DE L^EXTENSION CONTINUE ET DE LA SUSPENSION- DANS LES FRACTURES
§ L — Extension continue
La difticulté qu'on éprouve à empêcher, par les appareils purement contentifs, le chevauchement opiniâtre des fragments dans certaines fractures, donna naissance à la méthode de l'extension continue. Il est, à Theure actuelle, inutile de passer en revue les appareils innombrables inventés depuis Hippocrate pour remplir cette indication ; tous ont été successivement délaissés, parce qu'ils présentaient le grave inconvénient d'exercer sur des régions limitées et sur des saillies osseuses, peu matelassées de parties molles, une pression énergique, circulaire devenant rapidement insupportable. En outre, en raison même des moyens employés, l’extension était fort irrégulière et les résultats obtenus plus que médiocres. Les attelles échancrées et à mortaises, telles que l’attelle de Desault, les appareils à vis, à treuil, les systèmes à traction, à distension, à bascule ou plans inclinés, font partie aujourd’hui de l’histoire des appareils, et ne sauraient trouver place dans un ouvrage comme celui-ci, spécialement consacré aux méthodes actuelles de traitement des fractures.
L’introduction de l’anse de diachylon, due à l’Américain Gooch (en 1771), vulgarisée par Josiah Crosby en 1850 et Gordon Buch, a rendu l’extension supportable et efficace, en permettant de prendre un point d’appui, non plus circulaire, mais étendu â toute Ja longueur du membre; grâce à elle, on a pu revenir au vrai moyen d'une extension continue et régulière, à la poulie et aux poids employés jadis au xiv® siècle par Guy de Ghauliac et plus tard au xviic par Fabrice de Hilden.
La contre-extension elle-même a été aussi avantageusement modifiée; le drap d’alèze traditionnel, passé en sautoir sous le
APPAREILS A FRACTURES
périnée ou l'aisselle, a été remplacé par les gros tubes en caoutchouc, et, même pour la cuisse clans certains cas, ces moyens ont pu être supprimés, l'élévation des pieds du lit ou | renlèvement des oreillers et traversins suffisant, par le poids dn j corps, à produire une contre-extension efficace. ;;
Les divers procédés spéciaux d’extension, les cjnelques appa- ii reils extenseurs encore utilisés seront l’objet d’une description i détaillée dans les chapitres concernant les fractures en particu- i lier. Mais, afin d’éviter des redites inutiles, nous allons exposer : les règles générales de l’application de la méthode.
Règles générales. — Sur les sujets à système pileux très ' développé il est bon de raser préalablement le membre.
On peut employer une ou plusieurs bandes de diachylon. Dans le premier cas, on taille une bande large de 4 à G centimètres suivant les dimensions du membre, et i assez longue pour que, repliée en deux sur elle-même, elle dépasse en bas l’extrémité du membre de 12 à 15 centimètres et en haut le niveau de la fracture de 20 centimètres. L’emploi de plusieurs bandes associées a été préconisé par ïillaux et a pour but de prendre point d’appui sur une surface étendue de la circonférence du membre ; on les taille aussi longues que la précédente avec une largeur de 5 centimètres, puis on les étale sur un ■ plan quelconque et on les imbrique en les croisant là leur centre de manière à constituer deux éventails opposés par leur sommet. La ou les bandes sont ensuite appliquées sur les faces latérales du membre par leurs chefs libres et par leur face emplastique, de façon que l’anse r formée par leur partie moyenne soit éloignée de 10 à 15 j centimètres de l’extrémité inférieure du membre. On les fixe alors par un bandage spiral ascendant fait soit avec une bande de toile, soit avec une bande de diachylon; arrivé à quelques centimètres au-dessous du siège de la fracture, on arrête le spiral, on replie soigneusement sur lui l’extrémité libre des bandes de diachylon, en évitant la formation de plis multiples, et on reprend le bandage roulé qui recouvre alors ces extrémités repliées, en décrivant un spiral descendant. Si l’on emploie, au lieu d’une bande de toile, une bande de diachylon pour faire ce bandage spiral (les bandelettes séparées sont préférables), il faut veiller à ce qu’elle s’étale parfaitement et ne forme