III. — Opération du cathétérisme
Les instruments évacuateurs aseptisés devront, avant l’introduction, être débarrassés de toute trace d’antiseptique fort, soit en les essuyant avec un linge stérilisé, soit mieux en les passant à l’eau bouillie stérilisée, afin déménager la muqueuse urétrale très sensible. On lubrifie ensuite l’instrument avec un corps gras, vaseline boriquée à 10 p. 100 ou salolée, huile ou vaseline liquide stérilisée par la chaleur. M. Guyon conseille le mélange suivant :
Poudre de savon 50 grammes.
Glycérine 25 —
Eau 25 —
Sublimé 0,02 —
Il ne faut jamais faire pénétrer une sonde sans s’ètre renseigné au préalable sur les antécédents urétraux du sujet, pour ne pas exposer le canal à des accidents. Dans les cas de doute, on pratique le cathétérisme explorateur avec une bougie à bout olivaire (fig. 465), en se conformant aux règles données pour l’introduction des sondes flexibles droites, et en agissantavec lenteur et délicatesse, pour se rendre compte des obstacles rencontrés.
Nous avons dit qu’on choisira de préférence une sonde molle en caoutchouc ; si elle ne passe pas chez les vieil-
lards à prostate hypertrophiée, on recourra aux sondes à béquille ou bicoudées, en gomme.
Le lit sera garni d’une alèze, et un vase à bords peu élevés sera préparé pour recevoir l’urine. Le malade sera couché sur le bord gauche du lit, la tète un peu fléchie, le dos horizontal, le siège soulevé par un petit coussin ou tout autre objet, les genoux modérément fléchis et écartés en dehors, les pieds reposant sur leur face externe, et appuyés l’un contre l’autre; il doit respirer à son aise, et même fermer les yeux pour éviter la tendance à la contraction spasmodique de l’urètre.
Dans les cas exceptionnels où Ton pratique le cathétérisme debout, le malade s’appuie contre un meuble ou un mur, et se tient les jambes modérément écartées; le chirurgien assis en avant de lui et un peu à gauche procède à l’opération conformément aux règles habituelles.
La manœuvre du cathétérisme diffère suivant qu’on le
pratique avec des sondes flexibles ou des sondes rigides.
Fig. 465. — Bougie à boule.
a. Cathétérisme avec les soxdes flexibles
Soiide.s en caoutchouc. — L’opérateur, placé à gauche, prend de la main droite l’instrument lubrifié et le tient à environ 2 centimètres au-dessus de son extrémité ou bec; il saisit, de la main gauche, la verge au niveau et sur les côtés de la couronne du gland entre le médius et l’annulaire, dont la face dorsale regarde en bas et avec lesquels il refoule les téguments, tandis qu’avec le pouce et l’index il entr’ouvre les lèvres du méat sans les comprimer. La
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
verge étant relevée perpendiculairement au plan du corps, il la tend modérément et y introduit la sonde, qu’il fait glisser dans l’urètre en la tenant toujours à 2 centimètres' du méat, de manière à la fouler pour ainsi dire dans le canal et à empêcher sa flexion sur elle-même.
Dès que la sonde a pénétré dans la vessie, l’urine sort par le pavillon, qui doit être aussitôt fermé avec l’index jusqu’à ce que le récipient soit convenablement disposé. On peut faciliter l’évacuation en appuyant sur l’hypogastre, mais il faut se rappeler qu’une vessie distendue outre mesure ne doit pas être évacuée complètement.
2° Sondes droites en gomme élastique. — Elles suivent toujours la paroi inférieure du canal ; on leur imprime une certaine courbure avant de s’en servir. La position du patient et la manière de tenir la verge sont les mêmes que ci-dessus. La sonde, saisie comme une plume à écrire, est poussée par un mouvement lent et continu. Lorsque, chez les sujets nerveux et chez ceux qui ont la vessie malade, la production d’un spasme de la portion membraneuse empêche la sonde d’avancer, on laisse le bec de celle-ci appuyer pendant quelques instants contre l’obstacle, qui ne tarde pas à céder. La résistance peut encore venir de l’arrêt du bec de l’instrument contre la bride inférieure du collet du bulbe; il ne faut pas chercher à la franchir de force, mais retirer un peu la sonde en arrière, et recommencer avec douceur le mouvement de propulsion. Dans d’autres cas, c’est la prostate hypertrophiée qui fait obstacle ; on doit alors recourir aux sondes coudées, à béquille.
3° Sondes en gomme, coudées ou à béquille. — Mêmes manœuvres que ci-dessus, seulement le bec sera tenu contre la paroi supérieure du canal. La conformation de la sonde coudée lui permet de glisser par son talon sur la prostate hypertrophiée et sur la lèvre inférieure du col, aussi estelle appelée « sonde des vieillards ». Si l’on manque le collet du bulbe, on incline le bec un peu à droite ou à gauche, ou bien on retire légèrement l’instrument pour recommencer la manœuvre de glissement.
Si l’on a transformé la sonde coudée en sonde bicoudée à l’aide du mandrin, une fois le collet du bulbe franchi, la main gauche saisit la sonde et l’enfonce vers la vessie.
tandis que la main droite retire progressivement le- mandrin en sens inverse. L’emploi du mandrin exige une certaine prudence, pour que son bout libre ne perfore pas la paroi de la sonde et ne lèse ainsi le canal.