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CHAPITRE IX

HÉMOSTASE PROVISOIRE

L’hémostase provisoire consiste dans l’emploi des procédés, non sanglants, ayant pour but de suspendre momentanément le cours du sang dans un vaisseau ou dans une plaie. Elle est employée soit dans le cas d’hémorragie, pour permettre d’attendre la ligature du vaisseau, soit pendant les opérations, pour éviter les pertes de sang, soit encore pour la cure des anévrismes, etc. Ces procédés peuvent même, dans les lésions des vaisseaux de petit ou de moyen calibre, particulièrement des veines, déterminer un arrêt définitif de l’hémorragie.

I I. — Des procédés mécaniques de l’hémostase

« Le chirurgien appelé à donner ses soins à un blessé atteint d’hémorragie, dit Legouest, doit appliquer tout d’abord ses doigts dans la plaie, afin d’arrêter immédiatement l’écoulement du sang; il cherche ensuite à reconnaître la source de l’hémorragie. Après avoir mis largement les parties à découvert, et les avoir débarrassées de tout vêtement pouvant apporter quelque obstacle au cours du sang, il exerce sur l’artère principale de la région blessée une compression entre le cœur et la plaie : s’il s’agit d’une lésion artérielle, l’écoulement est suspendu ou modéré ; dans le cas d’une lésion veineuse, l’écoulement de sang est au contraire augmenté. »

I. Le rapprochement et la suture des lèvres de la plaie sont applicables aux hémorragies capillaires,

OPERATIONS DE PETITE CHIRURGIE

abondantes, rarement à des hémorragies qui proviennent de la blessure des veines ou des artères de petit calibre.

II. Positîou cia membre. — 1® L’élévation réussit souvent contre les hémorragies capillaires et veineuses; 2*^ la flexion forcée du genou ou du coude est un moyen qui agit en comprimant l’artère poplitée ou l’artère humérale; 3° l’extension forcée, exercée sur le coude, réussit aussi, pour le même motif, à suspendre momentanément le cours du sang dans le cas d’hémorragie de la main et du poignet. Ces deux dernières positions appartiennent, en réalité, à la catégorie des moyens de compression.

III. De la compression. — Elle est immédiate ou médiate : immédiate, directe, quand elle est faite dans la plaie sur le vaisseau divisé; médiate, indirecte, si elle est pratiquée, à distance de la blessure, sur le trajet du vaisseau par l’intermédiaire des tissus.

a. COMPRESSION IMMÉDIATE, INDIRECTE

Le nom d’immédiate lui convient spécialement, quand elle est faite avec le doigt ou les pinces à forcipressure sur l’orifice même du vaisseau ; la compression exercée par le tamponnement de la plaie mérite plutôt la dénomination de directe.

d® Compression digitale. — Applicable seulement dans les plaies étendues, elle se pratique en plaçant le bout de l’index ou du petit doigt dans la plaie, sur l’orifice du vaisseau divisé. Ce moyen est essentiellement temporaire.

2*^ Compression par les pinces hémostatiques ou à forcipressure. — Ce 'procédé, indiqué par C. Græfe en 1831, est entré dans la pratique chirurgicale grâce aux travaux de Péan, Kæberlé et Verneuil. On se sert pour l’appliquer de pinces, dites hémostatiques, dérivées du modèle des pinces à pansement.

Ces pinces, à cran d’arrêt, présentent des formes et des dimensions variées (fîg. 431, 432 et 433), suivant les régions sur lesquelles on opère et suivant les opérations. Les mors sont tantôt semblables à ceux des pinces à pansement, tantôt plus effilés et

HÉMOSTASE PROVISOIRE; COMPRESSEURS

plus longs (pinces longuettes), tantôt, au contraire, en anneau, en cœur, en T. Pour les opérations dans les cavités, les pinces

Fig. 431. — Pinces à‘forcipressurc.

sont généralement à mors très allongés. Kocher emploie, pour

Fig. 432. — Pinces à forcipressure.

les vaisseaux des organes parenchymateux, une pince à mors allongés dont l’un est terminé par une sorte de dent en croc qui

OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE

s’emboîte clans une mortaise correspondante de l’autre mors. L’aiiiculation des mors est tantôt à vis, fixe, tantôt à tenon, ou mieux à crochet (modèle Collin), démontable et ])ar suite d’un nettoyage facile et plus sûr.

Lorsque, pour une opération, on n’a |pas appliqué de liande cl’Esmarch, chaque vaisseau divisé doit être immédiatement saisi par une pince; un coup d’éponge donné en frottant, permet de découvrir facilement l’orifice des vaisseaux de petit calibre; si le vaisseau sectionné est volumineux, il faut appliquer l’extrémité d’un doigt sur sa lumière, en attendant de pouvoir le pincer, et cela pour limiter autant que possible la perte de sang.

Une fois le vaisseau saisi, la pince est abandonnée à ellemême; quand il y en a plusieurs dans une plaie, ce qui est fréquent, on les confie à un aide qui les maintient de manière qu’elles ne gênent pas le champ opératoire. Il faut savoir que presque toujours les vaisseaux sont saisis avec une petite quantité de tissus périphériques sans aucun inconvénient. L’opération terminée, on retire les pinces successivement après avoir procédé aux ligatures nécessaires.

Dans certains cas, particulièrement dans les opérations faites dans les cavités (vagin, rectum), on laisse assez souvent les pinces à demeure pendant vingt-quatre à trente-six heures pour éviter de faire des ligatures parfois impossibles. On aura alors la précaution d’entourer les branches avec de la gaze iodoformée et de veiller à ce qu’elles ne pressent pas sur tes parties molles, pour éviter la production d’escarres.

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