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LXXII. En étudiant la fonction de la digestion

le premier phénomène quia frappé notre attention a été une sensation par laquelle nous étions instruits du besoin de prendre soit des aliments, soit des boissons, appelée faim dans le premier cas, soif dans le second. De même une sensation particulière nous avertit du besoin de respirer. Cette sensation n'a pas reçu de nom particulier; elle se reproduit à intervalles très-rapprochés. La doulcui* intolérable qui naît quand elle n'est point satisfaite, et la mort qui survient alors en quelques minutes , nous apprennent le but final de ce retour si fréquent du besoin de respirer.

La nature de cette sensation ne peut être exprimée par le langage ; chacun la connaît pour l'avoir éprouvée , et c'est tout ce que nous en pouvons dire.

M. Gerdy pense qu'il existe quelque sympathie entre la sensation du besoin de respirer et certaines sensations agréables qui se développent au périnée et dans les organes génitaux ; c'est à cette sympathie qu'il attribue les phénomènes de l'érection et de l'éjaculation que l'on observe chez les personnes suspendues et qui ne peuvent plus respirer : mais cette déduction peut être contestée, puisque l'étrànglement dans lequel la respiration est également suspendue, ne produit ni érection ni éjaculation, et que, dans la suspension , ces phénomènes paraissent dus plutôt à l'alongement de la moelle épinière , car je ne pense pas , avec Gall , qu'ori puisse attribuer l'érection à la compression que la corde exerce sur la région cérébelleuse.

On pense généralement que la sensation a son siège dans la membrane muqueuse des bronches , et qu'elle se développe dans les filelsde terminaison du nerf pneumo-gastrique. Rolando, s'appuyant sur quelques expériences dans lesquelles il avait fuit la section des pneumo-gastriques , section qui parut avoir entraîné l'oubli du besoin de respirer, i II a conclu que ce nerf était , ainsi que nous l'avons dit, chargé de transmettre cette sensation aux centres nerveux.

Nous ne décrirons pas ici les accidents qui surviennent quand le besoin de respirer n'est pas salisfait; nous ferons de ces accidents , qui prennent le nom d'asphyxie , une description qui sera mieiix placée à la fin de la fonction de la respiration.

LXXIIL 2° Phénomènes mécaniques de la respiration. Tandis que dans certains animaux l'air est porté vers les organes de la respiration par une véritable déglutition de ce fluide pur ou mêlé à l'eau , chez l'homme , c'est la pression atmosphérique qui le précipite dans le poumon dilaté par des puissances musculaires. Étudions donc les phénomènes de la dilatation de la poitrine , ceux de l'anipliation du poumon , et ceux de l'entrée de l'air qui résulte de cette amplialion.

Lors de l'inspiration , la poitrine s'agrandit de haut en bas, d'avant en arriére et de dedans en dehors. L'agrandissement dans le sens vertical est dû à la contraclion du diaphragme. Les piliers de ce muscle, en se contractant, prennent un point fixe sur les vertèbres lombaires ; ils fixent par leur autre extrcmilé la partie échancrée de l'aponévrose centrale, et la tirent un peu en bas: alors celte aponévrose dev'cnl à son tour un point immobile,

ÉLÉMENTS DE PIIYSIÔLOGIE.

sur lequel loules les aulrcs fihres curvilignes du diaphragme prennent un point d'appui ; l'autre ex- Irémiléde ces fibres, insérée sur le rebord de la poitrine , y trouve également un point d'insertion rendu solide par les puissances musculaires qui tirent les côtes en dehors. Le résultat de la contraction de ces fibres doit amener le redressement de la courbe qu'elles représentent , et par conséquent l'accroissement d'étendue de la poitrine dans le sens vertical. Ce premier résultat est si simple, que je ne crois pas devoir m'y arrêter plus longtemps ; je ferai seulement remarquer l'heureux rapport qui existe entre la structure et les usages du diaphragme. Aponévrotique.et presque immobile dans son centre , partie qui répond au cœur , il est charnu , fortement convexe et très-mobile dans ses parties latérales qui sont contiguës à la base du poumon. Cette arapliation de la poitrine s'opère aux dépens de la cavité du ventre : aussi, pendant qu'elle se produit, les viscères abdominaux sont comprimés , poussés en bas et en avant, et pressent dans le même sens sur la paroi antérieure de l'abdomen qu'ils distendent.

Est-il nécessaire de réfuter l'hypothèse de^quelques physiologistes cités par Haller , qui pensent que les fibres du diaphragme, devenues rectilignes, peuvent, par suite de la contraction plus énergique du muscle, devenir convexes du côté de l'abdomen?

Celte convexité a été observée, il est vrai, mais dans les cas seulement où la cavité de la plèvre était le siège d'un épanchement d'air ou de liquide qui distendait outre mesure les parois de la poitrine.

Que se passe-t-il dans les ouvertures du diaphragme pendant sa contraction ? On a dit que la veine-cave inférieure se trouvait comprimée par suite du rétrécissement de l'ouverture qu'elle traverse dans le diaphrarae. D'autres ont pensé, et avec plus de raison, que cette ouverture ne pouvait qu'être augmentée lors de la contraction du muscle. Il doit en être de même de l'ouverture que traverse l'aorte , ouverture aponévrolique eomme la précédente. Quant à l'ouverture œsophagienne , son pourtour presque entièrement charnu se rétrécit et presse l'œsophage, empêchant ainsi le reflux des aliments que l'abaissement du diaphragme tend à produire par la compression qu'il exerce sur l'estomac.

Si le mécanisme de la dilatation de la poitrine dans le sens vertical nous a offert une grande simplicité, il n'en sera pas de même de celui qui préside à l'agrandissement des diamètres transverse et antéro-postérieur. 1er, les théories ne nous manqueront pas ; mais au milieu des hypothèses les plus contradictoires, nous pourrons encore établir quelques principes fondamentaux.

Suivant Hallcr, la première côte est à peu près immobile , à cause de la solidité de ses articulations, surtout l'antérieure, qui présente un cartilage court, épais, soudé avec le sternum, et do bonne heure envahi par l'ossification, de sa brièveté , de sa largeur, de son peu d'inclinaison sur le rachis. Au moment de l'inspiration , elle est complètement fixée par la contraction des muscles sca-

lènes et du sous-clavier. Elle fournil alors un poin d'insertion solide aux muscles intercostaux qui oc cupent le premier espace intercostal. La conlrac tion de ceux-ci élève la deuxième côte déjà plu mobile que la première , la maintient relevée , e lui permet de présenter à son tour un point d'ap pui immobile aux muscles du deuxième espac intercostal ; ceux-ci élèvent et fixent à leur tour 1 troisième côle plus mobile que la seconde , et mécanisme se reproduit de haut en bas sur chacun des côtes dont la mobilité va toujours en augmen tant, jusqu'à la dernière qui est la plus mobile d toutes. De ces mouvements résulte, selon Haller, l'élévation successive des côtes , la torsion de leur cartilages, la bascule du sternum, dont lextré mité inférieure est portée en avant et en haut: h poitrine se trouve par-là dilatée dans ses diamètre] antéro-postérieur et transverse.

Le professeur Sabatier , dans un mémoire sur ]e4 mouvements des côtes et sur l'action des muscle intercostaux, prétend que, pendant l'inspiration les côtes supérieures montent seules , que les inféî rieures descendent, et rentrent légèrement en de dans, tandis que les moyennes se portent en dehors etque, dans le mouvement qui lui succède, les pre mières descendent, les secondes remontent, s( portent un peu en dehors, et les dernières renlren en dedans. Ce savant ajoute que la disposition des facettes cartilagineuses , au moyen desquelles le côtes s'articulent avec les apophyses transverses dei vertèbres, lui paraît propre à favoriser ces diveri mouvements , puisque les supérieures regarden en haut, les moyennes en devant, et les inférieure en bas : mais, si l'on y fait attention, les facette par lesquelles les apophyses transverses des vertéi bres dorsales s'articulent avec les lubérosilés de côtes sont tournées directement en avant dans 1 plus grand nombre; quelques-unes des plus infé rieures sont en même temps un peu dirigées e haut. Si l'on examine sur une personne qui ait très peu d'embonpoint , sur certains phthisiques dont] peau est comme collée aux os qu'elle recouvre, 1 jeu des pièces osseuses de la poitrine pendant l'in spiration, on voit que toutes les côtes s'élèvent e se portent légèrement en dehors.

M. Magendie professe une doctrine directemen opposée à celle de Haller, relativement au mouvement des côtes. La première, loin d'être à pe près immobile , jouit , au contraire , d'une mobilité plus grande que celle de toutes les autres , et elle la doit à la disposition de son articulation avec la colonne vertébrale , qui n'offre qu'une faculté arli culaire arrondie, sans ligamenis interarticulaire, ni costotransversaire supérieur. La longueur inégale des côtes a été cause des erreurs dans lesquelles Haller et ses successeurs sont tombés. Un petit mouvement transmis à l'extrémité d'un long levier a fait croire à une grande mobilité, et vice versâ.

M. Bouvier, dans sa thèse , a émis à peu près les mêmes idées que M. Magendie , relativement à la mobilité de l'articulation postérieure des côtes.

Il est, jusqu'à un certain point, facile de concilier ces diverses opinions, en étudiant séparément les mouvements des côtes dans leurs articulations postérieures et antérieures. Pour bien apprécier

DE IK RESPIRATION

1 première espèce de mouvcmenls, il faut ddlauT les côles du sternum : on voit alors que la I ornière , la onzième et la douzième , sont les plus lobiles de toutes, et que la mobilité va en dimiuant à mesure qu'on se rapproche de la septième, liant au mouvement de l'extrémilé antérieure, il st inconleslabiemcnt plus prononce dans les deux ornières côtes que dans les autres; tandis que les oies articulées avec le slcrnuuj sont à peine molles, et que la première est complètement iramolo. Maisil faut se garder d'en conclure avecHaller l il n'y ait aucune locomotion dans cet os pendant dilatation de la poitrine. A quoi eût alors servi L tle mobililé si grande de son extrémité posté- :oure?On doit reconnaître que cette côte et celles ui lui font suite se meuvent en avant avec le sleriiim, sur lequel elles s'articulent d'une manière 'us ou moins solide.

Voyons comment les mouvements des côtes conourent à l'agrandissement de la poitrine. Au mouent de l'inspiration , les côles sont élevées; le entre de leur mouvement est dans leur extrémité lostérieure , qui ne peut abandonner le point du achis , sur lequel elle repose. Si nous supposons (ue les côles forment des leviers inflexibles, ectilignes , parallèles les uns aux autres, mais ibliques sur le rachis , le premier effet de leur éléalion sera l'agrandissement des espaces intercosaux; car la géométrie nous apprend que quand les lignes inclinées sur un axe se redressent en se approchant de laperpendiculaire à cetaxe, lesinlerallcs qui séparent chacune d'elles s'accroissent en aison de leur redressement. Nous comprenons déjà [ue les côles ne peuvenlchevaucher les unes sur les lutres par leurs bords voisins pendant l'inspiration.

En second lieu, si nous supposons que le méliastin représente un plan étendu du sternum au achis, la côte avec son cartilage formera un arc ncliné sur ce plan , et celle inclinaison devra dininuer à mesure que la côte sera élevée: il en réullera inévitablement une augmentation dans le iiaraètre Iransverse de la poitrine ; car la géométrie lous apprend encore que quand les deux extrérai- •L's d'un arc sont fixées sur un plan sur lequel l'arc ui-mème est incliné , l'espace intercepté entre l'arc ;t le plan augmentera à mesure que l'arc approchera de la perpendiculaire. Ces deux propositions iiidicieuses appartiennent à Borelli. En troisième ieu, l'extrémité antérieure de la côte décrit, en 'élevant, un arc decerclequi porte celle extrémité ■11 haut et en avant , et l'éloigné par conséquent du achis : de là résulte l'agrandissement du diamètre iriléro-poslérieur de la poitrine. Celle projection Lti avant de la côte entraîne avec elle le slcrmun , I l elle est d'aulanl plus prononcée que la côlc est plus longue : de là résulle non l'ascension du stermim dans le même plan, comme le disent la plui'arldes physiologistes, mais un mouvement coml'Iexc, auquel Ilallcr avait à tort donné le nom de Miouvemenl de bascule, dans lequel le sternum , en ■-'élevant, s'écarte du rachis,d'unc quantité moindre MTs la fourchelte que vers l'appendice xyphoïde.

Malgré l'apparente simplicité du mécanisme du tiiorax , plusieurs choses viennent compliquer les 1 l'MiIlals que nousavong exposés. D'abord , les rôles

ne représentent pas un levier inflexible ; loin de là, le cartilage qui les prolonge en devant, et qui fait corps avec elles, les rend extrêmement flexibles : aussi, en s'élevant , la côte éprouve-t-ellc une torsion autour de son axe qui favorise encore son élévation , et qui est d'autant plus prononcée que le cartilage est plus long , plus grêle , et moins envahi par l'ossification. D'une autre part ; les bords supérieur et inférieur de chaque côle ne font point parlie de la môme courbe ; le cercle auquel appartient leur bord supérieur est d'un diamètre plus petit que celui dontleur bord inférieur fait partie : il doit enrésulter, lors de l'élévation de la côle, une projection plus grande en dehors du bord inférieur de la côte, et par suite un agrandissement plus considérable du diamètre transverse de la poitrine, dans celles où la disproportion entre la courbure des deux bordsest plus prononcée. Aussi remarque-t-on que c'est principalement à cette circonstance que la partie supérieure de la poitrine doit sonarapliation , tandis que c'est surtout en avant que les sixième, septième et huitième côtes concourent à l'agrandissement de celle cavité.

Les agents actifs de la dilatation de la poitrine sont la plupart des muscles qui s'insèrent à sa face externe. Nous avons déjà vu la part que prend le diaphragme à l'accroissement du diamètre vertical ; nous avons également fait connaître l'opinion- de Haller relativement à l'élévation des côtes. Mais commeles muscles intercostaux externes et internes ont des fibres directementopposées , puisque celles des premiers , obliques de haut en bas et d'arrière en avant, croisent en sautoir celles des seconds, obliques en sens contraire , plusieurs physiologistes ont pensé que ces muscles formaient deux plans antagonistes ; que les intercostaux internes devaient rapprocher les côles écartées par les externes ; qu'ainsi les uns étaient expirateurs , tandis que les autres se contractaient durant l'inspiration.

On sait avec quelle opiniâtreté Hamberger , physiologiste d'ailleurs très-recommandable , défendit cette erreur dans ses démêles avéc Haller ; mais il est aujourd'hui bien avéré que tous les intercostaux concourent à la dilatation de la poitrine, et qu'ils doivent être rangés parmi les puissances inspiratrices. Des expériences les plus décisivesque Ilaller ait entreprises pour réfuter l'opinion de son adversaire , je ne rappellerai que celle qui consiste à dépouiller les parois du thorax , sur un animal vivant, de tous les muscles qui les recouvrent, et à enlever les muscles intercostaux externes dans quelques intervalles. On voit alors les inlerncs se contracter pendant l'inspiration, en même temps que ce qui reste d'intercostaux externes. Ces muscles sont donc congénères , et non antagonistes. On s'assure , par la même expérience, de la diminution des espaces intercostaux : le doigt placé entre deux côles se trouve moins à l'aise , lorsque , dans l'inspiration, ces os s'élèvent en poussant en avant le sternum.

Cette question une fois résolue , quoicpie dans les sciences on doive s'enquérir coimncnt les choses se font, et non point^jourguoe elles arrivent, on est naturellement porté à se demander quelle est l'utililé de la diroclion différente des fibres qui forment les deux plans miij.riilaircs iulercoslaux ;

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