ajouter aux premiers casque nous venons de citer, ceux de typhus abdominal dans lesquels la mort succède à une atrophie très prononcée et progressive sans que l'autopsie fasse découvrir aucune cause.

Chez, les \ieillards, on observe à l'état normal une atrophie lente de tous les tissus (marasme sénilei, laquelle, cependant, se produit parfois plus rapidement et se complique d'accès fébriles légers (morbus climactericus).

Nous ne connaissons pas encore d'une manière complète l'influence qu'exercent les nerfs sur les trouilles île la nutrition, il est probable qu'il* agissent soit dire.temeut (eanitie rapide, atïai*seinent des granulations sous l'influence de la

frayeur; diarrhée résultant de la peur) ; soit par l'intermédiaire des nerfs vasomoteurs (section du grand sympathique) ; soit par le concours des nerfs de la sensibilité (influence non perçue d'irritations extérieures nuisibles) ; soit enfin sous l'influence de troubles fonctionnels (atrophie des membres paralysés), perte d'appétit, insomnie, etc.

Il est certaines atrophies qui sont sous la dépendance du système nerveux ; tel est le cas pour un grand nombre de défauts de conformation où l'absence de certaines portions de la moelle et des nerfs qui en émanent entraine celle des muscles volontaires correspondants, tandis que les os, les cartilages, la peau et les vaisseaux se développent normalement. On observe dans certains cas, un genre d'atrophie remarquable, Y atrophie latérale croisée : l'atrophie d'un hémisphère cérébral coïncide avec celle de la moitié opposée du cervelet , de la moelle, des nerfs, des muscles et des os. Nous citerons encore ici les cas très- rares d'atrophie totale circonscrite de la peau (ou muqueuse), des muscles et des os, avec intégrité parfaite des autres parties du corps ainsi que de la motilité et de la sensibilité des parties atteintes ; ainsi l'atrophie d'une joue, d'une moitié de la tête Ou de la face, accompagnée parfois de celle de la langue et de la mâchoire ou d'une extrémité (observations de Ch. Bell, Himly, Lobstein, Romberg, Slilling, Virchow, Bergson, Barwinckel, etc.). C'est peut-être également ici qu'il faut mentionner un cas que j'ai observé chez un homme de trente-cinq ans, sain d'ailleurs, et chez lequel on constatait la disparition totale de la plus grande partie de la moitié droite du maxillaire inférieur consécutive à la chute des dents et sans aucun symptôme d'inflammation, de suppuration ou de gangrène.

Dans les paralysies anciennes du cerveau, de la moelle ou des nerfs périphériques, on observe assez souvent des troubles nutritifs inflammatoires ou de* nature dégénéra tive. Ainsi dans l'hémiplégie très-ancienne la peau est sèche, rude et écailleuse, les ongles sont, bombés, fendillés et cassants; les membres sont amaigris, surtout quand il existe en même temps des contractures. Dans les paralysies spinales tous ces symptômes sont encore plus prononcés, de telle sorte qu'il se déclare souvent des escharesde décubitus, lien est de même pour les paralysies périphériques: dans la paralysie du facial, la moitié correspondante de la face est plus flasque et , plus maigre que la moitié saine. C'est peut-être à ce groupe d'affections qu'appartient la paralysie essentielle des enfants.

D'après Obolensky [Med. CentralbLf 4867, n* 52), la résection d'une portion du nerf spermatique entraine la dégénérescence graisseuse du bout périphérique de ce nerf et, consécutivement à la perte de l'innervation et quoique les vaisseaux persistent, la même dégénérescence des canalicules, du testicule et de l'épididyme. Il en résulte une atrophie de la glande à laquelle le tissu interstitiel ne prend aucune part. Le tissu cellulaire se change parfois en tissu graisseux.

Voyez l'article Inflammation pour ce qui concerne les troubles de la nutrition qui succèdent à la paralysie ou à la section des nerfs sensibles. La section simple des gros troncs nerveux d'un membre ou d'un organe ne supprime pas complètement du reste la conductibilité nerveuse; les fibres qui président aux fonctions végétatives suivent peut-être un parcours spécial en 'dehors des troncs principaux.

\oi vr.\r\ i:i.i-:mknts ïh: patïioiogik cf.nkilu k.

A. — Atrophie simple, proprement dite on qnantitatiie.

I iii(lur.'li"!i ;itroji|u<jih', ->i Iri'O'i', imlin.iliou, i>!)-i<!«^i i»n< i\ nïll.i|i>u-, cnrriificnfi<>)i -- l1-''i'*

Vi m rmv < ".in rii-i', tuluM euli.»;il io:i.)

l'nn^liilt. .1/7. Atrophie in Wairner's Handw. der l'hijs.. lN'r2,I,p. 27. — Fa !u*r. Areh. f.phijs. IleilL, lNi3, M. — \ iirlimv, ïl'iïrs/». IW7t., 18M, IL — liuhl, '/AM-hr.f. rai. Mnl., I$.»!>, VIII, p. !. — F«»rst«T. in Vin-li. Arcfi. 1S57, Ml, i.. l'.lT.

V atrophie simple se «caractérise par une diminution des parties liquides d'ahord el des éléments morphologiques des tissus ensuite, sans modification chimique- essentielle. Les tissus et les organes de- \iennent ainsi plus petits, plus Ternies, plus secs, tout en eonsenanl leur texture; ordinairement ils renferment moins de sanu, niais parlois ils en contiennent davantage à cause de l'atrophie des autres éléments analomiques : ils perdent aussi leur aptitude fonctionnelle.

L'atrophie simple est fréquente et atteint aussi hien les tissus normaux que les néoplasmes.

La cause de l'atrophie simple réside principalement dans une diminution des matériaux nutritifs : faim, perles excessives d'humeur* (particulièrement diahète sucré), insuffisance et maladies des vaisseaux, etc. ; il résulte de ces conditions une régénération insuffisante des tissus (aplasie-), spécialement dans les atrophies séniles. Pans d'autres cas plus rares I atrophie dépend d'une régression exagérée : celle-ci se produit d'une manière «les plus manifestes à la suite d'une compression prolongée sur .les tissus ; telle est l'atrophie de tous les tissus (spécialement celle des o^), due à des tumeurs et notamment à des anévrysines, à une compression volontaire, par exemple, cell-' que fou exerce sur les tumeurs, sur le cal, etc.

I>ans rin;i!ii!i.Mi, tous ]<•> marnes n<' s'ahvpliient pas uniformément : la cr.uW (livjt.a\iil il';il) iil ; le >an: s'appauvi i! ensuite; l«s mufles diminut nt il»» voluiii": le emeau i l la moelle <'-prou\ent une perte à j»eine sensible (\o\ez l'art. Anviiu*' tl inanition \.

Le développement de la ealivete dans le dial»è|e sucré es! dû à la disparition <!«' l'eau il 11 < n^lallin : !•• >urre tjue renferme l'humeur aipinisc augmente son pouvnT de dilïu^iou de lelle >oi(e «jiie les lilu'es lenticulaires m1 racornissent et laissent entrr t lies ses \iilcs iKunde, kuhl>orn, Laurent ; — 0. Weln -r). L'est à I \ même cause qui! faut atlriliuer la sécheresse «le la peau, nrcwm| ajn e de desipiamition et de jwunJ1.

Atrophie simjdc des tissus mtrmmi.r. — .1 Vctnt physiologique* cette atrophie s'ohsene : à tout ihji\ dans les cheveux, dans les couches superficielles de la peau et des muqueuses à épithéliums stratî-

fiés ; pendant la vie fœtale, dans les corps de Wolff ; dans les premières années au thymus et aux dents de lait ; dans certaines périodes de la vie et principalement chez le vieillard, à presque tous les tissus ; dès Page de cinquante ans, dans les organes de la reproduction et spécialement dans les mamelles et les ovaires, etc. A Y étal pathologique , on la rencontre dans divers tissus et souvent dans un grand nombre à la fois, sous forme d'amaigrissement, de marasme sénile prématuré, à la suite de maladies graves, aiguës ou chroniques, tels que le typhus abdominal, le diabète sucré, etc. ; dans d'autres cas, elle se produit localement et sous l'influence de causes diverses, spécialement à la suite d'une pression externe ou interne , d'une oblitération des vaisseaux fonctionnels ou nutritifs afférents, etc.

L'atrophie peut atteindre les cellules, les substances fondamentales et les fibres de toute nature. Nous citerons spécialement les divers épithéliums, les cellules glandulaires, surtout celles du foie, des reins, des mamelles, du testicule, des ganglions lymphatiques et de la rate; les corpuscules du tissu cellulaire ; les cellules graisseuses dont l'atrophie constitue l'amaigrissement ordinaire ; la substance fondamentale du tissu cellulaire et des os ; les fibres musculaires lisses et striées, etc.

Les phénomènes microscopiques intimes ne nous sont pas encore bien connus : les cellules deviennent plus petites, analogues à des noyaux ou à des lamelles; plus claires ou plus fortement granulées et elles résistent mieux aux réactifs. Dans les cellules adipeuses, on trouve au lieu d'une goutte de graisse, grosse et unique, plusieurs petites gouttelettes entourées d'un liquide ; finalement les cellules adipeuses se transforment en éléments analogues aux corpuscules du tissu cellulaire, et leur tissu conjonctif devient plus abondant. Les fibres musculaires 3e rétrécissent, perdent leurs stries transversales, parfois même leurs stries longitudinales et deviennent plus molles et plus friables : tantôt elles sont pâles, tantôt elles renferment plus de pigment normal et de tissu interstitiel, et souvent des noyaux en quantité considérable. Le tissu cellulaire, les capillaires et les membranes glandulaires prennent une consistance plus ferme, moins fibreuse, résistent mieux à l'action des réactifs, et. ces dernières acquièrent souvent un peu plus d'épaisseur ; les corpuscules du tissu cellulaire deviennent plus petits et analogues à des noyaux.

L atrophie simple de certains tissus nous est encore inconnue dans ses phénomènes intimes, ainsi celle des fibres élastiques, qui constitue l'une des causes essentielles de la bronchiectasie et de l'emphysème pulmonaire vésiculaire.

200 NorvE.vrx êuêmests r»E pathologie générale.

C'est dans l'atrophie dos fibres musculaires que consiste essentiellement la dégénérescence fibreuse des trabémlos du cœur.

La cause de la dilatation vasculairc qu'on observe surtout à la peau des vieillards, n'est autre que la raréfaction du tissu cellulaire.

L'atrophie simple présente certaine analogie avec le collapsus qui se déclare souvent très-rapidement à la suite de fortes hémorrha^ies, de transpirations, d'évacuations gastriques et al vi nés (choléra asiatique), et qui dépend uniquement de la diminution des parties aqueuses.

Atrophie simple des néoplasmes. — Elle atteint aussi bien les tissus cellulaires que les tissus fibreux.

Parmi les productions cellulaires, il faut noter surtout les cellules et les noyaux du pus, du syphiloma, du tubercule, du sarcome et du cancer. Si les cellules sont contenues dans une substance fondamentale liquide, comme les cellules du pus et de certains cancers, celle-ci disparaît d'abord; ensuite les cellules et les noyaux perdent une partie de leur contenu liquide, et deviennent ainsi plus petits, plus aplatis et plus opaques. Le contenu disparaît enlin totalement : les cellules sonî r.lors encore plus petites et plus plates, ou bien elles restent arrondies ou irrégulièrement anguleuses, très-rélriiiiienteset perdent de leur sensibilité à l'égard des réactifs. Le noyau est moins manifeste ou tout à fait invisible. Finalement les cellules et les novaux ainsi altérés se transforment en une masse amorphe sjranuleuse. Il se produit parfois alors une imbibition consécutive (ramollissement). Kn même temps, on observe souvent dans le contenu de la cellule des molécules graisseuses, calcaires ou pignientaires.

A la suite de cette atropine, les néoplasmes se transforment, partiellement ou totalement, en masses jaunâtres ou gris jaunâtre, homogènes, sèches, dures, friables ou caséeuses, exsangues et disposées uniformément ou bien par taches ou en réseau — transformation caséeuse ou tuberculeuse. Ils prennent ainsi un aspect tellement différent de celui qu'ils avaient primitivement , qu'on les considérait autrefois comme des espèces particulières de néoplasmes (tubercule jaune actuel, nommé tubercule cru autrefois ; cancer réticulé, etc.).

Dans les néoplasmes fibreux, l'atrophie atteint les cellules et la substance fondamentale : celle-ci devient moins fibreuse ou homogène, dure et sèche : les vaisseaux disparaissent totalement ou partiellement. Le néoplasme, dans sa totalité, est plus petit, plus pâle, plus sec et plus compacte. On observe cette altération dans le tissu cellulaire de nouvelle formation, dans les taches tendineuses, dans l'hypertrophie libreuse des différents organes, dans le tissu cicatri-

ciel où elle constitue la rétraction cicatricielle si importante en chirurgie ; on la voit en outre dans les tumeurs constituées par du tissu conjonctif ou qui le renferment seulement comme stroma (cancer colloïde).

B. — Dégénérescence ou atrophie qualitative.

(Métamorphoses.)

La dégénérescence se caractérise non-seulement par une modification de texture, mais encore par une altération chimique des parties. Les substances qui envahissent les tissus et prennent souvent la place des matières protéiniques normales, sont la graisse, la cholestérine, les sels de chaux, les matières amyloïde et muqueuse, etc. ; la substance colloïde, le pigment, etc. Elles proviennent d'une transformation de ces matières, par exemple de la graisse et du mucus, et ressemblent aux substances physiologiques correspondantes ; parfois elles sont éliminées du sang et déposées dans les tissus, ainsi le pigment sanguin, la chaux, la graisse, peut-être la substance amyloïde, soit que le sang eu renferme en excès (graisse), soit que les tissus les attirent ou les retiennent avec une énergie particulière.

C'est ce que Rindfleisch, dans les derniers cas, appelle infiltration (Hdb. d. path. Gewebl. p. 32); mais la division en infiltration et en involution est aussi peu possible que la division en atrophies dégénératives el nécrobio tique*.

Nous avons encore à mentionner une altération qui pourrait être, avec autant de raison, rapprochée de l'inflammation. Nous en traiterons ici parce qu'elle aboutit plus ou moins constamment à d'autres dégénérescences et spécialement à la dégénérescence graisseuse, et parce que les autres symptômes de l'inflammation lui font souvent défaut. Nous voulons parler de Vinfiliration albumineuse.

a. — - Infiltration ou dégénérescence albumineuse. (Tuméfaction opaque, métamorphose albumineuse granulée, inflammation parenchymateuse.)

Yirchow's Ârchiv, 1852, IV, p. 261 etalià8.-Cellularpathologie.-Buh\,Zeitschr. f. rat. Med., 1856., V11I, p. 1.— Klinik d. Geburtsk., 1861, p. 251.

L'infiltration albumineuse consiste dans l'envahissement des tissus par de nombreuses molécules albumineuses, c'est-à-dire par des granulations très-petites, ordinairement très-pâles, parfois un peu plus

l>"x \nrvr\r\ i;i kmems tu; p\thoi.ogie fa:>ï:n\n:.

sombres, disparaissant par l'action do l'acide acétique et de la potasse, inaltérables par l'éther, el se colorant en rouge sons l'inlluenee dn sucre et de l'acide sulfurique. Les tissus deviennent pinson moins opaques et se tuméfient.

Celte infiltration se produit dans les cellules de tonte nature, surtout dans les cellules épilbéliales des muqueuses et des glandes ; dui< les corpuscules et même dans la substance fondamentale du tissu cellulaire ; dans les libres musculaires, etc.

Les cellules épilbéliales perdent la netteté de leurs contours ain-i que leur connexion réciproque et avec les membranes cellulaires (à la suite (rime altération inconnue de la substance intereellulaire; : leur novau subit les mêmes altérations ou bien il reste normal ; parfois ii se divise; toutefois, comme la cellule se remplit de molécules albumineuses, il devient invisible ou bien ne se manifeste que par une addition d'acide acétique. Ihms les degrés plus élevés de l;i métamorphose, les cellules se détruisent facilement, surtout quand on v ajoute de l'eau , île telle façon (pie le microscope ne fait découvrir pour aillai dire que des noyaux libres. La substance fondamentale conserve si consistance normale ou se ramollit; celle des cartilages offre pas fois la même opacité que les cellules. Les libres musculaires subissent des altérations analogues ; elles s'élargissent, se ramollissent et leurs stries transversales deviennent inappréciables.

A lVcil nu, les organes ainsi altérés ne présentent aucun signe caracléiistique : ils sont habituellement légèrement tuméfiés, plus ou moins manifestement ramollis, tantôt livperémiés, tantôt exsangues ou renfermant la quantité de sanir normale: les parties translucides connue la cornée, le corps vitré et les cartilages articulaires, s'opacifient.

dette dégénérescence atteint tantôt une partie d'un tissu ou d'un organe, tantôt un organe tout entier, tantôt plusieurs organes à la fois.

l.lle offre une grande importance quand elle se produit dans les glandes \olumiueuses (notamment dans le foie et les reins), dans le cour et dans les autres muscles.

Les causes de la métamorphose albumineuse sont locales, toile est l'irritation inflammatoire: ou < 'h'''"./.7^ ; les maladies aiguës graves, surtout celles qui s'accompagnent d'ww^ l-Mte élévation de température connue le typhus abdoiuiud. la s« u'htine. lérvsipèle, certaines formes de fièvre puerpérale et l'innction puerpérale des nouveaunés; un grand nombre de cas de pyémie : les maladies chroniques

graves, spécialement celles des poumons et du cœur ; les empoisonnements avec le phosphore, l'arsenic, les acides minéraux, etc. Ces causes provoquent un afflux sans doute exagéré de sang et de matériaux de nutrition qui ne sont pas suffisamment élaborés.

Liebermeister surtout a démontre l'influence d'une élévation excessive de température sur la malignité d'un grand nombre d'affections aiguës fébriles (D. Klinik, 4859, n* 46 et Ârch. f. Min. Med., 1866, 1, p. 461 et 543). M. Schultz et d'autres ont fait voir d'une manière directe son influence délétère sur les éléments cellulaires, à l'aide de l'appareil à échauffement du microscope.

L? infiltration albumineuse se produit soit en un temps trèscourt, c'est-à-dire en quelques heures, soit en quelques jours ; parfois elle suit une marche chronique.

Chez une jeune fille de 30 ans, bien portante et qui mourut en six heures à la suite d'une brûlure au deuxième et au troisième degré de presque toute la peau, j'ai trouvé les fibres musculaires des deux ventricules fortement et uniformément opacifiées par de nombreuses molécules albumineuses et quelques granulations graisseuses; les canalicules de la substance corticale des reins étaient régulièrement dilatés et remplis des mômes cléments ainsi que de noyaux libres. La plupart des organes internes étaient congestionnés.

Quand l'infiltration a persisté plus ou moins longtemps, et que les parties n'ont pas été trop altérées, celles-ci reviennent à leur état normal, ainsi dans les cellules épithéliales des muqueuses et, spécialement, après le catarrhe aigu ; dans l'inflammation parenchymat euse des glandes salivaires et mammaires , du foie , des reins , des ganglions lymphatiques, des muscles striés, etc. Parfois, au contraire, les tissus se transforment en une masse molle susceptible de se résorber ; dans d'autres cas, enfin, si la vie ne se termine pas, il se produit d'autres altérations, particulièrement une métamorphose graisseuse des cellules épithéliales et glandulaires, des déchirures de muscles, un ramollissement de la substance fondamentale des tissus, rarement une prolifération cellulaire.

C'est ici qu'il faut rapporter l'atrophie du foie qui résulte de l'occlusion du canal cholédoque ou hépatique ainsi que l'affection connue sous le nom à* atrophie jaune aiguë : dans les degrés légers de celle-ci qui s'observent assez souvent dans le typhus, la pyémie, certaines formes de fièvre puerpérale, etc., la maladie consiste essentiellement dans une infiltration albumineuse et dans un engorgement bilieux des cellules du foie, accompagnés ou non d'une légère métamorphose graisseuse ; dans les cas plus graves qui étaient seuls connus avant Buhl, les cellules se détruisent et le détritus se résorbe. Forster (Hdb. d. path. Anat. 2* Aufl., Il, p. 181) décrit comme hépatite parenchymateuse chronique une affection analogue à l'atrophie jaune aiguë du foie, aboutissant a l'atrophie et à la granulation de cet organe, sans production nouvelle de tissu cellulaire. Certains cas de maladie de Bright,

jigus et chroniques, si'iit lout à fait analogues aux affections du foie dont nous Tenons do parler.

1/inlluence qu'exerce l'infiltration albumincusc sur l'organisme dépend surtout du degré et de l'extension de l'affection ainsi cjuc de la nature de l'organe atteint. Peut-être aussi est-elle le résultat de la saturation du sang par les produits de décomposition provenant des tissus altérés ( muselés i.

l>. — Mctaniorj'fiosc et infiltration graisseuse.

ïïeinhardt. in Trnul.'s licitr. z. erjui; Path., ISifi.2. H. — Vin h. Arch. I, p. k20.— Yinli- \\"s Arch.. 1 S 4 7 • I, p. i«*. Vlll. p. ,\~7, \. p. i<i7. XIII. p. *2ti0 et k2*S.— H'io:/1. Ie/7/..lM. p. ">4i».— Aran. Arch. i/t'/i., I ST»0. — IJu.iiii. Med.chir. trans . 1SM». \\\;il. p. 121. - HoM-hl. ZtitM-hr. d. Uicn. Acrztc. 1*52. - BaïUv. On ftittti ilcijcih niti'-n. 1N55. — Mulr.n'li<. Pran. Ytjhrschr., IS55, IV, p. 45. — Dull %.'p. 'J'.:.>.-Il..pp.*. //iViivhowV.lr./i., 1>Ô,\Y1I1 p. 1-.-. XVII. p. 417.- Oppmlïi in. <t. ("(/'. l'n <;r.f<ttii;c)liis[clinttirlut,,i. 1>55. - -YVi.iidl.iji Yirch. .1/' h , lvV>. X. p 4ul.-U. \\c\a\ in Vi-t-h. Anh.. |.\,\s. Mil. p. 7 i, XV, p. -IM).— P- tu 1er. .« Virdi. Ar<h.. lrv>>. XIII. p. ±27 «t rt'2 — Hnkit.msky. ZUrhr. d. Ces d. Wtcn. A* rite . lsM». — YY.dter. in \\\\\\. Anh., 18t»l, XX, p. 4*2 i\. — MetU'iiheiiiRT. Arch. f. uiss. llcilk., I.

L'infiltration <jrai\>euse dans laquelle les tissus s'infiltrent de graisse amenée du dehors par la voie du sang, et la métamorphose ou dé:;cnei csccncc ijrainfun'. qui est la transformation des substances albuminoides en Militâmes adipeuses dans rintimité des tissus et par leur propre activité, dilïéient l'une de l'autre par leur cause, leur nature et leurs conséquences, <an> qu'on puisse toutefois les séparer dans tous les cas. l.'inliltration graisseuse, d'un autre côté, aboutit insensiblement dans cet tains tissus à l'hypertrophie et à la neoplasie du tissu adipeux.

Page 1