IV. — De la cliloroforiuisatiou obstétricale
Les accoucheurs sont d’accord pour regarder, comme la règle, Tanesthésie complète dans les accouchements dangereux, pour la pratique des opérations, et dans certains accidents plus ou moins graves qui compliquent la grossesse, le travail ou les suites des couches; le chloroforme, administré méthodiquement et rationnellement, n’entrave pas en général les contractions utérines. Mais l’accord n’est plus parfait pour la ligne de conduite à tenir dans les accouchements naturels. Dans le but d’atténuer alors la douleur, un assez grand nombre d’accoucheurs donnent du chloroforme de manière à obtenir seulement une insensibilité incomplète : c’est la chloroformisation « à la reine », c’est-à-dire une demi-anesthésie suivant la méthode de Snow; pour cela, on fait respirer à la parturiente quelques gouttes de chloroforme sur un mouchoir au début de chaque douleur, suspendant l’emploi dès que la contraction disparaît. On obtient ainsi une analgésie suffisante. Depaul, Pajot, Tarnier et Pinard ont repoussé l’emploi de ce mode de chloroformisation. Auvard, dans son Manuel (ï anesthésie, s’en déclare partisan . 11 est, en effet, le plus souvent suffisant, en pratique, d’obtenir simplement cette demi-anesthésie, cette analgésie, qui laisse l’intelligence intacte, et qui est surtout excellente dans le cas de nervosisme extrême.
Si, pendant l’anesthésie , les contractions utérines venaient à faiblir, il faudrait la suspendre immédiatement. 11 est prudent de ne pas recourir à l’anesthésie chez les femmes épuisées par un travail prolongé pendant plusieurs jours et chez celles qui ont eu des hémorragies sérieuses lors de la délivrance après des accouchements antérieurs.
§ 111. — Anesthésie par l’éther
L’éther a été employé pour la première fois comme anesthésique général par M. G. Long (d’Athènes), en 1842, mais le véritable créateur de ce mode d’anesthésie est Morton, qui commença ses essais en 4846 sur les conseils de Jackson.
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
D’après Chalot l’éther anesthésique doit être neutre, dépourvu d’eau et d’alcool, doué d’une odeur vive et pénétrante, préparé de fraîche date, fabriqué de manière à bouillir à 35°, 6 et à marquer 66° à l’aréomètre de Baumé. Cet éther est rectifié au sodium ou au chlorure de calcium.
Les phénomènes de l’éthérisation sont identiques à ceux que produit le chloroforme ; seulement la période d’agitation est plus longue et plus marquée, et le sommeil est plus lent à obtenir (dix à quinze minutes).
On prend les précautions générales indiquées à propos de la narcose chloroformique.
Mode d' administration. — On ne doit jamais oublier que les vapeurs d’éther sont inflammables et contre-indiquent absolument l’emploi du thermo-cautère et du galvanocautère dans la crainte d’accidents graves dont quelques exemples ont été publiés. Les vapeurs, plus lourdes que l’air, descendent vers le sol et peuvent s’enflammer s’il y a un foyer à proximité.
L’éther peut s’administrer en faisant respirer soit une éponge, soit une compresse imbibée de liquide et entourée, de tissu imperméable; mais, en raison de sa grande diffusibilité, il est préférable de recourir aux appareils spéciaux parmi lesquels les plus usités sont le sac de J. Roux, ou celui de Poncet, le sac de Landau en caoutchouc pur et le masque de Juiliard (de Genève) plus ou moins modifié.
1° Appareil de J.. Roux (fig. 532).
— Il est constitué par un sac, en étoffe de soie ou de laine doublée d’une vessie de porc, dans lequel on place quelques boulettes de coton, un morceau d’éponge. Son ouverture est munie d’un cordon qui glisse dans une coulisse et permet de l’adapter au visage du malade. A la partie moyenne d’une des faces du sac, se trouve un robinet ou une canule en bois qu’on peut ouvrir ou fermer à volonté au moyen d’un bouchon
‘ ÉTHÉRISATION
en buis, suivant qu’on veut permettre ou non l’accès de l’air extérieur ; il sert également à verser une nouvelle dose d’éther sans éloigner le sac du visage du patient.
Poncet (de Lyon) a modifié ce sac de manière à ce qu’il puisse facilement être aseptisé ; il a rendu la vessie de porc indépendante de son enveloppe en toile de sarrau, de sorte que l’une et l’autre peuvent être lavées, savonnées et désinfectées.
Pour pratiquer l’anesthésie avec cet appareil, on verse dans son intérieur une dose initiale de 20 à 30 grammes. Ce sac à éther est d’abord placé à une certaine distance des narines, puis rapproché lentement, et ce n’est qu’après deux ou trois minutes d’accoutumance qu’il est appliqué hermétiquement sur le visage du malade dont il doit embrasser le nez et le menton (Vallas, Revue de chirurgie, 1893). Après deux ou trois minutes, on verse dans le sac une nouvelle dose d’éther égale à la première et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’anesthésie. Il faut recommander au malade de souffler et d’aspirer dans le sac, que l’on peut serrer par un cordon autour du visage. La tubulure sera fermée dès que commencent les bourdonnements et maintenue fermée tant qu’il ne survient pas de symptômes particuliers : irrégularité de la respiration, congestion intense ou cyanose de la face ; si ces phénomènes se produisent, on l’ouvrira pendant trois à quatre respirations.
L’anesthésie obtenue, on éloigne l’appareil, qu’on ne replace que si le malade témoigne de la sensibilité.
La quantité nécessaire pour une opération moyenne est de 150 grammes environ.
Lorsqu’on emploie la compresse roulée en cornet et entourée de tissu imperméable, on verse héther dans le fond du cornet. On peut aussi se servir des appareils de Junker, de Glower, etc.
2“ Masque de Julliard (de Genève) (fig. 533) et ses dérivés. — Ce masque, qui doit recouvrir tout le visage, se compose de deux petites corbeilles mobiles l’une.sur l’autre à l’aide de charnières ; la corbeille extérieure est recouverte d’une toile ou d’un taffetas imperméable ; entre elle et la corbeille intérieure on place une couche d’ouate de un demi-centimètre enveloppée de gaze ou de flanelle : c’est sur cette couche que l’on verse l’éther.
OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE
Ghalüt (de Toulouse), Forgue (de Montpellier) ont perfectionne chacun cet appareil en le rendant plus léger et pliant. Nous ne ferons que mentionner le masque de Wanscher dont le sac en
Fig. 533. — Masque à éthérisation de Julliard.
caoutchouc est rapidement altéré par l’éther ; celui de Wagner et Longard, permettant l’accès de l’air par une soupape spéciale.
Le masque de Chalot est une combinaison du masque de Julliard et de celui de Schimmelbusch. Il se compose de deux anneaux en fer à cheval articulés à charnière, dont l’inférieur porte trois arceaux de fd de fer pouvant facilement se replier, ce qui rend le petit appareil tout à fait portatif (fig. 534). Le masque
étant monté, on applique sur le dôme formé par les anneaux un large imperméable (taffetas gommé, aussi clair que possible) , qu’on maintient en rabattant l’anneau supérieur sur l’inférieur : on coupe alors circulairement l’imperméable tout autour de la base du masque, de façon à conserver une collerette large d’environ
ÉTHÉRISATION
6 centimètres. On place à l’intérieur, au fond du masque, une large et épaisse rosace de flanelle qui est destinée à retenir Téther et qiTon fixe en dedans au moyen de quatre épingles de sûreté qui traversent à la fois l’imperméable et la rosace.
Chalot conseille d’opérer avec les masques par la méthode rapide et massive, de la manière suivante ; on verse d’emblée 25 à 30 grammes d’éther dans le fond du masque (la moitié moins chez l’enfant) et l’on présente l’appareil à environ 10 centimètres de la face ; on le rapproche peu à peu et, après 10 à 13 secondes, on l’appplique avec soin autour de la bouche et du nez en emboitant exactement le menton. On le maintient hermétiquement appliqué ainsi sans écouter les plaintes du patient qui réclame de l’air ; on ne doit le soulever que si les oreilles et la face prennent une teinte bleu foncé et encore ne permettre alors qu’une ou deux aspirations d’air frais.
En suivant ce mode d’anesthésie, le patient s’affaisse en quelques secondes et cesse toute résistance : sa respiration est régulière, quoique lente et superficielle.
Au bout de deux à trois minutes, si le malade est encore un peu raide, lever rapidement le masque, verser une nouvelle dose de 23 à 30 grammes d’éther et appliquer hermétiquement le masque sans le moindre délai.
On arrive alors bientôt au ronflement caractéristique de l’anesthésie parfaite ; c’est le moment de commencer l’opération.
L’insensibilité obtenue, surveiller le jeu de la respiration et la coloration de la face et des oreilles ainsi que l’état des muscles; laisser le masque en place, en versant de temps à autre 5 à 10 grammes d’éther dès que le patient réagit par quelques mouvements. Si la face et les oreilles bleuissent, si la respiration s’embarrasse, donner de Tair frais et faire des pauses plus longues. On ne doit jamais laisser revenir la sensibilité et surtout survenir le réveil, car on aurait plus de peine à ramener Tanesthésie.
11 n’y a pas lieu de s’inquiéter du pouls, qui est toujours régulier, quoique mou et faible ; s’il survient du tremblement, on injectera de la morphine, suivant le conseil de Julliard. S’il y a de la toux, on ne s’en préoccupera que si elle se prolonge pendant plusieurs minutes.
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L’éther produit assez souvent une salivation gênante ; les accidents qu’il peut occasionner sont les mêmes que ceux dus au chloroforme.
Rushmore [Annals ofsurgery, 1898) repousse l’administration de l’éther dans un appareil occlusif et à doses massives. Il se sert d’un inhalateur ouvert permettant l’accès de l’air et verse l’éther goutte à goutte d’une manière continue sans dépasser 6 à 7 grammes par minute. Les vomissements seraient ainsi moins fréquents et le danger moindre. Riedel a une pratique analogue ; il emploie le masque de Julliard, y verse d’abord 3 à 5 grammes d’éther, l’approche peu à peu, et continue ensuite en ne laissant tomber l’éther que goutte à goutte. Mikulicz est également partisan de l’éthérisation goutte à goutte.
§ IV. — Anesthésie par le protoxyde d’azote
Les propriétés exhilarantes du protoxyde d’azote ont été découvertes en 1799 par Humphry Davy, dans l’institut pneumatique de Beddoes à Clifton ; Horace Wells l’appliqua le premier à l’anesthésie en 1844. On a cherché à diverses reprises un moyen pratique d’utiliser, dans le cours des opérations chirurgicales de longue durée, le proxyde d’azote, dont l’emploi restait limité à l’insensibilité nécessaire à l’extraction des dents ; mais les propriétés asphyxiantes de cet agent en rendaient l’administration fort difficile et périlleuse, car il fallait procéder par une série d’anesthésies successives et de courte durée. Cependant les recherches de P. Bert ont permis d’obtenir une anesthésie générale durable en mélangeant le protoxyde d’azote avec de l’oxygène qui empêche l’asphyxie et ne laisse subsister que les propriétés anesthésiques du gaz ; mais les appareils nécessaires à ce mode d’emploi sont très dispendieux et très encombrants, et n’ont pas permis à cette méthode de se généraliser.
Le protoxyde d’azote ne peut s’employer qu’enfermé dans les récipients et au moyen d’inhalateurs spéciaux.
1*^ Anesthésie chirurgicale parla méthode de P. Bert. — Le gaz est administré sous pression et mélangé à l’oxygène de manière à constituer une atmosphère ayant une tension supérieure de d/5 à celle de l’atmosphère normale, et composée par 21 parties d’oxygène pour 100 parties de protoxyde. Cette méthode a été expérimentée sur l’homme par L. Labbé, Péan, etc., et a permis de prati-