Cathétérisme avec les sondes rigides courbes
La manœuvre d’introduction est divisée en trois temps, qui, en pratique, se succèdent sans interruption.
temps, — Position du chirurgien et du patient comme il a été dit. La verge étant attirée vers l’aine gauche, la sonde, tenue comme une plume à écrire, est présentée parallèlement à l’aine gauche par sa concavité, introduite dans le méat, et poussée dans la portion pénienne ; au fur et à mesure de sa pénétration, elle est ramenée ainsi que la verge parallèlement à la ligne blanche, en même temps que la main gauche exerce sur la verge une traction, qui atteint son maximum lors de l’arrivée du bec à la région sous-pubienne. Dans ce mouvement, le pavillon est maintenu à une légère distance de la paroi abdominale, afin d’éviter des frottements, qui retentiraient douloureusement sur le canal.
2® temps. — Il succède sans interruption au précédent, et a pour but la pénétration du bec de la sonde dans l’orifice membraneux, pénétration qui doit se faire pendant la situation tendue et redressée de la verge, par le mouvement régulier et continu de propulsion. L’orifice franchi, on exécute l’abaissement en faisant décrire lentement au pavillon un arc de cercle qui le renverse entre les cuisses du patient, tandis qu’on continue à enfoncer la sonde dans le canal; par cette manœuvre, la sonde traverse l’urètre profond. J.-L. Petit a donné le conseil de faciliter ce temps en plaçant la main gauche sous le périnée pour soutenir la sonde et maintenir son bec, sans pression, contre la paroi supérieure du canal.
3° temps. — Il se confond avec la fin du précédent et fait pénétrer la sonde dans la vessie, à mesure que le pavillon s’abaisse. L’instrument doit alors être amené parallèment aux cuisses.
L'évacuation terminée, retirer la sonde en reproduisant en sens inverse les manœuvres d’introduction, et
PETITE CHIIIURCIE, 6* Ôclit.
tenir le pavillon obturé avec l’index, pour éviter la souillure du lit.
Sonde coudée rigide. — Elle est introduite en faisant d’abord glisser le bec sur la paroi latérale gauche de Purètre; dès qu’elle est parvenue au collet du bulbe, on lui fait exécuter sur elle-même un quart de tour qui amène le bec en contact avec la paroi supérieure, et lui permet de franchirl’orifice membraneux. Le reste de la manœuvre comme ci-dessus.
Difficultés du cathétérisme. — Si le méat est trop étroit, le débrider avec un bistouri boutonné.
L'arrêt produit par la valvule de Guérin s’évite en dirigeant le bec de la sonde sur la paroi inférieure ou sur une des parois latérales.
L’abaissement, commencé trop tôt, fait souvent butter les sondes à grande courbure contre la symphyse du pubis ; retirer alors un peu rinstrument et l’enfoncer ensuite davantage pour ne rabaisser qu’après avoir dépassé la symphyse.
Le temps le plus délicat, celui où se produisent généralement les fausses routes, se trouve à la fin du premier temps de- la manœuvre, et consiste à éviter le cul-de-sac du bulbe pour franchir l'orifice membraneux. Le bec de la sonde sera rigoureusement maintenu contre la paroi supérieure, afin de l’empècher de descendre dans le cul-de-sac ; s’il y a pénétré, on l’en dégage en soutenant la sonde à travers le périnée avec la main gauche. Si l’on manque le passage, retirer un peu la sonde, et recommencer la manœuvre d’abaissement sans presser sur l’instrument pendant son exécution.
Si le spasme, déjà indiqué plus haut, ne se laisse pas vaincre en maintenant le bec de la sonde ap])uyé contre l’obstacle par une pression légère, il faut recourir aux calmants et aux émollients (bains, cataplasmes, lavements laudanisés, injections souscutanées de morphine).
Chez les vieillards, la saillie inférieure du col vésical, soulevé ])ar une hypertrophie prostatique, arrête parfois brusquement la sonde pendant le temps d’abaissement avec propulsion : retirer alors un peu la sonde, et abaisser, davantage et avec lenteur le pavillon entre les cuisses. Guyon recommande d’introduire le doigt dans le rectum, pour soutenir l’instrument et lui permettre de pivoter de telle manière que son bec demeure au contact de la paroi supérieure et passe par-dessus l’obstacle. Des sondes coudées et bicoudées sont celles qui conviennent le mieux dans ces cas difficiles.
FIXATION D’UNE SONDE A DEMEURE
§ II. — Cathétérisme de l’urètre chez la femme
Le canal de l’urètre chez la femme est droit, court et • dilatable, et ne présente aucune difficulté au cathétérisme.
Instruments. — La sonde de femme, du calibre n° 16, est longue de 12 à 15 centimètres, et presque complètement droite jusqu’à son extrémité qui se relève à angle obtus de manière à former un bec long de 1 à 2 centim! Les sondes molles et flexibles sont excellentes.
Opération. — Elle se fait soit à l’aide du toucher, c’està-dire à couvert, soit à l’aide de la vue, c’est-à-dire à découvert.
1® Cathétérisme à couvert. — La femme étant couchée dans la position indiquée pour l’homme, le chirurgien, placé à gauche, écarte les grandes et petites lèvres avec le pouce et le médius de la main gauche, porte l’index la pulpe en haut à l’entrée du vagin, et le ramène en haut et en avant jusqu’à ee qu’il sente le point de repère fourni par la saillie du bulbe du vagin. Il glisse alors la sonde sur la face palmaire de cet index, le bec en haut, en appuyant légèrement sur la convexité pour relever ce beci qui pénètre ainsi facilement dans le méat.
2® Cathétérisme à découvert. — Même position pour la femme. L’opérateur met à découvert le méat, en écartant les grandes et les petites lèvres avec l’index et le pouce de la main gauche; il introduit ensuite la sonde, qu’il tient comme une plume à écrire, la concavité du bec regardant le pubis. Exceptionnellement, la patiente sera mise dans la position de l’examen au spéculum.
I III. — Fixation d’une^sonde a demeure
La sonde laissée à demeure ne doit léser ni l’urètre ni la vessie; aussi faut-il proscrire, en règle générale, les instruments métalliques, et n’employer que les sondes flexibles en gomme ou en caoutchouc. La meilleure est la sonde à béquille, à deux yeux larges et réguliers, et d’un calibre tel qu’elle joue assez librement dans le canal. Le
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
bec de l’instrument doit faire dans la vessie juste la saillie nécessaire à sa fixité et à l’écoulement de l’urine ; pour cela, lorsque la sonde a pénétré et que l’urine coule, on la retire doucement jusqu’à cessation de l’écoulement, puis on l’enfonce derechef environ de 3 à 4 centimètres, et on la fixe par un des procédés suivants. On peut aussi employer une des sondes à fixation automatique décrites plus loin.
Procédé de Voillemier. — « On prend deux cordons longs d’environ 1 mètre, composés de plusieurs brins de fil de coton. On noue la partie moyenne de l’un de ces cordons sur la sonde, à 3 centimètres au-dessus du méat urinaire, en faisant un double nœud, ou sur une épingle traversant la sonde s’il s’agit d’un instrument en gomme. Ees deux chefs du cordon sont conduits sur un des côtés de la verge, jusqu’à la partie mo^œnne, passés l’un sur l’autre, comme si Ton voulait faire un simple nœud, tournés autour de la verge et enfin arrêtés autour d’elle par un nœud en forme de rosette. Le second cordon est appliqué de la même façon sur le côté opposé de la verge. » Si la sonde a deux anneaux, on peut y fixer la partie médiane des lacs par un nœud.
Lorsque le malade est tourmenté par des érections, Voillemier conseille de fixer des cordons sur la sonde comme ci-dessus, puis de les passer avec une forte aiguille à travers le bord d’un anneau de caoutchouc mince, souple et large de 2 centimètres, préalablement appliqué sur la partie moyenne de la verge.
2“^ Fixation par le collodion[Çi^. 466). — Les cordons attachés à la sonde, ainsi qu’il vient d’être dit, sont fixés à la
Fig. 46G. — Fixation d’une sonde à demeure avec la gaze collodionnêe.
partie moyenne de la verge par une bandelette de tarlatane collodionnêe, placée circulairement, puis incisée en
FIXATION D’UNE SONDE A DEMEURE
deux points opposés, de façon à constituer un anneau à deux segments distincts permettant la production de l’érection.
On fixe parfois les chefs des cordons, sur la verge, au moyen d’une bandelette de diachylon, large de 2 centimètres, et assez longue pour faire deux fois et demie le tour de l’organe sans exercer de constriction. Ce moyen, bon pour les bougies fines, est inférieur au collodion.
3® Procédé de Thompson (fig. 467). — Il faut deux liens de coton, longs de 0™,75 à 0“,80. Un des cordons (1, 1) est assujetti par son milieu au-dessus du pavillon de la sonde, de manière à avoir deux chefs libres, qui sont ensuite
Fig. 467. — Fixation d’une sonde à demeure (procédé de Thompson).
conduits à la base du gland, où on les noue ensemble; on entoure alors la verge avec l’anse ainsi formée, qu’on transforme en anneau en allant noner les chefs sur le point de la verge opposé au premier nœud. Les chefs (1,1) sont enfin dirigés vers le pubis, où on les fixe en les nouant solidement sur une touffe de poils qu’on replie ensuite sur elle-mêtne pour la saisir dans un dernier nœud.
On recommence la même opération avec l’autre cordon (2, 2), en ayant soin de superposer exactement l’anneau fait à la couronne sur celui de l’autre cordon. Ce procédé n’est pas supérieur à la fixation par le collodion.
Au lieu de nouer les chefs aux poils du pubis, on peut les fixer sur un suspensoir, mais l’appareil est alors peu solide.
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
4® Fixation des sondes en caoutchouc. — Ces sondes sont difficiles à maintenir en place. On pourra soit les fixer au méat par un point de suture au crin de Florence, soit employer le procédé suivant :
Procédé de Dittel. — Il faut une épingle à insectes et un
morceau de diachylon de 25 centimètres de long et de 6 centimètres de large, qu’on divise en trois parties (fig. 467).
La sonde mise en place, la verge dans sa position naturelle, on enfonce transversalement à travers le cathéter, au ras du méat, l’épingle dont on sectionne ensuite la pointe. On applique alors le morceau de diachylon A,
FIXATION D’UNE SONDE A DEMEURE
muni d’une fente latérale, au-dessous de l’épingle; sur le sommet du gland (fig. 469); il a pour but d’empècher la compression par l’épingle. On place alors la partie B de telle sorte que le cathéter pénètre à travers l’ouverture b; ses deux chefs sont ramenés le long de la verge, l’un sur la face dorsale, l’autre sur la face inférieure, et on les assujettit au moyen de circulaires faits avec la troisième bandelette G, en commençant sur le gland pour l’empècher de s’œdématier.
5° Fixation d'une sonde chez la femme. — Les procédés cidessus ne sont évidemment pas applicables. Les chefs
des cordons noués sur la sonde près du pavillon vont se fixer directement à un bandage de corps, ou aux souscuisses d’un bandage en T double (Boyer).
Bouisson a conseillé d’attacher, près du pavillon de la sonde, deux longs cordons ou rubans dont les chefs libres
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
vont embrasser de chaque côté la cuisse correspondante d’avant en arrière pour venir se fixer sur le pavillon; ces cordons sont maintenus en avant et en arrière par deux morceaux de bande de toile qui sont noués sur une ceinture (fig. 470).
En raison de la difficulté que l’on éprouve à maintenir en place la sonde ordinaire, Sims a proposé une sonde d’aluminium en S, à courbure peu marquée, percée d’une sérié de trous sur son bec et à pavillon évasé, qui se maintient en place d’elle-mème.
6® Sondes à fixation automatique.
— De Pezzer, Malécot, Desnos, ont inventé des sondes qui se fixent automatiquement une fois introduites dans la vessie.
La sonde en caoutchouc de M. de Pezzer présente à son extrémité une sorte de renflement perforé en forme de champignon qui se déploie à l’aide d’un mandrin après l’arrivée de la sonde dans la vessie.
La sonde de Malécot, également en caoutchouc, présente, près de sa partie terminale, quatre bandelettes, deux larges et deux courtes, qui unissent le bec au corps de la sonde; de l’inégalité de ces bandelettes il résulte que deux d’entre elles font saillie latéralement en deux points opposés. On introduit la sonde avec un mandrin en exerçant une traction qui produit l’allongement des petites bandelettes et des saillies latérales. Dès que
Fig. 471, — Sonde à fixation automatique de Desnos.
par suite l’effacement