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CHAPITRE XII

RESPIRATION ARTIFICIELLE

La respiration artificielle est l’ensemble des manœuvres’* par lesquelles 6n tente de suppléer à la respiration natu" relie brusquement suspendue par une cause quelconque asphyxie, submersion, anesthésie, etc. Parmi les nombreux procédés proposés dans ce but, nous n’avons choisi que les plus simples et ceux qui nous semblent le mieux établis tant par leurs résultats qu’au point de vue phy^ siologique.

Soins ■préliminaires. — Quelle que soit la méthode employée, on doit toujours prendre préalablement à l’égard du patient les précautions suivantes : le malade, placédans une atmosphère pure et abondante, est dépouillé rapidement de ses vêtements, tout au moins jusqu’à la ceinture; on écarte de force les mâchoires et on maintient l’écartement, si c’est nécessaire, par un coin en bois placé entre les molaires; le pharynx, la bouche et les fosses nasales sont débarrassés des mucosités au moyen de l’index et de petites boulettes de coton montées sur des pinces, et la langue, saisie entre le pouce et les doigts garnis d’un linge quelconque pour éviter le glissement, est attirée hors de la bouche et maintenue contre un des angles de la commissure, afin de laisser passage à l’air. Labordette a inventé un spéculum particulier qui sert à la fois d’écarteur des mâchoires et d’abaisseur de la langue ; mais, outre qu’on n’a pas toujours à sa disposition cet instrument, il est plus sûr d’attirer la langue au dehors que de l’abaisser simplement. Si l’on a affaire

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à un noyé, on exécutera le premier temps de la méthode de Howard indiqué plus loin et qui est le moyen le plus certain d’évacuation de l’eau qui a pu pénétrer dans l’estomac ou dans les poumons.

Les méthodes proposées pour la respiration artificielle peuvent se classer en trois groupes :

Faradisation des nerfs phréniques ;

2® Méthodes manuelles ou respiration artificielle proprement dite ;

3*^ Insufflation.

Le précepte le plus important est de continuer la respiration artificielle avec la plus grande persévérance et de ne pas craindre de l’exécuter pendant une demi-heure ou une heure, parfois davantage : à cette condition est le succès.

I I. — Faradisation des nerfs phréniqves

Cette méthode a été surtout employée dans les syncopes anesthésiques. Appliquer un des pôles de l’appareil d’induction vers le milieu du bord externe du muscle sterno-mastoidien, point correspondant au nerf phrénique, et l’autre pôle à la base du thorax, au niveau des insertions du diaphragme, puis interrompre le courant à intervalles réguliers, quinze à dix-huit fois par minute. Avec certains appareils, on peut dédoubler les pôles ou rhéophores et exciter les deux phréniques en même temps. Certains auteurs se contentent de placer les deux pôles un de chaque côté sur le bord postérieur du sterno-mastoidien : l'inspiration obtenue sera alors suivie immédiatement d’une expiration provoquée en comprimant le thorax avec les mains.

La faradisation des nerfs phréniques présente le grand avantage de mettre en action le diaphragme et de foui-nir une respiration aussi profonde et aussi complète que possible.

§ IL — Respiration artificielle proprement dite

Les procédés les plus employés et les plus simples sont ceux de Sylvester, de B. Howard et Ch. Laborde.

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1® Procédé de Sylvester.

Ce procédé permet une dilatation assez considérable de la poitrine et l’aspiration d’une grande quantité d’air, ainsi que l’ont montré les expériences entreprises à la Société médico-chirurgicale de Londres. Le malade étant étendu sur le dos, soulever ses épaules au moyen d’un coussin résistant ou d’un rouleau formé avec des vêtements, et attirer la langue hors de la bouche. Alors, l’opérateur placé du côté de la tète du patient saisit les deux bras à la hauteur des coudes, les amène en haut le long des deux côtés de la tête, les maintient dans cette position pendant deux secondes, puis il les abaisse lentement sur les côtés de la poitrine et un peu en arrière, et exerce par leur intermédiaire contre la cage thoracique une pression sans violence durant deux secondes; les mouvements seront répétés seize fois par minute.

Le premier temps dilate le thorax par l’intermédiaire des muscles et détermine l’inspiration; le second temps produit l’expiration par compression.

2® Procédé de B. Howard.

La description de cette méthode a été donnée pour la première fois par son auteur, en 1871, à l’Association médicale américaine, sous le nom de Méthode directe; elle est très employée en Amérique et en Angleterre. Les manœuvres sont plus compliquées que dans les procédés précédents.

Rèole première. — Cette règle n’est applicable qu’à l’asphyxie par submersion et est destinée à débarrasser l’estomac et les poumons de l’eau qu’ils contiennent.

1<^ Position du ‘patient. — Les vêtements du patient étant immédiatement enlevés jusqu’à la ceinture, en faire Un coussin solide; alors tourner rapidement le patient, la face vers le sol, le front appuyé sur son avant-bras ou le poignet pour éloigner un peu la bouche de la terre, et disposer le coussin sous l’épigastre, qui doit ainsi constituer un point d’appui plus élevé que la bouche.

2<^ Position et action de l'opérateur. — Avec la .main gauche bien étendue sur la base du thorax, à gauche de

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l’épine dorsale, et la droite placée sur cette épine un peu au-dessous de la gauche dans la région correspondant à la partie inférieure de l’estomac, l’opérateur exerce une compression en avant de tout son poids (tenir compte cependant de l’âge et du sexe), maintenue vigoureusement pendant deux à trois secondes, puis il donne une impulsion brusque à l’aide de laquelle il se redresse. Cette manœuvre est répétée deux à trois fois à de courts intervalles et a pour but de faire évacuer le contenu aqueux de l’estomac et du poumon en comprimant ces organes entre le coussin et les mains; elle nous paraît supérieure à tout ce qui a été proposé jusqu’à présent.

Règle 11. — 1» Position du 'patient. — Retourner le patient sur le dos et placer le coussin sur la partie de la région dorsale opposée à l’épigastre, de manière que la tête et les épaules ne touchent le sol que légèrement. La langue, attirée au dehors, au moyen de la main garnie d’un mouchoir, est confiée à un aide, qui la tient fixée d’une main contre un des angles des lèvres, tandis que de l’autre main il maintient contre le sol les bras du patient, allongés dans la plus grande extension possible et croisés derrière la tête.

2® Position de Vopérateur. — L’opérateur s’agenouille à califourchon sur les hanches du patient, et dispose ses mains de chaque côté sur la base de la poitrine, de telle sorte que la pulpe du pouce étant placée près de l’appendice xyphoïde, le petit doigt appuyant sur le bord libre des cartilages costaux, les autres doigts pénètrent naturellement dans les axes intercostaux; alors, serrant les coudes contre ses côtés et usant de ses genoux comme d’un pivot, il exerce, en jetant tout le poids de son corps en avant, une pression lente et continue pendant deux à trois secondes jusqu’à ce que sa face touche presque celle du patient; à ce moment, il donne une impulsion brusque à l’aide de laquelle il se rejette en arrière dans la position verticale primitive. 11 attend deux ou trois secondes (on peut compter 1, 2, 3), puis répète la manœuvre précédente, en continuant ainsi 8 à 10 fois par minute.

Lorsqu’il s’agit de jeunes enfants, on les prend sur la

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main gauche, la tète et les épaules retombant en arrière ainsi que les bras, la pulpe du pouce faisant office de ■coussin et les autres doigts supportant les fesses et les vcuisses; avec la main droite on répartit et règle à volonté ia pression sur la cage thoracique.

Parmi les autres procédés, nous signalerons : celui de Pac-

«cini dans lequel les tractions sont exercées sur les clavicules .par les mains qui embrassent le moignon de l’épaule le pouce placé en avant; 2® celui de Flashar qui place de chaque côté de la cage thoracique le plein d’une écharpe pliée en cravate de la largeur de la main; le thorax est ainsi embrassé parvieux anses dont les chefs libres à droite et à gauche sont confiés à deux aides qui, tirant simultanément, soutiennent la ti-achon pendant deux secondes, puis la relâchent; ces mouvements sont méthodiquement répétés quinze ou seize fois par minute ; -3® Celui de Schüller (1875), qui consiste, le malade étant sur le dos, à saisir avec les mains le bord inférieur des arcs costaux à droite et à gauche, et à attirer par ce moyen toute la cage thoracique vigoureusement vers la tête, puis à la ramener vers les pieds, de manière à produire quinze à seize respirations parminute ; 4° une simple mention suffit pour le spirophore de Woillez, appareil très ingénieux, mais volumineux et encombrant, qui peut trouver sa place dans les postes de secours aux noyés.

3® Procédé de Laborde; tractions rythmées de la langue.

Ce procédé a été inventé par M. Laborde, en 1892. On l’exécute de la manière suivante :

Les mâchoires étant écartées et maintenues telles avec un corps résistant quelconque, on saisit solidement le corps de la langue (tiers antérieur) entre le pouce et l’index de la main droite soit à nu, soit avec interposition d’un linge pour éviter le glissement, soit avec une pince (v. fîg. 529, page 853), et on exerce sur elle, de 15 à 20 fois par minute, de fortes tractions réitérées, successives, rythmées suivies de relâchement, en imitant les mouvejments rythmés, de la respiration elle-même. Il importe de sentir que l’on tire bien sur la racine de la langue.*

Lorsqu’on commence â sentir une certaine résistance, c’est que la fonction respiratoire se rétablit et que la vie revient.

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S’il s’agit d’un noyé, on devra d’abord nettoyer la gorge de ses mucosités, puis, en prenant la langue et tout au début des tractions, on introduira l’index de la main gauche au fond de l’arrière-gorge de façon à aider à la provocation du vomissement.

H sera toujours utile de faire comprimer également et d’une manière rythmique la base du thorax par un aide pendant qu’on exécute les tractions.

Les tractions seront continuées durant un temps assez long, le rappel à la vie pouvant encore être obtenu après une demi-heure, une heure et plus de l’emploi ininterrompu du procédé. Certains postes de secours aux noyés sont pourvus d’un tracteur automatique actionné par un moteur électrique (Luisard) permettant de prolonger les manœuvres aussi longtemps qu’on le juge nécessaire.

Ce procédé a donné des succès remarquables non seulement dans l’asphyxie par submersion, mais aussi dans l’asphyxie par les gaz méphitiques (Billot), dans l’asphyxie du nouveau-né, dans la syncope chloroformique.

I III. — Insufflation pulmonaire

L’insufflation de bouche à bouche et l’insufflation pharyngienne sont illusoires. Seule, l’insufflation laryngienne présente des chances de succès, surtout chez les nouveau-nés, auxquels elle est spécialement réservée.

Les. appareils les plus usités sont le tube de Ghaussier, modifié par Depaul, et le tube de Ribemont.

Le iuhe de Ribemont, conseillé par Tarnier (fig. 542), présente une extrémité pharyngienne de forme conique allongée, aplatie latéralement, et qui pénètre ainsi (dans

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le larynx jusqu’à ce que l’orifice sus-gTottique et la glotte soient obturés; on y adapte une poire en caoutchouc ayant à peu près la capacité du poumon du nouveau-né.

L’enfant étant couché sur un coussin, la tète un peu’ plus élevée que le bassin et un peu inclinée en arrière, introduire l’index aussi loin que possible dans le pharynx, de façon que sa pulpe soit en rapport avec la face postérieure des cartilages aryténoïdes; diriger ensuite sur la ligne médiane le tube tenu de la main droite comme une plume à écrire jusqu’à ce que son bouton terminal soit en rapport avec la pulpe du doigt; en l’abaissant un peu il pénètre sans peine dans le larynx. Insuffler alors de l’air avec la poire en caoutchouc sans donner des impulsions trop fortes pour éviter la déchirure des vésicules pulmonaires. Dès la première insufflation, l’opérateur sait s’il est dans la trachée, l’air ne refluant avec gargouillement que dans le cas où le tube est engagé dans l’œsophage. A défaut de poire à insufflation, on agirait avec la bouche comme pour le tube de Ghaussier.

La respiration artificielle par le procédé de Sylvester donne aussi de bons résultats dans l’asphyxie du nouveau-né.

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