I. — Extrémité inférieure
La radiographie a montré qu’il n'y avait pas de type absolument classique de fracture de l’extrémité inférieure du radius, mais que cependant, dans la majorité des cas, le fragment inférieur se renverse en haut et en arrière donnant lieu d’une manière plus ou moins marquée, à la déformation dite en dos de fourchette. Elle a également mis en lumière que la fracture de l'extrémité inférieure du radius s’accompagnait assez souvent de fracture fissurique ou de fracture complète de l’apophyse styloide du cubitus (23 fois sur 50 cas de lésions traumatiques du poignet dans la statistique personnelle de Loisori, 21 fois sur 104 cas dans celle de Beck). On a également noté des lésions concomitantes des os du carpe et, en particulier, du semi-lunaire.
On doit opérer la réduction avec grand soin dans le cas de déplacement, car une fracture bien réduite et bien coaptée ne présentera que rarement des troubles fonctionnels ultérieurs. S'il y a pénétration directe ou oblique avec éclatement modéré, la main est inclinée vers le bord radial. Si la pénétration est oblique et très accentuée, le fragment principal postérieur se déplace en arrière, entraîne avec lui le carpe et la main et donne lieu à la déformation en dos de fourchette. Ce dernier déplacement consiste dans une saillie dorsale de l’extrémité supérieure du fragment inférieur ou carpien, et dans une saillie en avant
FRACTURES DU RADIUS
de rextrémité du fragment supérieur. S'il est prononcé, il y a en môme temps presque toujours inclinaison de la main sur le bord radial. L’indication principale est alors de refouler le fragment inférieur en avant. Pour réduire cette fracture, tandis qu’un aide fait l’extension sur la main et le pouce en fléchissant la main et en l’inclinant vers le bord cubital, en position de pronation, et qu’un autre aide maintient la partie supérieure de l’avant-bras, le chirurgien, embrassant le poignet de ses deux mains, l’index et le médius de chaque main appliqués sur la voussure antérieure, le talon de la main sur la face dorsale, exerce une pression en sens inverse sur les faces palmaire et dorsale de l’extrémité du radius, de manière à repousser le fragment inférieur en avant et le supérieur en arrière ; la réduction ne s’obtient pas toujours.
Dans les cas où le fragment inférieur a glissé du côté cubital, on tire la main du côté du radius pour obtenir la réduction.
Le massage^ préconisé par Lucas-Ghampionnière, employé dès le début est une excellente pratique, surtout chez les gens âgés, pour prévenir les raideurs articulaires. Nous conseillons de le pratiquer pendant les trois premiers jours, chaque séance durant environ 1 heure, en évitant de passer sur le foyer de la fracture. Dans l’intervalle on applique, suivant le cas, soit, un simple bandage roulé, soit un des appareils décrits ci-dessous. Le troisième jour, on met un appareil plâtré ou silicaté,. laissant les doigts libres et qu’on enlève au bout de dix jours environ ; quelques séances de massage seront parfois nécessaires.
Si la fracture est fissurique, sans déplacement, une gouttière est suffisante, ou bien encore on soutient la main avec une écharpe et on entoure le poignet avec un petit bracelet de carton épais.
Les appareils appliqués sans massage préalable ne doivent pas rester en place plus de 15 jours afin d’éviter les raideurs des articulations des doigts et du poignet : ils ne doivent pas gêner les mouvements des doigts.
Appareil de Nélaton.
Cet appareil a joui pendant de longues années de la faveur des chirurgiens ; on lui préfère aujourd’hui l’attelle plâtrée, et surtout l’appareil plâtré d’Hennequin. Il convient seulement dans les cas de déplacement accentué et difficile à maintenir réduit.
L’avant-bras étant mis en position moyenne, appliquer : sur la face dorsale du carpe et sur le fragment
inférieur du radius, une ou deux compresses graduées
APPAREILS A FRACTURES
placées transversalement; 2® sur la face palmaire de l’avant-bras et longitudinalement, une compresse graduée dont on replie l’extrémité inférieure de manière à représenter un bord assez épais, qui doit être placé à un centimètre environ au-dessus de la saillie transversale
Fig. i268. — Appareil de Nélaton pour les fractures de l’exlrémilé inférieure du radius.
que forme le fragment supérieur; 3° deux attelles qu’on dispose ensuite sur les compresses; l’attelle dorsale, garnie de ouate, ne doit pas dépasser le carpe en bas ; elle appuie sur les compresses transversales et, en haut, sur la partie supérieure de l’avant-bras, s’arrêtant à la hauteur du coude ; l’attelle antérieure descend jusqu’au milieu de la main. Le tout est fixé par des lacs ou des bandelettes de diachylon (fig. 268) /Les compresses graduées peuvent être remplacées par de petits rouleaux de diachylon.
Fig. 209. — Appareil de Nélaton; modification de Üumesnil.
Modification de Dumesnil applicable au déplacement de la main vers le bord radial. — On combat le déplacement
FRACTURES DU RADIUS
vers le radius, s’il est très marqué, de la manière suivante : les attelles seront assez longues pour descendre jusqu’à la racine des doigts ; on place alors en anse, sur le bord radial de la main, le milieu d’une cravate ou d’une courte bande dont les deux chefs passent l’un sur la face palmaire, l’autre sur la face dorsale de la main, vont se réfléchir sur le bord cubital de l’attelle correspondante, et sont ensuite ramenés en dehors, par-dessus les attelles, pour être noués ensemble au côté externe de celles-ci (fîg. 269).
Du reste, lorsque la réduction est bien faite, l’appareil ordinaire de Nélaton suffît seul à empêcher le déplacement radial de se produire, surtout si on laisse la main pendre librement.
On a aussi proposé l’emploi d’une attelle soit dorsale, soit palmaire, à extrémité inférieure coudée en crosse de pistolet, sur laquelle la main est fixée inclinée vers son bord cubital.
G. Beck conseille d’employer les attelles de la manière suivante pour combattre les divers déplacements [Archiv, f. Klin, chir., t. LXIII, 1901). Après réduction, on applique une étroite attelle sur le côté cubital et une autre sur le côté radial, et on exerce une contre-pression sur le fragment proéminent à l’aide d’un petit rouleau de diachylon ; les attelles s’étendront de l’articulation métacarpo-phalangienne jusqu’au coude. S’il y a déplacement accentué du fragment radial vers le cubitus, la contre-pression est difficile à exercer. On place alors un rouleau de dia- ^chylon sur le cubitus et un autre sur le bord inférieur du fragment longitudinal du cubitus. Si, malgré cela, le fragment inférieur du radius reste déplacé contre le cubitus, on emploiera, pendant quelques jours, un drain en caoutchouc, de la grosseur du petit doigt, qui sera placé dans l’espace interosseux et maintenu par des I bandelettes de diachylon exerçant une pression modérée.
Lorsqu’on s’est assuré par la radiographie que la I réduction s’est bien maintenue, on peut, à la fin de la première semaine, mettre un appareil plâtré.
Lorsque le déplacement tend vers la face dorsale, on exerce une pression vers le bas à l’aide de rouleaux de diachylon et l’on dispose une large attelle en
APPAREILS A FRACTURES
bois sur la face dorsale et une autre sur la face palmaire.
Appareil de Gordon [de Belfast).
Cet appareil se compose d’une attelle cubitale avec portion en équerre, et d’une attelle dorsale courbe (fig. 270).
L’extrémité inférieure de la portion cubitale est coudée en avant et excavée pour recevoir le bord interne de la main. La portion en équerre est fixée sur le corps de l’attelle, environ à un pouce et demi en dedans de son bord externe, et inclinée en dedans et en haut ; elle s’ap-
Fiçr.