Infiltration calcaire des tissus
Quand les tissus s'infiltrent de chaux, par exemple la substance fondamentale des cartilages costaux, on aperçoit d'abord au microscope de très-petites molécules qui troublent la transparence de la partie atteinte (la substance hyaline de cartilages par exemple). Ces molécules augmentent de volume» en même temps qu'il s'en dépose de nouvelles. Le tissu perd ainsi sa structure normale, et les points altérés se remplissent de granulations plus ou moins grosses, irrégulièrement anguleuses ou arrondies. Celles-ci se confondent ensuite en
une masse homogène dont les bords paraissent noirs à la lumière transmise et dont le milieu est très-brillant ; à la lumière réfléchie, au contraire, elles sont d'un blanc particulier, et souvent Ton peut encore y distinguer les cellules non calcifiées. A cette période, il se produit encore une certaine transparence de même que pour le verre, dont la poudre est opaque, et qui redevient transparent quand ses éléments se touchent intimement, c'est-à-dire par la fusion. Des coupes très-minces, offrent une certaine ressemblance avec le tissu osseux, ressemblance qui disparait à un examen attentif et par les réactifs.
La calcification te distingue de l'ossification en ce que les molécules de chaux, dans le premier cas, ne sont déposées que mécaniquement, tandis que, dans le dernier, elles forment une combinaison chimique ; en outre, dans la calcification, les cellules conjonctives ou cartilagineuses se calciOenl ou deviennent impropres à fonctionner, tandis que dans l'ossification, elles se transforment en corpuscules osseux, etc.
Quand on traite par des acides forts, surtout par l'acide chlorhydrique ou nitrique, les tissus infiltrés de chaux, ceux-ci reprennent plus ou moins leur transparence et leur structure normale de la périphérie vers le centre ; seulement ils sont ordinairement blanchis, parce que les acides les attaquent plus ou moins fortement. Ce phénomène s'accompagne habituellement d'une effervescence plus ou moins vive, et les bulles qui se dégagent se composent d'acide carbonique. Si l'effervescence est forte , il faut admettre que le dépôt est constitué en totalité ou en grande partie par du carbonate de chaux; et, dans le cas contraire, qu'il est surtout formé de phosphate. Dans presque tous les cas, il existe en outre de petites quantités d'autres sels de chaux, de sels de magnésie, etc.
L'infiltration calcaire s'observe dans toutes les régions du corps, surtout dans les cartilages, les valvules du cœur, les tuniques vasculaires, la peau, les muqueuses, les séreuses, les muscles lisses ou striés, particulièrement ceux des artères, les tendons, etc. ; elle peut se produire dans tous les tissus et spécialement, outre les tissus conjonctifs et cartilagineux, dans le tissu propre et le tissu cellulaire des glandes ; dans le placenta, les extravasats, les exsudats et les néoplasmes, tels que le tissu conjonclif de nouvelle formation des adhérences et des pseudo-membranes, des hypertrophies et des tumeurs, etc. Elle atteint les cellules aussi bieii que la substance intercellulairc, notamment les cellules et la substance intercellulairc des cartilages. Quand les cellules sont stratifiées, elle en reproduit régulièrement la stratification ; ainsi, dans les méninges, l'épendyme, les plexus veineux, la
substance cérébrale môme, etc. Habituellement, la substance intercellulaire des cartilages s'infiltre de chaux d*abord dans les points les plus éloignés des vaisseaux. Le type physiologique de l'infiltration calcaire des tissus, ce sont les concrétions de la glande pinéale et des plexus vasculaires et jusqu'à un certain point celle des os.
I/infilf ration calcaire a pour conséquence la perle plus ou moin< complète de la fonction et des autres propriétés des tissus : ainsi, dans les cellules de toute nature (surtout dans celles de répithéliuin de la muqueuse vésicale atteinte de catarrhe ou d'ulcères), dans le cristallin, les muscles, les cartilages et les valvules du cœur. Dans les tuniques vasculaires, spécialement celles des artères, l'infiltration présente la plus grande importance pratique à cause du frottement ou de la perte d'élasticité et de contractilité vasculaires ou des déchirures qu'elle détermine et de l'influence qu'elle exerce ainsi sur le cœur ou sur les parties périphériques. — On ne confiait pas d'autre altération, ni surtout d'autre influence produite par cette infiltration. — L'infiltration calcaire de certaines tumeurs tels que les fibromes. les enchondromes, les scrofules, les kystes, les tubercules, les cancers, ainsi que celle des fœtus extra-utérins, sont favorables à l'organisme, en entravant l'accroissement ou la réaction générale de ces productions.
Les causes de l'infiltration calcaire sont le plus souvent les mêmes que celles de l'atrophie, et c'est surtout la vieillesse. Les troubles nutritifs qui aboutissent à cette dégénérescence sont ordinairement locaux et consécutifs à des désordres circulatoires, à l'inflammation, à l'hémorrhagie, etc.
O.msriiifiltr.ilion eah .un.1, le> sets île chaux doivent pénétrer dans les tissus à l'étal de solution et s'y déposer ensuite, l/acide carbonique doit être considéré comme le dissolvant du carbonate et dti phosphate tle chaux : en effet, il est toujours contenu dans le san,r en quantité telle, qu'il peut produire du carbonate double et au moins du phosphate neutre lie chaux, lesquels sont solubh >. Toutelois, il est d'autresacides formant des sels de chaux >oluhle>. qui peuvent contribuer à faciliter l'introduction de cette ba*-e dans lestisMis: tels sont Ion acides «ras \<lihU et l'.uide lactique ; tout récemment, Piakonow à démontré que l'acide phosdïo:jl\rérique. auquel la heithine donne trèsiacileuient uai^auce, joue au^si nu rôle important d.m< ce phénomène. Les sel> de chaux doivent alor* se transformer Mir phee en mK infini h». : si l'acide carbonique constitue le d.v»ol\ant. *n\ petit admettre que cette tra«uforiuatinn est due au dépareillent de cet acide, quoi pie l'on n'en conçoive ^uère la possibilité ; d'un autre coté, les sels de chaux poui raient se précipiter ^nis forme de combinaisons insolubles, et 0. "NNeher a fait rem ir p.e ■* que le< acides rras élever, formant avec la chiux de*» sels insolubles, pourraient pro\oquer la formation deies précipités. Le composé calcaire ainsi formé p.uinait m> I rançonner par ow.l lion en carbonate de chaux. Les phosphates alcalins neutres ou basiques pourraient au$M donner nuisance à celte
précipitation ; car le phosphate calcique basique est insoluble, et le phosphate neutre est très-peu sol uble.
L'infiltration calcaire est parfois la conséquence de métastases. En effet, quand la chaux des os se résorbe en grande quantité, comme dans la carie étendue, dans les carcinomes osseux multipliés, etc., et que l'élimination de cette base par les reins est entravée ,» elle se dépose en d'autres points de l'organisme , le plus souvent dans les pyramides de Malpighi {infarctus calcaire) ; moins souvent dans le tissu pulmonaire, dans la muqueuse gastrique, et moins souvent encore dans la muqueuse intestinale, dans la muqueuse des sinus ethmoïdaux et sphénoïdaux, dans la dure-mère, dans le foie et les vaisseaux cérébraux. Les parties atteintes acquièrent ordinairement alors la consistance de la pierre ponce.
Nous devons mentionner ici les dépôts, formés ordinairement d'urate de soude, qui se produisent dans l'arthritis, dans les cartilages articulaires surtout, dans les ligaments et les tendons avoisinants, dans les cartilages de l'oreille, plus rarement dans la peau, les reins, les vaisseaux et le tissu interstitiel des pyramides de Malpighi.
D'après Garrod, les concrétions goutteuses sont d'abord sécrétées sous forme d'un liquide limpide très-riche en urate de soude; celui-ci cristallise, et le liquide acquiert ainsi un aspect laiteux ; ensuite, la partie liquide se résorbe, tandis que l'exsudat devient de plus en plus solide, et enfin tout à fait dur. Parfois, ces concrétions renferment une grande quantité de phosphate de chaux, qui est probablement le produit d'un dépôt secondaire, car r urate de soude, agissant comme corps étranger, provoque une inflammation dont le produit se crétifie. Sur trente-sept goutteux, Garrod a trouvé dix-sept fois des dépôts tophacés manifestes : chez sept d'entre eux, les dépôts n'existaient qu'aux pavillons des oreilles ; chez neu/, ils se montraient à la fois aux oreilles et autour des articulations, et chez un seul, il n'y en avait pas aux oreilles. Les dépôts qui se forment dans les sillons du pavillon de l'oreille atteignent un volume variant depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'un demi-pois; ils sont solides ou mous, et, dans ce dernier cas, on donne issue, en les piquant, à un liquide crémeux renfermant des aiguilles d'urate de soude.