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DE LA CALORIFICATION

LXXXL Tocs les corps de la nature émettent et reçoivent un Ihiide impondérable , auquel les physiciens ont donné le nom de calorique. Or , tandis quelesuns , les corps inorganiques, arrivent par cet échange à un équilibre parfait de température , lorsqu'ils sont dans la même sphère d'action , on voit les corps organisés conserver, malgré cet échange continuel , une température qui leur est propre ; qui , pour quelques-uns , suit à peu prés les variations de température qu'éprouvent les milieux ambiants : tels sont les plantes , les animaux à sang froid ; mais qui , pour d'antres , les mammifères , les oiseaux, reste toujours la même , à un ou deux degrés près , quelle que soit la différence souvent considérable de température des parties environnantes , et la durée de leur séjour au milieu d'elles.

Le corps humain, doué de cette propriété à laquelle on donne le nom de calorification , habituellement chaud de 33 degrés (thermomètre de Réaumur ) (2) , conserve à peu près la même tem-

(1) Les pliénomcnes de- l'asphyxie ^ que noiis devions décrire ici, seront exposés, avec ceux de la syncope , vers la fin de Totivrage, dans le cliapitre où nous nous occuperons (le la connexion des fonctions.

(ti) La tempéralnre liabiluelle n'est môme que di; 29 1/3 , suivant le liiermomèlre , où la chaleur de Tenu bouillante est indiquée par 80. Le thernuiniolrc dont Duhamel cl TiUct ont fait usage n'indiquait ce phénomène qu'à 85. Le thermomètre centigrade marque jiar 100 le degré auquel Tcun entre en chullilion ; 'Tlui de Fahrenheit, Irès-usilé en Angleterre , donne 212 drgié» pour le terme de l'eau bouilluntc. l u ehaleur nnuuale est ,

ÉHÎMRNT8 DE l'HVSTOLOClE.

poratiire, snus le climat glacn des régions polaires coiiinie ail milieu de i'adiiosphère eiiihraséo de la zone lorride , pendant les hivers les plus ri<;oureHx et les éles les plus ardents. Bien plus, les expériences de «lagden et de Fordyce , en Angleterre , les observations de Duhamel et Tiilet , en France , prouvent que le corps humain peut supporter un degré de chaleur qui torréfie et cuit les substances animales inainmées. Les membres de l'Académie des sciences ont vu deux filles entrer dans un Tour où cuisaient des fruits et des \iandes de boucherie ; le thermomètre de Réauraur qu'elles y portaient marquait jusqu'à 105 degrés; elles y restaient plusieurs minutes sans en être incommodées. D'une autre part , MM. Gmelin et Parry ont rapporté des histoires de voyageurs qui se sont avancés vers le pôle assez loin pour que le thermomètre à alcool marquât 60 degrés an-dessous de zéro, et plus encore, et qui ont pu supporter un abaissement aussi considérable de température sans que la chaleur de leur corps fût au dessous de ce qu'elle est dans les climats tempérés.

Maintenant trois choses se présentent à examiner: lo Quelle cause produitdansles corps vivants cette chaleur propre et indépendante? 2" Comment ces corps résistent-ils à l'introduction d'une quantité plus grande de chaleur que celle qui leur est naturelle? Pourquoi le calorique, qui tend sans cesse à l'équilibre , ne peut-il point passer d'une atmosphère brûlante dans le corps qui en est enveloppé ? 3° Enfin , comment le corps , qui résiste àl'inQuence de la chaleur, lutte-t-il contre l'influence également destructive d'un froid excessif?

LXXXII. Plusieurs hypothèses qui ne méritent plus la peine d'être réfutées , ont été émises au sujet des causes de la caloriQcation : ainsi, on a placé le siège de cette fonction dansle cœur. Hippocrate, Galien, disaient quecetorgane étaitlesiégedela chaleur innée ;à'autres on t pré tendu que le sang s'échauffait en fermentant dans les cavités du cœur, etc. Les lois , mieux connues aujourd'hui, du développement du calorique, ont permis d'autres explications. On sait que le calorique latent ou combiné dans les corps s'en dégage toutes les fois qu'ils passent d'un état à un autre étal , de gazeux deviennentliquides , on, de liquides qu'ils étaient , se solidifient. Or, les corps vivants nous présentent des espèces de laboratoires dans lesquels s'opèrent à chaque instant toutes ces transformations. Le sang qui arrose toutes les parties de l'organisation humaine, reçoit continuellemenlde nouvelles substances, soit que le canal thorachique y verse le chyle chargé de matériaux réparateurs, soit que îîi respiration y mêle un principe aérien soutire à l'alinosphère , et que même, dans certains cas, l'absorption cutanée y

clici l'homme, de 3R degrés 2/3 , suivant le llicrmomèlre centin;raile , fît de 98 selon celui de Fabrcnlu'it. Le via.rimvm lie la chaleur atmospliérique est prescfue égal sous tous les parallèles. Sur les bords de la Néva, du Sénégal , de rOrénoque et du Gange , lu thermomètre au mercure, lenu à Pombrrî , ne s'élève guère au-dessus de 32 degrés Pl., à moins qu'il ne soil au voisinage d'un corps solide qui réfléchit la chaleur, ou dans un air rempli parla poussière échauffée. Voyez A. de Humboldt, Tahlcatix do la Nalurc, tome I, p. 125.

introduise divers éléments. Toutes ces subslanc si didérentes y arrivent avec uno ((frtaine qnanlil de calorique combiné, qui devient libre quand cil éprouvent de nouveaux changements par l'action o ganique, et échauffe les parties dans lesquelles s' père son dégagement. De tous ces principes do le sang est chargé, et qui peuvent abandonner 1 chaleur aux organes, aucun n'en fournit davantag que l'oxigéne dont la respiration imprègne le san pulmonaire. Les substances gazeuses sont, comm on sait, celles qui contiennent le plus de caloriqu combiné ; elles ne doivent l'état de fluide élasliqu qu'à l'accumulation de ce principe, et le perder pour passer à l'élat liquide, quand on le leur enlév d'une manière quelconque. C'est pour cela que 1 chaleur des corps vivants est d'autant plus grand qu'ils ont en eux les moyens d'imprégner leurs h meurs d'une plus grande quantité d'oxigène atm sphérique. C'est par cette raison que, comme nou l'avons dit précédemment, les animaux pourvue de poumons cellulaires, et d'un cœur à double ve~ tricule, ont le sang d'une température égale à cell de l'homme, et forment, comme lui, partie de li grande classe des animaux à sang rouge et chaud classe dans laquelle les oiseaux tiennent le premie rang, à cause de la vaste étendue de leur poumoK prolongé dans l'abdomen et dans les principaleii pièces du squelette. La capacité du réceptacle puli monaire n'est point la seule cause à laquelle le»< oiseaux doivent une température de 8 à 10 degr ' ' plus élevée que celle du corps de l'homme; ell dépend encore de la fréquence de leur respiratio de la vélocité du pouls, de la promptitude, de 1 multiplicité deleurs mouvements, de l'activité vital qui les anime. Les mammifères hibernants, qui pe dant une partie de l'année tombent dans un e gourdisscment complet et n'exécutent plus que d faibles et rares mouvements de respiration, épro vent à cette époque une diminution très-grande d température. Si alors on soumet une marmotte i un froid plus considérable, l'animal se réveille; si respiration reprend la fréquence qu'elle offre da l'état de veille, en même temps que sa chaleur s' lève et finit par atteindre celle des autres animaur> à sang chaud. Les reptiles, dont le poumon vésiculaire, et dont le cœur n'a qu'un seul ventrii culc, dont la respiration est lenle et ne s'exoculil qu'à de longs intervalles, quoique ayant un sanj* rouge, ne présentent cependant qu'une tempérai; turc bien inférieure à celle de l'homme. Aussi lei( a-t-on appelés animaux à sang rouge et froid i grande classe d'êtres qui comprend encore les pois»» sons, chez lesquels il existe un organe quisuppléi» imparfaitement aux poumons. Dans les poissons, le cœur, n'ayant non plus qu'un seul ventricule i envoie à la vérité aux branchies (c'est ainsi qu'oil' nomme l'organe qui tient la place des poumons) U totalité du sang ; mais ce liquide n'y est qu'iinpar|t failement vivifié , à raison de la petite quantité d'aii qui peut entrer dans les combinaisons res[)iratoires|. Enfin , dans les animaux à sang blanc et dans le» plantes, les combinaisons aériennes élant moinii faciles , l'énergie vitale moins marquée , la Icnipéf rature diffère de quelques degrés seulement dé celle de l'atmosphère, et ces êtres résistent nioini

DE L\ CALORiriCATlON.

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tieu que les animaux plus parfaits au froid ou à la haleur extérieure.

C'est ici le lieu de signaler plusieurs autres raplorts qui existent entre raclion de l'air almosphéri- (ue sur les animaux, et leur faculté de calorification. ^ Moins un animal développe de chaleur , moins 1 a un besoin prochain de respirer, et moins la rivaliou de l'air entraîne promptemenl sa mort : est ce qu'on a pu observer dans les expériences e Buffon et de Legallois, qui tous deux, pour Iteindre un hut ditïérent et étranger au sujet qui lous occupe , ont fait séjourner déjeunes animaux 'ans un milieu liquide , et ont constaté que leur vie e prolongeai! bien plus long-temps que s'ils eussent lé adultes. Or, nous allons bientôt voir que les noueau-ncs possèdent la faculté de calorification à un aible degré. M. Edw ards a répété et varié les exléricnces précédentes , et il en a obtenu les mêmes ésullals. 2" Nous avons dit, en parlant de la resliration, que la quantité d'oxigèue absorbée était dus considérable en hiver que dans toute autre aison : or, il résulte encore d'expériences faites par il. EdAvards, que la faculté de développer de la lialeur s'accroît avec l'abaissement de tempéraiire. 3" La respiration augmente les globules duiang. Or, MM. Prévost et Dumas ont remarqué ]ue plus un animal était doué de calorification, plus es globules de son sang étaient abondants. Le poumon, comme on l'a vu précédemment, altérant qu'une quantité d'air déterminée, la cbaeur n'augmente point , quelque riche que soit en xigène l'atmosphère que l'on respire : de la même aniérc qu'un homme qui prendrait un quantité ' îible d'aliments ne serait pas mieux nourri que lui qui se contente d'une quantité suffisante à ses u'!:oins: les organes digestifs ne pouvant en extraire l'une certaine proportion de chjle, les matières \crémenlitielles seraient seulement plus abondau- > dans celui qui excéderait ses besoins; et sur la est fondé l'axiome trivial : « Ce n'est point ce que l'on mange qui nourrit, mais ce que l'on digère. »

L'organe pulmonaire peut cependanlagir sur l'air avec plus ou moins de force, pour lui enlever son oxigène ; et si le corpsdevienl glacial dans certaines affections nerveuses et convulsives , ce refroidissement dépend autant de l'atonie des poumons et de l'état spasmodique du thorax, qui, ne se dilatant qu'avec peine , permet difficilement à l'air d'y pénétrer, que du si)asme et de l'insensibilité générale des organes qui laissent passer le sang sans altérer sa composition. 11 serait curieux d'examiner si l'air qui sort des poumons d'un cataleptique est moins privé d'oxigèue , moins alléré , contient moins d'acide carbonique que celui qui sort des poumons d'un adulte sain et qui s'exerce. Peut être trouverait-on, dans ce cas et autres analogues , quele sangne cède point 8on carbone et son hydrogène, de même qu'il retient les principes colorants elles divers matériaux de I urine qui passe limpide , incol«rc . sans saveur, sans odeur, et réduite à la condition d'une simple sérosité.

La chaleur du corps est nou-seulemcnl produite par les combinaisons pulmonaires et circulatoires ; eue se développe encore dans plusieurs organes,

où des substances fluides ou gazeuses se solidifient en abandonnant une portion de leur calorique. Ainsi la digestion, surtout celle de certains aliments, est une source abondante de chaleur: la peau , habituellement frappée par le contact de l'atmosphère, la décomposeetlui enlève également son calorique ; enfin la chaleur naît et se dégage dans toutes les parties dont les molécules, agitées par un double mouvement en vertu duquel elles se composent et se décomposent sans cesse , en changeant d'étal cl de consistance, absorbent ou dégagent plus ou moins de chaleur. M. Davy pense que la puissance calorifiante esl plus grande chez les animaux nouveau-nés; mais c'est précisément le contraire.

M. Edwards a reconnu que les animaux nouveaunés ne possédaient pas tous également la faculté de développer du calorique. Parmi les mammifères, les oiseaux, les uns naissent avecles paupières décollées et la membrane pupillaire détruite : ceux-là sont doués dés leur origine d'une grande puissance de calorification, en vertu de laquelle ils peuvent déjà conserver une température propre , quelle que soit celle du milieu ambiant; les autres, au contraire, vioiiuentau monde avecles paupières collées, et la pupille encore fermée parla membrane pupillaire. Chez ces derniers , la propriété de dégager de la chaleur esl si peu énergique, qu'abandonnés à eux-mêmes ils ne tardent pas à se mettre en équilibre de température avec les objets qui les environnent.

Les jeunes gens conservent plus long-temps après leur mort des restes de chaleur vitale ; ce qui tient peut-être à ce que la tonicité s'éteignant moins ral)idement dans les vaisseaux capillaires, comme si la vie abandonnait à regret ces organes, les combinaisons d'où naît le dégagement du calorique se continuent encore quelque temps après qu'elle est éteinte. La même cause fait que les cadavres des personnes mortes subitement sont encore chauds , tandis qu'un froid glacé a saisi ceux qu'une longue maladie a conduits à la mort, par la destruction lente, graduée, et enfin totale, des propriétés vitales.

Analogue à la nutrition, la calorification ou le dégagement de la chaleur animale s'opèredoncdans lous les tissus , et peut être regardée comme l'apanage de tous les organes. Il était essentiel que la température intérieure du corps de l'homme fût à peu près invariable. Lors donc que , par l'activilé augmentée dans les combinaisons nutritives , plus de chaleur se dégage, l'économie s'en débarrasse, et nous en cédons davantage aux corps environnants. Ceci explique pourquoi la tempéralurc intérieure du corps d'un vieillard est aussi élevée que celle do l'enfant, malgré la différence de leur température extérieure. La seule différence consisie en ce que celui qui en produit le plus en cède aussi davantage ; elsi le sang elles urines sortent du corps des vieil lards comme de celui des jeunes gens , pénétres do trente degrés de chaleur, quelle différence ne trouYC-t-on point entre la transpiration chaude , halilueuse et i)énélranle , qui s'exhale en abojidance de l'enfant , et la sécheresse , le froid de la peau du vieillard , entre l'haleine douce et chaude des premiers cl le souffle glacé des sccouds ! IJc là relie

ÉLI^.IUENTS US. PlIYSlOLOtilE.

croyance si ancicnno ot si (^onéraleinetit répandue tics avatilages que les porsonnes avancccs en âge trouvent dans la coliabilaliou des jeunes. C'est ainsi que l'histoire nous peint David appelant auprès de lui les jeunes filles de la volupté pour réchauffer auprès d'elles ses membres engourdis par les années.

S'il est vrai que , par l'acte même de la nutrition qui transforme nos liquides en solides, il s'opère dans louteslespartiesdu corps un dégagementahondant de calorique, le mouvement de décomposition nutritive par lequel les solides sont liquéfiés , doit absorber une égale quantité de chaleur. L'objection est vive et pressante : on y peut répondre en disant que les corps vivants, dès l'instant de leur formation, sont pénétrés d'une chaleur délerininée qu'ils doivent conserver , de manière que ce double effet d'échauffementet de réfrigération , résultat inévitable de la décomposition nutritive, ne fait qu'entretenir l'équilibre et conserver le même degré dè température.

Le sans, qui s'est chargé d'oxigène dans les capillaires du poumon , abandonne ce principe , et laisse dégager la chaleur dans les vaisseaux capillaires de toul le corps, dont chaque organe doit mettre en libertéune quantité de calorique d'autant plus grande , que la circulation y est plus rapide et la vie plus active. Sans doute les parties que plus de vaisseaux traversent dégagent plus de chaleur, et en fournissent aux organes que peu de sang pénètre, tels que les os, les cartilages, les tendons. C'est pourquoi M. Adelon propose de donner à cette opération, qui consiste dans le dégagement de la chaleur chez les corps vivants, le nom de calorîfication. Mais si l'on admet cette substitution du pluriel au singulier pour les deuxphénoménes généraux de la calorificalion et de la nutrition, il faudrait l'adopter pour la circulation , et d'autres fonctions qui se modifient évidemment dans les diverses partiesdu système par lequel ils s'accomplissent. La boule d'un thermomètre introduite dans l'abdomen d'un mouton, immédiatement au-dessous du diaphragme, l'on trouve près de deux degrés de chaleur déplus que si l'on place l'instrument dans la bouche ou dans la vessie. La température des parties éloignées des poumons et du cœur, habituellement inférieure de quelques degrés, peut baisser beaucoup encore dans certaines circonstances, sans que ce refroidissement aille jusqu'à la congélation. L'on a reconnu que sur un animal dont le tarse était à 90 degrés du thermomètre de Fahrenheit et le cœur à 107 degrés, toutes les parties intermédiaires offraient une température qui allait en diminuant du cœur aux extrémités. M. Ségalas a de même remarqué qu'un thermomètre placé à diverses hauteurs dans le ventre d'un animal, marquait d'autant plus de chaleur qu'on l'approchait davantage du cœur.

Il n'est pasdifficile d'entendre pourquoi une parlie enflammée, que le sang parcourt avec plus do rapidité, dans laquelle la sensibilité et la conlraclililé sont exagérées, est manifestement plus chaude, au sentiment du malade et au toucher du médecin , quoique le thermomètre appliqué aux parties attaquées d'inflammation n'y dcnolc, comme Hunier

l'a expérimente , qu'Une élévation presque ingen sible de température. Ce chirurgien injecta dans! rectum d'un chien elle vagin d'une ânesse un aspez forte solution de sublimé corrosif. L'inflam mation qui en résulta fut vive : la membrane mu queuse gonflée formait à l'extérieur un bourrelé considérable; le sang coulait des capillaires décbi rés : cependant le thermomètre ne s'éleva que d'une infiniment petite quantité (un degré, suivan le thermomètre gradué par Fahrenheit). Mais quel que légère que soit cette augmentation de tempé-*' rature dans la partie enflammée , cette chaleur est; vivement ressentie, à raison de l'extrême sensibiK lité dont jouit l'organe dans lequel toutes les proft priélés vitales sont augmentées. La vivacité des inii pressions étant relative au degré du sentiment, ou ne doit pas être étonné que le malade éprouve 1^ sensation d'une ardeur brûlante dans une partie oC le thermomètre n'indique aucun accroissemen| de chaleur, où le tact n'en peut même ressentit Je viens de toucher la main d'un jeune hommeyj; gonflée par des engelures ; quoique la douleur qu'i( y éprouve lui semble résulter d'une accumulalioi|| de calorique, cette main est plus froide que li|| mienne , dans laquelle la chaleur, égale à celle du* reste du corps, ne me donne aucun sentiment dis^4 linct. On peut donc établir en axiome, que raug-t!| mentation réelle ou thermométriquede lacbaleui est peu considérable dans les inflammations, raaii qu'elle est fortement ressentie en raison de l'exaU talion de la sensibilité. S'il est vrai de dire que k température d'une partie enflammée ne s'élève qud d'un à deux degrés au plus , et que dans aucun ra% elle ne puisse , ainsi que Hunter l'a démontré , surf \ passer celle du sang , il est du moins certain que 1^ faculté de dégager du calorique est alors considé^: rablement augmentée. C'est encore ce qu'une ex4 périence bien simple de Hunier a mis en évidencei^ Ce physiologiste plongea l'oreille d'un lapin danjjt la neige, ell'y laissa séjourner jusqu'au moineni où elle était sur le point d'être gelée; l inflamma tion s'empara bientôt de cette partie, et alors ca fut en vain que Hunter essaya de la congeler en lu plaçant de nouveau dans la neige : l'inflammalioil avait développé en elle une activité decaioriûcaV tion assez grande pour qu'elle résistât à cet abais|| sèment de température.

Les nerfs ne sontpoint étrangers à la productioi de la chaleur animale, ainsi qu'à l'entretien d'und' température uniforme. En effet, outre que \"m t fluence des nerfs de la huitième paire est esscnlielld $ dans l'acte respiratoire, source abondante et pre> % miére de la chaleur dont notre corps est prénélré, la ligature d'un nerf est immédiatement suivie d ur sentiment de froid dans les parties où ses filets répandent. Je l'ai éprouvé dans les opérations chii rurgicalcs; et quelquefois même, averti par celtC sensation que j'avais compris dans la même liga-| lure le nerf avec l'artère, j'ai dégagé celui-là poui tjH n'embrasser que celle-ci. La destruction ou la sec- m tion d'un cordon nerveux, dansune blessure, frappe jl de refroidissement la partie qu'il anime. Au momeni o où j'écris cet article, j'ai sous les yeux un soldat qui, li par l'effet d'un coup de feu reçu à la partie supc-to rieure et externe de la jambe, a éprouvé une sec

DE LA CALORIMCATION.

ion complète du nerf scialiquo poplilé externe, laiis l'euclroit où ce nerf se contourne sous la tète Il péroné; toute la partie externe de la jambe et In pied est d'une couleur violette, résiste moins bien u froid, et présente moins de chaleur, toutes chocs égales, que la partie interne de la jambe et du , »ied, doutle nerf est intact. On ne peut pas direcc- ; )endant que les nerfs concourent à la production [ le la chaleur par enx-mcmes et d'un manière im- Qédiale; c'est seulement comme dépositaires de a puissance nerveuse nécessaire à l'animation du yslème des vaisseaux sanguins.

De tous les détails dans lesquels nous venons a'entrcr sur la production de la chaleur animale, >n peut donc conclure que la respiration en est la Mource, et que les capillaires de tont le corps en iontles organes. Mais on peut se demander comment le calorique se dégage dans l'acte de la respiifatlon. Nous avons déjà fait savoir, en commençant je chapitre, que l'élévation de température nous paraissait due au passage de l'oxigène atmosphériijoe de l'état de gaz à l'état liquide dans le sang, et î l'état solide dans les tissus organiques. Les parisans de la théorie chimique de la respiration disent que la chaleur est produite par la combinaison de l'oxigène avec le carbone du sang, soit dans le »poumon , soit dans les vaisseaux, soit dans le pa- «renchyme des organes. Lavoisier, MM. Dulong, iDesprés, ont calculé la quantité de calorique qui se dégage pendant la formation d'un volume donné ;d'acide carbonique; ils l'ont comparé à celle qu'un nimal produisait, tandis qu'en respirant il exhalait une égale quantité d'acide carbonique, et ils ont Bremarqué que le rapport entre la caloriflcalion des Minimaux et la production de cet acide était assez lexact ; seulement, d'après Lavoisier , la première •l'emportait sur la seconde , tandis que les deux vautres expérimentateurs ont obtenu un résultat ^opposé. D'après cette théorie, Lagrange prélendit oque le poumon devait être brûlé pendant la comtbuslion du carbone ; mais Crawfort rassura bientôt les esprits contre cette combustion, en disant que le sang artériel absorbait de suite le calorique ^formé, en vertu de sa capacité plus grande pour ce fflaide; il ajouta que la transformation du sangartétriel en sang veineux dans le parenchyme des organes donnait à ceux-ci leur température , en mettant à nu le calorique dont le sang rouge s'était chargé; idée ingénieuse, partagée parle docteur Prout , et à laquelle il ne manque pour être admise que la démonstration du fait sur lequel elle repose, •a savoir , la différence de capacité pour le calorique entre les deux sangs. Le refroidissement des parties , après la section des nerfs , lient au ralentissement du cours des liquides dans les vaisseaux. Si, comme l'a fait M. le docteur Brodie (1), et -M. Chaussât, après avoir détruit le cerveau , on entretient la respiration par l'insufflation des poumons, la température de l'animal diminue sensiblement ; mais dans cette expérience le refroidissement tient moins peut-être à la destruction du cerveau qu'à l'introduction forcée et trop abondante de 1 air dans la poitrine de l'animal , sur laquelle il agit comme réfrigérant.

(1) Transactions philosophiques, 1812.

Pourquoi , dans le frisson de fièvres, les malades éprouvent-ils un froid glacial dans une partie où l'application de la main n'indique aucune diminution de chaleur ? D'où vient l'ardeur brûlante que le causas occasione? Pour quelle raison la chaleur est-elle acre dans l'érisypèle , mordicanle dans les fièvres bilieuses , douce et halitueuse dans le phlegmon? etc. Toutes ces variétés dérivent , les unes de l'accroissement des actions organiques coïncidant avec la diminution des transpirations cutanée , pulmonaire , et en général de toutes les sécrétions : alors il y a beaucoup de chaleur produite , et presque aucune émission de calorique ; de manière que ce principe accumulé doit produire le sentiment incommode d'une chaleur brûlante , comme on le voit dans la seconde période d'une fièvre intermittente ; les autres dépendent des diverses modifications de la sensibilité dans ces différentes maladies. Quant à ceux pour qui celle explication ne semblerait pas satisfaisante, qu'ils se rappellent que, malgré l'exactitude des calculs établis sur l'existence du calorique ou de la matière de la chaleur, cette existence n'est elle-même qu'une hypothèse , et qu'jon ignore si le calorique est un corps , ou si la chaleur n'est qu'une propriété de la matière.

LXXXin. Si maintenant nous recherchons les causes par lesquelles le corps résiste à l'inlroduclion d'une chaleur supérieure à celle dont il est habituellement pénétré, sommes-nous obligés d'admettre dans les corps vivants unepropriété en vertu de laquelle ils repoussent le calorique surabondant, et persistent dans la même température? La transpiration cutanée est un puissant moyen de réfrigération; et, commecette évaporation augmente avec la chaleur, il semblerait qu'il suffit de cette fonction pour modérer réchauffement et rétablir l'équilibre.

Les physiciens savent , depuis Cullen (1), que l'évaporation des fluides , ou leur dissolution par l'air , est le moyen le plus puissant pour opérer le refroidissement des corps, et qu'il suffit, pour faire congeler le mercure dans la boule d'un thermomètre, d'agiter dans un air sec etchaud cette boule, arrosée d'élher , d'esprit de vin , ou de toute autre liqueur volatile. Ce moyen n'est pas moins puissant quand on l'applique au corps de l'homme ; et l'on peut procurer aux mains un degré de froid qui va jusqu'à l'engourdissement, en les mouillant fréquemment avec une eau spiritueuse , et en les agitant dans un air sec et renouvelé. Quoique l'évacuation transpiraloire opère quelque chose d'analogue, et qu'on doive la compter parmi les moyens qu'emploie la nature pour maintenir à uu degré à peu près uniforme la température animale, il faut avouer que , si le fait rapporté par Sonnerai méritait quelque croyance, ce moyen ne suffirait pas pour expliquer le phénomène, puisque ce

(1) C(! médecin célèbre fil, vers 1740, celle découverte qui a jeté le iiliis grand jour sur plusieurs phénonir-nes pliysico-chimiques , cl la publia dans une disserlution aynnl pour titre : Of llie Cold prnduced hy cvapornling fluids , and of sonie olhers nicans of producing Cold, hy docl. William Cullun,

ÉLÉMEKTS DE PHYSIOLOGIE.

voyageur a vu des poissons el des grenouilles vivre et conserver leur Iciupéralure dans des eaux Iherinalcs dont la chaleur élail à un degrc; voisin de lebuUilion (1), 69 degrés liïPrmoinèlre de Réaujnur. Jlais bien que des grenouilles , mises dans l'eau chaude à 50 degrés , se pénclrcnt un peu moins promptement de celte chaleur que des corps inanimés que l'on y plonge en lucine temps qu'elles, elles meurent lorsque la chaleur s'élève de 28 à 30 degrés (2). Il est donc permis de douter avec M. de Ilumboldt que le fait rapporté par Sonnerai soit authentique.

L'habitude influe d'une manière remarquable sur la propriété dont le corps jouit de supporter un degré de chaleur qui surpasse de beaucoup celui dont il est pénétré. Les cuisiniers manient sans crainte des charbons ardents; les ouvriers occupés dans les forges à la fonte du for impriment la trace de leurs pieds sur le métal brûlant et liquide au moment où il se solidifie par le refroidissement. Plusieurs se rappelleront l'exemple trop fameux de cet Espagnol qui a fait le sujet de toutes les conversations dans la capitale. Ce jeune homme s'aperçut, en traversant une maison incendiée, que la présence du feu lui était moins incommode qu'il ne l'avait cru jusqu'alors. Il s'étudia à en braver impunément l'action , et devint capable de proaiener sur sa langue une spatule rougie à blanc, et d'apposer la plante des pieds el la paume des mains sur tin fer rouge et incandescent, ou bien à la surface d'une huile bouillante. Rien n'égale l'absurdité et l'exagération des fables dont il est devenu l'objet , si ce n'est l'ignorance cl la mauvaise foi de leurs auteurs. Voici en quoi consiste tout le merveilleux de cet homme prétendu insensible el incombustible : Il fait glisser rapidement à la surface de sa langue, enduite de mucosités salivaires , une spatule rougie, dont toute l'action paraît se borner à en dessécher la surface en vaporisant les sucs dont elle est endnile. Après avoir promené l'instruraent de la base à la pointe de la langue , il la ramène promptement dans la bouche, el la colle au palais, auquel elle abandonne une porlion de sa chaleur, en même temps qu'elle s'humecle d'une nouvelle salive. Dans une expérience faite en public, l'individu ayant prolongé l'application de laspaltile, l'effet caustique de la chaleur s'est manifesté , i'épiderme s'est détaché, el on l'a trouvé roulé comme une pelure d ognon , dans un linge dont il s'était servi pour se nettoyer la bouche. 11 ne plonge pas les pieds et les mains dans l'huile bouillante , il se contente d'apposer à la surface de ce liquide la piaule des premiers et la paume des secondes ; et il réitère fréquemment ces applications , enlre lesquelles il laisse de courts intervalles. L'épiderme répand l'odeur de la corne brûlée lorsqu'il prolonge rexpéricnce. Personne n'a fait l'observation que cet individu, dont les mains ne sont pas calleuses, a les paumes de ces parties et les plantes des pieds matelassées de graisse. Un épais coussin de celle subplance, peu conductrice de la chaleur, sépare la

(1) IAhcz Sonnerai, Voyage aux Indi's nrionlalcs.

(2) Broiissonet , Wcrnoire sur la respirulion des poisson»; Acadrmic des sciences, 1785.

peau des aponévroses el des gros cordons nerveux sous-jacents;cc qui expliquejusqu'àuncertain point la moindre sensibilité.

Le pouls, observé pendant ces expériences , m*ii présenté environ cent vingt pulsations par minute t. la transpiration est visiblement augmentée , el y« souvent jusqu'à la sueur. Toutes les parties du corpi jouissent du degré ordinaire de la sensibilité; touteg se détruisent par l'application durable des caustiques : le feu les brûlerait si son application était prolongée , el l'acide nitrique détruirait infailliblement la langue s'il s'en lavait la bouche, comme oa n'a pas craint de l'annoncer. Cet individu ne présentait donc aucune exception aux lois connues de l'éronoraio animale; il était au contraire une preuve nouvelle de l'effet de l'habitude sur les organes. • En l'année 1811, Lebrelon, alors secrétaire de rinslilul, ayant établi une fabrique de vernis imperméable , trouva difOcilemenl des ouvriers capables de supporter la température nécessaire pour celle fabrication: elle était de 50 degrés environ, thermomètre de Réaumur. Enfin, un homme âgé de quarante ans , fort et robuste , parvint à s'y habituer; mais la préparation du vernis ayarl élé sug* pendue au bout de quelques mois, l'ouvrier, contraint de sortir de l'espèce d'éluve où il Iravaillail , grelottait et tremblait de tous ses membres , quoique l'on fût alors au mois de juillet, el dans la saison la plus chaude de l'année. 11 fut confié aux soins de M. Moreau de la Sarihe , qui , pensant que cet état lenail à la brusque inierruption de l'habitude que le malade avait coniractée , mit en usage , avec succès , les boissons sudorifiques aiguisées par l'ammoniaque liquide et autres stimulants diffusibles. Ce ne fut néanmoins qu'au bout d'un temps assez long , et sans dou!e par l'effet d'une nouvelle habitude , que cet individu recouvra toutes ses forces , et le pouvoir d'endurer sans peine les variations almosphériques.

Les anciens attribuant à la respiration un usage tout contraire à celui que nous lui assignons , la croyaient destinée à rafraîchir le sang. La chaleur, disaient-ils, résultat des frottements que le sang éprouve en parcourant ses vaisseaux , est d'aulani plus rapide que ce fluide est mu par un mouvement plus rapide, et que les frottements de ses molécules enlre elles et avec les parois doses vaisseaux sont plus multipliés. Aussi le corps de l'homme, après une course forcée, semble avoir acquis une plus forte chaleur ; les baltemenls du pouls sont plus fréquents; la respiration esl en même temps accélérée; l'air frais qui pénètre dans les poumons et se met en équilibre de température avec le corps de l'animal , lui enlève du calorique elle rafraîchit : rien de plus vrai que ce phénomène, rien de moins fondé que l'explication. Quoique la respiration soit le principal foyer de la chaleur animale, la quantité d'oxigène indispensable pour l'entretien de la vie est déterminée parla nature de l'animal; vainement en introduit il dans le poumon une quanlile supérieure à ses besoins, cet organe n'en use pas davantage : cependant l'air surabondant , en vertu d'une loi physique incontestable, se met en équilibre de Icmpéralure , el rafraîchit par le même mécanisme qu'un verre d'eau froide avalé au moment

DE LA C\LORIFICATION.

Il nous sommes lotirmenlés par lo senlimenl de 1 chalpiir lapins incommode. L'air introduit dans 'S poumons par son action chimique est donc la remièrc source de la chaleur, quoique, considéré imme agent physique , il puisse jouir d'une vertu il'raîchissanto; on doit en conséquence accorder ii'il y avait quelque chose de vrai dans l'usage que ■s anciens attribuaient A la respiration ; mais que ur opinion touchant la production de la chaleur limale était dénuée de tout fondement. Les frotmenls des liquides contre les parois des tubes où > sont renfermés n'en éleyant jamais la lempéilure.

LXXXIV. Pour terminer cet article sur la chaleur uimale, il nous reste à dire comment le corps reste au refroidissement, et conserve sa chaleur au .ilieu d'une atmosphère glacée. Ce n'est jamais que ;ir un surcroît d'activité de la part des organes ; ce est qu'en augmentant la somme des combinaisons ui produisenlle dégagementdu calorique, que nous irvenons à compenser la perle de ce principe né- >saire à l'entretien de notre existence. Pourquoi, uns les temps froids , la digestion est-elle plus acve {hieme verô ventres sunt calidiores. Hii>p. ) , ! pouls plus fort et plus fréquent, l'énergie vitale lus grande? C'est que la chaleur naît des mêmes urces , se produit par le même mécanisme que la iilrilion des organes; et pour que son développelenl augmente , il faut que les sécrétions , la nulrion, en un mot , toutes les fonctions vitales, éprou- L'nt un accroissement proportionné.

Observons un moment l'homme qui éprouve le ntiment d'un froid modéré : plus dispos, plus irt , plus agile , il marche , il s'agite ; les exercices olents n'ont rien qui l'effraient; il lutte contre l'iniience désavantageuse de l'agent dcbilliaiit; et, jurvu que le froid ne soit point excessif, et que le )rps jouisse d'une vigueur ordinaire , il se dégage 1 lui-même une quantité suffisante de calorique our réparer la perte de celui qu'enlèvent l'air et s corps environnants. Ces effets généraux du froid e sont point démentis par ce qui arrive lorsqu'une iirlio seulement s'y trouve exposée. La tempéraire étant supposée quelques degrés au-dessous de iro , l'on y éprouve d'abord une sensation de froid ien plus incommode, toutes choses égales d'ail- 'urs , que s'il agissait sur une surface plus étendue, ionlôt le point frappé par l'air froid devieul le ' se de picotements douloureux, se rubéfie, puis I nflamme ; et rinOammalion est ici bien évidemicnl le résultat d'un effort salutaire de la nature, ni introduit dans la partie enflammée un excès de

10 nécessaire pour que le dégagement de la chaur réponde à la soustraction qui s'en opère. L'efrt du principe conservateur est plus marqué que

I toute la surface du corps était à la fois frappée r le froid , parce que, s'exerçant tout entier sur

11 point limité et de peu d'étendue , il produit un I tel plus considérable.

II arrive cependant un terme auquel la nature ombat vainement contre la réfrigération : si le roid est rigoureux , si l'individu manque des forces

nécessaires pour réagir convenablement , la partie devient violette, et s'engourdit par la perte de son calorique ; les propriétés vitales s'y éteignent , elle est frappée de gangrène ; cl si tout le corps est également exposé A l'influence du froid , l'individu engourdi sent tous ses membres se roidir , bégaie , et, dominé par un besoin irrésistible, il se livre à un sommeil qui le conduit inévitablement à la mort. C'est en se livrant aux trompeuses douceurs de ce sommeil perfide qu'ont péri plusieurs voyageurs égarés dans les hautes montagnes de l'ancien et du nouveau continent. C'est ainsi que moururent deux mille soldats de Charles XII, employés à un siège pendant l'hiver rigoureux de 1709.

Pour résister au froid, il est donc besoin d'un certain degré de vigueur et de force; c'est donc à tort qu'on prescrit les bains froids aux enfants d'un âge encore tendre , aux femmes délicates et nerveuses , aux personnes dont la constitution est trop faible pour opérer une réaction suffisante. Le mal qu'a dû produire l'emploi inconsidéré de ce remède dans les cas qu'on vient d'énoncer, justifie l'exclamation de Galien, d'abord si singulière : « Laissons, s'écrie ce prince des physiologistes, aux Germains, aux Sarmates, nations septentrionales , aux ours et aux lions non moins barbares qu'elles, Tusagc de plonger leurs enfants nouveau-nés au sein des eaux glacées; ce n'est point pour elles que j'écris. »

D'un autre côté, si l'on se rappelle qu'il est en nous une force réagissantedontl'exercice augmente la vigueur, que le mouvement fortifie nos organes, on concevra sans peine que le froid agisse comme fortifiant, toutes les fois qu'il ne va pas jusqu'à éteindre les forces vitales.

La manière dont les médecins éclairés ont de tout temps prescrit les bains froids prouve qu'ils connaissent cet effet tonique , dépendant non pas de l'impression du froid , débilitant par lui-même , laais de la réaction qu'il occasione. Aussi les voiton associer à son usage l'exercice, un vin généreux, le kina, de bons aliments, un régime analeptique propre à soutenir la réaction salutaire.

La chaleur animale est donc aussi le produit des combinaisons qu'éprouvent nos humeurs ci nos solides dans le travail de la nutrition : c'est une fonction dont tous les organes sont chargés; car, de même que tous se nourrissent, de même tous dégagent plus ou moins le calorique combiné avec les substances dont ils se réparent.

Quoique nous manquions de connaissances suffisantes sur la maiiièrc dont le corps vivant résiste à l'introduction d'un degré de chaleur supérieur à celle dont il est habituellement pénétré, il est permis de regarder l'cvaporalion culanée et la transpiration pulmonaire qu'augmentent les échauffants, comme les moyens les plus puissants dont se sert la nature pour se débarrasser de l'excédant de chaleur et rétablir l'équilibre.

Enfin , le corps résiste au froid , parce que l'acr tion des organes, augmetitée par le froid lui-même , dégage une quanlilé de chaleur égale à celle dont lo corps est privé par l'air ou par les" autres substances avec lesquelles il se trouve en contact.

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