SAIGNÉE LOCALE; SANGSUES
ne se déplace pas. On emploie souvent un petit instrument, assez semblable à une seringue à injection avec piston mobile, composé d’un tube en verre légèrement recourbé et aminci à son extrémité, dans lequel on introduit la sangsue : pendant toute la durée de son action, l’animal reste enfermé dans le tube, ce qui est moins désagréable pour le patient.
Pour poser une sangsue sur le col de Putérus, on introduit d’abord un spéculum cylindrique dont on applique fortement l’extrémité contre les culs-de-sac du vagin pour éviter que la sangsue ne glisse entre la paroi vaginale et le spéculum, ensuite on porte la sangsue sur le col avec un tube de verre; dans quelques cas où le col est large, dilaté, on fera bien de l’obturer momentanément avec un petit tampon de ouate. On a aussi recommandé [de maintenir l’animal au moyen d’un fil attaché à son extrémité caudale.
Quand on opère sur la région anale, certains auteurs conseillent de fermer l’anus avec un petit tampon huilé ou cératé, pour empêcher une pénétration dans le rectum, bien difficile du reste.
La sangsue une fois fixée ne doit plus être touchée, car elle lâche prise assez facilement; si elle se détache dès le début, c’est qu’elle est mauvaise, et il faut la rejeter. Les sangsues tombent d’elles-mêmes quand elles sont gorgées de sang, généralement après trois quarts d’heure ou une heure, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard, suivant leur quantité. Parfois on est obligé de déterminer leur chute, soit en les saupoudrant de sel de cuisine, de tabac, de cendres, soit en les coupant avec des ciseaux, mais il ne faut jamais les arracher de force, car on risque ainsi de briser leurs mâchoires dans les tissus, ou d’enlever même un lambeau de peau. Si, après la chute des sangsues, on a intérêt â prolonger l’écoulement sanguin, on applique des fomentations chaudes, des cataplasmes, ou bien on fait plonger le malade dans un bain. .
La perte de sang produite par une sangsue varie avec sa taille, avec la durée de son application et aussi avec la vascularité delà région. On peut admettre une moyenne de 15 à 16 grammes tant [pour le sang tiré par la succion que pour celui écoulé ensuite. On ne dépassera pas
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
un maximum de 20 sangsues chez l’adulte, et 4 chez les enfants jeunes.
La guérison des piqûres sous un pansement antiseptique est obtenue en 2 ou 3 jours; il persiste une cicatrice étoilée caractéristique, qui parfois s’hypertrophie et nécessite alors l’excision.
Accidents de l’application. — Le premier accident est la douleur parfois fort vive, surtout au moment de la morsure, et qui chez les personnes nerveuses peut continuer à un haut degré d'intensité et déterminer des convulsions; on la combattra, dans ce dernier cas, par des bains et des applications narcotiques locales.
L’hémorragie s’arrête assez facilement en comprimant la plaie avec le doigt pendant quelques instants ; si elle est plus tenace, on essayera un bandage compressif après application de tampons de toile d’araignée, de gaze iodoformée, de rondelles ou de coins d'agaric, ou encore de poudre de sulfate de fer. l'arfois on sera obligé, si un vaisseau volumineux a été ouvert, de saisir la plaie avec une pince à forcipressure ou de faire une ligature en masse de toute la piqûre ; Sédillot conseille de percer les lèvres de la plaie avec une aiguille très fine et de les rapprocher avec un fil en 8 de chiffre qui fait suture. Chez les enfants, il faut se hâter d’arrêter ces hémorragies, car elles ont amené la mort.
L’érisypèle, la lymphangite et même les phlegmons ont été signalés, ainsi que la mortification des points d’application. Ces accidents dus soit à la mauvaise qualité des sangsues, soit au mauvais état général du sujet, seront souvent prévenus par l’application du pansement antiseptique.