STÉRILISATION DES MATIÈRES A PANSEMENT
7 p. 1000; elles peuvent être conservées dans des bocaux bien bouchés contenant une solution de sublimé renouvelée -tous les 8 jours, et, si l’on a des craintes sur leur asepsie, au moment d’agir, on les soumettra encore à l’ébullition (Terrillon).
Les éponges, préparées comme il a été dit page 42, seront conservées dans des solutions antiseptiques, acide phénique à 5 p. 100, ou sublimé à 1 p. 1000. La préparation des éponges datera au moins de 8 jours; les solutions seront souvent renouvelées. Les compresses-éponges, les tampons de gaze et de coton, seront stérilisés à l’autoclave ou soumis à l’ébullition pendant une heure dans une solution de sublimé ou dans l’eau filtrée ou stérilisée.
Les drains en caoutchouc sont maintenus dans la solution phéniquée à 5 p. 100. La solution de sublimé colore en noir les tubes mal désulfurés (comme elle le fait poulies éponges), et finit par les altérer. On peut assurer leur asepsie en les soumettant, pendant 10 minutes, soit à l’ébullition dans une solution antiseptique ou de carbonate de soude à 1 p. 100, ou même dans de l’eau simple, soit à la vapeur d’eau sous pression.
Fils a ligature et a suture. — La stérilisation des fils à suture et à ligature est une des questions qui continue à préoccuper le plus vivement l’attention des chirurgiens. On a, en effet, l’occasion de remarquer encore trop souvent, après les opérations les mieux conduites et pour lesquelles les règles de l’asepsie la plus rigoureuse ont été appliquées, des éliminations tardives des fils à suture profonds, des suppurations partielles, localisées au trajet des fils superficiels, parfois même des accidents plus graves. C’est surtout après les opérations de cure radicale de hernie que ces accidents ont paru avec le plus de fréquence. Les uns ont attribué ces mécomptes, soit à la difficulté de stériliser les fils, soit à une souillure accidentelle des fils par les mains du chirurgien ou des aides; les recherches de Hœgler sont très instructives sur ce point, et il a constaté que les fils stérilisés préalablement à la vapeur, puis touchés par les mains, ne sont plus stérilisés, tandis qu’ils le restent s’ils ont été antiseptisés au sublimé; les germes se trouvent entre les
PANSEMENTS
fibres des fils de soie. D’autres ont pensé que, pour les sutures superficielles, l’infection provenait des germes ayant pénétré dans les glandes de la peau et échappant ainsi à la désinfection habituelle du champ opératoire. En ce qui concerne le catgut, on a invoqué sa mauvaise fabrication, faite souvent avec des intestins d’animaux malades. Poppert et Orlandi (de Turin) attribuent le fait à des produit chimiques bactériens qui se trouvent dans le catgut avant sa préparation, sont rebelles à la stérilisation et lui communiquent parfois un pouvoir chimiotoxique intense. Aussi, actuellement, la plupart des chirurgiens étrangers en sont revenus à la soie préparée antiaeptiquement, rejetant la soie aseptique et le catgut. En France, depuis quelques années, le catgut a vu aussi diminuer le nombre de ses partisans, mais l’on continue à préférer la soie aseptisée à l’autoclave. Certains chirurgiens, tels que Hahn, ne se servent de catgut que dans les plaies septiques ou dans les cavités.
Le catgut et la soie sont enroulés sur des bobines en verre ou en nickel, à cadre ou à claire-voie, afin de faciliter la stérilisation; l’enroulement ne comportera que deux tours superposés. On a construit des dévidoirs en verre ou en métal de modèles variés, destinés à faciliter leur emploi tout en les mettant à fabri des souillures. Les bobines et les flacons seront préalablement stérilisés à l’eau bouillante ou à l’étuve.
do Cdlgut. — Le nombre des jirocédés conseillés pour la stérilisation du catgut montre combien cette opération est difficile ; nous avons dit que beaucoup de chirurgiens ont renoncé à son eni])loi aïKiuel ils attribuaient divers accidents (suppuration, {lustule maligne). Le catgut brut contient des ptomaïnes, toxines, graisse, etc, dont il est nécessaire de le débarrasser. L’alcool bouillant détruit les ptomaïnes simplement adhérentes et enlève aussi les substances grasses mieux que l’eau de savon (Saul).
L’asepsie du catgut se recherche soit par les antiseptiques chimiques, soit par la chaleur.
a) Asepsie du catgut par les an lise}) tiques chimiques. — La première formule de Lister était la suivante :
Acide phénique Eau
20 grammes
STÉRILISATION DU CATGUT
Plonger le rouleau de catgut dans cette solution de manière qu’il ne touche pas le fond du flacon et l’y laisser séjourner six mois.
Il substitua ensuite la préparation par l’acide chromique ; le catgut est plus asej)tique, plus solide, mais se résorbe moins facilement.
Acide chromique 1 partie
Acide phénique 230 —
Eau 4000 —
Catgut 200 —
Retirer le catgut après 48 heures, l’étendre soigneusement et le faire sécher, et le conserver dans la solution phéniquée comme ci-dessus.
Avant l’emploi, Lucas-Championnière l’immerge dans un bain d’essence de térébenthine pour le dégraisser, puis le plonge, au cours de l’opération, dans la solution phéniquée à 5 p. 100. Il conseille avec raison au chirurgien de préparer son catgut lui-même, avec des cordes sèches achetées dans le commerce.
O. Bloch (de Copenhague) stérilise le catgut à l’acide phénique de la manière suivante : le catgut dégraissé à l’eau chaude, au savon et à la brosse, est enroulé sur une bobine composée de trois bâtons de’verre formant prisme, qu’on ])longe dans l’eau phéniquée à 5 p. 100 pendant 48 heures, dans un flacon bien fermé. On conserve ensuite dans l’alcool phéniqué à 5 p. 100. Après 24 heures ce catgut peut être employé.
Brunner dégraisse le catgut au savon ou à la lessive de soude, le met pendant une demi-heure dans l’éther, puis pendant 24 heures dans la solution suivante ; sublimé 1 gr., alcool absolu 700 gr., glycérine 100 gr. ; on le conserve dans cette solution ou dans l’alcool absolu.
Bergman II emploie un procédé analogue ; 24 heures dans l’éther, puis séjour dans une solution de sublimé 1 partie, alcool absolu 80 J)., eau distillée 20 p., qu’on renouvelle tous les 2 jours jusqu’à ce que le liquide, qui se trouble au début, reste clair, et enfin conservation dans l’alcool à 90® ou, comme le conseille Schwartz, dans une solution alcoolique de naphtol à 1 p. 100.
Annequin a conseillé la stérilisation du catgut par son séjour dans l’éther au sublimé à 1 p. 100 : le fil s’y altère au bout d’un certain temps.
Heinatz, Grédé, Bergmann ont recommandé la stérilisation par les sels d’argent (nitrate, lactate). D’après Saul, on a observé parfois des suppurations avec l’emploi de ce catgut.
Elsberg (de New-York) dégraisse le catgut par un séjour de 24 à 48 heures dans un mélange de 1 partie de chloroforme et
de 2 parties d’éther, l’enroule sur une bobine en verre et le fait bouillir pendant 10 à 30 minutes, suivant sa grosseur, dans une solution saturée chaude de sulfate d’ammoniaque ; on le passe ensuite ])endant \ine minute dans l’eau stérilisée ou dans une solution de sublimé pour enlever toute trace de sel et on conserve dans l’alcool absolu. Le sel ammoniacal, qui recristallise, peut servir à de nouvelles préparations.
Les procédés de Lister, de Brunner, et de Bergmann réalisent le plus souvent la stérilisation du catgut sans altérer sa solidité et sont à la ])ortée de tous les praticiens.
b) Asepsie du catgut par la chaleur. — Reverdin a montré que le secret de la stérilisation du catgut par la chaleur, sans qu’il soit altéré, est le dégraissement absolu des cordes avant la mise à l’étiîve sèche ; d’après Vinay, la dessiccation doit être lente et graduelle.
La stérilisation par la chaleur sèche, qui altérait souvent la solidité du catgut, est à peu près abandonnée aujourd'hui et a été avantageusement remplacée par la stérilisation par la vapeur d’alcool anhydre.
M. Répin s’est servi le premier de la vapeur d’alcool anhydre surchauffée à 120" pour stériliser dans un appareil spécial le catgut préalablement dégraissé à l’éther et déshydraté dans le
Fig. 44. — Catgut de Répin en tubes scellés.
vide sur l’acide sulfurique. Ce catgut est conservé dans du bouillon stérilisé et dans des tubes scellés à la lampe (fig. 44; ; si le tube se trouble, c’est que le catgut est altéré.
MM. Barthe, pharmacien militaire et Soulard, de Bordeaux, ont perfectionné le procécé de Répin et ont obtenu un catgut aseptique, non altéré dans sa résistance : le catgut est dégraissé par lixiviation avec l’éther chaud, souvent renouvelé, dans un appareil spécial. On l’enroule ensuite par coupures de 2 m. 50 à 3 mètres sur des tubes ou bobines de verre. Les bobines ainsi garnies sont desséchées à fond, mais lentement, dans une étuve où circule un courant d’air chauffé à 85«-95°. La dessiccation opérée, les bobines sont introduites, chacune isolément, dans âes récipients en verre de forme cylindrique, bouchés avec un tampon d’ouate hydrophile ; le tout est ensuite soumis à l’auto-
STÉRILISATION DU CATGUT
clave, pendant une heure, à la vapeur d’alcool anhydre à 120<> (voy. p. 59). Après cette opération et léger refroidissement de l’appareil, les tubes sont recouverts de capuchons en caoutchouc préalablement stérilisés, sans qu’il soit nécessaire de les déboucher, ou soudés à la lampe. Les auteurs se servent aussi de récipients en verre, cylindriques, avec goulot qu’on peut fermer par un couvercle en verre, d’une manière hermétique, par un dispositif spécial.
Nous avons indiqué page 64 les modifications apportées par Bardy et Martin à l’emploi de l’alcool anhydre. Mais toujours le catgut doit être dégraissé à l’éther chaud dans un appareil de lixiviation et desséché lentement dans une étuve à air chaud dont la température est portée graduellement à 120®. Le catgut est alors placé dans les flacons autoclaves contenant de l’alcool anhydre; l’air est chassé, puis les flacons sont hermétiquement clos et chauffés à 120® pendant une heure.
Au moment de s’en servir, on trempe le catgut pendant une minute dans de l’eau stérilisée ou dans une solution antiseptique ou bien on le place dans une compresse stérilisée humide.
Autoclave spécial pour la stérilisation du catgut dans la vapeur d’alcool (fig. 45). — Pour chauffer, sans aucun danger, l’alcool dans lequel on stérilise le catgut, il est indispensable de ne jamais placer l’autoclave en contact direct avec la flamme d’un fourneau à gaz ou autre ; on doit le mettre dans un autre autoclave, afin de chauffer au moyen de la vapeur sous pression qui l’entoure de toutes parts (celui de Sorel, de Vaillard ou tout autre).
Maniement. — Le catgut, préalablement dégraissé par un séjour de 48 heures dans l’éther, est enroulé sur des bobines en verre ou sur des tampons de gaze, et placé dans des tubes de verre T emplis d’alcool absolu aux 2/3 ; on bouche les tubes au moyen de tampons d'ouate, on verse dans le petit autoclave une certaine quantité d’alcool entre le fond et l’espace A (fig. 45), on serre les écrous du couvercle et on place le tout dans un grand autoclave qui est mis en fonction pendant une demi-heure. Ensuite, après refroidissement, on retire les tubes ; avec une pince flambée, on retire le catgut qu’on introduit dans des tubes contenant de l’alcool absolu et que l’on scelle à la lampe.
Il existe un petit modèle de cet appareil qui permet la stérilisation du catgut en vue d’une opération, sans qu’il soit besoin
- Autoclave stcrilisalion du catgut dans la vapeur d'alcool.
PANSEMENTS
d'y adjoindre un tube en verre (fig. 46). Il est constitué par un tube en cuivre nickelé de 10 centimètres de long, de 2 centimètres de diamètre, épais de 3 millimètres, fermé par un couvercle mobile maintenu par une vis à écrou de serrage comme la marmite de Papin. On verse dans ce tube de l’alcool absolu jusqu’à moitié de sa hauteur et on immerge les bobines de verre sur lesquelles est enroulé le catgut. On ferme alors le couvercle à joint serré au moyen de la vis et on porte le petit appareil dans un autoclave à vapeur sous pression dans lequel on le stérilise pendant 20 minutes. Le catgut est prêt à être employé.
Robert a construit un tube spécial dans lequel, à côté de l’alcool absolu et du catgut, il y a une ampoule de verre qui contient de l’eau. Le tube est stérilisé dans l’alcool absolu à 120“; puis en l’agitant, on brise l’ampoule qu’il contient et l’eau de celle-ci en se mélangeant à l’alcool absolu en fait de l’alcool à 90® dans lequel on conserve le catgut, ce qui l’empêche d’être sec, cassant et rigide comme lorsqu’il est conservé dans l’alcool absolu.
Les joints de tous ces autoclaves doivent être hermétiques, sinon l’alcool s’évapore et le catgut est sec et cassant.
Saül enroule le catgut brut sur des bobines de verre et le soumet tH’action d’une solution composée d’alcool absolu 850 gr., acide phénique 50 gr., eau distillée 100 gr., que l’on chauffe à 75“-80“, lentement : cette température est maintenue pendant 15 minutes, en évitant toute pression de vapeur. Il a fait cons truire à cet effet un appareil spécial qui garantit la constance de la concentration ’de la solution et empêche toute action de pression.
Le catgut, préparé suivant les procédés de Répin ou de Barthe, est certainement celui qui offre le plus de garantie d’asepsie.
• Hofmeister a proposé un procédé basé sur la propriété que possède la foi'maline de durcir les substances gélatineuses de telle sorte qu’elles perdent leur solubilité dans l’eau bouillante. Le catgut brut est enroulé sur une solide plaque de verre ou sur un cadre de fer nickelé en une seule couche de fds. La tension du fd est une des conditions essentielles du succès de l’opération et ses extrémités seront solidement nouées. Le catgut ainsi disposé est : 1° immergé pendant 24 heures dans une solution de forma-
Fig. 46. — Autoclave servant pour la stérilisation du catgut et sa conservation.