TOURBE, SPHAIGNE, MOUSSES, AMIANTE
manière à obtenir une substance clouée d’une plus grande cohésion ; elle s’emploie en coussins, comme la charpie de bois, à laquelle elle est inférieure.
La sciure de bois est en quelque sorte un pansement de nécessité ; la charpie de bois, au contraire, constitue une matière à pansement excellente et peu dispendieuse.
Pendant leur campagne contre la Chine, en 1895, les Japonais ont employé la cendre de paille de riz comme pansement absorbant. La combustion doit être lente, sans appel d’air. On met la paille dans une marmite, on l’allume et quand tout flambe on met le couvercle de la marmite. On peut employer aussi la paille d’orge et la paille de blé.
§ VIII. — Tourbe, sphaigxe, mousses, amiante
1° La tourbe et sa poussière ont été d’abord employées par Neuber. En France, M. Redon est arrivé par un mode de fabrication spéciale à obtenir un produit, dit ouate de tourbe, qui constitue une excellente matière à pansement. Cette ouate de tourbe est souple, compressible et élastique, et douée d’un pouvoir absorbant suffisant pour la pratique courante ; elle s’imprègne facilement d’un antiseptique et s’aseptise facilement à l’étuve. On l’emploiera le plus souvent sous forme de coussins enveloppés de gaze.
2^ La sphaigne (mousse des marais, mousse de tourbe, mousse des bois). — 11 existe un grand nombre d’espèces de sphaigne ou sphagnum ; la plus répandue est le sphagnum acutifolium. C’est à la présence de cette mousse que la tourbe doit ses capacités absorbantes. Le sphagnum constitue la mousse de tourbe blanche, légère, qui se trouve dans les couches superficielles des tourbières. La mousse recueillie dans les tourbières des forêts de sapins de la Suède, de l’Allemagne du Nord et de la Suisse est une des plus employées.
Ilagedorn, Neuber^ Gafky recommandent de la laver à grande eau dans un récipient où on la brasse longuement (dans les usines on la brasse dans de grandes cuves avec des roues armées de longues tiges) pour la débarrasser de ses souillures ; mais elle doit avoir subi un triage préalable afin d’en séparer les aiguilles de pins, les
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coléoptères et autres animaux qui y sont mélang-és. Elle est ensuite desséchée à la chaleur à 110®, puis soumise à un jet de vapeur et enfin séchée à l’étuve à 110® centigrades. Ainsi préparé, le sphagnum s’emploie comme les produits du bois, sous forme de coussins et constitue alors le feutre végétal.
Leisrink se sert de plaques de ce feutre végétal obtenues en soumettant la sphaigne nettoyée, lavée et foulée, à l’action de presses particulières. Ces plaques ont une coloration vert clair ou grise et une épaisseur variable; elles sont toujours très poreuses et spongieuses. Hagedorn emploie aussi le sphagnum sous forme de plaques ou, carton de mousse (moospappe).
Le sphagnum constitue une bonne matière à pansement et a donné d’excellents résultats, soit à l’étranger, soit à riiôpital de Montpellier, où il a été essayé ; en Allemagne, il est d’un usage courant. Cette substance est moins absorbante que les produits du bois.
3® Le papier cVaruiante, enduit d’une substance combustible (cire, ozokérite, etc.), a été proposé par M. Duquaire (de Lyon). Au moment de s’en servir, on suspend les feuilles de ce papier à un fil de fer, on les enflamme, et la substance combustible en brûlant flambe l’amiante à une température plus que suffisante pour détruire tous les germes ; le papier est alors immédiatement employé.
I IX. — Qualités et choix des matières a pansement
Les principales qualités d’une matière à pansement sont d'être aisément maniable, non irritante pour les plaies, facile à aseptiser ou à imprégner d’antiseptiques, de permettre une compression facile et uniforme, d’avoir un pouvoir absorbant considérable ; cette dernière qualité est une des plus précieuses, car elle permet d’éviter le séjour des sécrétions à la surface des plaies et de rendre les pansements de plus en plus rares, durables en un mot. Le repos des plaies est en effet un des meilleurs antiphlogistiques et l’absorption des sécrétions une des principales conditions de l’antisepsie.
Le chirurgien doit s’assurer de la qualité des matériaux qui lui sont fournis par les fabricants, qualités fort
QUALITÉ ET CHOIX DES MATIÈRES A PANSEMENT lo
variables pour la même substance suivant les soins apportés à sa préparation. Les renseignements donnés à propos de l’examen des diverses matières à pansement l’aideront dans cette tâche ; quant à l’apprécialion du pouvoir absorbant, les procédés suivants lui fournissent des données suffisamment approximatives.
1" Une petite boulette, mollement serrée, de la substance â examiner est projetée doucement à la surface d’un verre rempli d’eau ; si elle, est douée d’un pouvoir absorbant convenable, elle s’imbibe promptement de liquide et tombe en quelques secondes au fond du vase. Ce moyen donne un aiierçu apiiroximatif de la rapidité d’absorption.
2° Procédé de Ronnberq. Une quantité, déterminée en poids, de matière à pansement (40 gr. par exemple) est jilacée dans un récipient à fond arrondi, comme celui d’un mortier, de manière à assurer le décantage exact du liquide non absorbé. On l’arrose abondamment avec de l’eau, et, dès que par une pression légère' avec le bout du doigt on s’aperçoit qu’elle est pénétrée mollement, on décante l’excédent de liquide en inclinant le vase. Lorsque aucune goutte d’eau ne s’écoule i)lus, l’accroissement de poids de la substance indique la quantité absorbée. Ronnberg est ainsi arrivé aux chiffres suivants pour lü gr.de substance ; b* coton hydrophile a absorbé 25Ü gr., la ouate de cellulose, 230 gr., la ouate de bois 150 gr., le coton de bois 106 gr., la gaze 96 gr., la mousse de tourbe 82 gr., la sciure de peiq)lier 73 gr., la Jute. 70 gr., la sciure de sapin 53 gr., les cendres de houille 21 gr. Nous avons répété ces expériences sur qnelques substances et nous avons obtenu les résultats suivants : étoupe purifiée de Weber et Thomas (fabr. Froger) 210 gr., ouate de bois 195 gr., coton hydrophile 170 gr., la ouate de tourbe 80 gr. ; une étoupe dite hygrophile (et non hydrophile) a absorbé seulement 50 gr. Les différences présentées par une même substance, au point de vue de l’absorption, sont dues évidemment au jilus ou moins de soins apportés à sa préparation. Avec le pus, nous sommes arrivé â des chiffres analogues dans leurs rapports, quoiqu’un peu plus faibles. Ce procédé indique la somme du pouvoir absorbant, mais ne donne aucun renseignement sur la rapidité de f absorption.
La ouate et la charpie de bois, le coton hydrophile, l’étoupe purifiée, la ouate de tourbe constituent d’excellentes matières à pansement au point de vue de leur capacité d'absorption ; ce pouvoir peut être accru en imbibant la surface qui sera au contact de la plaie avec
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de la glycérine antiseptique ou en la mouillant avec une solution antiseptique au moment de s’en servir. C’est donc sur ces matériaux, en y joignant la gaze, que portera le choix du chirurgien. Il est bien évident que l’emploi d’une stricte antisepsie ou asepsie Joue le rôle capital dans le pansement ; aussi chacun doit-il savoir incorporer les divers antiseptiques aux matériaux que nous venons d’indiquer ou savoir les rendre absolument aseptiques, afin de ne rien laisser au hasard et d’avoir toujours des matières à pansement fraîches ; nous indiquerons la manière de procéder avec chaque type de pansement.
I X. — Substances de protection des plaies