APPAREILS PLÂTRÉS
des procédés que nous étudierons plus loin. Nous recommandons, dans le cas où l’appareil est appliqué sur un membre avec plaie, de le préparer avec de l’eau tenant en solution 2 à 3 grammes pour 1 000 de sublimé : des expériences répétées nous ont montré que, par l’imprégnation de pus, de semblables appareils ne prennent aucune odeur (l’acide phénique en raison de sa volatilité doit être rejeté).
Si la bouillie vient à durcir dans le vase pendant l’application de l’appareil, il ne faut pas y ajouter de l’eau pour la rendre plus liquide, car on altérerait la combinaison chimique déjà faite du plâtre avec l’eau, et les parties d’appareil qu’on en imprégnerait n’auraient aucune solidité ; on doit, dans ce cas, refaire une nouvelle bouillie.
Dès qu’on aura terminé, on versera dans le récipient une assez grande quantité d’eau pour le débarrasser facilement de son contenu.
c. Solidification. Dessiccation, — La solidification des appareils a lieu en 10 ou 13 minutes, et, au moment où elle se produit, il se développe une chaleur appréciable à la main. La dessiccation ne se fait qu’en 24 heures. On a proposé un certain nombre de moyens pour accélérer ou retarder la solidification. Pour la hâter, on a essayé l’addition à l’eau de sel de cuisine, d’alun, de silicate, de ciment pulvérisé ; il est tout aussi simple d’employer moins d’eau pour préparer la bouillie ; du reste, le sel de cuisine, si vanté par quelques auteurs, est un moyen détestable, car, outre qu’il accélère peu la solidification, il détermine un ramollissement ultérieur de l’appareil par absorption de l’humidité de l’air, surtout dans les saisons pluvieuses. On peut retarder la solidification par l’addition à l’eau de substances étrangères : amidon, lait, bière, borax, dextrine (40 à 50 grammes pour 1 litre), gélatine, etc. La gélatine a été employée par Richet : avec 2 grammes pour 1 000 grammes d’eau, le retard de consolidation atteint 20 à 25 minutes; avec 5 grammes, 3 à 5 heures; la dose de 2 grammes est donc suffisante et on obtient ainsi les appareils de stuc. Cette solidification retardée est utile lorsqu’on applique de grands appareils, surtout si l’on manque d’aides.
370 APPAREILS A FRACTURES
Lorsque, après dessiccation, on veut compléter un appareil plâtré, on peut le faire par l’addition de fragments de linges plâtrés qui se lient intimement avec l’ancien, à moins que ce dernier n’ait été poli, uni avec de l’eau après application, l’adhérence étant alors moins solide.
d. Imperméabilisation des appareils plâtrés. — Le plâtre s’imbibe assez facilement des produits de sécrétion des plaies ou d’urine chez les enfants ; il en résulte non seulement le ramollissement de l’appareil, mais la création de foyers de putréfaction. On a donc cherché les moyens de rendre les appareils imperméables. Hergott recom- j mande le vernis copal ou vernis des carrossiers, Trélat ! la résine blanche dissoute dans l’éther, Mitscherlich la | solution de 1 p. de résine de dammar dans 4 p. d’éther ! ou celle de gomme laque dans l’alcool, Neudôrfer une j solution alcoolique de cire ; on a aussi proposé le silicate ' de soude ou de chaux. Ces solutions, à peu près équiva- ! lentes, sont appliquées au moyen d’un pinceau avec ! lequel on enduit l’appareil une fois sec; cinq ou six | couches placées après dessiccation l’une sur l’autre f rendent l’appareil luisant et imperméable.
L’inconvénient de l’emploi de ces substances est qu’on ; est obligé d’attendre que la dessiccation de l’appareil soit | complète, c’est-à-dire 24 heures, et en outre d'enlever cet ! appareil pour badigeonner ses deux faces. Pour obtenir une imperméabilisation immédiate, ïerrillon a conseillé | de mélanger le plâtre avec du ciment blanc ou ciment t anglais (le ciment noir hydraulique ne vaut rien) ; on met j un quart de ciment blanc pour trois quarts de plâtre, ou ' un tiers de ciment pour deux tiers de plâtre. La poudre j doit être mélangée au plâtre avant de la verser dans J l’eau, mais on peut aussi obtenir le résultat cherché en versant alternativement l’un et l’autre de ces produits | dans les proportions indiquées. La solidification n’est pas altérée et s’opère en 15 ou 20 minutes.
Droulon dit avoir obtenu de bons résultats avec le liniment oléo-calcaire :
Eau de chaux
Huile d’amandes douces . . .
à parties égales.
APPAREILS PLATRES
On en met 1 partie sur 20 de bouillie plâtrée. Nos, essais ne sont pas favorables à ce dernier procédé.
Comme on ne dispose pas toujours d’un des moyens précédents, on peut protéger simplement l’appareil en enveloppant le membre de taffetas gommé ou de guttapercha laminée que l’on replie ensuite sur la face externe de l’appareil ou encore en glissant du coton imbibé de collodion iodoformé, au voisinage de la plaie, entre les bords de l’appareil et les téguments.
e. Fixation du membre pendant l'application et le durcissement du plâtre. — Nous avons indiqué plus haut (p. 359) la manière de disposer le patient pour les appareils à placer sur les membres inlérieurs. S’il est nécessaire d’opérer l’extension, les mains d’un aide suffiront le plus souvent; on a recommandé, dans ce cas, d’appliquer d’abord les parties de l’appareil qui couvrent le segment que doivent embrasser les mains, puis, quand elles sont sèches, l’aMe saisit ces parties et maintient le membre dans la situation voulue pendant l’application du reste de l’appareil en attendant la solidification. Dans quelques circonstances, on se sert de lacs extenseurs, par-dessus lesquels on dispose les pièces plâtrées, et qu’on retire ensuite facilement si on a pris la précaution de les enduire de vaseline ou d’axonge, ou même qu’on peut abandonner. Pendant le durcissement d’un appareil de jambe, il faut éviter que le talon ne porte sur un plan résistant et bien maintenir le pied â angle droit.
Si l’on s’aperçoit, après le durcissement, que les parties de l’appareil sur lesquelles les mains ont pris point d’appui pour exercer l’extension sont trop fortement déprimées et déterminent une compression locale qui pourrait devenir dangereuse, on les enlève en taillant des fenêtres que l’on oblitère avec des pièces de tarlatane imbibées de bouillie plâtrée ou simplement avec celle-ci.
Procédé du moule ou du plâtre coulé.
C’est le procédé le plus ancien, celui que Hubenthal et Dieffenbach employaient exclusivement. Périer l’a fort vanté, et plus récemment Julliard (de Genève) est revenu sur ce procédé, qiii est susceptible dans un cas donné de rendre de réels services.
APPAREILS A FRACTURES
Dans les premiers temps de l’emploi de ce procédé, on coulait un moule complet autour du membre fracturé. Les gouttières sont tout aussi contentives et doivent avoir la préférence parce qu'elles n’exposent à aucun des dangers des appareils fermés.
Ce mode d’emploi du plâtre est presque exclusivement réservé aux membres inférieurs.
Pour établir un moule en gouttière, pour la jambe, par exemple, le membre rasé et huilé est placé dans l’intérieur d’une boite en bois rectangulaire, un peu plus longue et plus large que lui, et dont les parois, préala- j blement graissées ou huilées, sont simplement réunies par des crochets de telle sorte qu’on les enlève à volonté .
La paroi qui correspond au creux poplité est échancrée; à la rigueur on peut la supprimer en la remplaçant, comme Périer, par un fort tampon de ouate; la paroi podalique sera un peu plus haute que les autres. Le membre est disposé de telle manière que les aides, qui pratiquent l’extension et la contre-extension, le maintiennent à 1 ou 2 centimètres au-dessus du fond de la boîte. On verse alors la bouillie plâtrée entre les parois , de la caisse et le membre, et on s’arrête dès que le ■ niveau atteint la moitié de la hauteur des faces latérales de celui-ci et le milieu des malléoles; la couche de plâtre devra être assez élevée sous la plante du pied pour lui offrir un point d’appui dans les deux tiers de sa hauteur. Le plâtre une fois sec, on enlève les parois de la j caisse, en ne gardant que la planchette inférieure qui » servira à la suspension; pour obtenir celle-ci, on em- j brasse la planchette avec deux lacs que l’on suspend à un crochet ou à une poulie fixée au ciel de lit ou à une potence improvisée (fig. 251). ^
Au lieu de la boîte précédente, Périer se servait d’une assez large gouttière ou caisson en plâtre, préparée j d’avance, qui offre sur le bois l’avantage de ne pas s’imprégner d’humidité et par conséquent de ne pas se déformer ou se putréfier, ce qui permet, en outre, de pratiquer avec facilité les échancrures ou fenêtres nécessaires.
Appréciation. — Ces appareils, en raison de leur volume et de leur poids, trouvent leur indication dans le cas où l’on a besoin
APPAREILS PLATRES
d'une immobilité parfaite : retards de consolidation, fractures difficiles à maintenir réduites. Leur mode d'application permet de les employer malgré l’existence d’un gonflement considérable, et plus tard on comble les vides survenus entre le membre
Ftg. 251. — Appareil en plâtre coulé, suspendu.
et l’appareil par du coton légèrement tassé. L’enlèvement des appareils presque enveloppants de Dieffenbach était plein de difficultés et nécessitait l’emploi du ciseau et du maillet ; on débarrasse au contraire le membre de la gouttière avec la plus grande facilité.
2P Procédé de V imprégnation préalable de pièces de linge par la bouillie plâtrée.
C’est le procédé le plus répandu actuellement dans la pratique. Les pièces de linge les mieux appropriées à ce genre d’appareils sont celles de tarlatane ou gaze, tissu lâche qui s’imprègne facilement de plâtre et se moule sans difficultés, et qui semble avoir été employé tout d’abord par Richet. A défaut de gaze, on peut utiliser de vieux linges usés en toile, coton, flanelle, de vieilles
APPAREILS A FRACTURES
couvertures de laine; Béely se sert de chanvre bien peigné et disposé en faisceaux; on a aussi imprégné des attelles de paille suffisamment écrasée auparavant avec un corps dur quelconque.
Les appareils de cette catégorie peuvent se faire sous trois formes différentes : A. attelles; B. gouttières; C. appareils enveloppants à bandes.
A. Attelles plâtrées
Les appareils à attelles plâtrées, recommandés par Maisonneuve pour les fractures de jambe, sont applicables à toutes les variétés de fractures des membres. La longueur et la largeur des attelles dépendent des dimensions du membre. On les fabrique avec une pièce de tarlatane repliée un certain nombre de fois sur ellemême ; huit épaisseurs pour le membre supérieur, quatorze à seize pour le membre inférieur (trois épaisseurs de vieux linges peuvent rendre le même service en cas de besoin).
Ces attelles, taillées et préparées, sont trempées dans la bouillie plâtrée, comme nous le dirons pour les gouttières. On les applique alors, après expression, sur le membre rasé, graissé ou huilé, et badigeonné avec la bouillie claire, puis avec le plat de la main on les moule sur tous les contours; on les fixe ensuite au moyen d’une bande de tarlatane mouillée ou même sèche qui non seulement les maintient solidement en place, mais encore, s’incorporant pour ainsi dire à l’appareil, empêche l’effritement ultérieur de la couche superficielle du plâtre. Lorsque l’appareil est solide, on coupe, s’il y a lieu, cette bande de tarlatane au ras des bords des attelles ; mais, pour assurer le maintien de celles-ci, il faut soit laisser un tour de bande de distance en distance, soit disposer deux â trois bandelettes de diachylon, qu’on sépare de la peau par un morceau de taffetas gommé afin d’empêcher la production d’un érythème ou de furoncles ; les bandes de toile retardent la solidification et la dessiccation du plâtre.
Attelles en chanvre, étoupe. — Béely a recommandé, pour la préparation des attelles, le chanvre bien peigné. On le