APPAREILS POUR LES ARTHRITES VERTÉBRALES
L'immobilisation dans les arthrites vertébrales peut s’obtenir avec la grande* gouttière de Bonnet, le brancart-lit de Palasciano, la gouttière de Nicaise, etc.; mais avec ces appareils elle est généralement insuffisante. Dans les cas aigus, l’extension continue rendra plus de services et on l’appliquera en s’inspirant des règles données à propos des fractures de la colonne vertébrale.
L’immobilisation par le corset plâtré appliqué suivant la méthode de Sayre, avec ou sans extension préalable, constitue une pratique excellente, en raison de sa simplicité et de ses résultats ; nous avons eu plusieurs fois l’occasion de l’employer chez des adultes atteints de mal de Pott dorsal ou lombaire, et l’application du corset leur a procuré un soulagement considérable en atténuant les phénomènes locaux et en permettant des mouvements qui ne pouvaient s’exécuter auparavant sans souffrance. Du reste cette question a été tranchée par de nombreux travaux en France et à l’étranger.
Nous allons exposer la méthode de Sayre dans son application au traitement des ostéo-arthrites tuberculeuses de la colonne vertébrale ou mal de Pott ; son emploi dans les déviations du rachis, scoliose, lordose, cyphose, est du ressort de l’orthopédie et ne saurait être étudié dans cet ouvrage.
Méthode et appareil de Sayre,
Cette méthode, qui est l’association de la suspension préconisée par Glisson et du corset plâtré, a été appliquée pour la première fois par son inventeur, en 1874, dans le traitement du mal de Pott. Elle est tout particulièrement indiquée pour les ostéo-arthrites des vertèbres
lombaires et des deux tiers inférieurs de la colonne dorsale, mais, pour les affections occupant les vertèbres cervicales et le tiers supérieur de la colonne dorsale, il faut lui préférer l’extension continue telle que nous l’avons indiquée ; cependant, même pour ces dernières lésions, certaines modifications du corset permettent d’obtenir un résultat satisfaisant.
L’application de l’appareil exige ; 1“ un appareil à suspension; 2° un tricot de flanelle ou de coton bien ajusté (tricot de matelot) ; 3“ des bandes de tarlatane plâtrées, de la ouate et du plâtre.
1» h'appay'eil à suspension (fig. 397) se compose d’une sorte de fronde double, constituée par deux courroies ou plaques métalliques rembourrées, destinées à saisir la nuque et le dessous du maxillaire inférieur, et dont les extrémités, réunies pour chaque côté, vont se fixer par une courroie à une petite traverse métallique: aux bouts de cette dernière traverse aboutissent parleurs chefs deux lanières rembourrées dont le plein passe en anse sous les aisselles. La traverse est suspendue par un anneau médian à une moufle qui va s’accrocher soit â un trépied, comme dans la figure 397, soit au plafond.
2“ Le tricot sans manches devra être bien ajusté, et fixé par des bretelles et des sous-cuisses qui seront enlevés ultérieurement après dessiccation de l’appareil. Pour les jeunes enfants, d’après Baudry, un grand bonnet de coton dont on coupe tes deux extrémités peut suffire.
3° Les bandes de tarlatane auront 12 â 15 centimètres de largeur, 4 à 5 mètres de longueur et seront préalablement saupoudrés de plâtre. Cependant des bandes de 5 mètres trempées, au moment de s’en servir, dans une bouillie plâtrée modérément épaisse, s’imprègnent suffisamment de plâtre en 4 à 5 minutes pour donner un appareil résistant. 11 en faut 5 à 6 pour les enfants jusqu’à douze ans, et 9 à 12 au-dessus de cet âge.
Applicatioii. — On revêt le malade de son tricot, puis on rembourre de ouate la saillie de la déformation, les épines iliaques et la saillie des côtes; en outre, à hauteur du creux de l’estomac, on met sous le tricot un gros tampon de ouate enveloppé dans un linge, et attaché à une ficelle qu’on laisse pendante, afin de pouvoir la retirer facilement après application de l’appareil (au lieu de ouate, on peut employer un pessaire à insufflation de Gariel). Cette dernière disposition a pour but de ne pas
entraver l’action de l’estomac pendant la digestion, en lui laissant l’espace nécessaire à son développement, et de ne pas gêner l’action du diaphragme. Sur les femmes
Fig. 397. — Appareil à suspension de Sayre.
à seins développés, on doit aussi glisser du coton entre eux et au-dessus, mais de manière à pouvoir l’enlever avant la dessiccation complète de l’appareil; on presse alors sur le corset plâtré, au niveau du sternum, pour le déprimer et éviter ainsi la compression des seins.
L’appareil à suspension appliqué, on tire graduellement sur la moufle de manière à élever sans secousse le malade jusqu’à ce qu’il ne touche plus le sol que par ses gros orteils. Dans le cas où la suspension est pratiquée pour une scoliose, on fera saisir la corde de traction par le patient, qui devra placer sur un point plus élevé la main située du côté de la concavité de la courbure. Le sujet respirera largement, afin de réduire à son minimum la traction exercée sur les ligaments du cou.
Un aide placé devant le patient doit le maintenir pour l’empêcher de tourner sur son axe.
On plonge alors les bandes plâtrées dans l'eau chaude, on les exprime, puis, en se mettant derrière le malade, on les applique en commençant par la partie la plus étroite du tronc, pour, de là, descendre jusqu’à deux travers de doigt du grand trochanter et remonter ensuite jusqu’aux aisselles; le corset sera ainsi plus épais à sa partie moyenne. Les tours de bande se recouvriront aux deux tiers, et il en faut 8 à 10 épaisseurs chez l’adulte, 6 chez l’enfant; puis tout l’appareil est badigeonné avec du plâtre sec. Dans certains cas, il est nécessaire de conduire quelques tours de bande autour des épaules pour les attirer en arrière; ces espèces de bretelles sont coupées et enlevées après dessiccation. Pendant l’application des bandes, on exercera une striction modérée, en les moulant simplement sur le tronc sans le comprimer.
Pendant que l’appareil se durcit, il faut le modeler par des pressions exercées avec les mains; une fois qu’il est solide (dix à quinze minutes), on redescend le patient peu à peu pour le faire asseoir sur une chaise, puis on retire le pessaire dégonflé ou le tampon de ouate qui est placé au niveau de l’estomac, on coupe les bretelles et les sous-cuisses du maillot, on échancre le corset sous les aisselles, et, s’il y a lieu, on pratique des fenêtres au niveau des plaies ou abcès.
Afin de rendre l’appareil plus solide tout en étant plus léger, on le renforce avec des attelles en zinc laminé qu’on dispose entre les couches de bandes plâtrées des deux côtés de la colonne vertébrale et dans la ligne axillaire; cette pratique permet d’employer moins de
bandes plâtrées. En outre, en étendant ces attelles postérieures jusqu’au-dessus des omoplates, on peut prolonger facilement l’appareil jusqu’à la septième cervicale, et obtenir la fixation des épaules à l’appareil par l’adjonction de tours de bandes passant sur elles.
Le corset ainsi appliqué doit rester en place de deux à trois mois, sans avoir besoin d’ètre renouvelé.
lllodificatiou!§» de la méthode de Sayre. — Tout en acceptant le principe de l’emploi du corset plâtré
Fig. 398. — Méthode de Petersen ; suspension liorizontale pour un cas de cypliose.
comme bon moyen d’immobilisation de^la colonne] vertébrale, un grand nombre de chirurgiens sont opposés à la suspension cervicale qui, bien que ne devant Jpas être
prolongée plus d’un quart d’heure, a produit parfois des accidents sérieux; au delà de cinq ans, il vaut mieux y renoncer; chez les adultes, quand la lésion siège à la colonne lombaire et n’est pas portée à un haut degré, la suspension par les aisselles est suffisante; avec deux cravates et une moufle on arrive à ce résultat; mais si la lésion siège plus haut, si la déformation est très accentuée, on se bornera à appliquer le corset sur le malade placé dans la position horizontale avec ou sans extension. Le procédé suivant, dû à Petersen, est un des plus simples de ceux qui ont été proposés.
Application du corset dans la situation horizontale (fig. 398). — Le malade est étendu horizontalement sur deux tables placées à . une certaine distance l’une de l’autre de manière que ses membres inférieurs jusqu’aux grands trochanters portent sur l’une d’elles, la tète sur l’autre; le tronc sera soutenu par le plein d’une cravate (ou de larges bandes) longue de 1 mètre à 1™, 30, dont les extrémités sont fixées au moyen d’une corde au liout d’une tringle en métal ou en bois de 1“*, 50 de longueur suspendue au plafond par une moufle; on applique le corset dans cette situation, après avoir matelassé toutes les saillies, et on le renforce avec des copeaux de tapissier intercalés dans les bandes plâtrées; on doit recouvrir la partie de la cravate qui touche le corps, et on coupe ensuite les chefs au ras de l’appareil,
Sloan place le malade à nu dans un hamac en mousseline suspendu par des bandes à une traverse de bois afin d’empêcher le balancement. Les bandes plâtrées sont appliquées par-dessus le hamac; lorsque l’appareil est durci, on coupe les parties débordantes du hamac et des bandes de suspension.
Au lieu de plâtre, on s’est servi de silicate de potasse pur ou mélangé à la magnésie, de feutre plastique, etc,; Karewski applique sur le tricot matelassé de ouate une cuirasse en toile métallique, qu’il fixe par des bandes de silicate de potasse. Mais le feutre plastique, la cuirasse de. Karewski, nécessitent, pour être exactement appliqués, la préparation d’un moule plâtré du tronc, et sont par conséquent d’un manipulation compliquée, car le fabricant doit presque toujours définitivement inter-
venir pour l’achèvement de l’appareil; du reste, ces procédés ont surtout en vue le traitement orthopédique des déviations de la colonne.
Dans certains cas, on pourra, suivant le conseil de Sayre, rendre l’appareil amovible en l’incisant longitudinalement et en plaçant sur les bords deux bandes de forte toile sur lesquelles on a fixé des crochets à agrafe et qu’on imprègne de silicate au moment de l’application; au moyen de lacs élastiques ou d’un simple lacet, il est ensuite facile de serrer plus ou moins le corset et de l’enlever à volonté. Sayre repousse l’emploi de sa méthode chez les enfants qui ne peuvent pas marcher.