‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 19 sur 102 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

DES SENSATIONS

CIV. Nous avons vu , dans la première partie cet ouvrage , de quelle manière le corps de omme , essenliellemenl destructible et altérable , iitrclienl dans son économie naturelle , s'accroît ■e répare en assimilant à sa propre substance des iicipes puisés dans les aliments qu'il digère et is l'air qu'il respire. Nous allons maintenant exaner par l'action de quels organes l'homme sourit, avec toute la nature ,les relations nécessaires on existence ; comme il est averti de la présence objets qu'il a inlérctde connaître ; à la faveur de 'As moyens il établit entre eux et lui les rapports ivenables , les attire ou les repousse , s'en apii'he ou s'en éloigne, et les fuit , suivant les dans qu'ils lui font courir, ou les jouissances qu'ils promettent.

L'homme possède dans toute sa plénitude ce iveau mode d'existence refusé aux végétaux; de is les animaux, il est celui qui ressent les irapresiis les plus nombreuses et les plus variées, que is de sensations assiègent, qui combine le mieux émotions, matériaux de sa pensée et source do 1 intelligence; il est le mieux organisé pour resilir l'action de tous les êtres, et réagir à son tour tout ce qui ralfcclc par des moyens puissants et ilipliés. Dans l'élndeque nous allons cnlrepren- , nous verrons plusieurs instruments placés aux lilcs de rcxislencc, à la surface de l'être vivant, Is à recevoir toutes les impressions ; des conducrs tendus entre ces instruments , et un centre iimiin auquel tons vont se rendre, avec lequel > communiquent; conducteurs au moyen des- Is cet orgauo central détermine les mouvcracnls

qui tantôt transportent le corps d'un lieu dans un aulre (locomolion); tantôt changent seulement la situation relative des parties (mouvements partiels); d'autres fois établissent dans les organes certaines dispositions d'oii naissent la voix elles diverses espèces de langage.

CV. Pour bien entendre le mécanisme de l'action des objets extérieurs sur notre corps, il faut suivre la succession naturelle des phénomènes du sentiment; étudier d'abord les corps qui produisent l'impression sensitive; examiner ensuite les organes qui l'éprouvent , puis les conducteurs qui la transmettent à un centre particulier chargé de la percevoir. Prenant le sens de la vue pour exemple, on ne saura jamais comment la lumière agit pour nous procurer la connaissance de certaines qualités des corps, si l'on ignore les lois auxquelles ce fluide obéit, si l'on n'a aucune idée de la conformation des yeux qu'il affecle, des nerfs qui établissent communication entre ces organes et le cerveau, ni de ce viscère lui-même, auquel les sensations , ou plutôt les mouvements qui les constituent, viennent aboutir.

CVI. De la lumière. Aujourd'hui le plus grand nombre des physiciens la regardentcomme un fluide que son extrême subtilité rend impalpable. Plusieurs pensent qu'elle n'est qu'une modification du calorique ou de la matière de iachaleur, et celle dernière opinion a acquis une grande vraisemblance depuis les dernières observations d llerschel (1).

(1) Ce célèbre astronome a pnbliô, dans le volume des Transactions jiliilosophiqiics . de la Société royale de Londres, pour l'an 1800, une série d'expériences qui nrouvent que les rayons (liversement colorés échaufl'enl plus ou moins les corps sur lesquels on les diriijc, et que lo rayon rouge, qui est de tous le moins réfrangiblc, est aussi celui qui donne le plus de chaleur.

Le ihcrmonièlrc phicé au-dcliv du spectre solaire, du.

ÉLÉMENTS DE PUYSIOLOGIE.

Nous n'examinerons point si , comme le pensent ï)oscartes et ses seclaleurs , la lumière, composée <lo molléciilcs arroiidios, existe paroUc-méme, imii'ormémenl répandue dans l'espace; ou si , comme on le croit généralement d'après NeAVlon, elle n'est qu'une émanation du soleil et des étoiles flxes, qui lancent de tons côtés une portion de leur substance, sans s'épuiser jamais par cette continuelle ctïusion. Il suffit de savoir, 1" que les rayons de ce fluide se meuvent avec une telle vitesse , que la lumière peut en une seconde franchir une dislance de soixanle-douzc mille lieues , puisque, suivant les calculs de Roëmeret les tables de Cassini, elle parcourlen sept à huit minutes les trente-trois millions de lieues qui nous séparent du soleil; 2° que la lumière se nomme directe, lorsqu'elle vient du corps lumineux à l'œil sans rencontrer aucun obstacle ; réfléchie , lorsqu'elle est renvoyée à cet organe par un corps opaque ; réfractée , quand sa direction a été changée en traversant des milieux transparents de densité inégale; 3° qu'un rayon lumineux est réfléchi sous un angle égal à celui d'incidence; que celui qui traverse un corps transparent, diaphane ou perméable à la lumière, éprouve une déviation d'autant plus forte en se rapprochant de la ligne perpendiculaire, que la surface du corps a plus de densité, et qu'il est formé d'éléments plus combustibles. En effet, les corps qui peuvent brûler sont, toutes choses égales d'ailleurs, de plus puissants réfringents que les corps incombustibles. C'est d'après cette curieuse observation que Newton a deviné la combustibilité du diamant, et l'existence d'un principe combustible dans l'eau , depuis mis hors de doute dans les belles expériences de la chimie moderne. 4" Qu'un rayon de lumière, réfracté parle moyen d'un prisme de verre, se décompose en sept rayons, qui sont le rouge, l'orangé, le jaune , le vert, le bleu, l'indigo et le violet. Chacun de ces rayons est d'autant moins réfrangible, qu'il est plus voisin du rouge. Ce rayon est de tous celui qui frappe les yeux avec le plus de force , et qui produitsur la réline les plus vives impressions. On sait avec quel empressement les peuples sauvages recherchent les étoffes teintes de cette couleur. Chez presque tous les peuples, elle teignit le manteau des rois ; de toutes , elle est la plus vive , la plus éclatante : les yeux de quelques animaux paraissent la supporter avec peine. J'ai vu plusieurs maniaques dont la fureur, depuis long-temps assoupie , se réveillait infailliblement à l'aspect d'un drap rouge ou d'une personne vêtue de cette couleur. La couleur verte est, au contraire , la plus douce, la plus constamment agréable, celle qui fatigue le moins la vue, et sur laquelle les yeux se reposent plus long-temps et plus volontiers : aussi la nature a-t-elle prodigué le vert dans la coloration de toutes les plantes ; elle a teint, en quel-

côté fin rayon ronj^o, dans un endroit où devraient tomber des rayons encore moins réfrangibles que lui , s'il en existait de visibles, monte plus liant que lorsqu'il était ])lacé dans cette co\ileiir : d'où Herschel conclut qu'il émane du soleil de» rayons trop peu rcfranjpbles pour produire la sensation de la lumière et des couleurs, mais qui produisent la sensation de la ubalcur.

que manière , de cette couleur , la plus grande partie de la surface du globe. Lorsque les yeux supportent mal l'éclat d'une trop vive lumière, oneo modère l'impression par l'usage des verres teints en vert, à travers lesquels tous les objets paraissent nuancés de cette couleur. Enfin le rayon violet , placé au bas de l'échelle dont le vert occupe le milieu , est de tous le plus faible , le plus réfrangible , ou qui cède le plus aisément aux puissancesi réfringentes , et se dévie avec le plus de facilité, Deif^ i toutes les couleurs , le violet a le moins d'éclat ;| j les formes ressortent moins avantageusement; les t' saillies s'effacent couvertes de celte teinte ; aussi i les peintres l'emploient-ils avec modération dansi i leurs tableaux. Lorsqu'un corps éclairé réfléchit tous^ : les rayons, les sensations qu'ils peuvent produire^; séparément se confondent dans la sensation dui» blanc ; s'il n'en réfléchit que certains , le corpsjM' paraît diversement coloré , suivant les rayons quij^ sont renvoyés ; enfin , si tous sont absorbés , il; en naît la sensation du noir , qui n'est que la nék gation de toutes les couleurs. Un corps noir es^ plongé dans une obscurité profonde , et ne s'a4 perçoit que par l'éclat des corps environnants. 5° De chaque point de la surface d'un corps lumiii neux ou éclairé part un grand nombre de rayonsî^ qui s'en éloignent en divergeant avec une force pro*> gressivement décroissante ; de manière que ceâi rayons, s'écartantd'autantplus delà perpendiculaire qu'ils s'éloignent davantage du corps dont ils éma+l nent ou de celui qui les réfléchit, formentdes cône»' dont les sommets se trouvent sur tous les point»f visibles du corps , et les bases appuient ou por tent sur la partie antérieure de l'œil qui le rei garde.

CVII. Sens de la vue. Les yeux , dans lesquel ce sens réside, placés dans un lieu très-élevé , do| minent sur un grand nombre d'objets à la fois , sont renfermés dans deux cavités osseuses , co nues sous le nom d'orbites. La base de ces cavités tournée en avant, est coupée obliquement en d hors; de manière que, leur paroi externe étan moins longue que les autres , le globe de l'œil «o tenu de ce côté seulement par des parties molles peut se diriger en dehors , et prendre connaissauo des objets placés latéralement, sans que pour cel nous ayons besoin de tourner la Icte. A mesur qu'on s'éloigne de l'homme , en descendant dan l'échelle des êtres , la coupe de la base des fosscfe orbitaires devient de plus en plus oblique; les yeu|p cessent de se diriger directement en avant ; enfin la paroi externe disparaît, la vue se dirige tout-à-fail en dehors ; etcomme c'est des yeux que la physio nomie tire son principal caractère , celle-ci si trouve absolument changée. Dans certains qiiadn pèdes très-vites à la course , tels que le lièvre , 1 situation latérale des organes de la vue empèchjl que l'animal voie des corps qui lui sontdircclenie opposés , et qui ont peu de volume : c'est la raiso pour laquclleces animaux , vivement poursuivisj^' tombent si facilement dans les pièges qu'on let^' dresse.

L'organe de la vue est formé do trois partie essentiellement distinctes. Les unes servcnlà pr( léger le globe de l'œil , à le soustraire moments

DES SENSATIONS

Jmcnl à rinfluencc do la liimièro, et à le main- , iiir dans les condilioiis nécessaires à l'cxercico le ses rondions : cesonlles sourcils, les paupières l les voies lacrymales, parlies accessoires de l'or- :;uie. Le globe de l'œil présente lui-même deux Kirties , dont l'usage est bien dillérent : l'une, fornée par la presque totalité de ce globe, est un véritable instrument d optique, un objectif immelialemenl placé au-devanl de la réline . charge de .ire subir aux rayons lumineux des changements

di^pcnsables dans le mécanisme de la vision ;

lutre, formée par l'expansion médullaire du nerf iptique, est l'organe immédiat de celte fonction :

est la réline, seule apte à ressentir l'impressioa le la lumière , à élre ébranlée par l'attouchement Iclicat de ce Iluide éminemment subtil. Cette imlession, cet ébranlement, cette sensation , est lansmise à l'organe cérébral par le nerf optique, lont la rétine n'est que l'extrémité épanouie.

CYIII. Sourcils , paupières et voies lacrymales

ttitamina oculi) , IIaller. La couleur plus ou noins foncée des poils du sourcil rend celle éraiicnce très-propre à diminuer l'effet d'une lumière ! op vive , en absorbant une partie de ses rayons, .es sourcils remplissent d'autant mieux cet usage , [u'ils forroent une saillie plus considérable , et que a couleur des poils qui les recouvrent est plus bncée : aussi abaissons-nous le sourcil, en le trônant transversalement , mouvement qui opère le cdresseracnt des poils , lorsque nous passons d'un ■ndroit obscur dans un lieu éclairé, dont la luuière éclatante affecte désagréablement l'organe !e la vue. De là encore la coutume dans laquelle .)nt certains peuples du Midi , chez lesquels le ourcil est ombragé de poils plus épais et d'une cinle naturellement plus rembrunie, de les noircir ncore , pour qu'ils remplissent mieux les fonctions ,ui leur sont assignées. On a cependant révoqué n doute cet usage des sourcils par rapport à la ision , oubliant combien l'éclat de la lumière deient intolérable lorsqu'elle arrive perpendiculaieraenl à la surface de l'œil, ainsi que cela s'observe u coucher du soleil ou dans les régions polaires , ù les rayons lumineux marchent parallèlement

l'horizon.

Les sourcils servent encore à détourner la sueur ui découle du front; leurs mouvements concourent l'expression de la physionomie : la colère , l'ini;,'nalicn les rapprochent ; ils se dérident cl s'élèont dans les passions gaies et bienveillantes. Les muscles qui les meuvent sont l'orbiculaire f'S paupières et le surcilier qui en déterminent abaissement et le rapprochement , l'occipito-fron- I al qui les relève et les écarte. Tous se contractent lous l'influence du nerf de la septième paire.

Les paupières sont deux voiles mobiles tendus nu-devantde l'œil , qu'elles recouvrent et laissent Alternativement à découvert. Elles devaient être à a fois tendues et douées d'une grande mobilité : )r, elles tiennent ces deux avantages des cartilages tarses places dans toute la longueur de leurs bords «bres , et des muscles qui entrent dans leur structure. Le tissu cellulaire, qui nnit la peau mince !t délicale des paupières aux libres musculaires, «onlicnt, au lieu d'une graisse consislanle qui en

eût gêné les mouvements, une lymphe gélalineuso dont l'accumulation facile donne naissance à l'œdème des paupières. Le tissu des paupières n'est pas absolument opaque, puisque, lors même que, fortement serrées l'une contre l'autre, elles recouvrent parfaitement le globe de l'œil, on peut encore, à travers leur épaisseur, distinguer le jour de l'obscurité. C'est pour cela que le retour de la lumière doit être compté parmi les causes déterminantes du réveil, et qu'il importe de laisser dans une obscurité [Profonde les malades fatigués par l'insomnie.

Un des usages des paupières est de soustraire lesyeuxà l'aciioncontinuelledelalumière. Comme tous les autres organes , ceux-ci ont besoin de se réparerpar le repos; et ils n'eussent pu en jouir, si les rayons lumineux, en les frappant sans cesse, avaient perpétuellement excité leur sensibilité. L'ablalion des paupières (1) entraîne l'insomnie. Bientôt les humeurs affluent vers l'organe devenu douloureux par une irritation soutenue ; les yeux s'enflamment; l'inflammation fait des progrès, se propage vers l'organe cérébral, et le malade expire au milieu des tourments les plus affreux. Grâces au progrès de la civilisation , ces supplices barbares sont depuis long-temps abolis; mais ce qui arrive lorsque , par l'érailleraent du bord libre de l'une ou de l'autre paupière , une petite portion de la sclérotique ou de la cornée reste à découvert , prouve l'indispensable nécessité de ces parties. Le point exposé à l'action continuelle de l'air et de la lumière s'irrite et s'enflamme : de là naît une ophthalmie que l'on ne guérit qu'en réunissant, à l'aide d'une opération chirurgicale , les bords écartés de la fente, dont l'existence est la cause do la maladie.

Les paupières ne protègent pas seulement l'œil contre l'action continuelle de la lumière; elles mettent encore cet organe à l'abri du contact des autres corps étrangers. Qu'un objet menace d'atteindre la surface du globe oculaire , aussitôt un mouvement comme convulsif entraîne le îapprochement des paupières avant même que l'esprit ait été averti du dang;cr dont était menacé l'organe de la vision : ce mouvement automatique des paupières était nécessaire à la protection de l'œil, dont la surface aurait pu recevoir quelque atteinte grave, si , pour se produire , il eûL attendu la réflexion et l'ordre de la volonté.

Pendant la veille , le globe de l'œil, à chaque instant exposé au contact de l'air qui vaporise les fluides dont la cornée et une petite portion de la sclérotiquesout enduites, ne tarderait pas à se dessécher si les paupières n'étendaient à sa superficie différents liquides, tels que les larmes, l'humeur de Meibomius , etc.. C'est à cette dessiccation , autant qu'à l'action prolongée de la lumière, qu'il faut rapporter les accidents qui suivent la desiruclion des paupières. Le mouvement de clignement résulte du rapprochementrapidedes paupières, immédiatement

(1) Ce genre de supplice éluit en usage clin les nnciens. Ce fut celui dont les Carlhuginoi» punirent le magnanime dévouement de Régulus. (^oy. Plutarquc, Fie drxhoviniex ilhtstrcs.)

ÉLÉMENTS DE PII YSini.OGIE.

suivi (le leur ccarlcinonl ordinaire ; fréqiioiU chez les uns, éloigné (liez d'aulres, vari.ilile clicz le même indi vidu.selon l'élal de l'air.de la lumière, etc. Le clignement est sous rinûuence de trois paires de iierl's diiTéreiites, dont cliacunc préside à l'un des phcnomcires dont il se compose. Le premier esl constitué par une sensation particulière , celle du besoin de cligner; le nerf de la cinquième paire perçoit cette impression et la transmet au cer- \oau. Le second phénomène comprend l'occlusion des paupières. Le muscle orbicuTaire est l'agent de ce mouvement, et il reçoit son irritabilité du nerf de la septième paire. EnOn , le troisième temps du clignement esl sous la dépendance du nerf de la troisième paire, quitransmetau muscle élévateur delà paupière supérieure la faculté de se contracter.

De chacun des bords libres des paupières s'élèvent de petits poils recourbés, de même couleur que ceux des sourcils : ce sont les cils , destinés à modérer l'éclat trop vif de la lumière , et à empêcher que des insectes ou d'aulres corps légers voltigeant dans l'atmosphère ne viennent s'insinuer entre le globe de l'œil et les voiles qui le couvrent.

La partie antérieure des yeux ainsi défendue contre les injures exléricures, est conlinuellcment mouillée par les larmes. L'organe sécréteur de ce liquide esl une petite glande placée dans une fossetlc , à la partie aulérieure et externe de la voiîle osseuse de l'orbite, environnée dégraisse , recevant des vaisseaux et des nerfs assez gros relativement à son volume, et versant le liquide, qu'elle sépare au moyen de sept à huit tuyaux qui s'ouvrent à la face interne de la paupière supérieure, par des orifices capillaires dirigés en bas et en dedans.

Les anciens n'avaient aucune notion sur l'origine véritable des larmes : ils les croyaient versées par lesventriculesdu cerveau;d'autres ontpensé qu'elles transsudaient de l'intérieur de l'œil à travers la cornée transparente ; quelques-uns en ont placé la source dans la caroncule lacrymale; mais lorsque Stenon eut découvert sur le bœuf les orifices des conduits excréteurs delà glande lacrymale , lorsque Hunier et Monro eurent démontré l'existence de ces mêmes conduits dans l'homme , les physiologistes rapportèrent à cette glande la sécrétion des larmes.

Les larmes sont une liqueur mucoso-séreuse, un peu plus pesante que l'eau distillée , inodore, salée, verdissant les couleurs bleues végétales, et contenant de la soude , du muriale et du carbonate do soude , et très-peu de phosphate de soude et .de chaux.

Dans l'ophlhalmie, l'irritalion delà conjonctive, sympathiquement transmise à la glande lacrymale, non-seulemenlaugmenle la quantité de sa sécrétion, mais encore parait changer les propriétés du liquide qui en est le produit. Les larmes qui, dans celte affection, coulent si abondamment, en occasionant la sensation d'une ardeur brûlante sur les parties enflammées, ne contiendraient-elles pas une plus grande quantité d'alrali fixe qu'il ne s'en trouve dans l'état ordinaire? et les douleurs ne dépendent-elles pas au moins autant de la surabondance de la sonde que de la sensibilité augmentée dans la conjonctive?

Celte dernière membrane rerouvre la face pos téricure des paupières, puis se rélléchit sur la p.irlic antérieure de l'œil, qu'elle unit ainsi aux paupièren. De toute l'étendue de sa surface suinle une sérosité albumineusc qui se mêle aux larmes et en augmente la quantité (1).

Les larmes sont étendues en une couche d'égale épaisseur au-devant du globe de l'œil, par les mou- . vemenlsallernalifs des paupières, donl celle liqueur p adoucit les frottements en môme lem|)s qu'elle em- | pècJie l'organe de la vue d'èlre desséché dans sa partie exposée au contact de l'air. Celui-ci se charge d'une partie de l'humeur lacrymale, qu'il dissout par l'évaporalion. Cette évaporation des larmes esl l)ien prouvée par le larmoiement qui survient aux personnes chez lesquelles celte humeur est abon-fj damment sécrétée toutes les fois que l'atmosphère f' trop humide n'en dissout point une assez grande ii proportion, htichassie , humeur grasse cl huileuse, |i séparée par les glandes de IMeibomius, enduit les|j bords libres des paupières. On pense généralement ii qu'elle prévient la chute des larmes sur la joue, et; i remplit le même usage que les corps gras dont on i oint les bords d'un vase rempli au-dessus de sonni-il veau d'un liquide dont on empêche ainsi l'épanché- 1* ment.

D'après M. Magendie, cet usage serait à lorl ai- | Iribuo au liquide de Meibomius, puisque les larmes 'îpourraient se mêler sans difficulté avec l'humeur, que ces follicules sécrètent. D'ailleurs, pourquoi le bord libre de la paupière supérieure en serail-il plus abondamment pourvu que celui de l'inférieure? Il est probable que cet enduit gras est destiné à donner aux cils leur souplesse et leur onctuosité.

Cependant la plus grande partie des larmes coule de dehors en dedans, et se dirige vers l'angle in-f terne des paupières, déterminée dans ce sens par^ la pente naturelle de leur bord libre, par le sillon triangulaire qui se trouve nécessairement derrière le contact de ces bords, donl les surfaces arrondie et convexes ne se touchent que par un point, e enfin par l'action des portions palpébrales du mus cle orbiculaire des paupières, dont les fibres pr nant leur point fixe à l'angle interne de l'orbite, en droit où le tendon s'insère, tirent toujours en dedan leur commissure externe. Pendant le sommeil, le larmes sont encore portées de l'angle externe de l'œil Ters l'interne à l'aide de ce même canal Iriangulaireft

(1) La peau n'est point percée dans l'endroit qui cor respond au globe de l'œil ; prodigieusement amincie, ell se continue , sous le nom de coiijo/icCivr, jusque sur 1 cornée transparente, à laquelle elle adhère si forlemen qu'il est difficile de l'en délacber. Dans certains auimaus» dépourvus de paupières, la peau se continue au-devant di ( fjiobe de l'œil sans diminuer d'épaisseur; la conjonctive l (si toutefois celte portion de peau mérite ce nom), étani | opaque, rend le globe de I'reil , d'ailleurs imparfait , en- 1 tièrenient inutile. C'est ce qu'on voit dans l'espèce d'an- 1 guillc désignée par le nom de murcna rœci/ia dans Ic! j livres des naturalistes. La mixine, (jaslroljanchus ccvcits • t est aveugle de la même manière. Mon ancien condisciple. ) M. Ilibcs, croit que la conjonclive'se termine à la circon- j férencc do la cornée, opinion que partagcnl plusieurs au- 1 très nnatomisles ; m.iis les preuves qu'ils en donnent ni i me paraissent pas sufllsante.i.

DES SERSATIO.NS.

ionl rtvisleuco est niée par M. Magendic , mais jiii csl admis par la plupart dos analoiuistes, cl siiriiil par Sœiuiuering, qui l'a figurée dans ses admiables peintures de l'œil.

Arrivées à l'angle interne des paupières, les lariios s'accumulent dans la sinus lacrymal, petit esu e résultant de récartemenl des bords des pauorcs par la caroncule lacrymale . Ce dernier corps, ag-temps regardé par les anciens comme l'organe fréteur des larmes, n'est qu'un amas décryptes iiqueux, recouvert par un repli Irès-lfîche de la iijoriclivc. Ces follicules, de même nature que les aiides de Meibomius, sécrètent comme elles une imeur grasse qui enduit les bords libres des panières dans leurs portions voisines de la commis- ;ie interne ,et, se desséchant durant le sommeil de .nuit, l'orme la plus grande partie de ces écailles iiie l'on détache en se frottant les yeux au moment ni l'on s'éveille.

Le trajet ultérieur des larmes fut long-lcmps un ijot de doute ou d'erreur. Galien l'avait cependant luiiqué d'une manière exacte; mais ce passage de s écrits était oublié; et plus tard, quand ou déuvrilles conduits et le sac lacrymal, on crut que s canaux portaient à la surface de l'œil le fluide L'rélé à leur intérieur. Il est aujourd'hui inutile de |)peler les arguments dont Haller s'est servi pour ■montrer par quelles voies les larmes passent du lius lacrymal vers les fosses nasales. Vers l'union I l sixième interne du bord libre des paupières avec (.scinq sixièmes externes, à l'endroit où leur porion interne, droite ou horizontale, s'unità la portion 'courbée, s'élèvent deux petits tubercules percés, I sommet, d'un orifice délié : ce sont les points larymaux , distingués en supérieur et en inférieur, omme les paupières auxquelles ils appartiennent, ïïjaminés sur le cadavre , les points lacrymaux ne araissentpoint tuberculeux : les petites émincnces, roduiles sans doute par un étal d'orgasme et d'écclion vitale, s'aiîaisseul aux approches de la mort. ]es petites ouvertures , dirigées en dedans et en arière , plongent s;;ns cesse dans les larmes accumuées , les absorbent et les font passer dans le sac larymal, au moyen des conduits lacrymaux, dont felles ne sontque les orificesexlérieurs. L'absorption les larmes , et leur transport dans le réservoir niemraneux que loge la gouttière de l'os unguis , ont onué lieu à plusieurs explications. Petit a dit que es voies lacrymales représentaient un siphon dont a courte branche , double, répondait aux deux conluits lacrymaux , et la longue , unique , au sac cl au anal nasal ; cxplicalion ingénieuse, mais qui manlue d'exacliluile , car les voies ne sont pas pleines le liquide, cl , de plus , dans le renversement de la êle , la longue branche est moins basse que l'autre, ;irconslanccs qui devraient nécessairement houleferser le mécanisme du siphon, et qui pourtant l'empêchent pas l'absorption des larmes. Lesconluits lacrymaux élanl très-étroits , il n'est pas imjossible qu'ils agissent sur les larmes à la manière les tubes capillaires.

La yilalilé des points et des conduits lacrymaux ic décelé manil'estemcnl lorsqu'on veuly introduire e siphon de la seringue d'Anel ou le stylet de Méican , pour remédier aux cas de légères obsU uclions

des voies lacrymales. Sur les malades dont ou injecte les voies lacrymales, on veille pointlacrymal se resserrer vivement sur lui-même, lorsque l'extré^ mité du siphon n'enfile pas direcicment le canal. On eslalorsobligéd'allendre, pour l'introduire , la cessation du resserrement spasmodique qui dure quelques instants.

On peut croire que chacun des points lacrymaux doué d'une action vitale particulière , pompe , par une succion véritable , les larmes accumulées dans le lac lacrymal , et les fait couler dans le sac de ce nom : le propre poids du liquide, l'effort des colonnes qui se succèdent, s'ajoutent à l'action des parois du conduit. L'éooulement est encore facilité par la compression et les secousses légères qu'impriment les contractions des fihres palpébrales de l'orhiculaire, derrière lequel les conduits lacrymaux sont placés.^ A ces fibres sont annexés et comme surajoutés deux petits muscles particuliers qui , couchés sur les conduits lacrymaux jusqu'au sac lacrymal , ne peuvent avoir d'autre usage que celui de faciliter Vexcrétion des larmes. Mais les deux causes principales du passage des larmes dans les conduits lacrymaux, sont la pression atmosphérique et le clignement des paupièi'os. l» La tendance à la formation du vide dans le sac lacrymal survient à chaque inspiration , lorsque l'air pénètre dans la poitrine en traversant les fosses nasales. Celte tendance est indiquée à l'entrée de ces cavités par la dépression légère des ailes du nez dans l'inspiration; elle doit Iransmeltre son action au sac lacrymal par le canal nasal , dont les parois osseuses sont incompressibles. A celle première cause de la tendance au vide , dont l'explication a clé donnée par M. Sédillot, M. Bérard eh a ajouté une aulre due à la traction que l'orhiculaire des paupières exerce sur la paroi exlerne du sac lacrymal , lorsque les fibres charnues de ce muscle entrent en contraction cl tirent en dehors le tendon, et avec lui la partie du sac qui y adhère. On conçoit que l'air atmosphérique pressant sur le liquide accumulé dans l'angle inlerne de l'œil , doit faire entrer celui-ci dans les points et les conduits lacrymaux, et le poussf'r dans Je sac, dont l'air raréfié ne lui fait plus équilibre. 2" A chaque clignement des paupières , le rapprochemeal de leurs bords exerce sur les larmes renfermées dans le canal triangulaire, et surtout dans le sinus lacrymal , une compression qui les force à passer par l'ouverture béante des points lacrymaux. Nous coniprenons par-là celle accélération dans le nombre des mouvements de clignement, lorsque la sécrélion des larmes devient plus abondanle.

Les larmes qui coulent dans le sac lacrymal par le commun orifice des deux conduits lacrymaux réunis, ne s'y accumulcnl jan)ais, hors le cas d'obstruction maladive; elles passent de suite dans le canal nasal , qui en est une continuation, el tombent dans les fosses nasales, au-dessous de la partie anlérieuro du cornet inférieur de ses cavités. Là elles se mêlent au mucus nasal, en augmentent la quantité, le rendent plus fluide et en altèrent la composition. Les lariucs ont pour usage de défendre le globe de l'œil contre l'impression irrilanic que no uuuKiuorail pas de produire le conlacl immédiat de ratniosplièrc ; elles rendent on même temps le gliascnieut des

ÉLÉMENTS DB THYSIOLOGIE.

paupières plus facile, adonclssciil les fi otlomcnis do ces |)arlies et du globe , el favorisent aiusi ses mouveinonls.

CIX. Glohe de l'œil. On peut, ainsi que nous l'avons déjà dit, le considérer comme une maciùne de dioptrique placée au-devant de la réline, chargée de réfracter les rayons lumineux, de les rassembler en un faisceau unique qui frappe un seul point de celle membrane nerveuse , exclusivement l)ropre à en ressentir l'impression. Une enveloppe extérieure, membraneuse, dure el consistante, en soutient toutes les parties. A l'intérieur de celle première membrane , appelée sclérolique , existe la choroïde , tunique noirâtre qui tapisse l'intérieur de la sclérotique, et fait de l'œil une véritable chambre obscilre. A la parlie antérieure du globe , la sclérotique laisse une ouverture circulaire dans laquelle la cornée transparente est reçue; à une ligne environ de distance de ce segment convexe , enchâssé dans l'ouverture antérieure de la sclérotique , se trouve l'iris, cloison membraneuse placée de champ, et percée d'une ouverture arrondie (la pupille), qui se dilate ou devient plus étroite , suivant que l'iris se resserre ou s'étend.

A une demi-ligne environ, plus en arrière que l'iris , vers l'union du quart antérieur du globe de l'œil avec ses trois quarts postérieurs, vis-à-vis l'ouverture pnpillaire , est un corps lenticulaire, renfermé dans une capsule membraneuse , invariablement fixée dans la place qu'elle occupe par son adhérence à la membrane du corps vitré.

Derrière le cristallin (c'est ainsi qu'on appelle cette lentille transparente) , les trois quarts postérieurs de la profondeur de l'œil sont remplis par une humeur visqueuse, transparente, renfermée dans les cellules d'une membrane extrêmement fine, connue sous le nom à'hyalo'ide. Cette humeur vitrée forme les deux tiers environ d'une sphère dont on aurait détaché le segment antérieur : c'est à sa surface que s'étend et se développe l'expansion pulpeuse du nerf optique ou la réline qui se trouve aussi concentrique à la choroïde el à la sclérolique.

Le globe de l'œil étant à peu près sphérique, l'étendue de tous ses diamètres ne diffère guère : l'anléro-poslérieur est de dix à onze lignes ; le Irans- "verse elle vertical ont un peu moins de longueur. Dans l'espace que mesure ce diamètre anléro-postérieur qui forme l'axe visuel, se trouvent, d'avant en arrière, la cornée, l'humeur aqueuse de la chambre antérieure , l'iris et son trou central ou la pupille , l'humeur aqueuse de la chambre postérieure, le cristallin, environné par le corps ciliaire, puis le corps vitré renfermé dans la membrane hyalo'ide ; el derrière ces parties transparentes de l'œil que traversent les rajons lumineux, en se rapprochantde la perpendiculaire , sont la rétine, qui reçoit l'impression ; puis la choroïde, dont l'enduit noirâtre absorbe les rayons qui traversent la rétine mince et diaphane ; puis la sclérotique , percée plus en dedans pour l'entrée du nerf optique dans le globe de l'œil,

La cornée , enclavée dans le vide antérieur de la sclérotique, comme le verre d'une montre dans la châsse de son couvercle, a environ un tiers de

ligne d'épaisseur; elle figure au-devant do l'œil un segment de sphère plus petite , ajouté à la partie antérieure d'une sphère plus grande : derrière elle se trouve l'humeur aqueuse , qui remplit ce que l'on nomme les chambres de l'œil , espaces distingués en antérieur, plus grand, limité par la cornée en avant , et par l'iris en arrière; et en poKtérieur, plus petit , et séparant le cristallin de l'iris , dont la

face postérieure, couverted'unenduitnoirâtre, porte | le nom d'uvée (1). La pesanteur spécifique de l'hu- 1 meur aqueuse n'est guère supérieureà celle de l'eau i distillée. Quelques-uns l'ont même crue pluslé-|ij gère : sa nature est albumineuse , et elle contient" quelquessels en dissolution. Le cristallin, renfermé dans sa capsule membraneuse et transparente , est un corps lenticulaire, plus solide que liquide ; sa consistance est surtout considérable vers son centre: là, sa substance forme «ne espèce de noyau auquelU s'appliquent des couches concentriques, dont lat< densité diminue à mesure qu'elles s'approchent de>| la surface, où les couches les plus extérieures,,' véritablement fluides, forment ce que IMorgagn croyait cire une humeur particulière dont le cri tallin pouvait se nourrir par une sorte d'imbibilion Ce corps , composé de deux segments inégalemen convexes , ayant environ deux lignes d'épaisseu dans son centre , est formé d'une matière alba mineuse, concrescible par l'alcool et la chaleur; des arlérioles extrêmement fines venant de l'artère centrale de Zinn , à travers le corps vitré , lui ap^ portent la matière de son accroissement et de sa réparation.

Le corps vitré ,qui doit son nom à l'aspect àum verre fondu sous lequel il se présente, moins dense^ que le cristallin , l'est plus que l'humeur aqueuse :}} très-abondant dans l'œil de l'homme, il paraita fourni par les arlérioles qui se répandent dans lesitl parois des cellules de la membrane hyaloïdc ; \>\us^ pesant que l'eau commune , il est légèrement albu4;i mineux et salé.

(I) Quelques anatotnistes ont douté de l'existence d la chambre postérieure de l'œil ; mais il suffit, pour s'e coTiTaincre, de souinellre un œil à la congélation : alors i se forme toujours un glaçon entre le cristallin et l'uvée Ce glaçon ne vient point de ce que l'humeur de la chambr

antérieure, acquérant par la

congélation

comme tous les

liquides, une force d'expansion considérable, a passé derrière l'iris par l'ouverture de la pupille; car la force e; paiisive des liquides qui se congèlent étant relalive à leu volume, le corps vitré, qui se prend en même temps qii l'humeur aqueuse, doit empêcher sa rétrogradation par 1 pupille. Enfin, la face ))oslérieure de l'iris, ou l'uvée , esl couverte par un enduit noirfitre qui s'en détache aisémetit. Or^ si la face antérieure du cristallin l'eût touchée immé diatement, elle se fût chargée de ce vernis, qui eût troublé sa transiiarence naturelle, indispensable à l'accomplissement du mécanisme de la vision. Il est donc constant ; que la chambre postérieure existe, étant à l'intérieur > comme 2 à 5, et contenant les deux cinquièmes environ de i l'humeur aqueuse, dont la quantité totale est estimée à 5 giains, et que l'iris forme tinc cloison flottante entre les deux portions de l'humeur aqueuse, A laquelle l'cii'Iiiil noirâtre de sa surface postérieure est immiscihic. 1,'huniour aqueuse parait être le produit de l'exhalation artérielle : elle se répare très-rapidemcnl, comme on le voit •. après l'opération de la cataracte.

DES SENSATIORS.

La scldroliquc est une incmbrano fibreuse à laiiollc s'altacheiU les tendons des muscles qui mcucnlle globe de l'œil; elle soulienl loulesles parties ont est formé cet organe, qui s'affaisse et se détruit lutes les fois que la continuité de son enveloppe \lérieure est détruite. La choroïde, plus mince, rincipalemcnt vasculaire , sert moins d'enveloppe ii\ autres parties que de (apis noirâtre, destiné à isorber les rayons lumineux , lorsqu'ils ont pro- ;il sur la réline une impression stiffisanle. Si elle existait pas, la lumière serait réfléchie; après avoir ;il)pé la membrane nerveuse, ses rayons se croise- , lient, et ne pourraient produire que des sensations Diifuses. Mariottc avait pensé que la choroïde était ■ ^-iége immédiat de la vision, elque la réline n'était lie l'épiderme de cette membrane. Cette hypo- ;ése n'eiîl point eu la célébrité qu'elle usurpa , si , idépendamment de l'analogie, l'on eût objecté à ni auteur l'exemple de ces poissons chez lesquels I choroïde est séparée de la rétine par un corps landulaire, opaque , que les rayons lumineux ne cuvent traverser. La réline perd sa forme aussitôt fi'on la sépare du corps vitré ou de la choroïde aire lesquels elle est étendue, gous la forme d'une ipsule très-mince et d'une mollesse voisine de la iiidité. Beaucoup de vaisseaux sanguins , provenu de l'arlcre centrale de Zinn , se mêlent à la l)slance nerveuse de la rétine , et lui donnent sa oulcur faiblement rosée. Esl-ce aux dilatations iiriqueuses ou anévrismaliques de ces pelils vaisauxque doivent être atlribuées , comme le penlil Boerhaave , les taches que l'on aperçoit sur les lijcls , dans celle maladie particulière de l'organe e la vue , à laquelle maître Jean donne le nom imaginations ? Pour former la réline , le nerf plique qui pénètre dans le globe de l'œil , en per- Hil la sclérotique , à laquelle s'unit l'enveloppe lie la dure-mère avait fournie à ce nerf; le nerf plique , dis-je , s'exprime à travers une membrane es-mince , qui , criblée d'une infinité de pelils eus , ferme celte ouverture , et appartient autant la choroïde qu'à la sclérotique, puis s'épanouit our fournir l'expansion qui double la concavité e la choroïde, et recouvre la surface convexe du ips vitré. Toule l'élendue de la rétine, égalei(;nt nerveuse et sensible , peut recevoir l'impres- 011 des rayons de la lumière , quoique quelques liysiciens aient seulement attribue celle l'aculléà 1 partie centrale , qu'ils ont nommée axe ou pore plique. Celle partie centrale est assez remarquait; dans l'homme par une tache jaunâtre , découcile par Sœmmering. Au milieu de cette tache ni se trouve à la partie externe de l'entrée du < rf optique dans le globe de l'œil , se voit un oml obscur qui indique un perluis peu profond , l dont on ignore l'usage. Celle parlicularilé de h ucture ne s'observe que dans les yeux de l'homme sur ceux du singe.

Les nerfs opliqucs diffèrent nolablement des litres paires cérébrales par leur grosseur , la délialesse de leur substance , (|ui paraît une conlinualon immédiate des fibres médullaires du cerveau , laquelle les méninges fournissent une enveloppe mmune , et non point un canal membraneux Nliculicr pour chaque fibre; «n outre, ces nerfs

s'épanouissent , pour offrir au contact do la lumière une surface considérable , surface dont l'élendue se trouve augmenlée , chez certains animaux doués d'une grande portée de vue , au moyen de plicatures multipliées. C'est au moyen de ce mécanisme multiplicaleur des surfaces, que, chez l'aigle, le milan , le vautour et autres oiseaux de proie , l'étendue de la réline est doublée ou même triplée. Le nombre et l'étendue des plis de la rétine semblent même augmentés par l'exercice de la vision . C'est du moins ce qui résulte de la comparaison de l'œil d'un oiseau de proie, nourri depuis plusieurs années dans une ménagerie , avec l'œil d'autres oiseaux semblables tués à la chasse. Chez l'oiseau captif, le champ de la vision était réduit à quelques pieds , tandis que dans l'élal de liberté il embrassait un horizon immense (1).

Les nerfs de la vision s'enlrecroisenl-ils audevant de la selle turcique? Celle décussation est évidente chez les poissons et les reptiles; elle cesse de l'êlredans les oiseaux et les mammifères. Les faits pathologiques et l'art expérimcnlal n'ont pu apprendre s'il y avait entrecroisement partiel ou total, ou simple adossemenl des nerfs opliques.il en est de même de l'analomie comparée qui fournil des exemples de l'une ou de l'autre disposition ; peutêtre même que l'opinion de J. F. Meckel est préférable aux trois précédentes , et que les deux nerfs tirent leur origine de la pulpe médullaire qui constitue le chiasma , produit de la réunion des deux bandelettes optiques. C'est celle qui peut seule rendre raison des différences qu'on a observées dans les phénomènes pathologiques.

ex. Mécanisme et phénomènes de la vision. Les rayons lumineux , partant de chaque point d'un objet éclairé , forment des cônes dont le sommet correspond au point de ce corps que I on regarde , et dont la base est appliquée à la partie antérieure delà cornée. Tous les rayons trop divergents , et qui tombent hors de l'aire de la cornée , sur les sourcils , les paupières et sclérotique , sont perdus pour la vision. Ceux qui frappent le miroir de l'œil , le traversent en éprouvant une réfraction proportionnée à la densité de la cornée , bien plus grande que celle de l'atmosphère , et à la convexité de celle membrane : rapprochésde la perpendiculaire, ils traversent l'humeur aqueuse moins dense , et s'écarleni les uns des autres, mais d'une faible quantité , parce que la densité de la cornée n'est pas beaucoup plus considérable que celle de l'humeur aqueuse ; la différence est : : 1,33 : 1,133. En travensanl l'humeur aqueuse, l^s rayons n'éprouvent pas de nouveaux changements dans leur direction. Les plus excentriques rencontrent la membrane iris; ils sont réfléchis, et manifestent sa couleur différente dans les divers individus, et qui paraît dépendre de la texture organique et de l'arrangement particulier et singulièrement diversifie des nerfs , des vaisseaux , et du tissu cellulaire qui enlre dans sa structure. Il n'y a que les plus centraux qui traversent la pupille el servent à la vue. Ceux-ci franchiront celte ouverture en jtlus ou

(1) Dcsmonlins, Archives gôncralcs do Mcdccinr. Novembre 1 823.

Uloins grand nombre, suivant qu'elle sera plus ou moins dilatée. Or , la pupille s'agrandit ou devient plus élroilo par la contraction ou l'expansion do l'iris.

Les mouvements de cette membrane dépendent entièrement de la façon dont la lumière al'i'ecte la réline. L'iris est par elle-uième insensible à l'impression des rayons lumineux, comme l'a prouvé Fonlana , qui l'a toujours trouvée immobile, lorsqu'il a dirigé exclusivement sur elle les rayons lumineux. Lorsque la rétine est désagréablement atl'ectéc par l'éclat d'une trop ^ive lumière , la pupille se rétrécit, pour ne laisser passer qu'un petit nombre de rayons ; elle se dilate , au contraire , lorsque nous sommes dans l'obscurité , afin d'en admettre assez pour qu'ils produisent sur la rétine une impression suffisante.

Quelle est la nature des mouvements de l'iris? Quelques physiologistes ont prétendu qu'ils n'avaient pas d'analogie avec ceux des autres parties du corps , qu'ils dépendaient d'une force spéciale, VîYa propna, dont l'iris était doué. Telle est l'opinion de Blumenbach. D'autres physiologistes , ayant égard au nombre considérable de vaisseaux et de nerfs qui se distribuent dans l'iris ,aux changements gradués et non instantanés qui s'opèrent dans cette membrane , attribuent ses mouvements à une turgescence éreclile. Dans cette hypothèse , l'irritation de la réline, sympathiqueuient transmise à l'iris, détermine un afllux plus abondant d'humeurs; son tissu se dilate et s'étend ; la circonférence de la pupille est poussée vers l'axe de celle ouverture, qui se trouve rélréciepar cette expansion vitale du tissu membraneux. Lorsque la cause irritante cesse d'agir, que nous passons du jour à l'obscurité, les humeurs refluent dansâtes vaisseaux voisins; la membrane de l'iris revient sur ellemême , et la pupille s'agrandit d'autant plus que l'obscurité est plus profonde.

Mais le plus gra'nd nombre des physiologistes pense que les mouvements de l'iris sont dus à des contractions musculaires. C'est bien à tort que les chirurgiens modernes ont fait à M. Maunoir , de Genève, l'honneur de la découverte des plans charnus de l'iris. On peut voir dansHaller le nom de plusieurs auteurs qui ont fort bien décrit la disposition anatomique de celle membrane, ses deux ordres de fibres , les unes rayonnantes , et les autres orbiculaires ; celles-ci destinées à rétrécir, celles-là à dilater l'ouverture de la pupille. La faculté de se- contracter par l'excilalion galvanique , même après la mort, quand toute turgescence éreclile est devenue impossible, faculté que Fowler, Rinhold, Nysten, ont constatée dans l'iris , confirme à nos yeux la structure musculaire de celle membrane, etdécèlc la nature de ses mouvements.

Le ganglion ophlhalmique et le nerf nasal envoyant des filets à l'iris, on peut rechercher quels sont ceux qui lui donnent son irritabilité. Or, les expériences de M. Magcndie , qui a coupé le nerf optique , et celles de M. Mayo , qui a coupé le nerf moteur oculaire commun, ont doué lieu au même résultat, en privant la membrane de sa propriété contractile; mais ces expériences n'ont pas été failes sur les mêmes espèces d'animaux. Du reste, la vo-

lonté chez l'homme n'exerce aucun empire sur leg mouvements de l'iris.

M. Arnold a donné une explication fort ingénieuse de ces mouvcmentsautomatiques. La rétine, iuipressionnéc par la lumière, transmet, à l'aide du nerf de la cinquième paire, une action particulière au ganglion o[)lillialmique , et celui-ci transmet à son tour vers l'iris une influence à laquelle le cerveau n'a pris aucune part, et d'où résultent les contractions de cette membrane.

Les rayons auxquels la pupille a donne passage traversent l'humeur aqueuse de la chambre postérieure , et renconlrenl bientôt le cristallin , qui les réfracte puissamment, en raison de sa densité et de sa forme lenticulaire. Rapprochés de la perpendiculaire par ce corps , ils en sortent en convergeaatl tous les utis vers les autres , et pénètrent ainsi dans f l'humeur vitrée qui , moins dense , et terminée pai une surface concave du côté du cristallin , rendl convergence plus rapide encore. Us se propagei jusqu'à la rétine , où , rassemblés en un faisceau unique, ils frappent un seul point de cette mei brane, et produisent l'impression «tiui nous don» l'idée de certaines propriétés du corps qui les réflé chit. Notons bien que nous n'avons étudié encc que la marche d'un seul cône lumineux , pris en lul point quelconque de l'objet , le point central, pan exemple. Nous montrerons plus loin où se teriiiî-| nentles cônes provenant desautres parties del'obje^ qui se peint dans l'ayl. Comme la réline embrasa le corps vitré, elle présente une surface très-étendue au contact des rayons : ce qui fait que nous pouvons voir à la fois un grand nombre d'objets diversement situés par rapport à nous, lors même que ces objets ou nous-mêmes changeons de plac et de rapports. La lumière pénètre et traverse 1(^'( tissu denii-lranspareut de la réline; et commo tamisée par celte pulpe nerveuse , elle arrive jus-| qu'à la choroïde chargé d'absorber ses rayons, a-t-il alors combinaison intime de la pulpe nerveus^ et de la lumière, comme le pensent ceux qui ei*, donnent pour preuve cette sensation que l'on pro »! voque en comprimant le globe de l'œil au milieu»), de l'obscurité la plus profonde? Les taches qaen nous voyons sur les corps, après avoir long-temps ^ fixé la vue sur certains objets colorés, tiendraientelles également à celle sorte d'imprégnation, ou, comme on le croit plus généralement , à la sensibilité de la rétine, accrue ou diminuée par le faUl de l'inaction ou de l'exercice? I Les rayons lumineux , réfractés par les parliesl transparcnles de l'œil , figurent donc , dans l iuté-f j rieur même de cet organe , un cône dont la base| il correspond à la cornée, et appuie sur celle de \4 >« pyramide lumineuse extérieure , tandis que sort: ; sommet se trouve sur un point quelconque de laji'l rétine. Les pyramides lumineuses qui parlent dd .-j tous les poinlsdcrobjetque l'on regarde se croiscnt|^ j en traversant le globe de l'œil , de manière quel'ob-j j jet lui-même s'y peint dans une situation rcnver-f | sée. En admettant cette opinion, que les expéricnj i ces do Descaries, Lecat, Ilaller, M. Magcndie, et les lois bien connues de la physi(iuc , cl le phénomène de la chambre obscure, ne permcllent pas u de révoquer en doute, on doit chercher pourquo

DES SENSATIONS

ns voyons les objets droits , quoique leur imago il renversée sur lu réline, lîulïon el Local oui )ulenu que nous voyons les objets renversés , et e l'éducation , aidée par le sens du toucher , nous fait fait rectifier celte erreur. L'évoque Berkeley réfuté victorieuseuicnl celle opinion , en ol)jecmt que le sens du loucher n'avait pu faire cesser •s autres illusions d'optique ; il a donné à son lour ne explication , meilleure sans doute que la prc- =dente , mais qui n'est pas non plus à l'abri de ule objection. Il l'a proposée dans son ouvrage nglais , ayant pour titre : Théorie de la vision, etc. Ion lui , il n'csl pas besoin du toucher pour reesser celle erreur dans laquelle la vue devrait as entraîner. Comme nous rapportons toutes nos 'nsalions à nous-mêmes, la rectitude de l'objet ,esl que relative, et son inversion existe réellement j fond de l'œil.

IM. Gall a pensé que le mode d'impression de la mière au fond de l'œil n'avait aucun rapport avec f perception intellectuelle de la lumière ; que les is de la physique s'arrêtaient à la réline , et qu'à trtir de là , l'action devenant purement nerveuse , n ne devait plus chercher de relation entre l'image inle au fond de l'œil el la transmission de celle âge au cerveau. Cette manière de résoudre la estion par une fin de non-recevoir n'a pas satisil tous les physiologistes , et nous trouvons dans umenbach une explicalion beaucoup meilleure ■i ce phénomène. Par un acte de notre intelliisnce , nous transportons à l'objet aperçu la sensa- E)n de l'image qui est au fond de l'œil ; en sorte ic chaque point de la rétine, impressionné par la mière, est, si je puis dire, un œil distinct qui lerçoit dans sa véritable place l'objet lumineux elcrieur d'où émanent les rayons dont il a eu la rceplion.

L'intégrité de la vision est liée à celle circonwnce , que chaque cône lumineux doit avoir son nmmct sur la réline. Recherchons si la structure ) l'œil peut rendre compte de l'absence d'aberi lion de sphéricité et de réfrangil)ililé , aberration .l'offrent les lentilles ordinaires, el comment, avec 1 cône objectif dont le sommet est plus ou moins ès de l'œil , le cône oculaire a toujours son somet sur la rétine.

Les instruments lenticulaires ne peuvent concenren un point unique les rayons lumineux qui les taversent; il se forme , en arrière de la lentille, un »yer alongé sur l'axe du cône lumineux , les rayons t rivanl sur cet axe d'autant plus tôt qu'ils sont plus oncenlriques. On pense que ce phénomène, auquel la donne le nom d'abcrralion de sphéricilé, est corgé dans l'œil , 1" |)ar le peu de convexité de la surce antérieure du cristallin , qui empêche par-là '.ncidence trop oblique des rayons les plus excen- .tques ; 2" par la convexité très-prononcée du crisllin en arrière, principalement sur ces parties •térales , qui imprime aux rayons excentriques une «mvcrgcuce plus rapide; 3' par la présence de ris , dont l'ouverluro centrale ne laisse passer que ^8 rayons les moins divergents ; 4" par la densité égale des dilïércntes couches du cristallin. La lumière est composée d'éléments inégalement ifrangiblcs ; de telle sorlc qu'en travcrsanl un

corps lenticulaire, chaque rayon est décomposé , et les parties qui le constituent, violet , indigo, bleu, vert , jaune , orangé , rouge , ne peuvent, au sortir de la icntille , se réunir en un faisceau unique , analogue à celui qu'ils formaient en entrant dans ce corps. La netteté de la nouvelle image est altérée par cette aberration de réfrangihililé. On a longtemps pensé que l'œil ne pouvait être à l'abri de celle aberration , cl celte opinion fut partagée par Newton. Ce physicien célèbre pensait que, dans les corps, la force de réfraction est toujours en rapport avec celle de décomposition de la lumière. Il était réservé à Euler de démontrer l'erreur de cette proposition; et, prenant pour modèle l'œil humain, il composa des corps lenticulaires formés par la réunion de plusieurs substances , les unes fortement réfringentes , les autres décomposant puissamment la lumière; et il obtint une image exempte de l'aberration de réfrangihililé : de là naquirent les lunettes achromatiques. On a recherché quelles étaient les parties de l'œil qui corrigeaient l'aberration de réfrangihililé : les uns ont pensé que les humeurs aqueuse et vitrée rétablissaient la décomposition de la lumière opérée par la cornée et le cristallin. M. Dulong attribue cet usage aux couches d'inégale densité de cette lentille.

Malgré la découverte d'Euler, quelques personnes rejettent encore l'achromatisme de l'œil. D'Alembert ne l'a point admis. M. Guérard a fait une expérience qui tend également à le renverser. Selon lui, l'iris suffit pour corriger les effets de cette aberration ; les rayons les plus excentriques el les plus décomposés élant arrêtés par ce diaphragme, les autres se superposant, et donnant lieu ainsi au rétablissemenl de la lumière blanche.

Onsail en physique que le cône objectif el celui qui se forme derrière une lentille, ont toujours entro eux un rapport inverse de longueur , de telle sorte que plus le sommet du premier s'éloigne de la lentille , plus le second s'en rapproche , et vice versâ. Comment se fait-il que nous puissions avoir une vue distincte à tant de distances différentes? Des expériences très-bien faites, dues à MM. Poterfield , Young, Pravaz , ont démontré que l'œil éprouvait une modification particulière au moment oùle sommet du cône objectif était rapproché ou éloigné. Celte faculté qu'ont les yeux de s'accommoder à la distance des objets ne peut dépendre , comme on s'est plu à le répéter, de l'alongement ou du raccourcissement du globe par les muscles qui le meuvent ; ses quatre muscles droits ne sont , en aucun cas , capables de le comprimer sur ses côtés , et do l'alonger en changeant sa forme sphérique ; leur action simultanée né pourrait qu'enfoncer le globe dans l'orbite , l'aplatir de devant en arrière , diminuer sa profondeur, et rendre par conséquent la réfraction moins énergique, lorsque les objets sont très-éloignccs ou Irès-pelils: mais cet effet ne peut être admis. L'œil , qui se meut cl repose sur le coussinet graisseux qui remplit le fond de l'orbite, n'est jamais assez forlcment pressé pour perdre sa figure sphérique, qui , de toutes les formes quo peuvent revêtir les corps , est celle qui , par sa nature particulière , résiste le mieux aux changements. Les cxlrcmilcs des processus ciliaires qui

environnoni la ciiTonfoicnco du crislallin no pcu- \ciil a^irsur cello loiilillc transpareiilo , la compriiuei- ni la mouvoir ; car ces pclils replis mcmhrancux ne joiiissatit d'aucune force conlraclile , sont inca[>al)lcs do mouvoir le cristallin, avec lequel leurs fxlréinilés simplement conliguës n'ont aucune adhérence , et qui d'ailleurs est inamoviblement fixé dans la fossette qu'il occupe, par les adhérences de sa capsule avec la membrane du corps vilré. Je passerai volontairement sous silence plusieurs autres explications dans lesquelles on fait jouer un rôle important à l'humeur aqueuse engagée dans le canal goudronné, à raplalissementdo la cornée , à sa convexité plus grande, etc. , qui offrent toutes cela de commun d'élre entièrement hj'pothéliques. Les divers degrés do resserrement ou de dilatation dont la prunelle est susceptible, donnent de ce problème physiologique une solution bien plus satisfaisante.

Les rayons lumineux qui parlent d'un objet trèsvoisin sont Irès-divcrgenls ; l'œil manquerait des forces réfringentes nécessaires pour les rassembler en un faisceau unique, si, la pupille se resserrant par l'élargissement de l'iris, les rayons les plus divergents , ou qui forment la circonférence de la pyramide lumineuse, ne se trouvaient écartés. Alors ceux qui forment le centre du cône, et qui n'ont besoin que d'une moindre réfraction pour se réunir sur un seul point de la réline, sont seuls admis par l'ouverture rélrécie. Quand, au contraire, nous regardons un objet éloigné, d'où partent des rayons déjà très-convergents, et qui n'ont besoin que d'une faible réfraction pour élre rapprochés de la perpendiculaire, nous dilatons la pupille, atin d'admellre les rayons les plus divergents qui, réunis, porteront l'image de l'objet. Il en est, sous ce point de vue, des corps très-petits comme de ceux dont une grande distance nous sépare. Un objet d'une extrême ténuité, et que l'on ne vdil pas en le mettant à deux pouces de l'œil, devient visible si on le regarde au travers d'uneélroite ouverture.

M. Simonoff, astronome russe, a calculé que depuis un décimètre de dislance jusqu'à l'infini, les changements de direction des rayons lumineux, réfractés par les milieux de l'œil, étaient à peine sensibles ; de telle sorte que le sommet du cône lumineux oculaire était toujours compris dans l'épaisseur de la rétine.

Quoique l'image de chaque objet se trace en jncrae temps dans chacun des deux yeux , nous n'avons qu'une sensalion simple. Croirait-on que des savants aussi distingués que Buffon etLecat aient soutenu qu'originairement nous voyions les objets doubles , et que c'était encore à l'éducation par le loucher que nous devions de ne plus commettre celle erreur d'optique ! M. Gall pense que si la perception des objetsestunique , c'estque nous n'exerçons jamais qu'un seul œil. Il est vrai que dans plusieurs circonstances , quand on veut connaître la direction des objets , on néglige l'action de l'un des yeux ; il est vrai encore que beaucoup de personnes , quoique en apparence douées de deux organes d'égale force , ne regardent qu'avec un seul , par suite d'une faiblesse congénialc ou acquise de l'autre œil ; cl la précision de la vue ne doit pas en

souffrir beaucoup , s'il est vrai , comme le penie Jurine, que la force réunie des deux yeux ne l'cin. porte que d'un treizième sur celle d'un œil exercé séparément. Mais le plus grand nombre des hom. mes perçoit la lumière des deux côtés à la foig.; comment donc se fait-il qu'il n'y ait perceiitioii que d une seule image? Les métaphysiciens l'expliquent en disant que le sensorium auquel la sensation aboutit étant unique , il ne peut y avoir qu'une perception. Mais s'il en était ainsi , pourquoi verrait-OQ le même objet double quand on détruit le parallé* lisme des axes optiques |)ar la pression du doigt sur l'œil ? Nous sommes forcés d'avouer noire igno. rance pour expliquer comment, avec deux organei qui perçoivent chacun une image et la trausmetlenl au cerveau , nous n'avons cependant qu'une perception unique. Quoi qu'il en soit , les deux sensa* tious , pour être en harmonie et se confondre ,j exigent la direction des axes optiques sur les mê' mes objets ; et pour peu que cette direction soit dé-| rangée , nous voyons réellement double : c'est qui arrive dans le strabisme , dont nous parlcronal plus loin.

Si les yeux jouissent d'une force de réfractionj trop énergique, soit par la trop grande convexîl de la cornée et du crislallin , la densité plus considérable des humeurs ou la profondeur excessive di globe , les rayons lumineux , trop tôt réunis , s'entrecroisent , divergent de nouveau , tombent épari sur la réline, et ne produisent qu'une sensatioi confuse. Dans ce vice de la vision , appelé myopie les malades ne peuvent distinguer que les objel très-rapprochés , d'où partent des rayons dont h grande divergence a besoin d'un instrument quj jouisse d'une grande force de réfraction. Dans la presbytie, au contraire , la cornée trop aplatie, le crislallin peu convexe, ou situé trop profondé ment, les humeurs trop peu abondantes , fontqn^ les rayons ne sont pas encore rassemblés lorsqu'il tombent sur la réline ; de manière que les mala^ des ne voient bien que les objets éloignés, parc que les rayons qui en viennent, peu divergciitsj n'ont pas besoin d'être beaucoup réfractés.

La myopie est quelquefois l'effet de l'habitudd que contractent les enfants de regarder de très-pré^ les objets qui fixent leur attention. La pupille s'ao coutume alors à une grande constriction , et ne s^ dilate plus qu'avec peine. On devine aisément que i pour corriger celte vicieuse disposition , il fau^sj présenterà l'enfant des objets éloignés qni piquenM vivement sa curiosité , et le tenir à quelque distane^i| de tout ce qu'il regarde.

La sensibilité de la rétine est, dans certaines ocf casions, tellement exaltée, que l'œil supporte avef peine l'impression de la plus faible lumière. Lei nyclalopes, c'est ainsi que l'on nomme ceux qui sonl' atteints de celle maladie, distinguent les objets ai| milieu des plus éfiaisses ténèbres: quelques rayonf sont capables d'ébranler suffisamment leur organei On raconte qu'un gentilhomme anglais, renfernaf dans une fosse obscure, parvint graduellcmcnl 4 distinguer tout ce qui y était contenu ; rendu à M lumière, dont il avait eu quelque sorte perdu l'h*''! bilude, il n'en put supporter l'éclat : les bords de l| pupille, auparavant Irès-dilalés, se coniraclaicnt ai|

[Il 9\

DES SENSATIONS

oint d'effacer entièrement l'onverliire. Lorsqu'au (iiiliairo la réline est peu sensible, les malades no l uvenl voir qu'au grand jour. Celte autre lésion (' la vue, désignée par le nom â' héméralopte , peut Ire regardée comme le premier degré de la parasic totale du nerf optique ou goutte sereine ; elle H onnait pour cause tout ce qui peut émousser la lisibilité de la rétine. Saint-Yves rapporte, dans n ouvrage sur les maladies des yeux, plnsieuis -ervalions d'béniéralopie : elles ont pour sujets - ouvriers employés dans l'Iiôlel des monnaies à ionte des métaux. Les habitants des contrées boiles, où la terre est couverte par la neige pendant i plus grande partie de l'année, deviennent de iKine heure héroéialopes : les uns elles autres conaclent celle disposition parce que leurs yeux sont iiiluellement fatigués par l'éclat d'une vive lu- :;(!re.

Enfin, pour que le mécanisme de la vision s'acimplisse, il faut encore que toutes les parties de ih\ soient dans certaines conditions dont l'absence I plus ou moins fâcheuse ; il est surtout nécessaire le les membranes et les humeurs que les rayons luincux doivent traverser jouissent d'une Iransu ence parfaite. Ainsi les taies de la cornée, l'ociision de la pupille par la conservation de la memane qui bouche celte ouverture durant les preiers mois delà vie du fœtus ; la cataracte, aflec- :i qui consiste dans l'opacité du cristallin ou de sa |)sule; le glaucome ou le défaut de transparence du rps vitré, affaiblissent ou même abolissent comelement la faculté visuelle, en erapêcliant les ons d'arriver jusqu'à la rétine. Celte membrane G-mème doit jouir d'une sensibilité modérée, afin Hre convenablement affectée par leur contact. La Mroïde, dont elle remplit la concavité, doit offrir enduit assez noir pour absorber les rayons luminx qui la traversent. Est-ce à l'affaiblissement lisible dans la teinte de la choroïde, à mesure que )n avance en âge , autant qu'à laffaisscraenl, à l'iniralion , à la coloration des ditïérenles parties de oil , ainsi qu'à la sensibilité de la rétine , émoussée r un long usage , qu'on doit attribuer le trouble la faiblesse de la vision chez les personnes avanes en âge? M. Desmouiins considérant que les aniuux doués de la meilleure vue, les animaux nocrnes , les oiseaux de proie , ont une choroïde d'un inc nacré, pense que celle disposition favorise la sion , en réfléchissant les rayons lumineux qui ira- Msciit de nouveau la rétine etaffeclent doublement Ile membrane. Il n'en faut pas conclure que le uraenl de la choroïde soil inutile à la vision dans espèce humaine , caria faiblesse extrême des yeux es albinos prouve la nécessité de l'absorption de la imière par l'enduit noir dont la choroïde se trouve jcouverte. Tout le monde a pu voir un grenadier e la garde de Paris, faisant son service à la porte es spectacles , et attirant l'attention par ses mousiiches et ses cheveux blancs , contrastant d'une lanière remarquable avec la jeunesse de son visage, et individu n'était âgé que de trente-quatre ans : ès sa plus tendre jeunesse ses cheveux ont offert i couleur du lin en éloupes. Ses yeux , très-délicats l très-faibles en même temps, ne pouvaientsupporîT l'éclat d'une vivo lumière, et lui devenaient corn-

plèleraent inutiles dans l'obscurité. L'iris et le fond de l'œilélaicnt d'un rougcrosé. Celle couleur , que présentent fréquemment plusieurs animaux domestiques, tels que les lapins et les pigeons, tient à l'absence de l'enduit noir donl sont revêtues la face interne de la choroïde et la face postérieure de l'iris; et comme, au momenldela mort, le sangabandonne les petits vaisseaux dont est pourvu le tissu de ces membranes, elles deviennent alors parfaitement transparentes; elleursyeux, présentés à la lumière, permettent d'apercevoir , à travers le tissu d'une sclérotique Irès-raince , les images des objets tracés sur la rétine dans une situation renversée.

Les anciens accordaient au cristallin la faculté de recevoir l'impression de laluraière. Kœpler , le premier , démontra que ce dernier n'avait d'autre usage que celui d'une lentille. Plus tard , Mariolle et Lecat placèrent le siège de l'impression dans la choroïde; mais aujourd'hui tous les physiologistes s'accordent à considérer la rétine comme destinée à accomplir cette fonction ; aussi serait-il superflu de réfuter les arguments sur lesquels Mariolle et Lecat avaient fondé leur opinion.

La faculté d'être impressionnée par un corps aussi délié que le fluide lumineux, a fait supposer dans la réliue une sensibilité exquise; et les chirurgiens croyant qu'une douleur excessive devait suivre l'irritation de celle membrane par le contact de l'instrumenlou du cristallin trop déprimé, rapportèrent à cette lésion les accidents nerveux qui suivent quelquefois l'opération de la cataracte. Cependant la réline est complètement insensible à l'action de tout autre corps que la lumière. C'est ce dont M. Mageudie s'est assuré en portant la pointe de l'aiguille à cataracte sur la rétine de plusieurs animaux, et même de l'homme , sans déterminer aucune douleur.

D'après la remarque de M. Desmoulins, l'amplitude de la réline plusieurs fois pliée sur el'e-mêmo dans le fond de l'œil, favorise la perfection de la vision , en soumetlanl le même rayon lumineux à un contact mullipleaveclapulpe nerveusequ'il ébranle ainsi en un plus grand nombre de points.

Le nerf optique transmet au cerveau l'impression de la lumière. Cet usage ne peut être contesté; et si l'on en voulait la preuve, il suffirait d'exlraire une page de Haller , consacrée à mentionner les cas où les altérations du nerf optique ont été suivies du cécité. La senslbililé du nerf optique est aussi obscure que celle de la réline : on peut le couper comme un tendon sans que l'animal manifeste aucune douleur. Nous verrons plus loin que la cinquième paire de nerfs ajoute son action à celle de la seconde pour que la vision s'accomplisse.

Les yeux sont, de tous les organes des sens , ceux qui ont acquis le plus grand développement dans un enfant qui vient de naître ; ils ont même alors à peu près le volume qu'ils doivent conserver pendant le reste de la vie : de là vient que les figures des enfants, dont les yeux sont proportionnellement plus grands, sont rarement désagréables, parce que c'est de ces organes que la physionomie lire ses principaux caractères. Ne pourrait-on pas dire que , si la nature a plus lot achevé l'organe de la vue, c'est que les changements qu'il imprime aux rayons de la

lumière se iléduisant d'une nécessité purement physique , la pcireclion de rinsirument ëlail indispensable à l'exercice de la sciisalion?

Les yeux ne sont pas immobiles dans le lieu qu'ils occupent. Entraînés dans des mouvements très-variés par quatre muscles droits et deux obliques , ils se dirigent vers tous les objets dont nous voulons prendre connaissance; et l'on observe qu'il y a entre les muscles qui meuvent les deux yeux une telle correspondance d'action , que ces organes tournent à la fois dans le même sens, se portent ensemble vers le même objet, de manière que les axes visuels sont exactement parallèles. Il arrive quelquefois que cette harmonie de mouvements se dérange; et de là naît le strabisme , affection qui, dépendant presque delà force inégale des muscles de l'œil , peut être distinguée en autant d'espèces qu'il y a de muscles qui peuvent entraîner le globe de l'œil dans leur sens , lorsqu'ils se trouvent accidentellement doués d'une force prédominante. Buffona encore assigné pour cause de strabisme l'aptitude différente des yeux à être affectés par la lumière. Selon ce naturaliste célèbre, il peut arriver que l'un des yeux ayant plus de sensibilité, les enfants chez lesquels cette différence existe ferment le pins faible pour se servir du plus fort, que l'exercice fortiGe davantage, tandis que le repos affaiblit encore celui qui reste dans l'inaction. L'examen d'une grande quantité de jeunes gens soumis à la conscription militaire, et réclamant l'exemption pour cause d'infirmités, m'a appris que le strabisme est constamment lié à la force inégale des deux yeux. Toujours l'œil inerte est plus faible, presque inutile; et il était bien nécessaire que le globe divergent fût ainsi neutralisé , sans quoi l'image qu'il aurait transmise au cerveau , différente de celle qui arrive par l'œil sain, eût introduit du trouble et de la confusion dans les fonctions visuelles. L'œil louche , inactif , tombe par degrés dans cet état de débilité par défaut d'exercice , que Brown a si bien nommé faiblesse indirecte.

Il est des cas dans lesquels le même objet produit plusieurs impressions, quoique le parallélisme des yeux ne soit pas détruit; d'autre part , Richter a cité l'observalion, bien remarquable, d'une personne qui paraissait n'avoir qu'un seul point de la rétine sensible à la lumière; de telle sorte que pour voir un objet elle était obligée de remuer son œil en plusieurs directions , jusqu'à ce que l'image vint frapper la partie de sa rétine qui était restée impressionnable. Des faits de cette nature , bien observés, s'ils se répétaient, pourraient éclairer l'histoire des fonctions de la réline.

Dcssix muscles de l'œil, quatre seulement, ceux que l'on nomme ses muscles droits, sont-ils destinés à ses mouvements volontaires , tandis que les deux obliques , dont le grand est animé par la quatrième paire de nerfs , exécutent les mouvements involontaires par lesquels le globe tourne sur lui-même, de manière que la pupille se dirige obliquement en haut ou en bas? Suivant celte opinion , récemment émise par M. Ch. Bell (I), la

{]) Physiologie de l'œil, Journal de Médecine ei des Sciencot natvrellos. Londre», 1824.

quatrième paire de nerfs joint encore â ce dernie^ usage celui de combiner les mouvements du globe de l'œil et des paupières , et de lier l'œil au système de la respiration , simple conjecture qui ne noug paraît point offrir un degré suffisant de probabillié Eu effet, les mouvements obliques de l'œil s'exé' entent sous l'inOuence de la volonté , ^ans quoi il serait impossible de simuler et de dirigera son gri l'expression faciale pour la partie à laquelle l'œi contribue, comme on le voit faire aux mimes d toute espèce.

CXr. L'usage immédiat de la vue est de non donner la notion des couleurs; et sous ce poin de vue ce sens ne peut être supplée par auca autre.

La faculté de percevoir la coloration des objet doit être distinguée de celle de discerner les nuan ces, souvent très-délicales , des couleurs variéei qui entrent dans la composition d'un tableau , e que I on nomme la faculté du coloris : l'organe qu lui répond, et qui a son siège dans le cerveau l peut être complètement atrophié , taudis que l'or possède une vue excellente. Elliottson et Blumen bach ont rapporté des exemples très-curieux de! erreurs commises par certaines personnes sous 1 rapport de la faculté du coloris.

La mémoire des lieux n'est pas non plus n: résultat de la faculté déjuger les couleurs; elle rattache à notre organisation cérébrale.

Quant aux usages médiats de la vue , ils ont pon but de nous faire connaître la grandeur des ob jets, leur distance, leur état de mouvement ou d repos, etc. l°Pour la grandeur, plus un corps esjpi grand, sa distanceétant déterminée, plus sonimagi dans le fond de l'œil a d'étendue ; plus , par consél quent , l'angle visuel est ouvert. Or, il existe un rap| port exact enlrela grandeur de l'image et l'imprei sion qui en est per^îue. 1° Pour l'éloignemenl, plu un objet est distanlde l'œil, son volume étant détei miné, plus l'image en est petite sur la rétine , plu l'angle visuel est aigu , et, comme pour la grandeai il existe un rapport nécessaire entre le jugemeni que nous portons sur la distance de l'objet et 1 grandeur de l'image peinte au fond de l'œil. Mais si dans les deux circonstances précédentes , c'est pa| le degié d'ouverture de l'angle visuel que nonj estimons , soit la dislance, soit le volume des objetsj il est nécessaire que quelques circonstances accei soires nous prêtent leur secours pour nous empêchi de confondre ces deux sensations. Le premier ph noméne qui redresse notre jugement est l'intensif de la couleur, celle-ci étant, en général , d'autarfc plus vive que l'objet est plus rapproché. Mais i* déjà nous pouvons commettre des erreurs , et allrM buer à l'éloignemenl ce qui tient à la faiblesse de 1 lumière, et réciproquement. Les objets intermédiab res nous servent encore à rectifier nos jugement* C'est ainsi qu'un clocher, vu par une fenêtre, « telle sorte que l'œil n'aperçoive rien de ce qui 1 c sépare; paraîtra petit et rapproché, tandis que l'on voit en même temps les cbamps , les maisoi intermédiaires, ce clocher s'offrira alors avec d( dimensions plus grandes, ou son éloignement sei jugé plus considérable. Enfin , l'éducation qui no\ a fait connaître la grosseur d'un objet , nous permc

DE8 SE:^8ATI0K8.

naiu! nous le reconnaissons à sa forme, d'apprécier lus exacleincnl son volume el sa distance, l.es deux j eux sont nécessaires pour juger de la -ition exacte d'objets peu éloignés : c'est ce que ulingbroke a noté depuis long temps , ce qu'IIaiiy Licuioniré dans sa Physique , et M. Magendic dans Physiologie. Essayez, pour vous en convaincre, »ec un bàlon terminé en crochet droit, démettre crochet dans un anneau à cinq pieds de vous; la italive réussira toujours envous aidantdes deux ux , tandis qu'avec un seul le crochet sera conduit, •it en-deçà, soit au-delà do l'anneau. 3° Pour le lOiiveraent, nous apprécions ce phénomène par transport de l'image sur le fond de l'œil, ou bien lore.ce qui est plus fréquent, parle raouvernt des yeux qulsuivent l'objet qui se meut. Mais !e corps en mouvement est trés-éloigné, ou 1 se déplace lentement, nous le croyons en [)os : c'est ce qui a lieu pour les astres , pour mouvement de l'aiguille. Si, au contraire, il va s-vite, comme ua projectile mu par l'explosion la poudre , il cesse d'être visible.

Le sens de la vue me parait , bien plus que celui l'odorat, mériter le nom que J.-J. Rousseau, donné à ce dernier , de sens de l'imagination. )mme cette brillante faculté de l'âme , la vue , qui lUS fournit des idées si riches etsi diversifiées . est, imme on vient de le voir , sujette à nous entraîner us bien des erreurs, les métaphysiciens prétennt qu'elle ne peut nous donner la notion de la -lance , puisque l'aveugle-né de Cheselden croyait juédialement appliqués à son œil tous les corps 'il pouvait apercevoir ; ni celle de la figure et la landeur des objets , puisque , conformément aux is de l'optique , une tour carrée , vue dans le loina , nous paraît ronde , et que des arbres Irès- «vés , vus aussi dans une perspective éloignée, ne us paraissent pas plus grands que des arbrisseaux i.'js voisins de nous ; ni celle du mouvement puisque i corps qui se meut avec rapidité nous semble mobile , etc. Qu'enfin , c'est par le toucher que ' corrigent ces erreurs, que Condiilac, dans sou •aité des Sensations (1), a peut-être exagérées, ns doute ce dernier sens a dû nous aider à recier notre jugement. Mais les métaphysiciens nl-ils pas trop accordé à l'un au détriment de «utre ? Que si les enfants , les aveugles de naissance, i recouvrent la vue plus tard , commettent , dans rincipe , des erreurs grossières, cela peut tenir l'imperfection de l'organisation de l'œil. D'ailleurs •rtains animaux , quoique très-jeuncs , onl de suite le vue excellente : tels sont les pptils des galli- «cés; d'autres onl le sens du toucher tellement "lus, les chevaux par exemple , que l'on coml endra difficilement comment il a pu concourir à lîrfectionner la rectitude parfaite de leur vision. L organe de la vue , considéré dans les diffénts animaux qui en sont pourvus , présente des irielcs qui sont bien manifestement en rapport 'ec les milieux dans lesquels ils vivent. Ainsi les qm s élèvent dans les hautes régions do

seaux

(1) ConHMllt./.o,el oi.vra^.., rempli d'aillenrs .le vues rxcol- •1 c» .ur la niétai.l.y.,que de» HonsalioMB . des nasHiuii, , de lou» les actes moraux et inlcllcclucls

l'air onl une troisième paupière , remarquable surtout dans l'aigle , qui lui doit le pouvoir de fixer le soleil ; eldans les oiseaux nocturnes, donl elle paraît garantir l'œil , extrêmement délicat , des impressions d'une trop vive lumière. Chez eux aussi , la sécrétion des larmes est très-abondante , le milieu qu'ils habitent étant très-propre à en favoriser l'évaporation, La plupart des poissons n'oul au contraire aucune paupière mobile ; leurs yeux ne sont point mouillés par l'humeur lacrymale ; l'eau dans laquelle ils sont habituellement plongés semble leur en tenirlieu : quelques-uns ont néanmoins les yeux enduits d'un vernis onctueux, bien propre à adoucir les frottements du liquide.

Le globe de l'œil , dans les oiseaux , présente une cornée très-convexe, quelquefoismêmeabsolument hémisphérique ; il jouit par-là d'une force de réfraction très-énergique. Les puissances réfringentes paraissent bien plus faibles dans les yeux des poissons , donl la partie antérieure est aplatie; maïs l'eau dans laquelle ils vivent rendiiil chez eux l'humeur aqueuse inutile ; car la densité de cette humeur étant à peu près semblable à celle de l'eau , elle n'eût déterminéaucune réfraction ; bien plus , dans les poissons de mer, se trouvant inférieure en densité à l'eau salée , elle eut brisé les rayons en les éloignant de la perpendiculaire. En effet , la force réfringente d'un milieu n'est jamais qu'une quantité relative ; ce n'est pas la densité du milieu qui détermine son degré , mais la différence de densité qui existe entre lui et le milieu auquel il est contigu. Pour suppléer à l'aplatissement de la cornée provenant de la petite quantité ou raêmede l'absence de l'humeur aqueuse, les poissons ont reçu un cristallin très-dense, sphérique, et donl la sphéricité appartient à une petite sphère.

L'œil des oiseaux , dont la cornée est poussée en avant par une humeur aqueuse très-abondante , a dans ce fluide une force de réfraction très-puissante , l'air des hautes régions de l'atmosphère, à raison de sa raréfaction extrême, étant peu propre à rapprocher les rayons lumineux.

L'ouverture de la pupille est plus dilatable dans le chat, la chouette, les oiseaux nocturnes, et généralement pour tous les animaux qui peuvent voir dans l'obscurité. La sensibilité de la rétine parait aussi plus vive chez celte classe d'êtres; plusieurs semblent incommodés par la lumière du jour, et ne poursuivent leur proie qu'au milieu des plus épaisses ténèbres.

Le crislalliude plusieurs oiseaux aquatiques , tels que les cormorans, est sphérique comme celui des poissons; et ce n'est point, comme on le verra à l'article de la Station, la seule particularité de structure que présentent ces sortes d'amphibies. Enfin, la choro'idc de certains quadrupèdes, plus facilement séparable en deux lames distinctes que celle de l'homme , présente au fond de l'œil , au lieu d'un enduit noirâtre uniformément répandu, une tache assez large, diversement colorée . brillante , cl présentant chez quelques-uns les couleurs les plus belles el les plus éclatantes. Nous avons vu quels usages M. Desmoulins avait assignés à celle plaque colorée, connue sous le nom de lapis.

La lèlc des insectes qui onl des yeux imilliples

lienl à leur corps , en siiiltousics mouvcmcnls: leur existence est d'ailleurs si f'ra{,Mle, que la nature devait leur prodiguer les moyens d'apercevoir les choses qui peuvent leur cire nuisibles.

Le nerf optique ponrrail-il être remplacé comme organe essentiel et spécial de la vision? un filet de la cinquième paire, l'ophlhalmique de Willis, pourrait-il, se rendant à l'œil , ressentir l'impression de la lumière ? Dans la taupe , la musaraigne-musette , le zerami , le chrysoclore , le rat-taupe du Cap, et autres animaux de la même famille , le nerf oculaire \ient évidemment du trijumeau. Le nerf optique manque aussi bien que les muscles de l'œil , et les nerfs destinés à leurs mouvements. Or, comme plusieurs de ces animaux sont incontestablement doués de la faculté de voir , et que, malgré l'opinion vulgaire, la taupe elle-même n'est point complètement aveugle (1), on est bien forcé d'admettre ce transport, ou plutôt celle transposition d'un sens, d'un nerf sifr un autre nerf ; fait que mon savant collègue , M. le professeur Duméril , a établi le premier à l'occasion du sens de l'odorat chez les poissons, et sur lequel M, Cuvier a voulu fonder cette loi générale de l'action du système nerveux , que la différence des fonctions des nerfs dépend plutôt de l'organisation différente des parties auxquelles ils se distribuent, ou, pour mieux dire, avec M. Serres , dans lesquelles ils se forment, que de leur essence propre.

Aux preuves fournies par l'anatoraie comparée en faveur de cette loi , l'art expérimenta] a voulu joindre les siennes, malheureusement bien moins concluantes. C'est ainsi que M. Magendie pense que le nerf optique , chez l'homme , pour servir à la vision , a besoin du concours de la cinquième paire de nerfs, car l'œil des animaux qu'il a mutilés en détruisant ce nerf, a cessé de remplir ses fonctions. Le résultat premier et direct de la section de la cinquième paire consiste dans l'abolition de la vue ; la lumière artificielle , quelle que soit son intensité , ne produit plus d'impression sur l'œil; les rayons du soleil , très-vifs et tombant directement sur la cornée , excitent seuls une légère impression. Mais cette section entraine des changements secondaires bien curieux dans l'organe de vue : ses membranes s'enflamment , la conjonctive rougit, l'iris se recouvre de fausses membranes , la cornée devient opaque , se ramollit , s'ulcère , l'œil se vide par celle ouverture, et la vue est à jamais perdue de ce côlé.

Quelques faits pathologiques semblent confirmer ces résultats de l'analomie comparée et de l'expérimentation. Je rappellerai ici une observation curieuse observée par M. le docteur Serres (2), à l'hospice de la Pitié. Un épileptique avait jierdu la vue de l'œil droit ; l'odorat, le goût, étaient abolis du

(1) On trouve dans les /Irchives générales de viédecinc, juillet 1823. un mémoire de Tréviranus, dans lecpicl on décrit le nerf optique et les nerfs moteur» de l'œil de lu taupe; mais leur ténuité est si grande, la disproporlion du nerf optique et celle de la branche ophlbalmique de la cinquième paire sont si considérables, que les propositions émises ici ne peuvent /;trc infirmées par cette disposition anatomiquc.

(2) Archives géntruîcs de Médecine. Août If:?'!.

même côté > l'ouïe était très-dure à droite. A Touverture du cadavre, la cinquième paire du côté droit parut , à son origine, convertie en une matière molle , jaunâtre , et presque gélatiniforme; le reste était infiltré; le ganglion , devenu jaunâtre , était plus volumineux; le reste du nerf n'avait que trois lignes de largeur , tandis que le nerf du côlé gauche était large de quatre lignes et demie. Les filets musculaires du nerf affecté paraissaient sains : aussi la mastication n'élait elle point empêchée.

Dans l'homme et les mammifères , la cinquième paire établit une sorte de liaison entre les organes de la vue , de l'odorat , de l'ouïe et du goût. Or- î gane exclusif de ce dernier sens, le nerf de la cin- i quièrae paire envoie dans l'œil les nerfs qui vontà i l'iris ; et l'on a vu quel étroit rapport de sensibilité i! et de fonctions unit cette membrane à la rétine. La t( première branche de la cinquième paire se répand f) aussi dans l'orbite , et donne la sensibilité au^i paupières et à la conjonctive; la seconde branche j ou maxillaire supérieur , envoie dans les fossc^ nasales plusieurs rameaux, dont les plus remar-i quables sont les nerfs sphéno-palatins , lesquels procèdent d'un ganglion placé dans le sommet diMi la fosse zygomatique , et se distribuent à la parti(|f| supérieure el postérieure des fosses nasales , toui 'i près de l'endroit où l'on place le siège de l'odorat

Enfin , la troisième branche , ou maxillaire infér^ rieur , après avoir animé les muscles de la masliHfi cation , fournit le lingual , lequel , après avoilî communiqué avec le facial ou portion dure deU!|l septième paire , dont il reçoit le filet connu sous 1 nom de corde du tambour, va se rendre à la langu Il suit de celle distribution , dont nous venons d'i diquer seulement les principales circonstances, qu par ses trois branches, le trijumeau s'élend à lo les organes des sens placés à la tète ; qu'à la liaiso anatomique ainsi établie entre eux , il doit joind un rapport physiologique ou sympathique plus dl rect et plus intime. Il n'est point pour cela l'orga spécial ni principal de la vue , de l'odorat et de l'ai dilion ; mais tout prouve que chez l'homuie il y seé accessoirement, fortifie la sensation , et la rend plij complète. Tandis que, pour nous , le nerf Irij mcau n'est qu'un simple organe de renforrcmen il fournil les nerfs de la vision chez les animaux d pourvus du nerf optique , et ceux de l'odorat d cétacés , qui n'ont qu'un nerf olfactif filiforme. L animaux invertébrés , les mollusques , les insccl et les crustacés, manquant d'encéphale, n'ont poini comme les vertébrés, pour chaque sens un new principal et un accessoire : chez eux le trijumci^ fournit le nerf unique qui va se rendre à chaq* sens.

CXII. Organe de Vouïe. — Du son. Le son n pas , comme la lumière , un corps existant par li même: ou donne ce nom à la sensation que no|t éprouvons lorsque les vibrations d'un corps él tique frappent nos oreilles. Tous les corps peuvc le produire , pourvu que leurs molécules soie < 8uscci)tiblcs d'un certain degré de réaction et ( : résistance. Lorsqu'un corps sonore est frappe molécules intégrantes éprouvent un ébranlenic subit, se déplacent , el se livrent à des oscillalio plus ou moins rapides. Ce frémissement intcriclij

DES SENSATIONS

0 fait ressentir aux corps appliqués à sa surface :

1 l'on place la main sur une cloche ébranJéc par e choc de son ballant, on éprouve un iréinousseiienl plus ou moins marqué. L'air qui enveloppe f corps sonore reçoit et transmet ses vibrations \ec d'autant plus d'avanlage , qu'il jouit de plus lolaslicilé. Ainsil'on observe que, toutes choses -aies d'ailleurs , la voix se fait eulendre de plus

>in pendant l'hiver, lorsque l'atmosphère est à la lis sèche et condensée par le froid.

Les rayons sonores ne sont autre chose que des lies de molécules aériennes, le long desquelles il vibration se transmet , depuis le corps sonore iisqu'à l'oreille qui perçoit le bruit résultant de sa t rcussion. Ces molécules participent aux vibraions qui leur sont communiquées ; elles changent place et de figure, d'autant i lus qu'elles sont ilus voisines du corpsfrappé.d'aulanlmoinsqu'elles u sont plus éloignées ; car le son faiblit à meure que les dislances augmentent. Mais distinguez lien ce mouvement oscillatoire des molécules aéiennes de celui par lequeU'almosphère agitée par os venls se transporte eu masse et change de lieu. H'mblable à celui du balancier d'une pendule , qui e meut sans cesse , sans franchir jamais les limites du même espace , ce mouvement oscillatoire igite les molécules dans le lieu qu'elles occupent , Je telle manière qu'elles vont et reviennent , lorsjue la vibration est éteinte , à l'endroit où elles jtaient au moment où elle a commencé. L'air atmosphérique , mu en masse , ne produilaucun son, 1 moins qu'il ne rencontre sur son passage un jorps qui vibre par la percussion qu'il éprouve.

La force du son dépend en entier de l'étendue les vibrations qu'éprouvent les molécules du corps •onore. Dans une grosse cloche frappée avec vioence .l'agitation des molécules est telle, qu'elles arcourenl de longs intervalles , et que la figure du orps en est visiblement changée. Les tons aigus ou graves viennent du plus ou moins grand nombre de ivibralions dans un temps donné : or les vibrations eseronl d'autant plus fréquentes, que le corps so- »flore aura moins de diamètre et d'étendue. Deux icordes à boyau également longues , ayant la même igrosseur , et tendues au même degré , font , dans un rtemps donné , le même nombre de vibrations , proiduiscnl le même son: cela s'appelle unisson en imusique. Si l'on raccourcit l'une des deux cordés (de moitié, elle éprouve une fois plus de vibrations , (produit un son une fois plus aigu , ou supérieur d'une (Octave. Si , ne diminuant rien à sa longueur, on lui îôte la moitié de son volume , ou obtiendra le même trésullal. On accélérera de même les vibrations, en ['tendant avec plus de force la corde sonore. La di- ' ■versilé des sons que rend une basse , une harpe , et I en général tout instrument à cordes , dépend de ce i que leur tension , leur longueur et leur grosseur »8ont inégales.

Cette division du son fondamental est une opé- ^ ration de l'intelligence, qui aperçoit dans un bruit qui semble monotone une infinité de variétés et de nuances qu'elle exprime par des signes convenus. kMais, de même que la lumière réfractée par le rprisme prcsenleiine foule de teintes intermédiaires » entre les sept couleurs i.rimilivcs , et que la tran-

sition est graduée de l'une à l'antre de ces sept couleurs, ainsi la division de son primitif en sept tons exprimés par des noies n'a rien d'absolu , et laisse subsister dans leurs intervalles un grand nombre do signes qui en augmentent ou en diminuent la -valeur, etc.

Le son a donc été analysé comme la lumière : ee que le prisme a fait pour celle-ci , l'oreille l'a exécuté relativement à celui-là, et les modifications dont le son est susceptible sont aussi nombreuses etaussi diverses que les nuances entre les couleurs primitives.

Le son se propage avec bien moins de vitesse que la lumière. Le bruit d'un canon qui est éloigné d'une certaine distance n'est entendu qu'un instant après que l'œil a vu la déflagration du salpêtre. Ses rayons divergent et se réfléchissent comme ceux de la lumière , lorsqu'ils rencontrent un obstacle sous un angle égal à celui de leur incidence. Lorsque ces sous réfléchis arrivent à l'oreille plus tard que le son primitif, ils consliluenl le phénomène désigné par le nom d'écho. Qui ne connaît l'allégorie ingénieuse par laquelle l'ancienne mythologie a exprimé sa nature, en faisant de l'écho la fille de l'air et de la terre ? On peut augmenter la force du son , comme l'éclat de la lumière en rassemblant, en réunissant ses rayons. Les rayons sonores qui vont frapper un corps dur et élastique , réfléchis par ce corps, ne lui impriment pas moins un mouvement vibralile; d'où naît un son secondaire qui augmente la force du son primitif.

CXIII. Organe de l'ouïe et mécanisme de l'audition. La connaissance de Tanatomie de l'oreille a été portée à un haut point de perfection , et les travaux de Valsalva , Colugno , Ribes, Scarpa, Sœmraering, n'ont rien laissé d'inconnu dans sa structure. Il n'en est pas de même dansl'histoire physiologique de l'ou'ie; car depuis Galien jusqu'à l'époque actuelle, les savants n'ont pour ainsi dire rien ajouté à la connaissance de cette fonction; cp n'est que depuis une dixaine d'années que les travaux de plusieurs physiciens et physiologistes ont appris quelque chose sur les usages de plusieurs des parties constituantes de l'oreille. L'organe de l'ouïe , dans l'homme , est formé de trois parties bien distinctes : l'une, placée à l'extérieur, sert à rassembler et à transmettre les rayons sonores , qui sont modifiés en traversant une cavité inlcrmédiaire entre l'oreille externe et l'oreille interne. C'est dans les cavités de celle troisième partie de l'organe , creusées dans l'épaisseur du rocher, que réside exclusivement le nerf chargé de la perception des sons. Le pavillon de l'oreille et le conduit auditif externe peuvent être comparés à un cornet acoustiiiue, dont la partie évasée, figurée parle pavillon , rassemble les rayons sonores que transmet ensuite la portion étroite représentée par le conduit auditif. I.a surface du pavillon est surmonlée de plusieurs cminences séparées par des enfoncements dont la profondeur est proportionnée à leur saillie ; sa faco concave n'est i)oint toul-à-fait lournée en dehors chez ceux qui n'ont point aplati l'oreille eu la comprimant par des vêlomenls trop serrés : elle est un peu dirigée en avant, el cette disposition, favorable à la collection des sons, est surtout remarquablo

ÉLÉMENTS DE PUYSIOIOGIE.

chez les nations sauvages, dont l'ouïe est, commo l'on sait, d'une grande finesse. La base du pavillon est formée par une substance fibro-cartilagineuse, mince, élastique, propre à réfléchir les sons, cl, par les \ibrations dont elle est susceptible , à en augmenter la force et l'intensité. Une peau très-mince, sous laquelle il ne s'amasse point de graisse qui en eût diminué l'élasticité, recouvre ce cartilage; de petits muscles se portant de l'une à l'autre de ses ëminences, peuvent le relâcher en les approchant. Ces petits muscles, connus sous le nom d'intrinsèques de l'oreille, et qui sont le grand et le petit muscle de l'hélix, le muscle, du Iragus, celui de l'antitragus, et le transversal, sont, comme les muscles extrinsèques, plus forts et plus prononcés chez les animaux timides et à longues oreilles. Dans le liè- \re, les fibres de ces muscles sont tellement prononcées, leur action est si apparente chez cet animal faible et craintif, qui, ne pouvant échapper qu'en fuyant aux périls dont son existence est sans cesse menacée, avait besoin d'être de bonne heure averti de leur approche, qu"il peut non-seulement imprimer à ses oreilles des formes variées, en faire des cornets plus ou moins avantageux, maisencore les mouvoir en tout sens, les diriger vers la partie d'où vient le bruit qui le frappe, les porter au-devant des sons, et recueillir les plus légers.

M. Itarda refuséau pavillon de l'oreilleles usages que nous venons de lui assigner, objeclant, 1° que certains animaux ont l'ouïe très-fine, quoique dépourvus de cette partie de l'organe auditif; 2i que d'autres qui entendent également très-bien ont, il est vrai, un pavillon très grand, mais si mal dirigé, qu'ildoit nuire plutôt que servir à l'audition ; 3 ■ que la très-grande mobilité du pavillon de l'oreille est plus en rapport avec l'expression des passions qu'avec la perfection de l'ou'ie ; 4 " enfin, que la configuration du pavillon de Voreille n'est point, dans l'homme, assez avantageuse, quoi qu'en ail dit Boerhaave , pour que tous les rayons sonores qui, venant le frapper, se trouvent réOéchis sous un angle égal à celui de leur incidence, soient dirigés vers le conduit auditif externe. Mais ces raisons ne nous paraissent pas suffisantes pour nous convaincre de l'inutilité de celte partie, relativement à la perfection de la perception des sons. Le pavillon de l'oreille formant une iame élastique, doit éprouver des vibrations lorsque les ondes sonores agissent sur lui perpendiculairement. M. Savart attribue aux nombreuses courbures qu'il présente l'usage d'offrir toujours une partie de sa surface perpendiculaire à la direction des vibrations de l'air, afin d'en ressentir les ébranlements.

Il est en outre démontré , par les travaux de MM. Buchanan et Esser, que le pavillon agit à la fois comme conducteur du son et comme réflecteur. Le premier de ces physiologistes s'est assuré, en mesurant l'inclinaison de l'oreille sur la tète chez une centaine de personnes , que la perfection de l'ouïe est en raison de l'angle que forme le pavillon avec la tète , angle qui doit être de 25 à 40 degrés ; et dans deux cas où la perception des sons était obtuse, la fonction fut rendue plus parfaite en restituant à l'oreille cetleinclinaison qu'elle avait perdueen restant exactement appliquée contre la tète. D'après

M. Esser, les muscles extrinsèques de l'oreille servent à augmenter l'embouchure du conduit auditif en tirant excentriquement son pourtour à l'aide dé la saillie de la conque sur la(]uclle ils s'insèrent. Le« rayons sonores réunis en un seul faisceau , et dirigés vers la conque , s'engagent dans le condnil auditif et le parcourent de dehors en dedans. Ce conduit sert à transmettre les sons par ses jiarois et par l'air qu'il renferme; les parois osso-cartilagineuses entrent en vibration , ébranlées par les frémissements qu'éprouve le pavillon; et par celles de l'air qu'il renferme, il conduit le bruit à la manière des corps so- [ lides. Quant à l'air du conduit, renfermé dans un j canal à parois à peu près parallèles, il transmet le j son sans lui rien laisser perdre de sa force : la courbure du canal est peut-être favorable à ses vibrations. M. Itard dit avoii constaté la présence de cette courbure chez tous les animaux. Les poils dont est garni l'orifice du conduit, le cérumen qui enduit sa surface , le protègent contre l'introduction profonde des petits corps étrangers animés ou inanimés; lo cérumen a peut-être encore pour usage d'entretenir une souplesse des parties molles du canal favorable à l'audition; car M. Buchanan dit avoir amélioré l'ouïe de certaines personnes , en promenant dans le conduit auditif desséché une bougie onctueuse.

Arrivés au fond du conduit , les rayons sonores frappent la membrane du tympan , cloison mince et . transparente , tendue entre le fond du conduit et la cavité dans laquelle sont contenus les quatre osselets de l'ou'ie. La membrane, plus large que le cercle osseux qui l'encadre , bombe dans l'oreille moyenne tendue par les petits os , qui forment une chaîne osseuse qui traverse de dehors en dedans la caisse dn tambour ( c'est ainsi que l'on nomme cette cavité intermédiaire) , et s'étend à la membrane qui unit la base de l'élrier au contour de la fenêtre ovale.

Nous nous occuperons plus loin du mécanisme de la tension et du relâchement de la membrane du tympan. Les sons impriment-ils des vibrations à cette membrane ? Tousles physiologistes les ont admises, excepté M. Itard; mais le phénomène surlequelil s'est appuyé pour les rejeter n'est nullement convaincant. M. Savart s'est au contraire assuré par des expériences très-bien faites , que la membrane du tympan entrait en vibration par suite des ébranlements que lui communiquent les parois du conduit auditif et l'air qu'il renferme. La tension de cette cloison membraneuse est susceptible d'éprouver dif- 1' férents degrés. On a dit qu'elle était plus grande lors j> de la perception des sons graves, plus faible pour les jï aigus ; mais cette hypothèse ne peut être admise, |' puisqu'on entend à la fois et très-distinctement les ! uns et les autres , et que la présence de bandes ellip- ! tiques tendues à différents degrés , admises par Du- i mas, pour expliquer la faculté d'entendre à la foist plusieurs sons d'un ton différent, ne peut être dé- li montrée dans la membrane du tympan. D'ailleurs,! M. Esser , qui a fait un Mémoire fort étendu sur les 1usages des différentes parties de l'oreille , a reconnu i que la faculté de juger les tons musicaux était coin- f plètement indépendante de l'action de la membrane tympanique. Bichat, considérant que certaines personnes présentaient celte singularité, qu'elles ne pouvaient entendre que quand on avait fortement

DES SENSATIOHSi

ébranlé les colonnes tVair auprès d'elles , par la dé- ;onalion d'une arme à fcii, par exemple, a pensé que a tension de la membrane était nécessaire à la pericption des sons faibles, et qu'elle se relâchait si es \ibralions étaient très-intenses , comme potir ffaiblir l'impression trop \ive qu'elles pourraient .roduire sur l'oreille interne. On doit croire, au ontraire, avec M. Savart, que la membrane du taraour est tendue quand il y a production de sons desaréables par leur nature ou leur intensité , relâchée ans le cas contraire; car ce savant physicien a rennu que plus une lame élastique est tendue , plus 'fficilementelle entre en vibration. La membrane !o tympan étant convexe du côté de la caisse, sa ten- 'on ne peut être augmentée que par l'augmentation e sa courbure. Les agents capables de l'opérer sont -s osselets qui adhèrent à sa face interne, et les ascles qui les meuvent. Le muscle interne du maraa parait bien évidemment destiné à remplir cet sage. Le relâchement de la membrane est attribué I la contraction du muscle antérieur du marteau; sais plusieurs analomistes rejellenl l'existeace de ;e dernier , et l'élasticité de la membrane du tyman leur paraît suffisante pour amener son relàhement quand le muscle interne du marteau cesse le se contracter. 11 y a encore un petit faisceau harnu , nouvellement découvert, appelé muscZe upérieur du marteau ; ses usages sont encore ignoés. Les filets de nerfs qui se distribuent à ces diftiérents muscles sont fournis par le nerf facial et ar le ganglion otique nouvellement découvert par d. Arnold.

Un air élastique et toujours renouvelé par la «rompe d'Eustache remplit la caisse du tambour ; il «'épanche dans les cellules mastoïdiennes , dont l'u- 2ge évident est d'augmenter, avec la grandeur de a caisse , la force et l'étendue des vibrations que ce tuide y éprouve.

La caisse conduit le son , à l'aide des parois osleuses de son pourtour et de l'air qu'elle renferme ; n cela ses fonctions sont analogues à celles du conîuit auditif. La température , toujours la même, de et air intérieur , maintient les parties molles de } caisse dans le même degré de chaleur et d'huiiidité; sa communication à l'extérieur, par le canal e la trompe, favorise la tension convenable de la acmbrane du tympan qui sans cela eût été enfon- 'e dans la caisse ou rcpousséc vers le conduit ditif externe , selon que l'air intérieur eût été •dus raréfié ou plus dense. En outre , la trompe , lemblable aux ouvertures que l'on pratique aux taraours , favorise les vibrations du fluide élastique de a caisse et des cellules mastoïdiennes.

Les vibrations de l'air de la caisse sont coramuiquées aux membranes qui bouchent les fenêtres fonde et ovale, puis, au moyen de celles-ci, à 'humeur aqueuse qui remplit les diverses cavités 1er oreille interne , et dans laquelle baignent les ûlamenls mous et déliés des nerfs auditifs ou de la portion molle de la septième paire.

Les osselets de l'ouïe, regardés par M. Geoffroy Saint-Hilaire comme entièrement inutiles à l'au- -dilion dans les mammifères et les oiseaux, doués ^d'usages hypothétiques par d'autres physiologistes, comme de produire des sons par le choc du mar-

teau sur l'enclume (Déranger de Carpi) . du marteau sur la membrane du tympan (Massa) . etc. , peuvent être considérés comme une tige solide , susceptible d'entrer en vibration , et de transmettre ses vibrations de la membrane du tympan aux parois de la caisse par une des branches de l'enclume , et à la fenêtre ovale par Taulre branche, l'os lenticulaire et l'élrier. Les petits muscles de l'oreille interne ont-ils quelque influence sur ces vibrations?

Nous avonB dit que les ondes sonores étaient transmises au liquide qui remplit les cavités du labyrinthe-.humeuralternativementadmise et rejetée par les anatoraistes , et dont l'existence est, de nos jours, encore contestée par MM. Ribes, Breschet, Esser.

Les agitations du liquide ébranlent les nerfs de l'oreille interne , et déterminent les sensations de l'aigu ou du grave , du faible ou de l'intense , suivant qu'elles sont ou plus lentes ou plus rapides. Il est probable que les formes variées des diverses parties de l'oreille interne {canaux demi-circulaires , vestibule et limaçon) sont pour quelque chose dans la diversité des sons. On doit encore observer que les cavités de l'oreille sont creusées dans une portion osseuse, plus dure que toutes les substances de même nature, et très-propre à soutenir ou même à augmenter , par la réaction dont elle est capable , la force des rayons sonores.

Nous pourrions nous arrêter ici dans la recherche du mécanisme de l'audition, satisfaits d'avoir démontré comment les parties solides de l'organe de l'ouïe, les fluides élastiques, et les liquides qu'il renferme, transmettent les ondes sonores jusqu'aux divisions les plus ténues du nerf acoustique ; mais les physiologistes ont tenté de pénétrer plus avant dans celte matière, et ils ont recherché s'il n'y avait pas quelque rapport entre la disposition des parties qui constituent le labyrinthe et la perception des différents sons. Mais c'est en vain que Colugno, avec ses circuits grand et petit de l'humeur du ^ estibule , et la tension du septum nerveux qu'il admet dans celle cavité, et le choc des courants au sommet du limaçon , elle refluxdes humeurs par les aqueducs, qui ne sont probablement que des conduits veineux , que Lecat, avec son clavier , représenté par la lame spirale du limaçon , partagée en autant de petites cordes de grandeur et grosseur différentes qu'il y a de tons perceptibles à l'oreille ; que Boerhaavc , avecses canaux demi-circulaires disposés en tuyaux d'orgue, dont les courbures variées répondent à touslessons;queM. Chevallier, avec sonhiamètre, représenté par les rampes du limaçon , cavité conique dans laquelle les sons s'élèveront en raison de leur intensité , ont voulu rendre compte do la faculté de percevoir les différents tons et leur intensité variée. Tous leurs efforts ont été infructueux , et les usages des diverses parties du labyrinthe, malgré leur structure si compliquée , sont encore complètement ignorés.

CXIV. Le nerf auditif , doué de la sensibilité spéciale, perçoit l'impression et la transmet au cerveau ; la cinquième paire , à l'aide du filet supérieur du nerf vidien , paraît encore ici nécessaire à la perfection de l'ouïe : quant a la corde du lym-

pan , filet de nerf sur les usages duquel on a beaucoup discute , il est possible que son trajet dans î'orgaue de l'ouïe soit étranger aux fonctions de l'audition.

N'y a l-il que l'appareil extérieur placé au devant du nerf auditif qui puisse servir à lui transmettre les sons ? M. Esser a expérimenté que les ondes sonores , en frappant la surface extérieure du crâne, principalement l'occipitale , alors même que le conduit auditif était exactement bouché , parvenaient encore au nerf de la septième paire ( portion molle ) , et que celte faculté disparaissait lorsque les ondes sonores ne pouvaient ébranler la région occipitale recouverte avec un drap de laine.

M. Arnold adoptant complètement, quoique sans me citer , mon opinion touchant l'analogie d'usages entre l'iris (1) et la membrane du tympan, la confirme par l'existence du ganglion clique. Les mouvements de l'iris et du tympan sont purement automatiques. C'est une loi générale de l'économie, que les parties qui se contractent hors de l'influence de la volonté , reçoivent leurs nerfs du système ganglionnaire. Ce que le ganglion ophlhalmique est pour l'iris , le ganglion optique l'est pour les muscles qui impriment à la membrane du tympan ses divers degrés de tension. Placé sur le trajet du nerf maxillaire inférieur , c'est de lui, et non du facial , que viennent les filets qui se jettent dans les muscles de l'oreille interne ; l'absence de ce ganglion chez les animaux qui manquent de membrane tympanique , prouve assez quels sont ses .usages.

La partie essentielle de l'organe de l'ouie , celle qui parait exclusivement chargée de la sensation des sons , est sans doute celle qui existe dans tous les animaux doués de la faculté d'entendre. Celle partie est la pulpe molle du nerf auditif, flottante au milieu d'un fluide gélatineux contenu dans une poche membraneuse , mince et élastique. On la trouve dans tous les animaux , depuis l'homme jusqu'à la sèche , au-dessous de laquelle on n'a point encore reconnu l'organe de l'ouïe , quoique plusieurs espèces inférieures semblent n'en être pas absolument privées. Cette pulpe gélatineuse , dans laquelle réside l'organe de l'ouïe , s'enveloppe d'abord , dans l'écrevisse , d'une lame dure et cornée. Chez les animaux d'un ordre plus élevé, son intérieur se partage en diverses cavités osseuses. Dans les piscaux , une cavité s'interpose entre celle qui

(I) "Voici en quels lermes cette opinion se trouve, depuis plus lie trente ans, exposée dans les éditions elles traduction» fies Nouveaux Éléments de Physiologie : >c De » même que par le resserrement ou la dilatation de la n pupille , l'œil s'accommode à la lumière , et peut admettre )) un plus ou moins grand nombre de ses raj'ons , suivant » l'impression qu'ils produisent, de même, par le relft- 11 cliproent ou la tension des membranes du tympan on de )) la fenôtre ovale, l'ori^ille affiiiblit ou renforce les sons, » dont la violence exciterait désagréablement sa sensi- .) bililé, ou qui, trop faibles, ne produiraient j)as sur elle )> une impression suffisante. L'iris ou les muscles du mar- >i teau et de Tétricr sont donc modérateurs des impresj) sions visuelles ou auditives. Les connexions Bympalliii> ques sont aussi étroites entre les muscles el le nerf audiy tif , qu'entre l'iris ou la réline, n

renferme le nerf acoustique cl l'extérieur de la télé; enfin , dans l'homme et les quadrupèdes , l'appareiî auditif devient très-composé ; l'organe de l'ouïe est renfermé dans ime partie osseuse extrêmement dure, profondément située, et séparée de l'extérieur de la tôle par une cavité et un conduit que traversent les rayons sonores , rassemblés en faisceau par des cornets placés au dehors.

Celle sorte d'analyse naturelle de l'organe de l'ouïe est très-propre à donner des idées exactes sur la nature el l'importance des fonctions dont est chargée chacune de ses parties. Mais , pour arriver à celte détermination des usages et de l'importance relative de chaque portion de l'appareil auditif, la pathologie fournit des données aussi précieuses |jt que l'analomie comparée.

CXV. Le pavillon de l'oreille peut être impunément enlevé sur l'homme , et même sur les animaux chez lesquels sa conformation est plus avantageuse : l'oreille , d'abord dure , reprend , au bout de quelques jours , presque toute sa délicatesse accoutumée. L'oblitération entière du conduit auditif externe entraîne la surdité complète. L'intégrité de la membrane du tympan n'est pas essentielle au mécanisme de l'audition ; des individus sur lesquels elle s'était accidentellement rompue pouvaient rendre de la fumée par l'oreille , sans que pour cela ils fussent privés de la faculté d'entendre. On con çoit néanmoins que, si au lieu de présenter une petite ouverture qui ne l'empêche point d'être frap pée par le choc des rayons sonores , el d'obéir aux tractions que le manche du marteau exerce sur elle pour la tendre ou la relâcher , la membrane du tympan était détruite dans la plus grande partie de son étendue , la surdité serait presque inévitable Des expériences faites par M. Esser ont appris quel la membrane protège les parties plus profondes^ contre l'intensité trop grande des sons : ainsi , de chiens auquels il venait de la détruire, témoignaien unevive inquiétude, lorsque, parle mouvemenl dei lèvres, ils s'attendaient à entendre proférer quelque^ parole. Il paraît qu'il suffit d'une oblitération mo-»menlanée des trompes pour occasioner la surdit^ dans l'angine gutturale. L'inflammation de la mem-i brane muqueuse du pharynx se transmet à relle|<j qui tapisse les trompes d'Eustache , laquelle nev^ est qu'une conlinuation. Il en résulte une simplek| dureté d'ouïe, ou même une surdité complète 4* qui se dissipe à mesure que l'inflammation dis-i paraît. '

Si, par l'obstruction de la trompe d'Eustache l'air qui remplit la caisse du tambour n'est plnSf renouvelé , il perd son ressort , et se combine aveflt les mucosités qui humectent la surface intérieur» delà caisse du tympan. Il en est alors de cette cavité comme d'une cloche sous laquelle on a faif le vide par la machine pneumatique , et à traveri laquelle les rayons sonores ne se propagent qnd très-difficilement. On a cru que la trompe d'Eus' taclie avait non-seulement pour usage d'opérer I renouvellement de l'air contenu dans la caisse d tympan , mais encore de donner passage aux rayonl sonores. Quand on tient une montre dans sa bonji chc , on perçoit les vibrations avec assez de force | et l'on pense que l'air de la bouche, ébranlé, Irans

DES SESSATIOlSS.

t SCS vibrations à celui de la trompe; niais c'est lort. Le bruit est transmis aux dénis de celles-ci , IX os de la face , puis du crâne jusqu'au nerfaulif ; de telle sorte , que si la montre est posée ;r la langue, le bruit cesse de se faire entendre, iiand on écoute avec attention, on ouvrela bouche un degré médiocre : c'est , dit-on, afin que le son lisse passer de celte cavité dans le pharynx, de lui-ci dans la trompe d'Euslache,\elarriver par-là l organe de l'ouïe. Celte explication n'est point tisfaisanle : en effet , l'oblitération du conduit au- 'if externe entraîne la surdité complète; ce qui arriverait pas si les trompes d'Euslache se prèient au passage des rayons sonores. Lorsqu'un juime écoute attentivement et bouche béante, s condyles, placés au devant des conduits audiis externes, s'abaissant et se portant en avant, s conduits sont manifestement dilatés, comme il t facile d'en acquérir la certitude en introduisant

petit doigt dans l'oreille au moment où l'onlexéite cet abaissement de la mâchoire. L'ouverture > la bouche dans un auditeur attentif ne prouve )nc point que les rayons sonores s'introduisent ir les trompes d'Euslache. Bien plus, cette inlroiclion rendrait l'audition confuse ; les rayons que 3n suppose arriver par les trompes d'Euslache apperaientla membrane du tympan en sens conaire, et s'opposeraient aux ébranlements que lui □ prime le faisceau des rayons admis par le conduit idilif.

La luxation des osselets de l'ouïe , ou même leur islruclion complète , ne cause pas la surdité ; il 1 résulte seulement de la confusion dans la perplion des sons. La destruction de l'élrier, dont base forme la plus grande partie de la fenêtre aie , doit néanmoins , aussi-bien que le déchireont de la membrane mince qui bouche la fenêtre )nde, occasioner la surdité par l'écoulement de liqueur qui remplit les cavités dans lesquelles ! ramifie le nerf auditif.

1 L'existence de cette liqueur paraît essentielle au < écanisme de Taudilion , soit qu'elle entretienne i!S nerfs dans l'état de mollesse etd'humidité nécesirc à la sensation , soit qu'elle leur transmette les ouvements ondulatoires dont elle est agitée. 1 La surdité sénile , qui dépend , selon les auteurs, B ce que l'habitude a émoussé la sensibilité des rfs auditifs , de ce que des impressions trop sount répétées ont épuisé leur excitabilité, paraît elquefois tenir au défaut de cette humeur , et à « dessiccation des cavités intérieures de l'oreille, rendant les froids du rigoureux hiver de 1798 , le rofesseur Pinel fit ouvrir, à l'hospice delaSalpé- •ière , le crâne de plusieurs femmes mortes à un ge très-avancé, et ayant perdu l'ouïe depuis plueurs années. Les cavités de l'oreille intérieure rent trouvées parfaitement vides : elles étaient mplies par un glaçon chez les individus plus jeues et jouissant de la faculté d'entendre.

La surdité peut encore être produite par la parame de la portion molle de la septième paire , par ffection de la partie du cerveau d'où elle prend igine. Il est impossible d'expliquer roécauiqueent, comme Ta fait Willis, les diverses anomalies » l'organe de l'ouïe , les affections dans lesquelles

cet organe n'est ébranlé que par des sons forts ou faibles, agissant ensemble ou séparément sur lui.

CXVI. L'usage immédiat du sens de l'ouïe , dans lequel il ne peut être suppléé par aucun autre , est denous donner la notion des sons. Nous pouvons percevoir, apprécier plusieurs sons à la lois, juger toutes les notes qui entrent dans la composition d'un accord , et souvent les divers chants qui s'y mêlent. Quoique l'organe de l'ouïe soitdouble, on ne perçoit jamais deux fois le même son : il faut admettre que comme pour la lumière la cause de cette faculté reste jusqu'ici inexplicable.

Les usages médiats du sens de l'ouïe sont assez variés. Parla nature du son , nous pouvons connaître s'il provient du choc de corps Ouides ou solides , si le corps sonore est de bois , de pierre , de métal ; nous apprécions sa direction, le degré d'éloignement de l'objet d'où ce son s'est échappé, l'état de repos ou de mouvement du corps sonore; nous pouvons, sous ces différents rapports, commettre des erreurs assez nombreuses. Mais les usages les plus grands du sens de l'ouie sont relatifs au perfectionnement de l'intelligence , et, sous ce rapport, il l'emporte sur tous les autres , en nous servant à transmettre nos idées et à connaître celles de nos semblables à l'aide de la voix. C'est par lui que se développent encore nos connaissances musicales.

Gall a démontré que l'ouïe n'était que l'intermédiaire entre les vibrations sonores et la faculté déjuger ces vibrations. Ce n'est pas dans cet organe, ainsi que Condillac l'avait avancé , c'est dans le cerveau que réside cette précieuse propriété.

CXVn. Des odeurs. Les chimistes ont longtemps cru que la partie odorante des corps formait un principe particulier et distinct de toutes les autres substances qui entrent dans leur composition : ils le désignaient sous le nom commun d'arôme; mais Fourcroy a clairement démontré que cet élément prétendu n'était autre chose que les molécules atténuées des corps, détachées par le calorique , et dissoutes par l'air, qui s'en charge et les porte jusqu'à la surface olfactive. D'après cette théorie, tous les corps sont odorants , puisque la matière de la chaleur peut sublimer quelques particules de ceux mêmes qui ont le plus de fixité. Linné et Lorry avaient essayé de classer les odeurs d'après le genre de sensalionsqu'elles produisent (1). Fourcroy a adopté, pour base du même travail, la

(1) Linné admetsept classes d'odeurs : la première classe, odeurs ambrosiaqves ; celles de la rose et du musc sont de ce nombre; la ténacité est leur caractère : deuxième, fragrantcsj exemple , le lis , le safran , le jasmin : elles se dissipent aisément : troisième , aromatiques , comme celle du laurier : quatrième, alliacées, plus ou moins semblables à celle que l'ail exhale : cinquième, fétides, comme la valériane et les champignons : sixième, viveuses, comme les pavots , l'opium : septième , nauséeuses , comme la courge, le melon, le concombre, en général les cucurbitacées.

Lorry ne reconnaît que cinq classes d'odeurs : les odeurs camphrées, narcotiques, éthérées, acides, volatiles el alcalines.

Fourcroy établit l'arôme muqucux ; c'est celui des plantes faussement appelées inodores ; huileux et fugace, huileux et volatil, acide et hydrosulfuroux.

ÉLÉMENTS DE PIIYSIOLOGIE,

nature chimique des corps. Mais quelques avantages que présente celte dernière classification , il est dit'ticile d'y comprendre les odeurs infiniment variées qui s'exhalent des substances do tous les règnes; et peut-être est-il aussi impossible de les classer que les corps dont elles émanent.

Ceci posé sur la nature des odeurs, on explique pourquoi l'atmosphère s'en charge d'autant plus aisément, qu'elle est plus chaude et plus humide. On sait que , dans un jardin couvert de fleurs , eu aucun temps l'air n'est embaumé de plus doux parfums, et l'odorat ne procure des sensations plus délicieuses que le matin, lorsque la rosée s'évapore, divisée parles rayons du soleil. On conçoit également pourquoi les corps doués des odeurs les plus pénétrantes sont généralement très-évaporahles , tels que l'éther , l'alcool , les teintures alcooliques , les huiles essentielles volatiles.

Sile corps odoranlest placé dans une atmosphère en repos, l'odeur est d'autant plus forte que le corps d'où elle émane est plus rapproché ; si au contraire l'atmosphère est agitée, la transmission de l'odeur suit le courant de l'air , et elle peut se faire alors à des distances considérables. On dit que l'île de Ceylan peut être sentie à huit lieues en mer, que l'odeur des côtes d'Espagne est perçue à quarante milles de distance. Tout le monde connaît l'histoire citée par Pline , de vautours qui arrivèrent de cent soixante-six lieues pour faire leur curée des cadavres restés sur le champ de bataille des plaines de Pharsale.

Les odeurs sont excessivement ténues, et les physiciens se sont appuyés sur cette propriété pour prouver la prodigieuse possibilité de la matière. Haller ayant au bout de trente ans pesé un grain de musc , qui pendant ce long temps avait répandu une quantité innombrable de molécules odorantes, ne l'a pas trouvé sensiblement diminué de poids.

CXVIII. Organe de l'odorat. Les fosses nasales , dans lesquelles cet organe réside , sont deux grandes cavités creusées dans l'épaisseur de la facej elles se prolongent au-delà par des arrière-cavités appelées sinus frontaux , ethmoïdaux , sphénoïdaux , palatins et maxillaires,

Une membrane muqueuse, assez épaisse et toujours humide , dans le tissu de laquelle se répandent les nerfs olfactifs, ainsi qu'un grand nombre d'autres nerfs et de vaisseaux, en tapisse l'intérieur, se prolonge dans les sinus qui y aboutissent, recouvre les saillies et les anfractuosilés de leurs parois. Cette membrane, appelée pîïueïaere , molle et fongueuse, est l'organe sécréteur des mucosités nasales ; plus épaisse à la surface des cornets qui hérissent l'intérieur des cavités olfactives , elle s'amincit, et devient plus dure en s'eufonçant dans leurs divers sinus.

L'odorat paraît d'autant plus délicat, que, les fosses nasales ayant plus d'ampleur, la membrane pituitaire offre une surface plus ténue : l'état hahiluel de mollesse et d'huraectalion de la membrane est encore une condition essentielle à la perfeclion de ce sens. Dans le chien, et dans tous les animaux qui excellent par la finesse de l'odorat , les sinus frontaux, ethmoïdaux, sphénoïdaux , palatins et maxillaires, ont un développement prodigieux,

et les parois du crâne sont en grande partie excavées par ces appendices de l'appareil olfactif; chez eux aussi les cornets sont très-saillanis, et les gouttières, ou méats qui les séparent, très-profondes* enfin les nerfs de la première paire ont une grogseur proportionnée. Parmi les animaux qui excellent par la finesse de l'odorat, il en est peu de plug remarquables que le cochon. Ce quadrupède immonde, habitué à vivre au milieu des odeurs les plus infectes et des ordures les plus dégoûtantes, a cependant l'odorat si subtil , qu'il sent certaines racines , quoiqu'elles soient enfouies dans la terre à des profondeui-s considérables. Dans plusieurs pays , on utilise celte qualité en l'employant à la recherche des truffes. L'animal, conduit dans les lieux où on les soupçonne , fouille bientôt la place qui les recèle, et s'en repaîtrait avec avidité, si le pâtre, satisfait de l'indication , ne le chassait loin de ce mets destiné pour des palais plus délicats. Le volume des nerfs olfactifs est une autre mesure non moins certaine de la délicatesse de l'odorat : on les trouve d'autant plus gros dans les diverses espèces d'animaux, qu'elles ont ce sens plus exquis.

CXIX. Sensation des odeurs. Les seuls nerfs de la première paire cérébrale donnent-ils à la membrane pituitaire la propriété de recevoir l'impression des odeurs? et les filets nombreux qu'y répand la cinquième paire ne la font-ils jouir que de la sensibilité générale? Cette question me semble devoir être résolue par l'affirmative. La membrane pituitaire jouit , en effet , de deux modes de sensibi-j lité cérébrales parfaitement distincts, puisque l'aDj d'eux peut être presque totalement «teint, tandis! que l'autre est beaucoup augmenté. C'est ainsi qaeJ dans un violent coryza , la sensibilité tactile esU très-vive , puisque la membrane pituitaire est dou-l loureuse , tandis que les malades sont insensibleej aux odeurs les plus fortes.

Il paraît probable que les nerfs olfactifs ne s'é tendent point dans les sinus , et que ces arrière-caviles n'ajoutent à la perfection de l'odorat qu'en retenant plus long temps une grande masse d'aîi chargé de molécules odorantes. J'ai vu des injeC' lions odorantes et dctersives , faites dans l'anl d'Hygmore par une fistule au bord alvéolaire, n produire aucune sensation olfactive. Une fiole plein d'une liqueur spirilueuse ayaut été présentée à l'on verture de sinus frontaux fistuleux , le malade n'e ressentit aucune impression. Le véritable siège d l'odorat est la partie la plus élevée des fosses na sales , que le nez recouvre en forme de chapiteau y Là , la membrane pituitaire , plus humide , reçoi dans son tissu les nombreux filets de la premièi' paire cérébrale , qui , née par trois racines du lob antérieur du cerveau et de la scissure qui le sépar > du lobe moyen , sort du crâne par les trous de 1 > lame criblée de l'elhraoïde , et se termine en fo manl , par l'épanouissement de ses filets , une sort do tissu parenchymaleux , difficile à distinguer d celui de la membrane. Les papilles olfactives s raient bientôt desséchées par le contact perpélu de l'air atmosphérique , si elles n'étaient recouve les parles mucosités nasales. L'usage de cette h raeurest non-seulement de conserver la scnsibilii des extrémités nerveuses, en prévenant la dessit|

DES SENSATIONS

ilion , mais encore d'émousscr l'impression trop H te qui naîtrait de l'iuimédiale application des par- ( ules odorantes. Peul-èlre même se combin'enllles avecles odeurs , el celles-ci n'affecteat-elles •s nerfs olfactifs que dissoutes par les mucosités , jmme les aliments savoureux le sont par la salive.

Comme l air est le yéhicule des odeurs , elles ne "ennent frapper la membrane pituitaire que lorse nous l'attirons par l'inspiration dans les fosses sales. Aussi , dans les cas où quelque odeur nous st agréable, faisons-nous des inspirations courtes Il fréquentes, et fermons-nous en même temps la ouche, aûn que l air qui entre dans les poumons sse entièrement dans les fosses nasales. Nous resrons , au contraire , parla bouche , ou bien nous ispendons momentanément la respiration , quand !S odeurs nous déplaisent.

1 L'inspiration est une condition indispensable de olfaction. L'on a remarqué que des chiens qui aient refusé de manger des substances en putréetion n'ont plus manifesté de répugnance pour les , lorsque la trachée étant ouverte, l'air eut issé de traverser les fosses nasales. Ces expérienfs ont été faites par Perrault, Lover et Chaussier. pendant plusieurs physiologistes pensent que .rtaines substances très-volatiles peuvent encore 'nétrer dans les narines, et que c'est pour préveir cette introduction, qui n'est point empêchée ar la suspension de la respiration, que nous ferions avec la main l'oriûce antérieur de ces cavités. 1 Le nez dirigé en bas reçoit les émanations qui îélèvenl du sol ; il les dirige vers la partie supéeare des fosses nasales. Cet usage du nez esttrèspaporlant, puisque, selon la remarque de Béclard , {i perte de cet organe entraîne le plus souvent ne diminution très-grande dans la perception des leurs, et que l'on rétablit cette faculté à l'aide un nez artificiel.

1 L'odorat n'est pas très-impressionnable chez les tafants : aussi chez eux les fosses nasales sont-elles )rl étroites, et n'existe-t-il pas de sinus. Et il en M, à cet égard , des fosses nasales comme de l'apnrcil auditif, dont une partie assez importante ( le onduil auditif externe) est incomplètement déve- •ppée. L'odorat se perfectionne par la perte de elqu'un des autres sens. Tout le monde connaît ihistoire de cet aveugle que cet organe instruisait 'e la sagesse de sa fille. Il s'émousse par l'usage des 'eurs fortes et pénétrantes. C'est ainsi que le tabac natureles sécrétions muqueuses qu'opèrolamcmrane des fosses nasales, altère son tissu, dessèche î8 nerfs, et éteint à la longue leur sensibilité, i La petite distance qui sépare l'origine des nerfs .Ifactifs dans le cerveau de leur terminaison dans îs fosses nasales, a fait penser que la transmission es impressions qu'ils éprouventétait très-prompte L Ires-facile. C'est peut-être encore cette proximité e l'organe cérébral qui a engagé à porter sur ces erfs les stimulants propres à réveiller la sensibilité, orsque la vie est suspendue, comme dans les cas e faiblesse et d'asphyxie. Mais les relations sympa- •Jiqucs établies entre la membrane pituitaire et le ^aphragme expliquent beaucoup mieux les bons ffels des remèdes slernutatoires dans les cas de lorl apparente.

La membrane pituitaire recevant des nerfs de plusieurs sources, on a recherché quel était celui qui transmettait au cerveau la prcception des odeurs; l'opinion généralement admise que cette fonction était dévolue au nerf olfactif , fut un peu ébranlée à l'époque où Méry publia trois observations dans lesquelles la perception des odeurs avait persisté après la destruction de ce nerf. M. Magendie a ajouté à ces observations les résultats de plusieurs expériences , à la suite desquelles la destruction de la seconde paire avait ôlé aux animaux la faculté d'être impressionnés par Todcur de l'ammoniaque, de l'huile de Dippel. Mais on a reçu eilli un beaucoup plus grand nombre de faits dans lesquels la destruction delà première paire de nerfs avait paralysé l'odorat ; et quant à l'expérience de M. Magendie , on peut répondre que la membrane pituitaire jouit de deux modes de sensibilité parfaitement distincts; que l'un d'eux peut être complètement éteint, tandis que l'autre persiste, ou même est beaucoup augmenté ; que lasection de la cinquième paire détruit la sensibilité tactile de la membrane qui cesse d'être sensible à l'action de l'ammoniaque, etc.; qu'au contraire, dans le coryza, îa sensibilité tactile est très-vive , puisque la membrane pituitaire est très-douloureuse , tandis que les malades sont insensibles aux odeurs les plus fortes. Cependant , si la destruction de la cinquième paire entraîne à la fois la perle de l'olfaction el de la faculté tactile de la membrane pituitaire , il faut reconnaître que ce nerf est indispensable à la perception des odeurs , comme il l'est à celle des couleurs, soit en établissant entre la muqueuse et le cerveau un rapport d'une nature particulière, soit en donnant à la membrane une sensibilité spéciale nécessaire au développement de l'impression que transmet le nerf olfactif.

L'olfaction est tantôt active , tantôt passive : passive quand les mouvements ordinaires de la respiration entraînent, sans que nous l'ayons recherché, des molécules odorantes; active quand, voulant étudier une odeur , ou rendre son impression agréable et plus vive , nous multiplions les mouvements de la respiration : alors l'attention préside à l'accomplissement de cette fonction , et plusieurs phénomènes accessoires peuvent s'ajouter à l'inspiration : tels que l'expulsion préalable du mucus qui forme une couche trop épaisse à la surface de la membrane pituitaire , la direction de la tête pour que l'odeur arrive plus aisément àl'orifice antérieur des fosses nasales , etc.

CXX. Les usages immédiats de l'odorat sont de nous faire connaître les qualités odorantes des corps ; connaissance d'où découlent deux propriétés secondaires : 1° de veiller aux qualités de l'air ; 2° de contrôler la qualité de certains aliments. Une odeur désagréable provoque certains changements dans les mouvements respiratoires ; mais le sens de l'odorat ne peut nous instruire de toutes les qualités de l'air inspiré , puisque beaucoup de substances très-nuisibles , et cependant inodores , peuvent être volatilisées dans l'air. Quant à la seconde propriété , elle nous ferait commettre un grand nombre d'erreurs très-préjudiciables , puisque des substances dont l'odeur est agréable, l'acide prus-

ÉLÉMERTS DE PHYSIOLOGIE.

sique , par exemple, produiraient les accidents les plus graves si elles étaient ingérées dans les voies alimentaires, que d'autres au contraire qui répugnent à l'odorat sont agréables au goût, et forment un bon aliment.

Les usages médiats du sens de l'odorat sont peu nombreux, et ne servent guère au perfectionnement de l'intelligence. Il peut aider les chimistes dans leurs analyses, instruire du voisinage de certains objets. On ne conçoit pas pourquoi Rousseau lui avait donné le nom de sens de l'imagination. La perception des odeurs a une influence très-grande sur le système nerveux et les organes de la génération. Certaines odeurs portent aux plaisirs de l'amour. D'une autre part on a vu des mouvements convulsifs, et môme la mort, être produits par les émanations de certaines fleurs. Il faut, du reste, distinguer de cette influence celle qui est due à l'absorption des particules odorantes, comme quand la trituration de l'ellébore et de la coloquinte ont produit des vertiges ou de la diarrhée ; car ce n'est plus en agissant sur l'organe de l'olfaction que ces substances ont déterminé des accidents.

Chez les animaux, le sens de l'odorat procure un plus grand nombre de connaissances; il est pour eux, selon l'expression de Buffon , un œil qui voit les corps, non-seulement où ils se trouvent, mais encore dans le lieu où ils ont été. C'est par lui que beaucoup d'animaux prennent des notions exactes sur la plupart des qualités des corps : aussi plutôt que de les regarder, les toucher, préfèrent-ils les explorer à l'aide de l'olfaction.

CXXI. Des saveurs. Les saveurs ne sont ni moins variées ni moins nombreuses que les odeurs, et il est aussi difûcile de les réduire à des classes générales qui les rapprochent par leurs analogies, et en embrassent la totalité (\). Du reste, il n'existe pas plus d'élément savoureux que de principe odorant. La saveur des fruits change avec leur maturité, et paraît tenir à la composition intime des corps, à leur nature particulière plutôt qu'à la forme de leurs molécules, puisque les cristaux de même figure, mais appartenant à différents sels, ne produisent pas des sensations semblables. On ne peut pas distinguer les saveurs, non plus que les odeurs, en agréables et en désagréables. Ce qui est agréable à un individu déplaît à une autre personne ; et, chose remarquable, il parait que les anciens recherchaient des mets dont l'odeur et la saveur nous feraient fuir : l'assa-fœtida, par exemple.

Une condition importante pour qu'un corps affecte l'organe du goût, c'est qu'il soit soluble à la température ordinaire de la salive. Cependant tout corps insoluble n'est pas insipide, et l'on ne pourrail appliquer à l'organe du goût cet axiome si célèbre en chimie : corpora non agunt , nisisoluta, puisque certaines substances très-sapides sont insolubles. S'il y a défaut absolu de salive, et que le corps que l'on mâche soitparfailementprivéd'humi-

(1) C'est ce qu'ont tenté Boerhaave , Haller et Linné , .ivec assez peu de succès. L'acide, le floux, l'amer, l'âcrp, le salé , l'alcalin , le\ineux, le spiritueux, raromalique , l'acerbe, tels sont les noms sous lesquels ces médecins ont désigné les caractères généraux des saveurs.

dité , il n'affectera la langue desséchée que par sei propriétés tactiles , et point du tout par ses qualité» gustatives. Les corps les plus savoureux sont ceux qui se prêtent le plus aisément aux diverses comblnaisons ou décompositions chimiques, tels que lei seuls acides, alcalins et neutres. Lorsque , danslei alTeclions gastriques, la langue se couvre d'un limoQ muqueux ou blanchâtre , jaunâtre ou bilieux , noui n'avons qu'une fausse idée des saveurs : l'enduit plus ou moins épais empêche le contact immédiat des particules sapides ; lorsqu'elles agissent d'aiU leurs sur les papilles nerveuses , l'impression qu'elles produisent se confond avec celles que eausent les matières saburrales : c'est pourquoi tout aliment parait amer quand la disposition bilieuse existe, fade dans les maladies où l'élément muqueux \\ prédomine, etc.

CXXII. Sens du goût. Aucun sens n'est plus voisin du toucher et ne lui ressemble davantage. La surface gustative ne diffère des téguments communs qu'en ce que le choriou, le corps muqueux et l'épiderme qui enveloppent le corps charnu de la lan-|L gue, ont plus de mollesse, moins d'épaisseur, |^ reçoivent une plus grande quantité de nerfs et de vaisseaux, sont habituellement mouillés par la salivei et par des mucosités que sécrètent des glandes mu-i queuses placées dans leur épaisseur. Ces cryptes{ muqueux , et les nerfs qui se répandent dans l'enveloppe cutanée de la langue, soulèvent l'épidermi très-mince qui recouvre sa face supérieure, et forment un grand nombre de papilles distinguées, raison de leur forme, en fongueuses , en coniq et en villeuses. A l'exception de celles de la premièri espèce , ces petites éminences sont formées par lest extrémités des nerfs qu'environne un lacis de vais-»ii,| seaux sanguins : c'est à ces vaisseaux que les papille^j^ doivent la propriété de se gonfler , de s'élever , d^i^i devenir plus saillantes en entrant dans une sor d'érection , quand nous mâchons des aliments di haut goût ou que nous appétons vivement un meti savoureux. Les papilles fongueuses se lrouven>^| surtout placées à la partie la plus reculée de la fac^l supérieure de la langue, vers sa base, dans la por{ lion qui concourt à la formation de l'isthme di gosier. La compression qu'exerce sur elle le bo| alimentaire , au moment où il passe de la bouchf dans le pharynx, en exprime les mucosités, qui lubriûant le contour de l'ouverture , servent à faci liter son passage : ces follicules muqueuses re plissent à cet égard le même usage que les glandefi amygdales.

La langue, quoique représentant un organe im>' pair , est formée de parties exactement symélriquesi et l'on y trouve de chaque côté quatre muscle^» (stylo, hyo , génio-glosses et lingual); trois nerf^ (lingual, glosso-pharyngien, grand-hypoglosse) une artère et une veine ( les ranines ) ; et un paque^ de vaisseaux lymphatiques parfaitement semblables) Toutes ces parties similaires forment , par leur réu| nion , un corps charnu , d'une texture serrée , difl* cile à démêler, comparable à celle des ventricule! du cœur , doué d'une grande mobilité qu'il lient de| vaisseaux et des nerfs qui se distribuent dans soé épaisseur. Si l'on compare leur nombre et leur gros)' seurau petit volume de l'organe, on verra que si au"

DES 6ENSATI0SS.

tine partie du corps n'exécute des mouvements plus réquents, plus étendus et plus -variés, aucune ne reoit plus de vaisseaux et plus de nerfs. Une ligne lédiane sépare et marque les limites des deux moiies de la langue, qui, anatomiquement et physiojgiquement considérée , paraît formée de deux oranes distincts et comme juxta-posés.

Les phénomènes pathologiques conflrment cette idépendance des deux parties de la langue : dans hémiplégie, celle qui correspond à la moitié du orps paralysée, perd également la puissance mo- (ice; l'autre conserve cette faculté, et pousse la angue du côté opposé. Dans les carcinomes de cet irgane , souvent un de ses côtés reste étranger à affection qui détruit la moitié opposée. Enfin , les rléres et les nerfs du côté gauche s'anastomosent arementavec ceux du côté droit ; l'injection, pousée par une des artères ranines , ne remplit que la uoilié correspondante de l'organe , etc.

La face supérieure de la langue est le siège du oùt : on ne peut cependant nier que les lèvres , s gencives, la membrane qui couvre la voûte alaline (1) , le voile du palais , le pharynx , les ents elles-mêmes , ne puissent être affectées par impression de quelques saveurs. Il suffit pour défi outrer que la langue n'est pas l'organe exclusif u goût , ainsi que l'ont soutenu Boerhaave , Leu- V enhoeck , Duverney , de rapporter les cas vus par laller , Roland , chirurgien de Saumur , A. Paré , ,ouis, de Jussieu , etc. , d'absence complète de cet rgane , congcniale ou acquise, sans que la percepon des saveurs ait été diminuée ni même affaiblie. )uant à l'estomac qui aurait transmis la sensation u goût du bouillon ingéré à l'aide d'une sonde, on ense qu'il n'a pu donner la notion que de la temérature. M. Vernière , qui a fait des recherches jr la sensibilité gustative des différentes parties e la bouche , du pharynx, etc., a reconnu , pour 1 langue , que la face inférieure était un peu senible , que les bords et la pointe l'étaient beaucoup, ue la sensibilité diminuait vers le milieu, et qu'elle ^devenait plus grande vers la base.

On observe que , dans les différents animaux , organe du goût est d'autant plus parfait, que les erfs de la langue sont plus gros , sa peau plus fine t plus humide, son tissu plus flexible , sa surface lus étendue, ses mouvements plus faciles et plus ariés. Ainsi, l'os de la langue des oiseaux, en dimi- I liant sa flexibilité ; les écailles osseuses de la langue n cygne , en diminuant l'étendue de sa surface (însible ; l'adhérence de la langue aux mâchoires, ans les grenouilles , les salamandres et le crocoi le , en nuisant à la liberté et à la facilité de ses Mouvements , rendent chez ces animaux le sens du oùt plus obtus, et bien moins propre à ressentir impression des corps sapides qu'il ne l'est chez

lomme et les autres mammifères. L'homme serait

(1) Principaleraenl la partie antérieure de la membrane ..atine. Le nerf naso-palatin, découvert par S^'cariui, après ire détaché rlu ganglion de Mcckel, et avoir parcouru . assez long trajet dans les fosses nasales, vient se terrier dnns celte portion épaisse et nig.iruse de la mem- >ne palatine placée derrière les dents incisives s.ipéures, et «cuvent frappée par la pointe de la langue.

peut être, de tous les animaux, celui donllegoût aurait le plus de délicatesse , s'il n'émoussait de bonne heure sa sensibilité par les boissons fortes, les ragoûts épicés et tous les raffinements que le luxe des festins invente chaque jour. Les quadrupèdes , dont la langue est recouverte d'une peau plus rude, distinguent mieux que nous les substances vénéneuses ou nuisibles, par la sensation gustative. On sait que, parmi les végétaux variés qui couvrent la surface de la terre , chaque animal herbivore choisit un certain nombre de plantes plus analogues à sa nature, et rejette constamment celles qui ne lui conviennent point.

Il est des cas où la présence du corps sapide ne paraît pas nécessaire à la production de la saveur. Tout le monde connaît l'expérience rapportée par Sulzerdans un petit traité intitulé T/iéone du plaisir, et qui a précédé d'assez loin la découverte de l'électricité galvanique. Si on met deux plaques d'un métal différent, l'une sur la face supérieure de la langue , l'autre sur l'inférieure, et qu'on les réunisse en avant , on perçoit au moment du contact une saveur acide. Mais on sait aujourd'hui que les deux métaux forment les éléments d'une pile, dont les pôles se réunissent au travers de la langue , de telle sorte que le courant galvanique opère la décomposition des sels de la salive et autres fluides qui recouvrent la langue, en sorte que les acides , séparés de leur hase, peuvent impressionner l'organe du goût.

CXXIII. Rien n'est plus simple que l'application de l'excitant. La bouche s'entr'ouvre pour recevoir la substance sapide qui est reçue par la langue, et promenée par elle dans les différents points de la cavité buccale. Il résulte de là que le sens du goût est presque entièrement sous l'empire de la volonté. La mastication est un acte accessoire, et souvent nécessaire à la perfection de la sensation. Mais nulle partie ne concourt davantage à favoriser la gustation que la sécrétion des sucs salivaires et muqueux. Ces fluides dissolvent la partie sapide de l'aliment, et donnent à la langue la souplesse sans laquelle elle ne pourrait accomplir sa fonction. Lingua sicca non gustat. La sécrétion salivaire paraît si importante à M. Arnold, qu'il la croit liée par un appareil nerveux particulier au sens de la gustation; il la place sous l'influence du ganglion nerveux sous-maxillaire ; celui-ci , Tanalogue des ganglions ophlhalmique et otique, proportionne la sécrétion des fluides salivaires au degré des qualités sapides des aliments ; si leur nature, leur goût sont désagréables , la salive est séparée en abondance, comme pour entraîner et repousser l'ingestion de l'aliment. Celle explication ingénieuse ne saurait être admise , puisque la parotide ne reçoit pas de filets de nerfs du ganglion sous-maxillaire.

CXXIV. La branche linguale de la cinquième paire des nerfs cérébraux est-elle seule propre à la dégustation des saveurs ? La neuvième paire, qui se distribue presque tout entière dans le tissu do la langue, le glosso-pharyngien de la huitième, et la corde du tympan, n'y servent-ils pas également? M. IJellingeri est le premier elle seul qui ait dévolu à la corde du tympan lu fonction de trans-<

niellrc la porceplion des saveurs ; mais quoiqu'il soit démontré que ce nerf, branche du facial et non du nerf vidien, ne se sépare pas du lingual pour se jeter dans le ganglion sous-maxillaire, nous éliminerons de suite ce nerf de la discussion, car nulle part on ne voit la septième paire chargée de fonctions sensoriales. Depuis Gaiien, le plus grand nombre des anatoinisles pensent que la huitième et la neuvième paires fournissent à la langue ses nerfs moteurs, tandis que la cinquième lui envoie ses nerfs sensilifs. Cependant le grand-hypoglosse est plus gros que le lingual, et se distribue plus exclusivement à cet organe de la cinquième paire, à laquelle appartient l'autre nerf. Ilevermann dit avoir vu le goût détruit , parce que l'on avait coupé le nerf de la neuvième paire dans l'extirpation d'une glande squirrheuse. Son ohservation, adoptée sans examen, me paraît bien suspecte. Le lingual, en pareille occurence, pourrait encore goûter, elle sens ne serait qu'affaibli. La section d'un seul grand-hypoglosse n'aurait pu rendre insensible que la moitié de la langue, à laquelle il se distribue ; l'autre moitié aurait dû continuer à jouir de toute la plénitude de sa sensibilité.

L'application des métaux aux divers cordons nerveux qui se distribuent à la langue doit instruire sur la différence de leurs usages, si, comme Humboldt le soupçonne, l'armature des nerfs moteurs produit seule des contractions. Pour vériGer cette conjecture, j'ai placé dans l'intérieur du crâne une plaque de zinc sous le tronc du nerf de la cinquième paire d'un chien tué depuis quelques minutes, et pénétré encore de toute sa chaleur : les muscles de la langue, sous laquelle une pièce d'argent fut mise, n'offrirent qu'un léger frémissement; ceux du front et des tempes, armés du même métal, éprouvèrent des contractions bien sensibles au moment où l'on établissait communication avec une verge de fer. Ceci me prouvait bien que la branche linguale de ce nerf servait presque uniquement à la sensation des saveurs; ce qui est conforme au sentiment du plus grand nombre des physiologistes, et ce que l'on peut inférer de la connaissance anatomique de ce rameau nerveux, qui se termine presque entièrement dans les papilles de la membrane de la langue , et n'envoie que des filaments peu nombreux aux muscles de cet organe. De ce que l'irritation galvanique du grand-hypoglosse agitait convulsivement toute la langue , je ne me crus pas en droit de conclure que ce nerf était seuleraentdestinéà ses mouvements, dans l'opinion où j'étais que le même tronc nerveux pouvait contenir, dans celte fiarlie du corps comme dans les autres, des Olets sensitifs et des filets moteurs. Mais les travaux subséquents de M. Ch. Bell ( 1 ) ont prouvé que cette opinion était erronée. La neuvième paire naît du cordon nerveux qui , depuis les cuisses du cerveau jusqu'à la queue de cheval, fournit les racines antérieures des nerfs spinaux , lesquelles président exclusivement aux mouvements volontaires, tandis que du rang postérieur des filaments viennent les nerfs destinés à l'exercice de la sensibilité. Il parait donc avéré que les fonctions spc-

(1) Transactions j>hïlosophiijurs , 1822.

ciales des nerfs de la langue sont , pour le lingual i d'être l'instrument de la dégustation ; pour le grand- ! i hypoglosse, celui des mouvements, et pour le glosso- \ pharyngien , de combiner les actions de la langue oi j du pharynx dans la déglutition. Ajoutons que lei j glosso-pharyngien , dont les filetsse répandcnldans | i les parois du pharynx , dans l'isthme du gosier etlaj i base de la langue , doit être l'agent de la transmis- ( , sion des saveurs qui ont impressionné ces parties» j douées , comme nous l'avons vu, d'une sensibilité gustative assez prononcée; que les filets nerveux disséminés par la cinquième paire dans les lèvres , les joues , les dents , cic. , doivent remplir les mêmes fonctions. Il y a donc plusieurs nerfs destinés à conduire la perception des saveurs; et cela ne doit pas surprendre , puisque la faculté de goûter est disséminée sur une assez grande surface du tégu- i( ment interne. Nous verrous bientôt un autre sens, le toucher, qui réside dans une partie bien pliaétendue du corps , avoirpour agent de transmission non plus un seul nerf, mais un grand nombre d ceux que fournit la moelle épinière.

Depuis Willis, on savait que l'occlusion desfosse! nasales était un obstacle à la perception de cer taines saveurs. M. Chevreul, remarquant le goû! urineux de certains alcalis , pensa que cette sensa tion pouvait résulter du dégagement de l'ammonia que que renferment certains sels de la salive décom posés par l'alcali. Pour s'en assurer, il empécb l'entrée de l'air dans les fosses nasales ; puis, mettant un alcali sur la langue , il n'obtint aucani sensation sapide. Cette expérience démontre qui certaines substances ne paraissaient sapides qo parce qu'elles étaient odorantes : ainsi le beurri est fade et sans goût , le vin sans bouquet, lorsqai les fosses nasales sont fermées.

CXXV. L'usage immédiat du sens du goûtestd(|i| nous donner la perception des saveurs , d'oùrésult4i la propriété défaire connaître les qualités des ali ments. Placé comme une sentinelle à l'entrée de voies digestives, il veille à ce qu'aucune subslanci nuisible ne pénètre à leur intérieur ; et rarement i arrive qu'un mets agréable jouisse de propriété délétères. D'ailleurs, le sens du goût peut, par l'exer cice , être porté à un haut point de perfection : ci connaît à cet égard le talent remarquable de cer tains gourmets en vin. Ce sens est peu dévcloppt chez les çnfants, qui sont plus voraces que sensuels] il se perfectionne avec l'âge, et persiste jusque dan^ la vieillesse , époque de la vie où il procure encorè des jouissances assez vives, alors que les autres sen^ sont émoussés déjà depuis long-temps. i

CXXVI. Du toucher. Aucune partie de la suit ■ face de notre corps n'est exposée à recevoir l'atloint^ | d'une cause étrangère , sans que nous n'en soyon »| proraptement avertis. L'enveloppe générale du corp M est l'organe du toucher , qui réside cssenliellcmcn dans le derme ou la peau proprement dite. Le lissi iJ cellulaire , qui unit ensemble toutes nos parties, forme autour du corps une couche pinson moin j épaisse qui recouvre toutes les régions : c est 1 panicule graisseux. A mesure qu'il s'approche à la surface , ses lames se rapprochent, s'appliquer plus immcdiateracnl, et ne sont plus écartées pa la graisse. C'est par celle juxla-posilion plus intmi

DES SENSATIONS

> lames du tissu cellulaire qu'est formé le cuir ou nne, membrane dense, très-élastique, dans l'éiisseur de laquelle se distribuent beaucoup de vaisaux do toute espèce , et à laquelle vient se termi- 1 une si grande (juanlitéde nerfs, que les anciens liésitaient pas à regarder la peau comme de nature i rement nerveuse.

Dans certaines parties du corps , un plan muscure très mince sépare le derme du panicule grais- IX. Cette espèce de panicule charnu enveloppe liresquetotalilé du corps de certains quadrupèdes; , contractions froncent leur peau recouverte de iils, redressent ceux-ci, leur impriment des vibrams au moyen desquelles ils se nettoient de lapous- 10 et des ordures qui peuvent s'y être altacbées. - 1 au moyen d'un muscle peaussier dont la strucre est très-composée , que le hérisson se roule en ule, et présente à son agresseur une peau hérisc de piquants aigus : on n'en retrouve sous celle l'homme que des rudiments épars;roccipilo-fronle sourciller, plusieursautres muscles delaface, peaussier du cou , le palmaire cutané, peuvent 0 considérés comme en faisant partie ; on doit ème y joindre le crémaster, dont les Gbres épaluies et enveloppées par les dartos, en ont imposé Hielques anatomistes, au point qu'ils ont admis IIS ce dernier une texture musculaire. Ces fibres crémaster impriment à la peau des bourses des iivements très-marqués, la froncent en travers, même temps qu'ils remontent les testicules ; le aiissier agit également sur la peau du cou ; enfin fcipito-fronlal imprime au cuir chevelu un mounent si marqué , qu'il suffit pour faire tomber le apeau , le bonnet , ou tout autre vêtement dont tète est recouverte. On peut rapprocher du paule charnu la tunique musculaire du tube digesplacé dans toute sa longueur au-dessous de la embrancmuqueuse.quin'est qu'un prolongement la peau modifiée et ramollie.

Mais si dans l'homme le muscle sous-cutané, |Op imparfait, ne remplit que des usages de peu mportance, la couche cellulo graisseuse étendue us la peau donne à celle-ci sa tension, sa blaneur, son poli, sa souplesse, favorise son applica- )n aux objets tangibles, et rend ainsi le toucher us délicat. Une peau trop dure ou ridée eût mal tabrassé les corps très-petits, se fut difficilement commodée aux plus petilesinégalités deceux dont volume est peu considérable : aussi la pulpe des >)igts, siège d'un tact plus exquis, nous présente-tle une sorte de matelas ou coussinet graisseux sonnu par les ongles, propre à s'appliquer aux corps s mieux polis, et en ressentir les aspérités les plus gères. J'ai vu les phénomènes du tact bien int-raplets chez des hommes consumés par le mar-smc, et dont la peau dure, sèche et ridée, était, h.ns certains endroits, comme collée aux parties l'Us-jacentcs.

L'analyse chimique du tissu cutané prouve qu'il ! ressemble point exactement au tissu cellulaire membraneux; il est albumine-fibreux, et tient le ilieu, pour sa composition comme par sa dose : contractililé, entre les tissus celluleux et la chair usculaire. De la surface de la peau s'élèvent une altitude de petites papilles mamelonnées , fon-

gueuses, coniques, pointues, obtuses, et diversement figurées dans les différentes parties du corps. Ces éminences ne sont autre chose que les extrémités pulpeuses des nerfs qui s'y terminent; autour d'elles se développent des réseaux vasculaires d'une admirable ténuité; plus remarquées aux doigts et aux lèvres que partout ailleurs, les papilles de la peau se glonflent quand on les irrite, soulèvent en quelquesorte l'épiderme ; et cette espèce d'érection, utile lorsque nous voulons toucher un corps avec soin, peut être excitée par des frictions, une chaleur modérée, etc.

La surface nerveuse ou sensible de la peau est recouverte d'un enduit muqueux, incolore chez les Européens, noirci par la lumière chez les peuples des climats méridionaux, de nature albumineuse, destiné à entretenir les papilles dans cet état de mollesse et d'huraectalion qui favorise les phénomènes du tact. C'est dans cette couche, connue sous le nom de réseau muqueux de Malpighi, que paraît résider le principe qui donne à la peau des différents peuples des couleurs tellement diversifiées, comme nous le dirons à l'article des variétés de l'espèce humaine. Indépendamment de cette couche mince et albumineuse, étendue à la surface mamelonnée delà peau, les capillaires sanguinset lymphatiques qui entourent les papilles nerveuses forment, en communiquant ensemble, un réseau à mailles trèsfines, adhérent à l'épiderme par une multitude de petits filaments vasculaires qui s'engagent dans l'épaisseur de cette dernière enveloppe, et s'y terminent en pores exhalants et absorbants, suivant qu'ils appartiennent au système artériel ou bien au système des vaisseaux lymphatiques. C'est dans le réseau de Malpighi, ou plutôt dans cet assemblage de vaisseaux capillaires entrelacés au-dessous do l'épiderme, que paraissent s'accomplir les phénomènes de la plupart des inflammations cutanées et des maladies éruptives.

La peau ne pourrait remplir ses usages, si une dernière membrane mince , transparente , appelée épiderme, n'empêchait sa dessiccation. Cette couche superficielle est parfaitement insensible : on n'y trouve ni nerfs ni vaisseaux d'aucune espèce.

Nous avons vu dans l'histoire de l'absorption comment les frictions facilitent l'inhalation des substances appliquées à la surface de la peau, en altérant l'épiderme, et en metlantà nu les orifices des vaisseaux absorbants, dont elles augmentent d'ailleurs l'activité.

Ilaller veut que l'épiderme soit produit par la dessiccation des couches les plus extérieures du réseau muqueux ; d'autres pensent qu'il résulte du durcissement de la peau , par la pression considérable que l'atmosphère exerce à la surface du corps. Dans ces hypothèses , pourquoi, dès le troisième mois de la vie, le corps de l'embryon qui nage au milieu des eaux de l'amnios est-il pourvu de cette enveloppe? Mais, comme nous l'avons dit en terminant l'histoire do la nutrition, l'épiderme doit être considéré comme le résultat d'une véritable excrétion ou sécrétion sèche, dont la peau serait l'organe. Le tissu du derme laisse exsuder un suc visqueux, alburaineux, qui contient une grande proportion de phosphate calcaire : ainsi se forme une

enveloppe analogue à la coquille dont l'œuf est revêtu, enveloppe parlailement inorganique, quoiqu'un physiologiste italien, M.Mojon, lui accorde des propriétés vitales et une organisation analogue à celle des membranes (l). L'épiderme doit donc être regardé comme une sorte de tissu excrémentit tel : ainsi le résidu de la nutrition, rejeté à la surface du corps, y devient utile , et se transforme en une enveloppe protectrice de l'économie. La pression rend l'épiderme dur et calleux, en augmente considérablement l'épaisseur , comme on le voit à la paume des mains et à la plante des pieds, sur les personnes livrées à des travaux pénibles. Il se reproduit avec une incroyable facilité : détaché par écailles à la suite des érysipèles et des dartres farineuses, enlevé par grandes plaques par l'action des vésicatoires, il se répare en très-peu de jours. L'épiderme a pour usage de recouvrir les papilles nerveuses dans lesquelles réside essentiellement la faculté tactile, de modérer l'impression trop vive que produirait un contact immédiat , d'empêcher que l'air ne dessèche la peau et n'émousse sa sensibilité.

Celte dessiccation du tissu cutané est encore empêchée ; sa souplesse est aussi maintenue par une huile grasse qui transsude à travers les pores cutanés ; Uniment onctueux , qu'il faut bien distinguer de celui que fournissent les glandes sébacées que l'on trouve dans certains endroits, comme autour des narines , dans le creux des aisselles et aux plis des aînés. Cette substance graisseuse , qui enduit la peau, est abondante et fétide dans certains individus , principalement chez les sujets d'un tempérament bilieux , dont les poils sont colorés d'un blond ardent. Elle est également plus copieuse chez les nègres africains, comme si la nature eût voulu les prémunir contre la dessiccation trop prompte qu'eût opérée l'atmosphère embrasée des tropiques. Cet usage de l'huile cutanée est également rempli parle suif, la graisse et les mélanges dégoûtants dont les Cafres et les Hottenlots se servent pour enduire leur corps , dans celte pratique que tous les voyageurs (2) qui ont pénétré dans ces contrées brûlantes de l'Afrique décrivent sous le nom de tatouage.

Les anciens nous présentent quelque chose d'analogue, et les onctions huileuses , fréquemment usitées dans l'ancienne Rome , remplissaient les mêmes usages d'assouplir la peau , de prévenir sa dessiccation et ses gerçures (3). Les pommades qui entrent dans les apprêts de la toilette ont les mêmes avantages. C'est à la transsudation continuelle de cette huile animale qu'est dû le besoin de nettoyer quelquefois la peau par l'usage des bains : l'eau détache la poussière et les autres impuretés qui se

(1) Osservaiioni anatomico-fisiologiche sulle epider* mide. Genova, 1815.

(2) Entre autres , Kolbe , Description du cap de Bonne- Espérance; Sparmann, Voyage au cap de Bonne-Espérance et chez le» Hottentots; Vaillant , Voyage dans l'intérieur de l'Afrique.

(3) On connaît la réponse de ce vieux soldat qui, interrogé par Auguste sur les causes de sa longérité , dit qu'il la devait à l'usage intérieur du vin , et extérieur de l'huile : H intn» vino ^ extùs olco. »

sont attachées à sa surface , invisquée par l'humeor qui la lubrifie. C'est cette humeur qui salit les lin. ges , et oblige de renouveler souvent ceux qui sont immédiatement appliqués à la peau , qui fait ra» masser l'eau en gouttelettes quand nous sortons da bain , etc.

Quoique les parties où se trouve la plus grande quantité de graisse sous-cutanée ne soient pas tonjours les plus huiieuees , et qu'on ne puisse point | regarder cette sécrétion comme une filtration de celte humeur à travers le tissu de la peau , l'embonpoint influe manifestement sur sa quantité. Je connais plusieurs personnes surchargées de graisse, qui paraissent la suer quand elles se sont échauffées par le plus léger exercice. Toutes graissent leur linge en moins de vingt-quatre heures. La j quantité trop considérable de l'huile cutanée estli; nuisible , en empêchant la sortie de la transpiration U cutanée et sa dissolution par l'atmosphère. |

On sait combien, après que l'épiderme a été dé «i| taché, le moindre contact est pénible : celui de l'aii ri suffit pour enflammer douloureusement la peaik« découverte par l'application d'un vésicaloire. L'éf 1 piderme , comme nous l'avons dit également aiî) chapitre de l'absorption, placé aux limites del'éKÎ conomie vivante, en quelque sorte inorganique., i| sert de barrière à l'introduction trop facile des sobi^ i stances hétérogènes, en même temps qu'il émouss^ o l'action trop vive des choses extérieures sur noi' [, organes. Tous les corps organisés et vivants son| pi pourvus de cette enveloppe, et chez tous , sur l#t graine d'un végétal, sur sa tige, à la surface diîjh corps des animaux et de l'homme, elle a la plnè( grande analogie de fonctions et de nature. L'incor^; ruplibilité i'ail, en quelque sorte, son essence, dr spécifie sa nature ; et dans les tombeaux qui n^f contiennent plus que la poussière du squelette, n'est point rare de trouver intact et reconnaiss ble l'épiderme épaissi, qui sert de semelle à 1 plante du pied, et surtout au talon. Au reste, il 1 partage, aussi bien que la plupart de ses propriétééavec les ongles et les poils, qu'on peut considéreli: comme des appendices de la peau. ]\

CXXVII. Des ongles. Les ongles sont des appert dices cornés qui garnissent l'extrémité des doigts q, des orteils ; ils se continuent avec l'épiderme, 4l se détachent avec lui après la mort. Plus épais a plus durs, comme lui inorganiques, lamelleus croissant rapidement de leur racine vers leur bori^j libre , se reproduisant avec promptitude , ils peii vent acquérir plusieurs pouces de longueur, lor qu'on néglige de retrancher la portion qui excèi le bout des doigts et des orteils, comme le font \à faquirs dans l'Inde. Dans cet état de développ<^B ment ils se replient sur eux-mêmes , dans le sci| A de la flexion, enveloppent la pulpe des doigts, 4 ■ nuisent à la perfection du toucher, sens dont le pat B fait exercice est, chez l'homme civilisé, prcfér^ ■ ble aux avantages que les Sauvages savent relirë de leurs ongles longs et crochus pour se défcndr| et pour attaquer ou dépecer les animaux tués à | chasse. Les ongles sont absolument insensibles;» si, dans le mal appelé ongle entré dans la chati les douleurs sont si vives, si l'arrachement auqui on est quelquefois forcé d'avoir recours pour )

D£8 SENSATIONS

uérison de celle maladie, cause d'atroces soufl ances, c'est qu'en même temps l'on tiraille et l'on ioleule plus ou moins les nerfs que l'ongle reouvre, protège, et qu'il blesse quand il croît dans 1110 direction -vicieuse. Les douleurs que cause ongle entré dans la chair ne prouvent donc pas lus la sensibilité de ces corps que celles qu'occaionent les cors aux pieds ne démontrent celles

0 l'épiderme et de la couche cornée de la peau, ont ils ne sont que des parties épaisses, durcies, et evenues calleuses par la pression, lesquelles, res-

irées dans des chaussures trop étroites, compriuenl douloureusement les nerfs placés au-dessous

1 oUes. L'ongle peut lui-même s'épaissir : j'en ai vu

I gros orteil, dont l'épaisseur était de près d'un mi-pouce. Les ongles ont pour usage de soutenir

a pulpe molle des doigts, lorsqu'elle s'applique à

II corps qui offre de la résistance; ils concourent u mécanisme du toucher en le rendant plus parait (1).

CXX VIIL/)e« cheveux et des poils. Nous ne traions ici de ces parties qu'à raison de leurs rapports vec l'épiderme ; car, bienloin de servir au toucher, lies l'empêchent, ou au moins lerendent plus obtus ans les endroits où elles se trouvent.

De tous les animaux, l'homme est celui dont a peau est la plus nue , la moins recouverte de iurties insensibles qui émoussent le sens du touher. Les poils dont est convertie corps de presque ous les mammifères ne recouvrent que certains oints limités de la surface du sien : dans tout le

-ste, ils se trouvent disséminés en petit nombre,

trop fins pour nuire à l'exercice du toucher, luelques hommes cependant offrent une peau élue ; j'en ai vu plusieurs qui, nus, paraissaient cvélus de la peau d'un animal , tant étaient nomreuxles poils qui , de tout le corps, ne laissaient

découvert qu'une petite parlie du visage, la aume des mains et la plante des pieds ! Ce dévelopcment extraordinaire des poils est en général un 'vj^ne de vigueur et de force. Dans l'enfance , les oils ne recouvrent que la surface du crâne; un liger duvet en tient la place sur le reste du corps, hez la femme , outre le défaut de barbe , les poils es parties génitales et des aisselles sont moins )ondants que chez l'homme ; les membres et le onc en sont presque toujours déprouvus : mais, jmme si la matière qui devrait fournir au déve-

(1) Les ongles des orteils favorisent l'application du ed au plan de sustentation; ils servent également à perctionner le tact de ces parties. Les pieds ne sont pas seuinent destinés à supporter le poids du corps ; ils doivent ncore nous guider dans la recherche du plan de susten- Uion, apprécier la solidité, la température, les inégalités u sol sur lequel nous marchons. Ils avaient donc besoin 'un tact assez délicat. Quant à la division de la partie otérieure du pied en plusieurs parties distinctes et sépales , elle était utile pour la sûreté de la station et des louvemenls progressifs. J'ai vu plusieurs soldats qui avaient n le bout des pieds gelé dans les Hautes-Alpes qui sépa- ;nt la France de l'Italie. Ceux qui n'avaient perdu que !8 orteils avaient la démarche moins assurée , et faisaient es chutes fréquentes sur un sol inégal; ceux qui avaient erdu la moitié des deux pieds étaient obligés de se servir e béquilles. ^

loppcment des poils se dirigeait toule vers le cuir chevelu, on observe que les cheveux sont presquo constamment et plus longs et plus abondants.

La couleur des cheveux varie depuis le blanc légèrement cendré jusqu'au noir d'ébène; et, comme nous le dirons en traitant des tempéraments et des différentes variétés de l'espèce humaine , la diversité de leur coloration est un signe à l'aide duquel on reconnaît ces variétés. La couleur des cheveux peut faire juger de leur grosseur : Withof , qui a compté avec une patience vraiment germanique combien de poils étaient compris dans l'espace d'un pouce carré, dit, dans sa Dissertation sur les poils et les cheveux de Vhomme, qu'il s'en trouve cinq cent soixante-douze noirs, six cent huit châtains, et sept cent quatre-vingt-dix blonds ; de manière que le diamètre du cheveu, qui est d'un trois cent à un sept-centième de pouce, est le plus petit dans les cheveux blonds, qui sont d'autant plus fins qu'ils sont plus pâles. On observe également que les hommes à cheveux noirs, ordinairement bilieux, adultes et habitants des pays chauds, en ont davantage sur les autres parties du corps ; qu'ils sont chez eux non-seulement plus gros, mais encore plus gras et plus huileux.

Quelle que soit la partie du corps à laquelle ils appartiennent, tous les poils ont la même structure, tous naissent d'un bulbe vésiculaire placé dans le tissu graisseux sous-cutané; de ce bulbe rempli d'une lymphe gélatineuse, dont le poil paraît se nourrir , celui-ci , d'abord divisé en deux ou trois filaments qui conslituent une espèce de racine, sort formant un seul cordon qui perce obliquement la peau et l'épiderme , empruntant de ce dernier une gaîne qui l'accompagne jusqu'à son sommet, où il se termine en pointe.

Le cheveu peut donc être considéré comme un tuyau épidermoïque et corné rempli d'une moelle particulière. Cette tige spongieuse , qui forme le centre du cheveu, en est une portion plus essentielle que la gaîne fournie par l'épiderme. C'est le long de ce filament spongieux et cellulaire que se filtre l'huile animale que le cheveu fournil , et les sucs à l'aide desquels il se répare. Quoiqu'on voie dans quelques animaux des rameaux vasculaires et de très-petits filaments nerveux se diriger et se perdre vers la racine de certains poils, tels que les soies longues et roidesqui forment les moustaches de plusieurs quadrupèdes, on ne peut point dire si, dans l'homme , le cheveu , ni même son bulbe , reçoivent des vaisseaux et des nerfs. Se nourrissentils par imbibition de la gélatine que contient leur ognon , ou de la graisse dans laquelle celui-ci est plongé? des vaisseaux se prolongent-ils le long de leur axe , depuis leur racine jusqu'à leur sommet? On citait en faveur de cette opinion le sang que répandaient les cheveux coupés dans la plique polonaise ; mais on a reconnu que l'écoulement du sang était dii à la section du bulbe du poil qui s'hypertrophie et se prolonge à la distance de quelques lignes dans la base du poil.

Fourcroy pense (1) que chaque cheveu est hé-

(1) Système des connaissances chimiques, tome IX, p. 263.

rissé de plusieurs branches très-courlos ; ce qui , comme l'a expliqué Monge, favorise l'enlrecroisemeiit (les poils dont on veut former des lissus par le procédé connu sous le nom de feutrage.

CXXIX. Parmi les plus remarquables propriélés des cheveux , on doit noter leur altérabilité par l'humidilé de l'air, qui, relâchant leur substance, augmente leur longueur: c'est pour cela que l'on s'en sert pourconstruire les meilleurs hygromètres. On ne doit pas non plus omettre leur propriété isolante , par rapport au fluide électrique , dont ils sont de très-mauvais cond?icteurs, propriété remarquable sous le rapport de la nature soupçonnée du fluide nerveux.

Les cheveux ne jouissent d'aucun moovemenl spontané par lequel ils puissent se relever sur la tête, quand l'âme est agitée de quelque sentiment d'horreur ou d'effroi : alors cependant ils se redressent par la contraction de l'occipito-froulal , qui, intimement adhérent au cuir chevelu, l'entraîne dans tous ses mouvements.

Ils ne paraissentdoués d'aucune sensibilité ; néanmoins les passions jouissent sur eux d'une telle influence , qu'on a vu des jeunesgens blanchir en une seule nuit passée au milieu desangoisses quiprécèdentle dernier supplice. La révolution, qui a causé des chagrins si cuisants et de si vifs regrets, a fourni plusieurs exemples authentiques de personnes qui ont blanchi dans le court intervalle de quelques jours. Dans cette blancheur anticipée , le cheveu se dessèche-t-il comme celui des vieillards , qui semble mourir par défaut de sucs et de matière colorante?

L'observation suivante semble prouver que les cheveux sont l'organe excréteur d'un principe quelconque, dont la rétention peut avoir les suites les plus fâcheuses. Un chartreux qui , chaque mois , se faisait raser la téle pour se conformer à la règle de son ordre , en étant sorti par suite de sa destruction , prit de l'emploi aux armées , et laissa croître ses cheveux ; au bout de quelques mois , il fut tourmenté par des céphalalgies intolérables , et qu'aucun remède ne pouvait apaiser. Enfin, quelqu'un lui conseilla de reprendre ses anciennes habitudes, et de se faire tondre à des époques rapprochées : les douleurs de tête ont disparu et ne se sont plus fait sentir.

On sait , dit Grimaud ( 1 ) , qu'il est des migraines nerveuses qui cèdent à la précaution de rafraîchir souvent les cheveux , c'est-à-dire de les couper fréquemment , et de les retenir à la longueur de deux ou trois doigts ; ce qui dépend sans doute de ce que la pousse plus vive des cheveux met en mouvement des sucs qui stagnent. Un ami de Valsalva dissipa , au rapport de Morgagni (2), une affection maniaque en faisant raser la tète du malade. Casimir Mcdicus guérissait les gonorrhées opiniâtres en faisant raser à plusieurs reprises le poil des parties génitales.

Les cheveux partagent l'inaltérabilité, la presque indestruclibilité de l'épiderme : comme lui, ils brûlent en boursouflant, et fournissent une huile abondante, fétide, ammoniacale. Les cendres , ré-

(1) Second Mémoire sur la Nulrition, p. 49.

(2) De Sfiflibus et Causi», epist. (î, n<» 7.

sidu de leur combustion , contiennent une grande quantité de phosphate de chaux. Les cornes des mammifères , les plumes des oiseaux , donnent , eu brillant, la même odeur , et fournissent les mêmes produits que les cheveux et les poils; ce qui a fait dire que ces derniers étaient une espèce de substance cornée passée à la filière. Les acides , mais surtoot les alcalis, les dissolvent : aussi tous les peuples qui se coupent la barbe lui font-ils subir un ramollissement préliminaire, en la frottant avec des dissolulions alcalines et savonneuses.

Les cheveux ont-ils pour usage d'évacuer la matière nutritive surabondante? L'époque de la puberté et de la fin de l'accroissement est celle où ils se développent pour la première fois dans plusieurs régions du corps qui en étaient dépourvues. Ils sont en même temps l'éraonctoire par lequel la nature se débarrasse du phosphate de chaux , résidu du travail nutritif : les poils des quadrupèdes , dont les urines sont moins riches en sels phospboriques que celles de l'homme, paraissent surtout remplir cette destination. Enfin ils remplissent encore des usages relatifs aux parties près desquelles ils sont placés.

CXXX. La faculté de prendre connaissance des qualités tangibles est accordée à toutes les parties de l'organe cutané ; il suffit d'appliquer un objet à un point quelconque de la surface du corps , pour que nous acquérions l'idée de sa température , de sa sécheresse ou de son humidité, de sa pesanteur, desa consistance, et même de sa figure particulière (1). Mais aucune partie n'est plus propre à nous donner des notions exactes sur toutes ces propriétés que la main, regardée de tout temps comme l'organe spécial du toucher. La station sur deux pieds rend libres les membres supérieurs; la main, placée à l'extrémité, peut atteindre les objets placés à une certaine distance; la disposition des articulations de tout le membre facilite son transport d'un lieu dans un autre , et sa présentation en tout sens anx objets extérieurs. Le grand nombre d'os qui entrent dans sa composition la rend susceptible de mouve menls très-variés, à l'aide desquels elle change d forme , s'accommode auxJnégalilés que présentel surface des objets , et les embrasse avec exactitude : cette conformationavanlageuse est surtout évident aux extrémités des doigts. Leur partie antérieure qui jouit du sentiment le plus délicat , reçoit, de nerfs médian et cubital , des cordons assez gro qui se terminent en formant des houppes arron-f? dies, serrées, et environnées d'un tissu cellu-j;

(1) Dans cet article , nous avons toujours employé lem mots de tact et de toucher comme des expressions syno-i nymcs. Selon quelques personnes, ce sont cependant deux < clioses parfaitement différentes. Il nous est impossible d'ad- • mettre ces distinctions scolasiiques , si chères aux commençants ; il suffit d'avoir joué une seule fois à cette ospèct de coiiu-maillard , où tout usage des mains est sévèrcmeni ■ interdit , pour ûtre certain que toutes les parties de Is peau peuvent nous instruire, non-seulement de la température des corps , mais encore de leur forme , de leur con sistance , etc. C'est la volonté qui dirige ces altoucho ments exercés par d'autres parties que par les mains : ' toucher s'exerce alors chez l'homme comme dansplusicu animaux.

DES SENSATIONS

Kiiie pelolonué. Celle pai lio des doigls , que Ton iippelle leur pulpe, est spulenue par les ongles; lies vaisseaux Irès-nombrcux se répandent dans ce tissu ncvro cellulaire, et l'arrosenl d'une humeur ibocdante qui en conserve la souplesse. Quand la iranspiralion est augmentée, on la -voit sortir en uutleleltes à celte extrémité des doigts, au fond les raies concentriques dont l'épiderme se trouve illonné. Le pouce peut élre opposé à chacun des lutres doigts ; et ce mouvement d'opposition a paru 1 Buffon tellement avantageux, qu'il lui a attribué, -uais à tort, notre supériorité intellectuelle sur les autres animaux. Le sens du loucher réside encore dans cerlaines parties des membranes muqueuses , à la conjonctive, la pituitaire, l'intérieur de la juche, etc.; et même quelques-unes de ces parl's paraissent douées d'un loucher particulier : tels sont les lèvres , dont le tissu se gonfle et s'épa- )uit soiis un contact voluptueux ; turgescence vile qui s'explique sans admettre unlissu spongieux uis leur structure ; tels encore ces organes que iiffon regarde comme un sixième sens. Dans le us grand nombre des animaux, les lèvres, et urtoul l'inférieure , dépourvues de plumes , d'élilles ou de poils , sont l'organe d'un loucher louiirs imparfait. Lorsque les quadrupèdes domesliiies, tels que le cheval, le chien , le bœuf, etc., , eulenl apprécier les qualités tactiles des corps, on s voit en approcher le bout de leur museau, seul .idroit où l'enveloppe extérieure soit dépourvue s poils qui , partout ailleurs, en recouvrent la irface. Les appendices charnues de certains seaux et de plusieurs poissons , les antennes des .pillons, toujours placées au voisinage de l'ouver- Jie de la bouche , remplissent le même usage. La lieue du castor, la trompe de l'éléphant, sont égamcnl les parlies de leur corps où le loucher a le ius de délicatesse. Remarquez que la perfection ' l'organe du toucher assure à ces derniers anilaux un degré d'intelligence qui n'est départi à nul litre quadrupède, et devient peut-être le principe c leur sociabilité. Les livres des voyageurs, ceux Ls naturalistes, fourmillent de faits qui attestent 1 rare sagacité de l'éléphant ; quelques philosophes diens ont élé jusqu'à lui accorder une âme imorleile. Si les oiseaux , malgré la prodigieuse livilé de leur vie nutritive, ont néanmoins une iclligcnce si bornée, sont si peu susceptibles d'un 1 lâchement durable, et se mcnlrenl si rebelles à l'ducation, n'en trouve-t on pas la cause dans l'imrfeclion de leur loucher ? En vain le cœur pousse ers tous leurs organes avec plus de force et de élocilé que dans nul autre animal , un sang plus liaud , cl doué à un degré plus éminenl de toutes I s qualités qui caractérisent celui des artères ; inu- Icmenl leur digestion est-elle rapide, leur force .usculaire vive, capable de mouvements forts et '.ng-lcmps conlinuéfi , certains de leurs sens, tels ;ue ceux de la vue el de l'ou'ie , avantageusement 'isposés ; le toucher étant presque nul , et le plus ;rand nombre des impressions affectant ce sens, qui lous luslruil du plus grand nombre des propriées dont les corps jouissent, le cercle de leurs decs doit être extrêmement étroit, el leurs habiudes, leurs mœurs , bien plus éloignées que celles

de quadrupèdes, des habitudes el des mœurs de l'homme.

CXXXl. De lous les sens, le toucher est le plus généralement répandu parmi les animaux; lous en jouissent, depuis l'homme, qui, par la perfection de ce sens, l'emporte sur lous les animaux vertébrés, jusqu'au polype , qui , réduit au seul toucher, l'a tellement délicat , qu'il semble , pour me servir d'une expression heureuse de M. Duméril , palper jusqu'à la lumière. La peau de l'homme est plus fine et plus nerveuse que celle des autres mammi-. fères; sa surface n'est recouverte que par l'épiderme (partie insensible à la vérité), mais si mince qu'elle n'intercepte pas la sensation , tandis que les poils dont est abondamment couvert le corps des quadrupèdes, les plumes dont est revêtu celui des oi seaux , en éteignent toute la vivacité. La main de l'homme , cet instrument admirable de son intelligence, dont la structure a paru à quelques philosophes (1) expliquer suffisamment la supériorité dont il jouitsur toutes les espèces vivantes; lamain de l'homme, nue et divisée en un grand nombre de parlies mobiles, susceptibles de changer à chaque instant de figure, d'embrasser exactement la surface des corps, est bien plus propre à apprécier leurs qualités tactiles que le pied du quadrupède, enveloppé d'une substance cornée, et que la patte de l'oiseau , revêtue d'écailles trop épaisses pour ne pas émousser la sensation.

On a voulu rendre raison du plaisir que nous éprouvons à toucher des surfaces arrondies sans aspérités, en faisant voir que la configuration réciproque de la main et du corps soumis à son application était telle, qu'ils se touchaient par le plus grand nombre de points possibles. Ladélicalesse du tact est entretenue par la finesse de l'épiderme ; elle augmente par l'éducation, qui peut davantage sur ce sens que sur aucun des autres. On sait avec quel empressement l'enfant, à qui on laisse le libre usage de ses membres , porte ses petites mains sur lous les objets qui se trouvent à sa portée , et quel plaisir il paraît prendre à les loucher dans toutes leurs parlies, à en parcourir toutes les surfaces. On a vu des aveugles que le toucher instruisait des variétés des couleurs, et même de leurs diverses nuances. Comme la différence de coloration lient à la disposition, à l'arrangement elau nombre des petites inégalités qu'offre la surface des corps qui semblent les mieux polis , et les rendent propres à réfléchir tel ou tel rayon lumineux en absorbant tous les autres , on ne répugne point à croire aux faits de cette nature, rapportés par IJoyle el par d'autres physiciens.

CXXXir. Quels sont les nerfs qui transmellent les sensations tactiles ? Cette fonction est confiée aux nerfs spinaux , pour la peau de toutes les parlies da corps, exceptécelle de la face cl la partie antérieure du crâne, où nous trouvons des nerfs de la cinquième cl do la septième paires. Les expériences surlosanimaux , confirmées par des lésions observées sur l'homme, ont démontré que le premier de ces nerfs élait seul chargé do conduire les impressions tac-

(1) Toiycs VouvrRf;c de Gallen , do Usv pnrtinm, 4, 5 (.1 7; Buffon , Hisloire naturelle, l. IV ii V, in'-î2.

ÉLÉMENTS DE PUYSIOLOGIE.

tiles. Il en est do mémo h l'égard des sensations dont la conjonctive , la pituilaire , la muqueuse de la bouche peuvent être le siège. L'exactitude de ces propositions est encore confirmée par les observations d'anatomie comparée. M. Bell a remarqué que tout organe du toucher siégeant à la face, depuis l'antenne d'un limaçon jusqu'à la trompe de l'éléphant, reçoit une branche de la cinquième paire ; de même Rudolphi , M. Andral , onttrouvé dans les bulbes des moustaches du phoque, et Shaw, dans ceux de 1 emeril et du chat, des filets de nerfs assez gros, et provenant de la même source.

Dans le pharynx , l'œsophage et l'estomac , l'impression tactile est probablement transmise par le nerf de la huitième paire; enfin, les dernières branches des nerfs spinaux , et peut-être quelques filets du grand-sympathique, sontdeslinés à conduire les sensations perçues par la muqueuse du rectum et celle des organes génilo-urinaires.

CXXXIII. Nous ne saurions trop insister sur l'imporlance du loucher, et sur la prééminence dont jouit cet instrument de nos sensations. Des usages immédiatsde deux ordres différenlslui sontconfiés. Seul il nous instruit de l'impénétrabilité des corps et de leur température. M. Spurzheim , frappé de la différence qui existe entre ces deux propriétés de la matière , a pensé que la faculté de percevoir l'une et l'autre ne pouvait être attribuée au même sens. Le docteurBrown, développantune semblable idée, a placé dans les muscles le pouvoir d'apprécier l'impénétrabilité des corps , et il a considéré ces organes comme constituant un sixième sens. Elliottson , pour confirmer cette doctrine , a rappelé les opinions de Ch. Bell sur l'arranfjement des filets nerveux de deux espèces distribués dans les muscles : les uns destinés à la myolilité, les autres à la sensibilité de ces organes. C'est à l'aide des impressions transmises par ces derniers que nous pouvons, dit-il , accomplir des mouvements trèsréguliers dans l'obscurité , et apprécier exactement la position de telle partie de notre corps que nous ne touchons ni ne regardons. Il est possible de concilier ces opinions avec celles des physiologistes qui, comme M. de Blainville, accordent à la peau la faculté de sentir l'impénétrabilité des corps, en disant qui la sensation qui naît de la résistance d'un objet extérieur est complexe , qu'une partie a son siège dans les téguments où l'impression est modifiée selon le degré de résistance , de pesanteur du corps qui presse sur la peau ; qu'une autre partie a son siège dans les muscles, qui sont sollicités à produire une contraction plus ou moins énergique , selon l'obstacle à surmonter, et dont les nerfs sensoriaux transmettent l'impression au cerveau.

Le second usage immédiat du sens du tact, celui que le plus grand nombre des physiologistes considère comme le principal, est de nous faire connaître la température des corps ambiants. Quelques physiologistes ont avancé que la température du sang de l'homme étant de 36" centigrades , tout corps devait nous paraître froid ou chaud, selon que sa température élait au-dessous ou au-dessus de ce degré, et qu'il n'y avait aucune sensation de

chaleur, s'il élait au même degré. Il suffit, pour réfuter celte hypothèse, de faire remarquer que l'air extérieur n'est jamais à 36 degrés dans nos climalg • qu'ainsi, il devrait toujours nous paraître froid : ce qui n'est pas. D'autres physiologistes ont prélenda quele rapport précédemment établi n'existait qu'en, tre la température ordinaire de la peau et celle deg milieux ambiants. Mais, quoiqu'en apparence plus judicieuse, cette opinion est toutaussi erronée que l'autre; car si l'on élève au même degré de température que la peau, de l'air, de l'eau et du mercure, et qu'on plonge la main dans ces différents milieux, non-seulement il y aura sensation calorifique produite, mais encore l'impression de chaud ou de froid variera comme chacun des milieux dans lesquels la main aura été placée. C'est par la comparaison entre la sensation précédente et celle qui lui succède, que nous établissons nos jugements sur la température des corps : aussi il s'en faut de beaucoup que les idées que nous acquérons à ce sujet soient précises. En effet, si nous venons de toucher un morceau de glace, un corps plus froid que le nôtre nous paraîtra chaud. C'est par cette raison que les lieux souterrains nous semblent chauds pendant l'hiver. Ils ont conservé leur température, tandis que tout le reste en a changé; et comme nous jugeons de la chaleur d'un objet non-seulement dans ses rapports avec celle qui nous pénètre mais encore avec la température des autres corps et l'air ambiant, nous trouvons chauds les mêmes lieuxqui nous avaient paru froids au miliea de l'été.

Les corps les plus denses étant les meilleurs conducteurs du calorique (1), le marbre, les métaux nous paraissent plus froids qu'ils ne le sont réellement, parce qu'ils nous l'enlèvent avec pins de rapidité. Le marbre et les métaux polis semblent plus froids dans cet état, parce que, touchant la peau par un plus grand nombre de points à la fois, ils opèrent plus énergiquement cette soustraction. Les fonctions médiates du toucher sont de la plus haute importance, et par lui nous pouvons prendre une connaissance fort exacte de la plupart des prc^ priétés des corps. Nous jugeons de la pluralité de ceux-ci par la pluralité des impressions; nous per cevons leur état solide, liquide ou aériforme; 1 différence de leur contact nous instruit de leu inégale densité , de l'étal de leur surface lisse o

(1) Les corps laineux , cotonneux, elc, tous les feutres dont les brins entrecroisés emprisonnent en quelque sort une grande quantité d'air fluide, que son étal gazeux ren un très-mauvais conducteur du calorique, retiennent bi la chaleur; et l'épaisseur étant égale , une étoffe de laÏB fine, dont les brins sont plus écartés , le tissu plus mocl leux , sera plus chaude qu'une étoffe de laine grossier dont les fils trop appliqués formeront un corps dense, travers lequel le froid comme la chaleur se propagcron avec facilité. C'est en retenant ainsi une certaine massi d'air enchevêtrée que la neige conserve au soi qti'elle rc couvre une température assez douce, préserve les plante ' de l'atteinte que leur jiorterait un froid excessif: vériti physique qui se trouve exprimée en termes figures dans ce paroles d\i Psalraisle : u Dieu donna la neige à la terre po» • » lui servir de vêtement ; — et dcdil illi nivcm tanquar ' » vcilimentum. » 1

DES SENSATIONS

ucuse. Si un corps se déplace à la surface de la .111, nous ayons l'idée du mouvemenl. La double (isation qui résulte de la rencontre de deux pars différentes de notre corps , nous apprend à le tinguer des objets environnants , etc. On conçoit , avec des notions aussi variées, fournies par le i ul sens du toucher , un homme aveugle et sourd, ( même temps privé de l'odorat et du goût, pour- 1 t encore avoir une existence morale fort éten- I e, l'exercice de ce sens suppléant à celui des I 1res: les impressions qu'il transmet l'emportent , iiement par leur netteté, par leur précision comme i r leur nombre el leur variété, sur celles qui nous j jnnent par la vue , Touïe, l'odorat et le goût, I une inlelligence supérieure s'en composerait ( iquement. Mais s'il est vrai que le plus souvent I toucher corrige plusieurs des erreurs commises j r les autres sens , de telle sorte qu'il en est le ré- I lateur , c'est trop lui accorder que de prétendre "il transmette à l'intelligence desrésultats rigoujx el mathématiques , lorsqu'il ne s'exerce que r les propriétés géométriques des corps dérivées l'étendue , et qu'il apprécie la longueur, lalariir , l'épaisseur , la figure. Il peut même alors e rectifié dans ses erreurs par quelque autre sens, le feuille de rose placée entre le pouce etun autre igt ne sera pas sentie : tout le monde connaît l'ex- • rience dans laquelle deux doigts étant croisés, roule sous leur pulpe une petite boule qui donne ; sensation de deux boules distinctes, etc. Les idées e le sens du loucher excite dans le cerveau ne ni point d'un ordre plus relevé que celles qui y l i issent par l'action des autres sens. L'idée de la ^ ure d'un corps transmise par la vue ; la saveur et ideurd'une substance sont des qualités tout aussi 1 bles que sa température et sa densité. Condillac , ' ffon et les physiologistes modernes n'ont point iibli Texcellence du toucher d'après l'élévation ! l'abjection des idées qu'il fourni là l'intelligence, lis d'après leur nombre itifiniment varié et leur écision admirable.

CXXXIV. Nous terminerons celte histoire des actions des organes des sens par quelques consirations générales. Nous avons vu que les sens aient au nombre de cinq, et que plusieurs phy- )logisles en avaient admis un sixième spécial pour * organes de la génération. Gabriel Lamy en a déit deux autres destinés à nous donner les sensa- )us de la faim et de la soif. Mais nous avons vu ele sixième sens étaitunedépendance du toucher; quant aux deux autres sensations , nous verrons as loin qu'elles appartiennent à la classe des sentions internes.

Les animaux ont-ils d'autres sens que nous? On mnaît le conte de Micromégas et des centaines de 1 ns de l'habitant de Salurne. Montaigne, dans son yle naïf et précis, se demande si certaines espèces •pourvues d'organes de l'ouïe et de la vue, ne scient pas douées de sens particuliers destinés à les struire de diversesqualités de la matière qui nous mt inconnues. Voici ce qu'ont appris les auteurs: ' Jacobson a vu auprès de l'appareil olfactif de lîTlains animaux un organe dont les usages lui pa- Hissent relatifs à quelque fonction sensoriale. ^ Spallanzani, Jurine, ont mutilé des chauves-sou-

ris en leur crevant les yeux, bouchant les oreilles et arrachant les poils du visage, etils ont vu qu'elles regagnaient leur trou avec la même agilité et la même sûrelé ; mais il a suffi du tact exquis de leurs ailes pour reconnaître l'ouverture dans laquelle elles avaient l'habitude de s'introduire ; quant à la direction de leur vol au milieu de l'air, ilestplusdifficile de comprendre comment elles ont pu être guidées, à moins d'admettre avec Gall qu'un organedans le cerveau est destiné à faire retrouver les lieux. 3° Tréviranus a considéré comme un sens particulier un appareil fourni de tubes pleins d'une matière gélatiniforme, recevant un grand nombre de nerfs décrits par Jacobson dans la tête des raies et des requins. Mais de ce qu'un appareil en apparence sensitif , sans analogue dans l'espèce hu^ maine,n'a pas d'usages qui nous soient connus, pouvons-nous en conclure qu'il forme un sens distinct de ceux dont nous sommes doués ? N'est-il pas à jamais impossible de savoir si d'autres propriétés de la matière que celles qui affectent nos sens, qui par conséquent nous sont complètement inconnues , impressionnent les appareils dont sont doués ces animaux?

Quatre des sens occupent la tête ; le cinquième est répandu par tout le corps; tous en occupent la superficie: condition essentielle, puisqu'étant destinés à nous faire connaître le monde extérieur et à nous proléger, ils devaient être comme des sentinelles placées au premier contact des objets extérieurs.

Les sens sont impressionnés par les corps à distance ou par contact immédiat. L'œil et l'oreille sont dans le premier cas, la peau et la langue dans le second ; le "sens de l'olfaction tient le milieu entre les deux; car si les molécules odorantes agissent au contact, d'une autre part le corps odorant est plus ou moins éloigné. Cabanis a essayé de simplifier ce point, en disant que tous les sens étaient sous l'influence d'une impression tactile; que la vue, l'ouïe, étaient immédiatement impressionnées parles molécules lumineuses, les ondes sonores, de même que le goût l'est par les molécules sapides; mais, malgré l'apparente simplicité d'un pareil rapprochement , il n'en restera pas moins vrai que les corps sapides , pour produire une impression sensitive, devrontêtre immédiatement appliqués sur le sens affecté, tandis que les corps lumineux en seront à une distance plus ou moins grande.

Le mode d'action d'impression est un phénomène différent, selon le sens, et que Jacobson dit être chimique ou mécanique. Le premier réclame une membrane enduite de mucus qui puisse retenir les molécules qui produisent l'impression : c'est ce qu'on observe dans le nez el la bouche ; le second est favorisé par un appareil de perfectionnement beaucoup plus complique, surtout pour l'ouïe et la vue , placé entre l'excitant et le lieu où se fait l'impression.

Les sens sont actifs ou passifs. Ces expressions n'ont pas ici le sens que les métaphysiciens leur ont prêté , quand ils discutaient pour savoir si l'homme était actif ou passif lorsqu'il recevait une sensation : elles signifient que tantôt l'impression s'opère sans que nous l'ayons recherchée , tantôt par une détcrluination de la voloulc ; clic s'accompagne alors de

celte niodiûcalion de l'inlelligeiice qu'on nomme attention, est aide'c par dos changements soit dans l'altilude générale , soit dans les mouvements particuliers, etc.

En parlant des usages de chaque sens , nous avons vu qu'ils étaient immédiats et médiats , distinction que Gall et M. Spurzheim ont surtout développée. Susceptibles de perfectionnement sous le premier rapport, puisque des Péruviens ont offert un odorat tellement tiu, qu'ils sentaient un Espagnol à une lieue de distance, puisque les Indiensde l'Amérique distinguent par le bruit , la marche , le nombre et même la tribu de leurs ennemis à une distance considérable; c'est surtout sous le rapport des usages immédiats que les organes des sens reçoivent de l'éducation un développement surprenant, et qu'ils peuvent se suppléer les uns les autres. Il suffit, pour en donner une idée, de rappeler l'observation de l'organiste hollandais dont parle Lecat, qui, devenu aveugle, reconnaissait parfaitement les cartes par le relief différent des parties colorées; elcelle du sculpteur Ganivasius, qui, également privé de la vue, discernait assez exactement tous les contours de la figure pour faire des statues d'une parfaite ressemblance ; et enfin celle rapportée dans les archives , d'un homme chez lequel l'ouïe, la vue, s'abolirent successivement, et qui bientôt ne conserva du tact qu'une portion de la peau de la joue, à l'aide de laquelle il pouvait encore communiquer avec le monde extérieur.

Les nerfs destinés aux organes des sens sont , les uns spéciaux , tels que l'optique , l'olfactif, l'acoustique , remarquables en ce qu'ils se fondent en une membrane pulpeuse, sont doués d'une sensibilité spéciale , sont insensibles aux excitants ordinaires ; quant aux organes du goût et du toucher, nous avons vu qu'ils recevaient des nerfs multiples.

Y a-t-il un pointparticulier du cerveau où aboutissent les impressions sensoriales ? Gall l'a placé dans la moelle alongée , dont le développement lui parait en rapport avec celui des organes des sens, et qui reçoit l'insertion des nerfs sensoriaux, excepté de l'olfactif et des nerfs cutanés.

Les impressions perçues par les organes des sens , transmises à l'encéphale , deviennent une des sources les plus fécondes de notre intelligence: c'est ce que nous démontrerons quand nous traiterons des fonctions élevées confiées à cet organe.

CXXXV. Sensations internes. Les impressions qui nous viennent du dehors, et qui nous sont transmises parrinlermédiaire des organes des sens, sont loin de constituer toutes les sensations dont le cerveau puisse avoir la perception. En effet , plusieurs des fonctions principales de l'économie auraient peut-être été oubliées ou irrégulièrement accomplies, si l'homme, fortement préoccupé par des contentions d'esprit, n'avait été arraché à ses méditations par une sensation , faible d'abord , mais bientôt assez vive pour exiger impérieusement raccompllssemcnt de l'acte dont elles provoquent le retour. Destinées à nous mettre en rapport avec le monde extérieur, elles servent à la manière des sensations fournies par les organes des sens. Ainsi, l'introduction des aliments, des boissons, do l'air, l'expulsion des matières fcralo? , de l'urine , le rap-

prochement des sexes, etc. , actes essentiels à la conservation de l'individu et de l'espèce , som sollicités par le développement d'une sensatioat spéciale qui surgit inévitablement, quelles quuc! soient nos préoccupations intellectuelles, lors-iH qu'existe le besoin de les accomplir. : i,

La description particulière de chacune de cesi I sensations est liée à chacune des fonctions aux-^ij quelles elles se rapportent ; leur histoire généraletfs doit seule trouver ici sa place. Or, les caractèret h généraux de ces impressions, qui viennent du de dans, peuvent être aisément mis en évidence en les opposant à ceux que nous venons de reo contrer dans les sensations externes. Ainsi, 1° lei sensations externes naissent à l'occasion d'un ex citant extérieur, dont la présence est facile à constaj ter et la nature à connaître; celui des internes resti enveloppé d'une obscurité profonde. Si l'on creug^ davantage cette première différence, on voit qu'ell n'est pas aussi tranchée qu'elle le paraît au premii abord; car, d'une part, les organes des sens peuvei transmettre des impressions, alors qu'il n'existea cun excitant externe : c'est ce qu'on observe dai les hallucinations, où les malades voient, entenden sentent des objets qu'enfante leur imagination! n tandis que la présence de matières fécales dans li*ii rectum , de l'urine dans la vessie , etc., peut èir^ considérée comme l'excitant ordinaire des sensé*i lions qui provoquent la défécation , la mictiont ■ ' quoique dans quelques circonstances ces besoin'" naissent malgré l'état de vacuité de la vessie et dl 'i rectum, '

2" Chaque sens externe a un siège précis , d(4^i terminé; il est lui-même organisé de telle sort que l'on saisit aisément le rapport qui existe enli sa structure et la modification qu'il doit faire sab à l'objet qui l'impressionne. Nous sommes, contraire , dans une ignorance complète sur le li où se développent les sensations internes : qi n'a-t-on pas dit sur le siège delà faim , de la soi de la nausée ? Est-ce l'estomac qui est l'organe dai lequel se forme l'impression d'où naît le vomiss ment? Mais des chiens, privés d'estomac, et di les veines desquels on injecte de l'émétique , livrent bientôt après aux efforts du vomissemen' ce qui doit faire supposer qu'ils out eu le seni ment de la nausée. Si le siège du sens interne ei inconnu, à plus forte raison la modification o nique qui le rend propre à percevoir les inipi sions.

3" Nous avons la faculté de soustraire les organ^ des sens à l'action de leur excilaut ; les paupiè; volontairement fermées, abritent l'œil de lai mière; l'occlusion volontaire delà bouche, d fosses nasales , des oreilles, s'oppose à l'introd tion des corps sapidcs , des molécules odorante des ondes sonores ; le corps s'éloigne ou s'approcF librement d'un objet dont le contact est agréaf ou désagréable; mais nous n'avons aucune pri sur le développement de la sensation interne; dépit de notre volonté , elle éclate, et persiste j qu'à ce que le rapport qu'elle sollicite ait été accoi pli ; de fortes contentions d'esprit peuvent bien affaiblir momentanément la perception, l'habitm en régulariser le retour, do telle sorte que, salisfa

DES SENSATIONS

non, elle s'apaise quand l'heure ordinaire est <éc ; mais tôt ou tard elle acquiert malgré nous

■ violence que rien ne peut faire cesser. C'est près cette influence de la volonté sur les sensaiis, que les unes ont été nommées actives et les vos passives.

• A l'aide des sensations externes nous preis connaissance du monde extérieur, et nous ivons perfectionner notre intelligence. Les senons internes ne nous apprennent rien , à moins Iraellreavec Cabanis qu'elles apportent à l'in- ;^encedes idées dont la source n'est point per- 'lar le cerveau ; idée bizarre, que nous répudions - rejeler l'influence du physique sur le moral. 3 " Rien de plus irrégulier que le retour des senifMis externes, puisque l'excilant qui produit pression peut exercer une action continue, inuiltenle, avecdes intermittences courtes ou lons,e(c., selon le hasard ou le capricedelavolonté. [ilupart des internes sont, au contraire, soumises

lois de l'habitude dans leur reproduction, i 'Les sensations externes peuvent être agréa- - , désagréables ou indifférentes ; il n'y a souvent laisir ni peine à regarder, entendre , etc. Mais

■ sensation interne a toujours quelque chose de lible et d'agréable à la fois quand elle comnce ; elle devient intolérable si elle persiste trop ii-temps. On connaît le supplice de la rétention l ine, celui qu'éprouvèrent les voyageurs affamés kl Méduse ; elle procure du plaisir, quand l'acte 'Ile sollicite s'accomplit. Enfln, quelques-unes lire elles se transforment en dégoût, si le besoin

lus que satisfait.

Les nerfs sensoriaux nous ont paru faciles à rminer : ceux qui transmettent les sensations mes sont ignorés ; on suppose que le pneumo- ! ique et le trisplanchnique conduisent le plus ;d nombre; les nerfs spinaux doivent être l'at de transmission de quelques-unes d'entrés • s, du besoin du repos, par exemple, ou de l'exer- . ), etc.

ia>u(re les sensations externes et internes, il en l'une troisième espèce que l'on peut appeler mortes : ce sont les douleurs qui sont du domaine de iiathologie.

SIXXXVI. Des sensations en général. Toute sen- > on se compose de trois phénomènes principaux : - 'acte d'impression ; 2" le transport de l'impres- J aux centres nerveux ; 3" la perception de l'imsssion ou la sensation proprement dite, quoique riernier acte s'accomplisse dans l'encéphale ; ceidant nous rapportons la sensation au lieu où a nmencé l'impression : sous ce point de vue, on t dire que les sensations sont la sauve-garde de ronomie. Qu'un endroit de la peau soit lésé par ' corps étranger, de suite nous éloignons cette rlie du corps pour la soustraire au danger qui la >aace : ainsi certaines sensations douloureuses s annoncent la détérioration de nos organes ; si Hunier disait-il que tout dérangement un peu ifond de l'organisation était perçu par une dour. Dans quelques cas, cet avertissement est telleat violent, qu'il estlui-racme la cause de la mort : i douleur excessive peut tuer en épuisant lo sysle nerveux.

L'ensemble des trois actes d'où résulte la sensation se nomme sensibilité. L'histoire de la sensibilité comprend donc l'étude des parties du corps susceptibles d'éprouver une impression, en d'autres termes, des parties sensibles : celle du transport de la sensation au cerveau ; enûn celle de l'action de l'axe cérébro-spinal.

i*rem?erpomï. Les anciens avaient des idées trèserronées sur la sensibilité des tissus; ils croyaient que tous les tissus blancs étaient sensibles. Malgré les progrès que l'école d'Alexandrie avait fait faire à l'analomie, malgré la connaissance plus exacte de quelques tissus, il n'y eut, jusqu'à Vésale, aucun perfectionnement dans les idées relatives à la sensibilité; enfln, Ilaller s'empara de ce sujet, et apporta la plus minutieuse attention à la recherche de lasensibililédes différents tissus. Non-seulement il parvint à débrouiller cette matière jusque-là si obscure, mais encore il laissa peu de chose à faire à ceux qui depuis se livrèrent aux mêmes recherches. Afin d'obtenir des résultats exacts, Haller mettait à découvert les parties sur lesquelles il voulait expérimenter, puis il laissait reposer l'animal pendantquelque temps ; et, lorsqueles mouvements que la première douleur avait occasionés étaient calmés, que la douleur elle-même était apaisée, Haller irritait la partie découverte en employant successivement le feu , les acides , les aiguilles , les tenailles, etc. C'est alors qu'il examinait comment l'animal répondait à ces divers excitants; ses cris , ses mouvements étaient pour lui l'indice d'une sensibilité dont l'énergie était proportionnée à leur intensité ; son immobilité complète démontrait que le tissu , l'organe irrité , était insensible. Or , voici l'ordre dans lequel il classa les parties sensibles : les nerfs , la peau, les muqueuses, les glandes, les muscles, le cœur, la rétine, les mamelles, l'iris, la choroïde, le pénis, la langue; quant aux autres tissus , à savoir le tissu cellulaire, la graisse, le système médullaire des os, les méninges, les ligaments, les tendons, les membranes séreuses, les artères, les veines, les vaisseaux lymphatiques, les os , les cartilages , il déclara qu'ils n'étaient pas sensibles. Aussitôt que ces résultais obtenus par Haller furent connus, ils produisirent une très-grande sensation ; de tous côtés on se livra aux mêmes recherches : mais au milieu de ces expériences multipliées, il s'éleva quelques dissidences. Ainsi l'on abandonna difficilement celle idée si ancienne que les accidents qui résultent de la saignée au pli du bras sont dus à la lésion du tendon du muscle biceps ; en sorte que la sensibilité des tendons trouva encore quelques défenseurs. L'on objecta encore à Haller une expérience de Duverney, qui dénotait la sensibilité de la membrane médullaire. En répétant l'expérience de Duverney, les uns trouvèrent la membrane sensible, les autres insensible. Bichat arriva à ce curieux résultat , que la sensibilité était apparente dans la partie inférieure du canal médullaire , et nulle dans la supérieure. Enfin, Béclard a démontré comment l'anatomie rendait compte de l'opinion de Bichat, et de la diversité des résultais obtenus par les expérimentateurs. La membrane médullaire reçoit un nerf qui s'engage par le canal nourricier

ÉLÉMENTS DE mYSIOtOGIE.

de l'os , et se partage dans le canal médullaire en deux branches , dont l'une remonte , et l'autre descend sur la membrane. La section de l'os , dans sa partie inférieure , n'empêche pas la communication de la membrane avec les centres nerveux, auxquels elle peut transmettre l'irritation qu'elle éprouve. Si , au contraire , l'os est scié au niveau du canal nourricier oblique de Ij surface au centre de l'os , et à fortiori , s'il est scié au-dessus , la membrane est en vain irritée ; ses rapports avec le système nerveux sont détruits , et sa sensibilité paraît nulle. Relativement au cœur , on éleva quelques objections contre l'assertion de Haller , qui l'avait déclaré sensible ; car elle renversait ce que Harvey disait avoir observé sur un homme dont le cœur à découvert avait été irrité sans produire de douleur. Baglivi et Pacchioni avaient annoncé que la duremère était douée d'une grande sensibilité, et plusieurs personnes restèrent fidèles à cette doctrine ; mais le plus grand nombre des physiologistes admit les opinions de Haller.

Dans cette question de la sensibilité, il y a une distinction importante à établir entre les organes sains et les parties enflammées, car ces dernières deviennent toutes sensibles. Si donc nous recherchons quels sont les tissus qui ne sont pas susceptibles de s'enflammer, nous rencontrons l'épiderme, les ongles , les poils, les dents, les tendons grêles et renfermés dans des gaines synoviales , les cartilages que plusieurs anatomistes regardent comme inorganiques. Or, toutes ces parties étant insensibles à l'état sain , ne peuvent, en aucune circonstance , acquérir la faculté de développer des impressions. 'Tous les autres tissus jouissent, étant enflammés , de cette propriété ; mais il n'en est plus de même quand leur organisation n'est point altérée. Voici ce que les expériences postérieures à celles de Haller ont appris. Certaines parties jouissent d'une sensibilité spéciale: tels la rétine, les nerfs optique, acoustique, etc., que la lumière, le son, impressionnent, mais qui peuvent être impunément coupés , piqués, déchirés, brûlés ; tel est encore le nerf facial , qui ne sert qu'au mouvement , excepté quand quelque filet de la cinquième paire, en s'accolant à l'une de ses branches, lui donne une certaine sensibilité.

Le nerf pneumo gastrique et le spinal se sont offerts à M. Herbert Mayo un peu sensibles aux excitants ordinaires. Quoique le grand-sympathique soit regardé comme insensible par le plus grand nombre, cependant MM. Leuret et Lassaigne disent qu'en l'irritant on a développé de la douleur.

Les lobes cérébraux sont tout-à-fait insensibles. M. Fodéra n'a pu produire de douleur qu'en les comprimant de haut en bas ; ce qu'il a attribué à la pression du bulbe rachidien , qui jouit d'une certaine sensibilité.

Les ligaments que Haller avait dit être privés de la faculté de sentiront paru à Bichat doués de cette propriété ; mais l'expérience sur laquelle il a fait reposer celte idée est pour ainsi dire impossible à exécuter; et la difficulté fût-elle vaincue, le résultat ne pourrait prouver l'assertion de Bichat, puisque , selon la judicieuse observation de M. Rihes, les ligaments sur lesquels l'expérience est (en-

tée , entièrement isolés , ne pourraient transmettre la sensation au cerveau, avec lequel la soclionde tous les nerfs du membre aurait rendu impossible leur communication.

Quelle est la condition organique nécessaire ai* i développement de la sensibilité ? Haller regarde li a présence de filets nerveux comme indispensable, Mais si tout organe enflammé devient doulpureoi il faut admettre quelque autre condition ; car certai nés parties susceptibles d'inflammation , le tisst cellulaire, par exemple , ne reçoivent pas de nerfs Il en est de même des séreuses , des membrane fibreuses , des tendons , etc. Plusieurs hypothèse se présentent pour expliquer ce phénomène : oi bien une partie peut être sensible sans avoir 1 concours du système nerveux ; ou bien les tigst ni que je viens de nommer reçoivent des nerfs que h anatomistes n'ont pu découvrir , nerfs qui leur soi apportés par les artères sur lesquelles se fonde; des branches de terminaisons des nerfs spinaux ganglionaires, appelés nervi-molles , et par Chai sier, nerfs staminaux, parce qu'ils entrent dans trame des organes ; ou bien les nerfs peuvent à dislance , ainsi que le pensait Reil , de telle sor que chaque cordon aune sphère d'action qui rayoIu{(^ autour de lui jusque dans les tissus qui en sont di pourvus ; ou bien enfin l'activité vitale, accrue une partie enflammée, y produit des nerfs nouvelle formation. Celte dernière hypothèse peut-être la plus satisfaisante. L'on sait avec quell facilité et quelle promptitude le travail inflamm toire s'accompagne de la formation de vaisseai] de nouvelle formation. Ne peut-il pas en être même des filets nerveux? Il est vrai de dire quel recherches anatomiques ont fait reconnaître présence des vaisseaux de nouvelle formation , late dis qu'elle n'a rien pu apprendre jusqu'ici toucha^ les nerfs.

L'action d'impression est toute moléculaire, e ^ lièrement cachée à nos sens : ce n'est point éclair | son histoire que de la dire électrique ou chimiqs ( En traitant des sensations en particulier, nous avo \ vu les diverses circonstances qui favorisent le dé^ loppement de chacune d'elles ; jetons actuellein(|t un coup d'œil sur les agents qui transmettent l'i | pression, et l'organe auquel est confiée la noble alfi bulion de la percevoir.

CXXXVII. Des nerfs. Ces cordons blanchâtk qui se rendent à la base du cerveau , à la moeN alongée et à celle de l'épine , existent dans toujl les parties du corps , et leur donnent à la foisll puissance de sentir et celle de se mouvoir. D: | cette analyse des fonctions du système nerven l'ordre naturel exige que nous ne le considérions j que comme conducteur du sentiment; nous verrc^j ensuite de quelle manière ils transmettent lepr cipe des mouvements aux organes qui les exécute I Les nerfs naissent (1) de toutes les parties sensibl

(1) Quand on considère les nerfs comme conducte des sensations, il est juste de dire qu'ils prennent naiss» t des parties sensibles, puisque c'est l'extrémité U I I éloignée du cerveau qui éprouve l'impression scnsilil laquelle se propage jusqu'à cet organe lui-même, e» vanl le trajet du nerf. Lorsqu'on étudie, au contraire

DES SENSATIONS

r des exlrémilés en général molles et pulpeuses , ■ais d'une consistance et d'une figure qui ne sont s les intMTies dans loulcs ; et c'est à ces variétés do «position et de structure que doivent être rappor- ;s les modifications de la sensibilité dans les dirs organes.

On peut dire qu'il existe dans les organes des sons ,e certaine relation enlrela mollesse de l'exlrémilé •Tveuse et la nature des corps qui portent leur imession sur elle. C'est ainsi que l'étal presque fluide la réline est dans un rapport évident avccl indélie subtilité de la lumière. Le loucher que ce fluide erce-ne pouvait produire une impression suffisante autant que la partie qui le ressent serait susceple d'être ébranlée par le moindre contact. Lapor- •n molle de la septième paire, dépouillée de toute ijveloppe solide , et réduite à sa pulpe médullaire, irtage avec facilité les ébranlements sonores quilui Qt transmis par la liqueur au milieu de laquelle i filets sont plongés. Les nerfs de l'odorat, du dt.sont plus à découvert, se présentent mieux à que les papilles nerveuses de la peau , chargées 'prouver les impressions que produisent les pro- "élésles plus grossières des corps ,etc.

u lieu deleurnaissance,les nerfs se portent vers cerveau, la moelle alongée ou celle del'épine, en ne presque droite, rarement tortueux, commele alla plupart des vaisseaux. Arrivés dans ces par- .s , ils s'y terminent en se confondant avec leur bslanee, comme nous le dirons après avoir étudié islruclure de ces cordes nerveuses.

XXXXVIIL Chaque nerf est formé d'un grand ibre de filaments extrêmement déliés, et qui tous deux extrémités , l'une au cerveau , et l'autre à partie de laquelle ils naissent ou dans laquelle ils terminent. Chacune de ces fibres nerveuses, lie que soit sa ténuité , est composée d'un tuyau mbraneux,danslesparoisduquelse ramifient une Ultitudede vaisseaux d'une finesse extrême : son 'rieur est rempli d'une moelle blanchâtre, espèce bouillie que Reil dit avoir isolée du petit canal I. la renferme , en la concrétant par le moyen de »;ide nitrique, qui dissout la gaîne membraneuse, laisse à découvert la pulpe médullaire, laquelle me la partie essentielle ou la base du filet ner- IX. Le même physiologiste a dévoilé d'une autre

omènes des mouvements, on doit faire naître les nerfs cerveau; car c'est du centre à la circonférence que le icipe (lu mouvement se transmet aux muscles , appelés t CuUen extrémités mouvantes des nerfs. Long-temps les 'omislcs ont agité la question de savoir si les nerfs •aient dn cerveau et de la moelle de l'épine, on si ces .ie» étaient produites par la réunion des nerfs ; ques- I que seule pouvait résoudre l'observation du mode de eloppenient de ces organes. Or , si l'on étudie les jeunes >rj-ons des animaux , on trouve que les nerfs latéraux du ic , de la téte et du bassin existent , et ont acquis t leur développement avant que l'axe cérébro-spinal , t-à-dire la moelle de l'épine et l'encéphale ide», aient revêtu leurs formes primitives. Sans i

encore commu-

ition avec eux, les nerfs finissent par les rejoindre et implanter lorsque s'achève leur développement , qui ;ait toujours de la circonférence au centre, cl non du ire à la circonférence, comme on l'avait profossé piici. {y oyez Serres, AnatomK comparée du cer- M, clc, Uigcours préliminaire.

manière la Structure intérieure de chaque fibrille nerveuse : il a dissous la partie blanchàlrc ou pnllacée par l'immersion prolongée dans une lessive alcaline ; et il est ainsi parvenu à la séparer du tuyau membraneux qui la renfermait , et qui reste vide. La gaîne membraneuse , de nature cellulaire et fibreuse , n'a rien de remarquable que sa consistance elle nombre vraiment prodigieux de vaisseaux de toute espèce qui se distribuent dans l'épaisseur de ses parois : elle abandonne le nerf à sesdeux extrémités, et ne le couvre que dans son trajet.

Chaque fibre nerveuse, ainsi formée de deux parties bien distinctes , se réunit à d'autres fibres de structure parfaitement semblable , pour former un filet nerveux qu'enveloppe une gaîne commune fournie par le tissu cellulaire. Ces filets rassemblés forment des ramifications , celles-ci des rameaux, les rameaux des branches, etlesbranchesdes troncs, autour desquels se trouve une enveloppe cellulaire commune ; puis d'autres enveloppes pour chaque faisceau de filets , et enfin une gaîne particulière pour chacun des filets eux-mêmes. Lorsque les cordons nerveux ont une certaine grosseur, on voit des artères et des veines d'un calibre assez considérable s'engager entre les paquets de fibres qui les forment par leur assemblage, se diviser après s'être introduites dans leur épaisseur , et fournir les ramifications capillaires qui se répandent dans les parois de la gaîne propre à chaque filament. Ce sont ces petits vaisseaux qui, selon Reil , laissent exhaler la substance nerveuse dans l'intérieur de chaque tuyau membraneux : celui-ci devient ainsi l'organe sécréteur de la moelle qui le remplit.

CXXXIX. Les filets nerveux se réunissent ou se séparent souvent sans se confondre. Alors les divisions des nerfs ne ressemblent pas à celles des artères ; leurs réunions ne peuvent être comparées à celles des veines : ce n'est, dans le premier cas , qu'une simple séparation; dans le second, qu'un rapprochement de filaments qui marchaient séparés, et qui , poiir se rassembler sous des enveloppes communes, n'en conservent pas moins chacun leur gaîne particulière, ne sont que juxta-posés , el restent parfaitement distincts. Cependant, dans plusieurs faisceaux, les communications entre les filets sont évidentes : ces anastomoses nerveuses incontestables paraissaient rendre difficile à concevoir comment les impressions que plusieurs extrémités sensilives reçoivent à la fois, arrivent au cerveau sans se confondre, et de quelle manière le principe du mouvement est dirigé vers un seul muscle, qui reçoit ses nerfs du même tronc que les autres muscles du membre. Mais depuis que les travaux de Ch. Reil ont appris que lcsnerfs.pouvaient être rangés en plusieurs grandes classes, à l'une desquelles les anatomisles anglais donnent le nom do nerfs surajoutés, et que les uns elles autres ont des caractères et des fonctions parfaitement dislinclos , les anastomoses des filels nerveux ne paraissent plus devoir compliquer l'exercice do leurs fonctions.

On doit admettre quatre espèces de nerfs : 1° ceux h double racine , comme les nerfs spinaux , le sousoccipital el le trijumeau ou la cinquième paire des nerfs crâniens , servant par l'une de ces racines

aux raouvemcnts volontaires, tandis que l'autre est le conducteur de la sensibilité , les racines antérieures et posicricurcs des nerfs spinaux, par oxeml)le ; 2° les nerl's à une seule racine , la première , la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième, la sixième, lenerf auditif ou portion molle de la septième paire, et enfin la neuvième ou grand-hypoglosse , nerfs qui servent exclusivement les uns au sentiment, comme les nerfs olfactifs , optiques et auditifs; tandis que la troisième, la quatrième, la sixième et la neuvième paires servent seulement à mouvoir les muscles de l'œil et de la langue ; 3" les nerfs respiratoires, vocaux ou expressifs, nerfs que M. Ch. Bell regarde comme surajoutés, et dont il forme un ordre distinct auquel se rapporte la portion dure de la septième paire ou nerf facial. La huitième paire ou nerf pneumo-gastrique , lequel peut être considéré comme le centre de ce système particulier de nerfs , le glosso-pharyngien, le spinal ou accessoire de Willis, et enfin le diaphragmatique et le thoracique externe. Tous ces nerfs procèdent du faisceau latéral de la partie supérieure de la moelle , et sont surtout destinés à présider aux fonctions des organes plus ou moins liés avec la respiration.

4° Enfin , on doit admettre une classe de nerfs circulatoires qui tiennent à tous les nerfs spinaux : ce sont les grands-sympathiques.

C'est en partageant ainsi le système nerveux en quatre grandes classes, que l'on parvient à concevoir les fonctions spéciales de chacune des parties de cet appareil si compliqué de l'organisation animale , et à comprendre que la sensibilité et le mouvement ont dans les nerfs des deux premières classes des agents particuliers et distincts; les nerfs des deux autres classes servent à lier ensemble , par des connexions plus ou moins intimes, les plus importantes fonctions de notre économie. Les anciens anatomistcs paraissent avoir soupçonné cette distinction importante, lorsqu'ils ont appelé des noms de moyen et de petit-sympathiques la paire vague et la portion dure de la septième paire. Ainsi que le remarque parfaitement M. J. Shaw (1823), rétablissement de cette connexité est l'usage le plus important de la huitième paire. La section de ce nerf trouble et suspend, comme nous l'avons vu, la digestion stomacale, moins en empêchant la sécrétion du suc gastrique , laquelle , ainsi que plusieurs autres sécrétions , s'accomplit dans les animaux d'un ordre inférieur , et qui n'ont ni nerfs ni cerveau , qu'en rompant ce lien nécessaire qui unit et la digestion et la respiration, soit entre elles, soit aux autres fonctions les plus importantes. La digestion , la respiration , la circulation sont moins des fonctions séparées que des degrés différents du grand acte de la nutrition , opération fondamentale , et tellement indispensable à la vie , que les organes qui les exécutent ne sauraient être trop étroitement enchaînés par des liens qui établissent entre eux une harmonie nécessaire , ainsi qu'une mutuelle dépendance.

En général, les nerfs s'écartent et se réunissent sous un angle plus ou moins aigu , également favorable au cours d'un fluide , de la circonférence au centre , el du centre à la circonférence.

La structure des nerfs se modifie dans certaines portions de leur système. Ainsi , les fibres inôdullairesdu nerf opiiquesonidépourvuesd'envoloppes membraneuses; la pic-mère, fournissant une seule gaine au cordon formé par leur assemblage, la dure-mère y joint une seconde tunique a la sortie du crâne. Celle tunique, qui est également commune à la totalité du nerf, l'abandonne à son entrée dans le globe de l'œil, et se confond avec la sclérotique. Une artériole marche au centre du nerf optique, et, se divisant ensuite, forme un résean merveilleux qui soutient la pulpe médtillaire de la réline. Les cordons qui parcourent des conduits osseux , tels que le nerf vidien de la cinq'.iième paire, sont dépourvus d'enveloppe celluleuse, e" leur consistance est toujours moins grande qoe celle des nerfs qui sont environnés de partie molles.

Arrivé au cerveau, à la moelle alongée ou àcel! de l'épine, chaque filet nerveux, comme no l'avons déjà dit, se dépouille de sa gaîne memb' neuse , qui se confond avec la pie-mère, envelo immédiate de ces parties centrales du système sen sitif. La partie médullaire ou blanche se prolong dans l'épaisseur de leur substance , qui peut êlr regardée comme principalement formée par 1'" semblage de ces extrémités nerveuses qu'il es difficile de distinguer dans son tissu, à cause d son peu de consistance. On sait depuis long-temp que l'origine des nerfs n'est point l'endroit où il se détachent du cerveau , qu'ils s'eufoncenl dansl substance de ce viscère à une profondeur indéler-i minée. Sœramcring pensait que les racines des nerfs, et surtout celles des nerfs de l'odorat et dé la vue , de l'ouïe et du goût , allaient se rendrit aux érainences qui font saillie dans les parois de ventricules du cerveau , el que leur dernière ci trémité se trouvait humectée par la sérosité entretient la contiguïté de ces surfaces intérieur— On a cru long-lemps aussi que les extrémités céré braies des nerfs se réunissaient toutes en un poin déterminé de l'organe encéphalique , et qu'à c point central se rapportaient toutes les sensations tandis qu'il eu partait toutes les détermination d'où naissent les mouvements volontaires. Mai les travaux de M. Gall sur l'organisation du sys lème nerveux el du cerveau , ont entièrement rer versé ces diverses hypothèses.

Considérés dans les divers animaux qui en soi pourvus, la moelle de l'épine et les nerfs sont d'au tant plus gros, -relativement au cerveau, que l'an mal est plus éloigné de l'homme. Dans les cspèct carnivores, le prodigieux développement des mai ses musculaires exigeait des nerfs moteurs d'o volume proportionné : aussi , chez elles , la nias! cérébrale , comparée aux nerfs et à la moelle à l'épine, est-elle très-peu considérable. On observ que le même rapport existe dans certains hoinmt doués d'un tempérament athlétique : toute la fo nerveuse semble employée à mouvoir ces toi énormes ; et les nerfs, quoique très-petils propo tionnellemenl au reste du corps , sont copcndar très-gros, si on les compare à l'organe cérébra Dans lesenfants, dans la femme, el chez les ind vidus doues d'une grande sensibilité, les nerfs soi

DES SENSATIONS

ès-grosiclaliVemcnl aux autres parties; ils so ratissent et se dessèchent en quelque sorte chez ■.personnes avancées en âge :lo tissu celliilairo li les environne acquiert plus de consistance, iilracle a\ec eux desadhérences plus iuliiues, et existe une certaine analogie entre les nerfs des L'illards, enveloppés de ce tissujaunâtre qui rend 'ir dissection extréiuement laborieuse , et les raaux d'un vieil arbre recouverts par une mousse ■Uuclive.

I Les usages des nerfs ne pouvant être exposés ;-arénient de ceux de la moelle de l'épine et du r veau, nous passons de suite àl'hisloire de ces deux riies importantes de l'appareil des sensations. r,XL. De la moelle de Vépine et de ses fonc- 'iis. Nous conliniierons à nommer ainsi la masse rveuse que renferme le canal vertébral, bien il n'y ait aucune ressemblance entre elle et la listance médullaire des os; mais les termes de longement rachidien de l'encéphale , sous les- L'is ou a voulu la désigner, n'expriment pas une 0 moins fausse que l'expression de la moelle de l'ine. On ne peut point en effet la considérer lime un prolongementdu cerveau ; il n'estpoint li qu'elle en naisse, ainsi qu'on voit l'artère aorte îU e et se détacher du ventricule gauche du cœur :

0 est indépendante de l'organe encéphalique; rlie centrale de l'appareil nerveux, on la trouve oz plusieurs animaux qui manquent de cerveau ; !i volume n'est pas proportionné à celui de cet ;ane. Le bœuf, le cheval, le mouton, par exem- ; , dont le cerveau est plus petit que celui de omme, ont une moelle épinière plus considéra- : on la trouve chez les fœtus acéphales, chez ceux

^ ;me dans lesquels le cerveau n'a jamais existé, li dernier organe paraît lui être comme surajouté, <cela seulement dans les animaux les plus cora- «és et les plus parfaits, son volume proportionnel mt toujours en raison inverse de la moelle de ipine. On ne peut donc point la faire dériver du ■veau, et la considérer comme formée par un sceau de nerfs qui s'en détachent successivement, n volume ne décroît point par degrés et en raison s branches qu'elle fournit ; et, loin d'offrir un cora qui va s'amincissant à mesure qu'on s'éloigne icerveau, elle consiste , suivant M. Gall, en une ite de nœuds ou de renflements séparés par autant rétrécissements qu'il y a de paires de nerfs qui

1 prennent naissance. Enfin, la moelle épinièro Béexiste au cervelet ainsi qu'au cerveau ; ces orgafB en proviennent, et n'en sont, si l'on peut, ainsi |trler, qu'une efflorescence. Vers la fin du second iois de la vie du fœtus, première époque à laquelle

cerveau puisse être rcnduapparcnl par l'aclion de Icool , cet organe , très-pelit par rapport à la oelle épinière , régulle évidemment du prolongeentdeséminences ou cordons pyramidaux el oli vai- 8. Les diverses parties de la masse encéphalique se rment ainsi graduellement par le développement cccssif des cordonspyramidaux, et c'eslsculemcnt irs la fin de la gestation que l'on peut apercevoir !8 circonvolutions bien prononcées. (Ticderaann, nulomte (<w cerveau, etc. Nuremberg, 1816.) Huit cordons ou faisceaux distincts forment ori- (uaircment hi moelle épinière, chaque paire de

faisceaux correspondant àl'un dcscôlésdc lamocllc dont la forme est quadrangulai^e. Tels sont les rudiments primitifs el comme fondamentaux dus§jslème nerveux, puisqu'ils préexistent à la masse encéphalique el aux nerfs eux-mêmes , dont la formation est plus tardive. (Bailly , 1823.)

Qu'on jelte un coup d'œil sur l'échelle graduée des êtres sensibles , dit le docteur Gall, dans ses Recherches sur le système nerveux en général, et sur le cerveau en particulier (1). La substance sensible , encore pulpeuse dans les polypes, se rassemble peu à peu en filaments nerveux et en troncs communs dans les êtres un peu plus relevés. Pour établir un commerce plus étendu avec le monde extérieur , la nature a ajouté des appareils d'autant plus multipliés , que les rapports de l'espèce devaient être plus nombreux : c'est ainsi que, par l'addition successive de nouveaux organes, elle s'élève jusqu'à l'être le plus composé, jusqu'à l'homme, par des productions cérébrales superposées.

Le corveau , simple tubercule ajouté à l'extrémité antérieure de la moelle , dont il semble n'être qu'une partie accessoire, un appendice dans les insectes, puisque chez eux il n'est guère plus gros que chacun de ses nombreux renflements, devient plus composé à mesure que l'on s'élève dans l'échelle animale. Cependant , dans les poissons , il ne passe guère en volume la moelle épinière. Enfin, chez les mammifères , il contient les mêmes parlies que dans l'homme; elles y sont disposées à peu près selon le même ordre : mais, chez aucun animal , le double appareil des fibres divergentes et convergentes n'est mieux développé ; chez aucun , le cerveau proprement dit , c'est-à-dire la partie supérieure de l'encéphale, ou les hémisphères , ne présentent un volume proportionnel plus considérable : là paraissent siéger les organes des plus nobles fonctions de l'intelligence, tandis que, dans le cervelet, la moelle alongée et celle de l'épine, réside plus particulièrement le principe des facultés qui nous sont communes avec les autres espèces animales.

Le système nerveux ne doit donc point être comparé à un arbre, dont le tronc, représenté par la moelle de l'épine , aurait ses racines dans le cerveau , et répandrait ses branches dans toutes les parties du corps ; on doit plutôt le considérer comme un réseau dont les fils communiquent ensemble , se séparent, se réunissent et rencontrent plusieurs masses ou renflements plus ou moins volumineux. Ces masses ou ganglions peuvent être envisagés comme autant de centres de communication.

Le cerveau ne peut point être regarde comme un ganglion , ou même comme un amas de ganglions , comme le ganglion commun des nerfs du crâne ainsi que l'ont fait quelques physiologistes : les nerfs qui se détachent de sa base ou de la moelle alongée ont leur origine distincte de sa substance ; leur volume n'est point en rapport avec sa masse, mais proportionné à la perfection des divers sens dans les différentes espèces animales: ainsi, le nerf olfactif, fort volumineux dans la laupo , est Irès-

(]) Un vol. in 4". l'uris, 18t)9, i)aj,'c28.

petit dans l'alglo , dont le nerf optique est nu contraire extrêmement développé.

La moelle de l'épine ne peut être considérée comme une suite de ganglions, communiquant tous, soit entre eux, soit avec le cerveau; sa largeur est proportionnée au volume des nerfs qui en émanent: c'est pourquoi lainoelle de l'épine a plus de volume vers la partie inférieure des régions cervicale et dorsale , que dans les autres points de sa longueur. La communication de la moelle de l'épine avec le cerveau est établie au moyen d'un double faisceau de fibres qui s'entrecroisent , forment les pyramides , et se portent vers le cerveau , où nous les retrouverons lorsque nous étudierons la structure de ce viscère. Accordons quelques instants à l'examen de ses enveloppes.

CXLI. Des enveloppes du cerveau. S'il est vrai qu'on puisse estimer l'importance d'un organe par les soins qu'a pris la nature pour le mettre à l'abri des lésions extérieures, nul ne paraîtra plus essentiel que le cerveau ; car il n'en est point qui paraisse avoir été l'objet d'une prévoyance plus attentive. La substance de ce viscère a si peu de consistance , que la moindre injure eût altéré sa structure et dérangé son action : aussi se trouve-t-il puissamment protégé par plusieurs enveloppes, dont la plus solide est la boîte osseuse qui le renferme.

Rien ne semble mieux connu que les os nombreux dont l'assemblage régulier forme les diverses parties de la tête humaine. Tout ce qui est relatif à la place quMis occupent, à leurgrandeurrespective, aux éminences qui s'élèvent de leurs surfaces, aux enfoncements dont ils sont creusés, aux cavités dont ils servent à former les parois ; tout ce qui a trait à leur structure intime, à laporporlion différente des substances dont ils sont composés, à l'agrégation de quelques-unes de ces substances dans certains points de leur étendue, a été décrit par quelques anatomisles modernes avec une exactitude qu'il serait difficile de surpasser. Plusieurs n'ont cependant point apprécié l'influence directe de leur mode d'union sur les usages qu'ils sont destinés à remplir ; aucun n'a assez fait sentir la manière dont tous concourent à un but principal, la conservation des organes qui renferment les cavités du crâne et de la face.

Uunauld , dans un Mémoire inséré parmi ceux de l'Académie des sciences , pour l'année 1730 , est le premier qui ait tenté de rendre raison de la disposition des surfaccis par lesquelles s'articulent les os du crâne. Après avoir rappelé quelques idées relatives à la théorie des voûtes, et établi que la différence d'étendue entre leurs surfaces convexe et concave nécessitait la coupe oblique des pièces dont elles sontforme'es , il explique les utilités de l'urliculation écailleusc entre les temporaux et les pariétaux.

Lorsque la voûte du crâne est chargée d'un poids très-lourd , les premiers empêchent les pariétaux , sur lesquels l'effort porte immédiatement , de s'enfoncer en dedans , ou de s'écarter en dehors. Uunauld les compare avec raison à de véritables arcs-boulants , qui sont aux pariétaux ce que lus murs sont par rapport aux voûtes qu'ils soutiennent .

Bordeu (1) essaya do faire pour les os de la face co que Uunauld avait exécuté relativement à ceux du crâne. Selon lui , la plupart des os de la mâchoire supérieure, mais principalement les maxillaires rupérieurs , résistent à l'effort de la mâchoire inférieure , qui , en agissant sur l'arcade dentaire supérieure , tend sans cesse à pousser en haut ou à écarter en dehors les os dans lesquels sont implantées les dents de cette arcade. Comme la plus grande partie de l'effort les détermine en haut, c'est aussi de ce côté que les os de la mâchoire supérieure s'appuient plus fortement sur ceux du crâne. L'auteur termine ce Mémoire rempli de vues ingénieuses, en proposant aux physiologistes la solution du problème suivant : Un homme supportant un grand poids sur sa tête , et serrant fortement quelque chote entre les dents , quel est l'os de la tète qui fait le pbu d'effort? quel est celui qui soutient toute la machine?

Le corps du sphénoïde , et principalement saj moitié postérieure, me paraît être ce point centnl auquel vont aboutir les efforts réunis des os di crâne et de la face , dans la circonstance suppoi par Bordeu.

Le sphénoïde s'articule avec tous les autres os di crâne ; il a des connexions immédiates avec plu sieurs de ceux de la face , comme les os de la pom mette , du palais , le vomer , quelquefois même le maxillaires supérieurs. Ces os de la face sont le seuls qui , dans le cas dont il s'agit , supportent l'ei fort de la mâchoire inférieure contre la supérieure L'ethmoïde , les os unguis et les cornets inférieurs minces et fragiles , n'ont que des usages relatif aux fosses nasales , dont ils augmentent les anfrac tuosités , et ne méritent de notre part aucune atten tion. Le vomer peut , à la vérité , transmettre à l'cUl moïde une petite portion de l'effort ; car la par& antérieure de son bord supérieur est articulée avej la lampe perpendiculaire de cetos; mais cette quanj tité est d'autant moindre que le vomer , peu épais n'en supporte qu'une très-petite partie , et le traïaj met presque en totalité au corps du sphénoïde avec la face inférieure duquel il s'articule.

L'effort exercé sur les os de la mâchoire su rieure est transmis, au moyen des apophyses mon tantes des maxillaires supérieurs, par les émineré» ces orbilaires et zygomaliques des os de la poam mette, et par le bord supérieur de ceux du pala^* et du vomer, au coronal , aux temporaux et a| sphénoïde.

Si nous voulons déterminer co que deYîtnt I plus grande partie de l'effort transmis au coron» parles os maxillaires et de la pommette , observoil' d'abord qu'il s'articule avec le sphénoïde par toui l'étendue de son bord inférieur, taillé en biseal' aux dépens de la table interne , en sorte qu'il i trouve recouvert par le bord antérieur des petitë ailes du sphénoïde , dont la coupe oblique est ai| dépens de la table externe de l'os. Le coronf s'articule encore avec le sphénoïde par les partiit latérales inférieures de son bor<l supérieur. Le rcsi de co bord supérieur est uni à l'antérieur des riétaux , qui , au moyen d'une coupe oblique «

(1) Académie des suiencL-s, mémoires piésenlcs par savants étrangers, tome III.

DES SEN8ATI0MS

:ns contraire, appuient sur la partie moyenne de L- bord, tandis que le coronal s'appuie laléraleloul sur eux.

Cet os, que l'effort tend à pousser en haut et ti arrière, ne peut obéira celle double impulsion ; ;ir, d'un côté, son mode d'arliculalion avec le bord iilérieur des petites ailes du sphénoïde, et la partie iterne du bord antérieur des pariétaux, s'oppose

I mouvement d'élévation, tandis que la résistance "S derniers l'empoche d'être poussé en arrière, a portion de l'effort que soutiennent les pariétaux iiit la ligne courbe que ces os décrivent, se prenne le long de celle que forme l'occipital, etarrive ipsi à la face postérieure du corps du sphénoïde.

La partie immédiatement transmise aux faces '.térieure et inférieure de cet os, par ceux du palis et le vomer , est peu considérable et proporonnée à leur peu d'épaisseur. La moitié antérieure

II corps du sphénoïde , creusée par le sinus sphéoïdal, n'en eût pu supporter une plus grande quanlé; cuûn,la position- du corps placé entre les arides dentaires , au-devant delà place qu'occupent •s os du palais, explique pourquoi c'est principaiment parles maxillaires supérieurs que la translission s'opère.

Voilà de quelle manière est porté sur les faces nlérieure , postérieure et inférieure du corps du tiénoïde, l'effort exercé de bas en haut par la làchoire inférieure sur la supérieure.

Les temporaux, qui n'en reçoivent qu'une trèslile portion par l'angle postérieur des os de la inmelte, supportent la plus grande partie de lui qui s'exerce de haut en bas , ou de la voûte rs la base du crâne. Le poids dont est chargé le ramet de la tête tend à enfoncer en bas ou à arlcr en dehors les pariétaux, qui résistent en c'itu du point d'appui que les temporaux leur fourissenl. Ceux-ci transmettent l'effort sur les parties iléralcs postérieures du corps du sphénoïde. Pour ia, les grandes ailes de cet os s'articulent, par Hile l'étendue de leur bord externe , et par le iiart postérieur environ du bord interne, avec les inporaux. En outre, l'extrémité supérieure des randes ailes est taillée en biseau, aux dépens de la ible interne de l'os , pour s'articuler avec l'angle iitérieur et inférieur des pariétaux , et remplir, à ' gard de ces os, le même usage que la portion railleuse des temporaux.

Les parties latérales et postérieures du corps du phënoïde supportent donc la presque totalité de elfort résultant de la pression exercée sur les palelaux. Elle leur est transmise par les grandes 'les, qui la reçoivent elles-mêmes , soit immédiarnent par l'angle antérieur et inférieur de ces os , it médiatement par les temporaux. La petite por- <>n que ces derniers transmettent à l'occipital va , '1 suivant la ligne courbe qu'il décrit, se faire 'sscntir sur la face postérieure du corps du sphéoïde.

L'on doit ajouter à l'effort résultant de la preslon qu exerce le corps placé sur le sommet de la

le, celui qui dépend de la contraction des musi«;s élévateurs de la mâchoire inférieure. Ceux-ci

ndcnt a abaisser les temporaux , les os de la pom- 'clle et le sphénoïde, et ils y emploient une force

égale à celle par laquelle ils élèvent l'os maxillaire inférieur , et le serrent fortement contre la mâchoire supérieure.

L'elTort exercé delà voûte à la base du crâne dépend donc de deux causes bien différentes. La portion qui résulte de l'action des élévateurs de la mâchoire inférieure est égale à l'effort qu'exerce de bas en haut celle mâchoire. Il serait inutile , d'après ce qui a été dit, de revenir sur son modo de transmission. Observons seulement que l'un de ces muscles , le moins puissant à la vérité (le plérygoïdien interne), tend à tirer en bas le sphénoïde, et empêche que cet os , engagé à la manière d'un coin dont la base serait tournée en haut , ne se dégage par l'effort qu'exercent sur lui les os entre lesquels il est placé.

Les faces postérieure , antérieure , inférieure et latérales du corps du sphénoïde, supportent donc la totalité de l'effort qu'exercent les uns sur les autres les divers os du crâne et de la face , lorsque , le sommet de la tête étant chargé d'un poids trèslourd, on serre en même temps un corps avec force entre les arcades dentaires.

La partie antérieure du corps do l'os , creusée par le sinus sphénoïdal , est mince et très-fragile. La portion postérieure , correspondante à la selle turcique , est seule capable de résister aux efforts que nous le croyons destiné à soutenir (1) : aussi est-ce par elle que l'ossification commence; ce qui confirme l'observation de Kerkringius , qui remarque que l'endroit où les os commencent à se durcir est précisément celui sur lequel ils doivent supporter les plus grands efforts : aussi les grandes ailes par lesquelles s'opère la transmission de la plus grande partie de ceux que soutient le corps du sphénoïde, naissent-elles des parties latérales de sa moitié postérieure , par un pédicule dont l'épaisseur considérable est encore augmentée par la base des apophyses ptérygoïdes qui se détachent de sa partie inférieure.

Les efforts qui s'exercent sur le crâne se font donc principalement ressentir vers sa base , endroit où les parois , plus épaisses , leur offrent plus de résistance. Cette transmission explique pourquai dans les plaies de tète on trouve assez souvent des fractures vers la base du crâne , le reste de la boîte osseuse conservant son intégrité.

Le nom que les anciens ont donné à l'os dont j'ai déterminé le principal usage , nom composé de sphénos , qui veut dire coin , et de eidos qui entraîne l'idée de la similitude , doit faire penser qu'ils n'ont point ignoré sa destination. Placé à la partie moyenne et inférieure du crâne , ayant des rapports plus ou moins étendus avec tous les os qui

(I) Le sinus spLénoïdal se prolonge, à la vérité, dan» celte partie postérieure du corps de l'os , chez les sujets très-avancés en ûge 5 mais celle portion de sa cavité a de» parois fort épaisses. La partie antérieure de Tapopliyse basilaire de l'occipital , alors exactement soudée au sphéroïde, peut d'ailleurs être considérée comme faisant partie de cet os, dont on ne peut la détacher. Lo crftnc du vieillard ressemble en cela à celui de plusieurs quaiirupèdcs, chez lesquels l'union du sphénoïde i\ l'occipilal s'effectue de si bonne heure, qu'on pourrait considérer ces deux 08 comme n'eu formant rccUemeut qu'un seul.

ÉLÉMENTS DE PIIYSIOLOGIE.

concourent à la forraalion do ccllo boito osseuse, il remplit, à leur e'gard , le même usafie que la clef des voûtes relativement aux diverses pièces dont elles sont composées. Les nombreux rapports que nécessitait cet usa'^e expliquent sa figure irrégulièro et bizarre , les coupes diverses de ses surfaces articulaires, la multitude d'éminences dont il est hérissé, et qui rendent sa démonstration si compliquée et son élude si difûcile.

Il est plus avantageux , par rapport au cerveau , que le crâne soit formé de plusieurs os que s'il était d'une seule pièce ; il résiste mieux aux coups qui lui sont portés, parce que leur effet s'affaiblit en se transmettant d'un os à l'autre , et se perd dans les mouvements obscurs qu'ils peuvent éprouver aux endroits de leurs sutures : sa forme arrondie augmente encore sa force de résistance. Cette force serait égale dans tous les points des parois du crâne, si la figure de cette boite était exactement sphérique , et que l'épaisseur de ses parois fût partout la même. Alors il ne pourrait s'effectuer des fractures par contre-coup , espèce de lésion que décide l'inégale résistance qu'opposent les os de la tête aux puissances qui sont appliquées à leur surface. Le péricrâne, le cuir chevelu , les muscles qui le doublent , et les poils abondants qui s'implantent dans son épaisseur, servent encore à défendre la masse cérébrale , et sont très-propres à amortir la violence des coups qui sont portés sur le crâne.

Outre cette enceinte résistante et dure , la masse cérébrale est encore recouverte d'une triple enveloppe membraneuse , formée par la dure-mère , qui doit son nom à l'opinion erronée qui lui atlrihuait la production de toutes les autres membranes du corps; Y arachnoïde , qui tient celui qu'elle porte de l'extrcme ténuité de son tissu ; et la pietnère , qui adhère immédiatement à la substance cérébrale.

La dure-mère tapisse non-seulement l'intérieur du crâne et du canal vertébral , qui doit en être considéré comme une prolongation ; elle s interpose entre les diverses parties de la masse cérébrale, les soutient dans les différentes positions delà tète, et prévient leur compression mutuelle. C'est ainsi que le plus grand de ses replis , la faux du cerveau , tendue entre l'apophyse cri&ta gaUi de l'ethraoïde et la protubérance occipitale jnlerne, empêche que les deux hémisphères du cerveau entre lesquels elle est placée ne pèsent l'un sur l'autre quand nous sommes couchés latéralement , et maintient d'autre part la tente du cervelet dans l'état de tension nécessaire pour qu'elle supporte le poids des lobes postérieurs du viscère. Ce second repli , de forme demi-circulaire , sépare la portion du crâne qui contient le cerveau , des fosses occipitales inférieures dans lesquelles le cervelet se trouve logé. Tendu par la faux du cerveau qu'il tend à son tour, il n'offre point un plan horizontal à la portion de ce dernier viscère qui pèse sur lui; mais , incliné de tontes paris vers les parois du crâne , il leur transmet la plus grande partie du poids qu'il supporte. La tente du cervelet , qui partage ainsi l'inléricin- de la cavité du crâne en deux parties d'inégale capacité , est o.sscuse chez certains animaux dont la progression s'opère par bonds cl par mou-

vements précipités : dan» le chat , par exemple , qui peut , sans en cire étourdi , faire des sauts effrayants par leur hauteur. Par cette séparation exacte , les deux portions de la masse cérébrale ne peuvent point agir l'une sur l'autre dans la violente commotion qu'elles doivent ressentir.

La membrane arachnoïde est, selon I{onn(l), qui en a parfaitement connu la disposition , et donné une très-belle gravure , l'organe sécréteur de la sérosité qui mouille la surface interne de la duremère, membrane fibreuse qui sert de périoste aux os dont elle tapisse la surface intérieure. Aualoguo aux membranes séreuses dont sont lapissécs les cavités du corps , l'arachnoïde représente un sao sans ouverture , dont la surface iuterneest partout contiguë à elle-même, tandis que sa face externe est partout adhérente aux deux autres méninges. La sérosité que l'arachnoïde laisse exsuder par sa face interne diffère notablement de celle que sécrètent les autres o^embranes séreuses ; car elle na contient presque pas d'albumine , et n'est point coagulable par la chaleur. Ce fait singulier , d'abord indiqué par John Hunier (aTreatiseontheblood), aété vériOé depuis; en sorteque l'assertion de ceux qui regardaient l'exhalation cérébrale comme la source d'humeurs plus ténues que celles qui mouillent l'intérieur des autres cavités , se trouve protH vée par l'expérience.

CXLII. Du volume du cerveau. De tous les animaux, l'homme est celui dont le crâne est le pins grand , relativement à la face ; et comme le volume du cerveau est en général proportionné à la grandeur de la boîte osseuse qui le contient , l'homme est aussi celui chez lequel cet organe présente les circonvolutions les plus nombreuses , et surtout les anfiacluosités les plus profondes. Or, comme ces circonvolutions et ces anfracfuosités résultent de la plicalure de la substance cérébrale, il suit qo la surface du cerveau de l'homme l'emporte d beaucoup, pour l'étendue, sur celle que présente le cerveau , également plissé sur lui-même, des ani maux les plus intelligents, en sorte qu'autant il élai inexact de juger de la capacité intellectuelle des e" pècts par la masse de leur cerveau , par la propC lion de la masse cérébrale au reste du corps , etc. données fautives , suivant lesquelles le cerveau d moineau surpasserait celui de l'homme par so vohiiue proportionnel, elc. , etc., autant il 6= vrai que l'instrument des opérations intellectuelle présente , dans les espèces animales diverses , un surface dont l'étendue est relative à la puissance d leur intellect.

La différence de grandeur entre le crâne et h face donne assez bien la mesure de l'intelligence des hommes et de l'instinct des animaux ; la sUi pidité de ces derniers et leur férocité sont d'aulan plus marquées, que les proportions des deux partie' de leur lêle s'écartent davantage des proportions d la tête humaine.

Pour exprimer colle différence de grandeur Camper a imaginé une ligne verticale desccnda du front au menton , et tombant perpendiculai

(I) Dissertai io de conlimialionibds iiiciiibranaruin, m-

i,ugd.-Bai. ma.

DES SENSATIONS

nent sur une autre liçnc horizontale tirée dans la rtrcclion de la base du crâne. Il a nommé la preaière de ces lignes faciale , la seconde palaline Il mentonnière. On conçoit aisément que, la ùUie du iront étant déterminée par la {grandeur a crâne , plus celui-ci a d'étendue , plus l'ang e .us lequel la ligne faciale rencontre celle de la ise du c. àne , doit être ouvert. Dans une tete d Eu- ►péen bien conformée, la ligne faciale rencontre rilte dernière sous un angle presque droit (de 80 a

0 degrés). Lorsque l'angle est absolument droit , t la li^ne qui mesure la hauteur de la face partaiement^erlicale , la tete a la plus belle forme pos- (We; elle est la plus voisine de ce degré conven- Jonnel de perfection que l'on nomme le beau idéal. k ligne faciale s'incline-t-elleen arrière, elle forme (ors avec la palatine un angle plus ou moins aigu ,

1 saillant eu avant... L'inclinaison augmente / le las de l'angle diminue ; et si l'on passe de la race icasienne à la race calmouque , puis aux nègres , L singes , aux quadrupèdes , aux oiseaux , aux ililes et aux poissons, on voit cette ligne faciale jcliner de plus en plus, et enûn devenir presque irallèle à la ligne mentonnière, comme dans les fptiles et les poissons à tête aplatie. Si , au conlire , on remonte de l'homme aux dieux , dont les ciens nous ont transmis les images , on voit la ne faciale s'incliner en sens inverse , l'angle droit

jgrandir et devenir plus ou moins obtus. De cette iclinaison delà ligne faciale en avant, résulte, pour tête , un air de grandeur et de majesté , un front |uilant , indiquant un cerveau volumineux et une jlligence divine.

Pour que ce moyen indique avec précision les eusions respectives du crâne et delà face, il lint non-seulement mesurer l'exlérieur, mais en- ,Te mener les tangentes sur les surfaces internes , rès avoir fait une coupe verticale de la tète. Il l en effet certains animaux dont les sinus de l'os liDnIal sont tellement amples , qu'une grande partie I s parois du crâne est gonflée par les cellules qui [d dépendent. C'est ainsi que , dans le chien , l'élénant , la chouette , etc. , la grosseur apparente du •âne est bien supérieure à sa capacité réelle. Avec itte précaution , l'angle facial de Camper me paraît i moyen d'estimation de la capacité cérébrale et cllectuelle supérieur et préférable à l'angle occiialde Daubcnlon, au parallèle des aires de la ;e et du crâne par Cuvier , et aux autres méthodes «ppréciation encore plus compliquées, proposées TOken , Spix, cl autres savants d'Allemagne. .La grosseur relative de la tète , et par conséfienl le volume proportionnel du cerveau , est peu l^nsidérable dans les sujets d'une haute stature bien musclés : celte observation est facile à véicr par l'examen des statues antiques. Toutes files qui représentent des athlètes ou des héros e la fable avait dolcs de forces prodigieuses , iTcntdcs têtes de très-petit volume relativement a masse totale du corps. Dans les statues d'IIer- Ic , elle égale à peine celui du moignon do l'éule. Les seules images du maître des dieux préilent le bizarre assemblage d'une tête énorme losant sur un corps dont les membres lui sont îporlionnés ; mais les artistes grecs n'ont trans-

gressé les lois delà nature qu'en faveur flu dieu qui la régit, comme s'il eût fallu «n vasle cerveau à celui dontrinlclligence embrasse d'un coup d'œil le plan de l'univers. Cette petitesse relative de la tête chez les athlètes vient de ce que, dans les individus doués de celle constitution , le développement excessif des organes des mouvements donne au corps, et surtout aux membres, un volume énorme , tandis que la tête , peu chargée de muscles , reste trés-pelile. Sœmmeringa reconnu que la tète des femmes était proportionnellement plus grande que celle des hommes , et leur cerveau plus pesant.

On a long-temps pensé qu'il existait un rapport nécessaire entre le volume de la masse cérébrale et l'énergie des facultés intellectuelles. On avait cru remarquer qu'en général les hommes dont le génie est capable des conceptions les plus hardies, et des combinaisons les plus vastes et les plus fécondes , avaient une tête volumineuse , supportée par un cou de peu de longueur. Les exceptions que cette règle a présentées sont si nombreuses, que plusieurs ont douté de sa réalité. Doit-elle donc être absolument rejetée? et ne lui accordera-t-on pas quelque fondement , si l'on fait attention que l'homme , seul raisonnable parmi tant d'êtres, dont quelques-uns ont avec lui une si grande ressemblance d'organisation et de structure, est aussi celui dont le cerveau proprement dit est le plus gros , proportionnellement au cervelet, à la moelle de l'épine, aux nerfs et aux autres parties du corps? Pourquoi n'en serait-il pas du cerveau comme de tous les autres organes , qui remplissent d'autant mieux leurs fondions, que leur développementest plus complet? On doit se rappeler, dans cette comparaison du cerveau et des forces intellectuelles que plusieurs causes peuvent donner à ce viscère une grosseur spécieuse; qu'ainsi, dans les sujets^ d'un tempérament lymphatique, la tardive ossiticalion des os du crâne fait que le cerveau, gorgé des sucs aqueux , acquiert un volumé considérable , sans contenir pour cela une plus grande proportion de substance vraiment médullaire. Aussi remarque-t-on que les hommes de ce tempérament sont le plus souvent ineptes aux travaux de l'esprit, et réussissent rarement dans ceux qui exigent l'activité jointe à la consistance (l).

CXLIIL Structure de la masse cérébrale. Ce que nous connaissons du cerveau ne sert qu'à nous prouver que nous en ignorons bien davantage : tout ce que nous en savons se réduit à des notions assez exactes sur sa conformation extérieure, sa couleur , sa densité , et sur l'arrangement des substances différentes qui entrent dans sa composition ; mais la connaissance de sa structure intime est encore un mystère qui ne nous sera pas de sitôt dévoilé. Le cerveau proprement dit est partagé par un sillon longitudinal en deux lobes d'un égal volume. Gunzius a cependant cru voir que le lobe ou 1 hémisphère droit est un peu plus volumineux que le gauche; mais lors même que ce fait

(1) y oyez pour rinlluence do l'organisation physique sur Ips (lisposilioiis morales et «ur les diflicullcs intellectuelles, l'article de» Tempéraments.

serait aussi certain qu'il est doutcnx, on no pourrail expliquer par-là la force prédominante du côté droit du corps, puisque les nerfs qui se distribuent à ce coté sont sous l'empire de l'hémisphère gauche du cerveau: fait prouvé par une multitude d'observations pathologiques , dans lesquelles on voit toujours la lésion d'un lobe cérébral entraîner la paralysie , la convulsion du toute autre affection symptomalique du côté opposé du corps, et que les anatoraisles ont tenté d'expliquer à l'aide de l'enlrecroisemenl des nerfs au-dessous des pyramides.

Pour mieux démêler la structure du cerveau qu'on ne l'a fait jusqu'ici , Gall en commence la dissection par sa partie inférieure. Examinant d'abord la partie antérieure du prolongement connu sous le nom de queue de la moelle alongée, il y trouve les deux éminences pyramidales. Si l'on écarte les deux bords de la ligne médiane , au-dessous du sillon qui sépare les deux pyramides , on voit manifestement l'entrecroisement de trois ou quatre cordons ou tresses nerveuses qui , formées de plusieurs filaments , se portent obliquement de droite à gauche, et vice versâ. Cet entrecroisement des fibres nerveuses, que l'on n'aperçoit nulle part ailleurs dans le cerveau , avait été vu par plusieurs anatomistes. On ne sait pourquoi il avait été oublié, et par quelle raison les plus exacts et lesplus modernes d'entre eux , M. Boyer, parexemple, disent que l'entrecroisement des nerfs ne peut être prouvé par l'anatomie. Ces cordons, suivisde bas en haut, s'élargissent , se renforcent , et , formant les éminences pyramidales , montent vers la protubérance annulaire. Arrivés à ce ganglion, les fibres y pénètrent et se prolongent dans un amas de substance pulpeuse ou grisâtre, de même nature que celle qui , sous le nom de substance corticale , recouvre les deux hémisphères du cerveau. Cette pulpe grisâtre, répandue en divers lieux , est considérée à tort par Gall , qui la nomme la matrice des nerfs , comme le fonds d'où toutes les fibres médullaires tirent leur origine. Ces fibres ascendantes s'entrecroisent avec d'autres plans de fibres transverses , qui , de chaque côté , procèdent des pédoncules du cervelet : grossies et multipliées , au moyen de leur passage à travers la substance grise qui se trouve dans la protubérance annulaire, elles en sortent par sa partie supérieure, rassemblées en deux faisceaux qui constituent la presque totalité des pédoncules du cerveau, ou bras de la moelle alongée , comme on les nommait jadis. L'intérieur de ces pédoncules renferme une certaine quantité de substance grise , matière alimentaire de lafibrenerveuse. Arrivés aux ventricules, ces pédoncules , ou mieux les deux faisceaux de fibres qui les forment , rencontrent de gros ganglions pleins de substance grise : on les a long-temps nommés couches optiques , quoiqu'ils ne donnent point naissance aux nerfs de la vue. Là , les fibres acquièrent un accroissement sensible ; elles passent des couches optiques dans de nouveaux ganglions : ce sont les corps striés ; elles stries que l'on aperçoit quand on coupe ces amas piriformes de substance grise , ne sont que les mêmes fibres qui, grossies , multipliées et rayonnantes , s'écartent à la manière d'un CYcntail , pour gagner les hémisphères du cerveau ,

ou, après avoir formé, en s'élargissanl. une subslance blanchâtre et fibreuse , elles vont se terrainerà l'extérieur du viscère formant ses circonvolutions , toutes recouvertes par la substance grise à laquelle vont ainsi se terminer les extrémités des fibres divergentes. De celle substance grise vienneni des fibres convergentes , qui delà périphérie se portent de lous côtés vers le centre du cerveau, où elles se réunissent pour former les diverses commissures , le corps calleux, et autres produclioDg visiblement destinées à faire communiquer les deux hémisphères.

L'extérieur du cerveau peut donc être considéré comme une vaste membrane nerveuse formée par la substance grise. Pour se faire une idée juste de son étendue, il faut savoir que les circonvolutioni cérébrales sont des espèces de duplicatures susceptibles de s'étendre par l'écartemcnl de deux lamei médullaires conliguës qui en forment la base. La surface extérieure du cerveau, au moyen de ce déplissement,offre alors quelque rapport avec la peau, vaste expansion nerveuse, partout couverte d'uoej sorte de substance pulpeuse, connue sous le nom de réseau muqueux- de Malpighi. Gall compare celle pulpe cutanée à la substance grisâtre qui revéd l'extérieur du cerveau ; el je suis forcé d'avouerj que tout le monde n'admettra point celte analogie Toujours esl-il, d'après Gall , que le cerveau esl principalement formé par un amas de ganglions qu'il ne produit point la moelle alongée ni celle l'épine; que l'on peut considérer cette dernièi comme une suite de ganglions unis entre eux ; qoi les nerfs vertébraux naissent de la pulpe grisa dont la moelle de l'épine esl remplie, comme on 1 voit mieux dans les animaux qui manquent de cer veau, el qui n'en ont pas moins une moelle épinièi ou une suite de ganglions d'où les nerfs émanenl Les ganglions , ou plutôt la substance grise qu'il: offrent toujours, produisent les fibres nerveuses el grossissent les cordons nerveux qui les Irav sent.

C'est là le seul usage que l'on puisse attribuer ces parties du système nerveux; car s'ils élaienld tinés à soustraire à l'empire delà volonté les parj lies qu'ils animent, ponrquoilesganglions des nei vertébraux ne rempliraient-ils pointcelle fonction Tous ces nerfs communiquent entre eux et se liei nenl par des anastomoses réciproques. Cescomm nications équivalent , chez l'homme, à une véri ble continuité. En effet, le cerveau inQue suri nerfs qui procèdent de la moelle épinière, co si celle-ci était unedeses productions, et que tout les fibres nerveuses répandues dans les divers oi ganes eussent une extrémité qui allât aboutir à viscère.

Tels sont les principaux résultats des travaux docteur Gall sur le cerveau el le système nerveu^ travaux importants , auxquels on doit rapport( l'origine des recherches et des découvertes qui i toutes parts se multiplient sur cette partie de l'o i ganisaliou. En montrant le premier que l'orgai i de la pensée esl une véritable surface plus q moins étendue, sur laquelle se dessinent en qutï que manière les actes de rintcUigcnce, ce médj cin a ouvert une carrière dans laquelle nous ei

DES SENSATIONS

ons à peine, et dont il est nécessairement permis ■ préjuger l'immensilc. Déjà l'on entrevoit que, inbiablcà l'éleclricilé, l'aclion nerveuse s'exerco r les surfaces sans pénétrer la masse des corps; l'aussi diverse que les appareils nerveux dans les llérenles espèces, elle doit produire des résultais issi variés que l'est elle-même l'organlsalion d'un slème de parties où des observateurs superficiels lit vu long-temps qu'une masse pulpeuse ou oilullaire semblable par l'organisation, et tout au lis différente par le volume. " Étudié avec plus de soin, et surtout soumis à s méthodes d'investigation plus judicieuses, l'en- 'hale de l'homme, des mammifères, des oiseaux, ^ reptiles et des poissons, s'est montré aux ana- .iiistes de nos jours composé de parliesanalogues, ais inégales dans leur volume, dans leurs proporjns respectives, et dans les diverses conditions de iir développement; en outre, certaines de ces irties manquent aux animaux des classes inférieus. C'est ainsi que les corps striés, le corps calux elle pont de Varole appartiennent exclusiveenl à l'encéphale des mammifères, et ne sont, lez aucun, plus développés que chez l'homme. Le ■lit pied d'hippocampe n'existe dans aucune famille s mammifères ; l'homme en est quelquefois déourvu. Dans les poissons, les reptiles et les oiseaux, s lobes cérébraux sont solides et sans ventricules; s tubercules quadrijumeaux sont creux au conaire ; mais le ventricule dont ils sont creusés est ien loin d'offrir l'ampleur que présentent ces surices dans le crâne des mammifères et de l'homme , ii'elles distinguent exclusivement. Cette courte inication de quelques-uns des faits les plus imporuits de l'anatomie comparée du cerveau, étudiée iins les quatre classes des animaux vertébrés , t tirée du bel ouvrage que vient de publier I. Serres (1), traité fondamental dont nous ne saulons trop vivement recommander la lecture. Sans retendre y suppléer, continuons à en extraire les ésullals les plus importants.

Examiné seulement dans les quatre classes d'ani- )aux vertébrés (poissons, reptiles, oiseaux et mamlifères), le cerveau est aussi différent de lui-même lie le senties habitudes, les mœurs, l'inslinct et intelligence de ces diverses sortes d'animaux, La lasse encéphalique des êtres qui vivent dans l'air mammifères, oiseaux elrepliles), est par cela même ilTérenle de celle qui remplitle crâne des poissons, iiimaux vivant dans un milieu différent de celui |uc respirent les animaux des classes supérieures. Vussi , à la vue de celle suite de tubercules ou gaulions qui le composent , les anatomistes , habilués descendre de l'homme aux espèces inférieures, se rouvent arrêtés dans leur étude, et fort embarassés pour établir quelque comparaison. Les lobes )[)tiques sont la partie principale, l'élément domila leur du cerveau ; tandis que chez les reptiles leur rédominancc diminue, les hémisphères cérébraux développant beaucoup , cl le cervelet restant resque nul. Chez les oiseaux , le cervelet devient a partie dominante ; enfm, chez les mammifères ,

(1) Aiifilomic coviparcc du cerveau, nln, Paris 1824, ■i Toi. iii-8°, avec un allas de planche» gravûes.

les hémisphères cérébraux acquièrent à leur tour la supériorité, les tubercules quadrijumeaux étant réduits à leur minimum d'existence.

En remontant dans l'échelle animale des poissons aux singes, on voiU'encépbale se compliquer graduellement; il en est de même si l'on remonle.pour les mammifères adultes, à la formation embryonaire : on voit alors l'encéphale , simple d'abord , imiter celui des poissons , puis revêtir les formes du reptile, s'élever par degrés à la condition de l'oiseau, et arriver enfln à cet ensemble et à celle proportion de parties qui caractérisent l'encéphale des mammifères. Dans ce développement gradué et successif, on voit toujours l'organisation s'effectuer de la circonférence au centre , c'est-à-dire les parties excentriques ou latérales paraître les premières , les nerfs naître dans les organes auxquels on suppose ordinairement qu'ils vont se rendre, se terminer enfin en s'insérant sur l'axe cérébro-spinal , les parties de celui-ci s'assembler par une véritable conjugaison en vertu de laquelle le côlé droit et le côté gauche s'unissent enûn et adhèrent , tantôt par une simple union , et d'autres fois par des commissures.

CXLIV. Circulation cérébrale. Nous avons dit que le sang , dans son cours circulaire , ne parcourait point les différentes parties du corps avec une vitesse uniforme ; qu'il existait des circulations partielles au milieu de la circulation générale. Dans aucun organe, les lois auxquelles celle fonction est assujettie ne setrouventraodiGées d'une manière plus remarquable que dans la masse cérébrale. 11 en est peu qui, relativement à son volume, reçoivent des vaisseaux artériels plus gros et plus nombreux que ceux qui se rendent au cerveau. Les artères carotides internes et vertébrales, comme on peut s'en assurer par les calculs de Haller, y portent une grande partie de la masse totale du sang qui coule dans l'aorte (environ du tiers à la moitié ).

Ce sang, qui se porte au cerveau , disait Boerhaave , est plus aéré que celui qui se distribue aux autres parties. Celte observation est dépourvue de tout fondement ; car le sang que les contractions du ventricule gauche poussent dans les vaisseaux qui s'élèvent de la crosse de Taorte ne subit point dans l'endroit de celte courbure un départ mécanique qui porte vers la tète ses parties les plus légères; mais une si grande quantité de sang arrivant au cerveau avec loule la force que lui a imprimée l'action du cœur, eût inévilablement dérange la structure molle et délicate du premier de ces viscères, si la nature n'avait multiplié ses précautions pour affaiblir celle force impulsive.

Le liquide, obligé de remonter contre sa propre pesanteur, consume par-là même une parlie de son mouvement. La colonne verticale va heurter la courbure anguleuse que décrit la carotide interne, en parcourant le canal osseux de la portion pierreuse du temporal; et comme celle courbure, soutenue parles parties dures, ne peut être redressée, la colonne du sang est brisée avec énergie, et détournéo de sa direction primilivc avec une perle considérable de vitesse.

L'artère plongée dans le sang du sinus caverneux, à sa sortie du canal carotidien , est très dilatable ; enfin, les branches en lesquelles elle se partage, lors-

qu'elle est arrivée à la base du cerveau , ont des parois très-iniiiccs , et si faibles qu'elles s'alTaissenl, lorsqu'elles sont vides , comme celle des conduits veineux. Celle faiblesse dos arlùres cérébrales explique leurs fréquentes ruptures, lorsque le cœur y pousse le sang avec trop de \iolence ; et c'est ainsi que s'etïecluenl la plupart des apoplexies sanguines, dont plusieurs néanmoins arrivent sans déchirement , et par la simple Iranssudation du sang à travers les parois des artères. Ces vaisseaux, ainsi que les branches qui résultent de leurs divisions, sont logés dans les enfoncements donlla base du cerveau se trouve sillonnée , et ne pénètrent sa substance ((uc réduits à un état de ténuité extrême par les divisions ultérieures qu'ils éprouvent danslc tissu de la pie-mère.

Malgré la proximité du cœur et du cerveau, le sang arrive doncdans cedcrnier organe parun mouvemeul très-ralenti : il en revient, au contraire, par un mouvement progressivement accéléré. La position (les veines à la partie supérieure du cerveau , entre sa surface convexe et la voûte du crâne, fait que ces vaisseaux, doucement comprimés dans les mouvemens alternatifs d'abaissement et d'élévation de la masse cérébrale , se dégorgent avec facilité dans les réservoirs membraneux de la dure-mère, connus gous le nom de sinus. Ceux-ci , communiquant tous ensemble, présentent au liquide un réceptacle assez vaste, d'où il passe dans la grande veine jugulaire, chargée de le reporter dans le torrent de la circulation. Non-seulement celte veine présente un calibre considérable , mais encore ses parois peu épaisses sont très-extensibles, et sa dilatabilité est si grande, qu'elle acquiert par l'injection un calibre supérieur à celui des veines-caves. L'écoulement du sang est favorisé par sa propre pesanteur, qui rend sa rétrogradation très-difficile (1). Ainsi , pour résumer tout ce qui est relatif au mode particulier de la circulation cérébrale , le cerveau reçoit une très-grande quantité de sang; ce liquide rencontre en son chemin beaucoup d'obstacles qui ralentissent son cours en brisant sa force impulsive; tout, au contraire , favorise sou retour et prévient l'engorgement veineux (2). Observons , en terminant cet article sur la circulation cérébrale, que celle de l'œil y est intimement liée , puisque l'artère ophthalmique est fournie parla carotide interne, et que la veine du même nom se dégorge dans les sinus caverneux de la dure-mère. Aussi la rougeur de la conjonctive , la saillie, le brillant , l'élat humide des yeux , indiquent-ils une détermination plus vive et plus abondante du sang vers le cerveau. Les yeux sont ainsi animés aux approches d'une attaque d'apoplexie , dans le transport d'une fièvre ardente ,

{]) Les Talvides, «lont l'inlérieiir de la jugulaire est entièrement dépourvu, ne s'opposent cependant pas à co reflux ; mais il suffit, pour le prévenir, et de la direction dans laquelle le sang y coule , et de la grande extensibilité de SCS parois. Ce grand calibre que la \einccsl susceptible d'acquérir eût rendu inutiles les replis valvulaires, qui n'eussent pu suffire à boucher le canal , lorsque ses dimensions sont prodigieusement augmentées.

''(2) 'tés nnaslonioses Iransvcrses des artères placées a la base du cerveau sont bien pro|)rcs à distribuer le sang en égale quantité dans loulci» les parties de ce viscère.

pendant le délire , symptôme dangereux des fièvres malignes ou ataxiques. De cette liaison entre les vaisseaux de l'œil et ceux du cerveau dépend la lividité de la conjonctive, dont les veines injectées d'un sang noir indiquent la plénitude decellei du cerveau , dans le plus grand nombre des asphyxies.

CXLV. Mouvements du cerveau. Les mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement que présente le cerveau mis à découvert sont-ils exclusivement isochrones aux battements du cœur et des artères? ou bien ces mouvements correspondent-ils en même temps à ceux de la respiration? Tel est le problème physiologique dont la solution va nous occuper.

Les auteurs qui ont reconnu l'existence des mouvements de la dure-mère n'ont point été d'accord sur la cause qui les i)roduit. Les uns ont cru y apercevoir des libres motrices , et ont fait dépendre ces mouvements de leur action (Willis, Baglivi); les autres les ont attribués aux battements des artères qui s'y distribuent fFalIopc , Bauhin) : mai» la dure-mère ne jouit d'aucune force contractile; son adhérence intime à l'intérieur du crâne s'opposerait d'ailleurs à l'exercice de cette propriété. Cette membrane n'emprunte point de ses vaisseaux les mouvements dont elle paraît agitée ; car, comme l'observe Lorry, les artères de l'estomac, des intestins, de la vessie, n'en impriment aucun aux parois de ces viscères creux, et cependant elles égalent au moins en nombre et en grosseur les artères méningées.

Les mouvements dont jouit la dure-mère loi viennent de la masse cérébrale que cette membrane recouvre; et cette opinion de Galien , adoptée par le plus grand nombre des aiiatomistes, a été mise hors de doute par les expériences de Schlitting, Lamure, Haller et Vicq-d'Azir. Tous ont vu que, la dure-mère étant enlevée, le cerveau n'en offrait pas moins des mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement; tous, à l'exception de Schlitting, ont même reconnu que le cerveau, absolument passif, tenait de ses vaisseaux les mouvements auX"quels participe la dure-mère; mais lui sont-ils com» muniqués par vies artères ou par les veines cérébrales, et les sinus auxquels elles vont aboutir? ou , en d'autres termes , sont-ils isochrones aux battements du pouls, ou bien au resserrement et à la dilatation successifs de la poitrine pendant la rcs-> piralion?

Galien , dans son livre sur l'usage de celte fonction , dit que l'air admis dans l'organe pulmonaire gonQe le diaphragme, et se porte dans le crâne ^ par le canal vertébral , etc. Selon lui , le cerveau s'élève pendant le gonflement du thorax ; il s'abaisse , au contraire, lorsque les parois de cette ca- 1 vité se rapprochent de son axe. Schlitting, dans un mémoire présenté à l'Académie des Sciences vers le milieu du siècle dernier, établit l'existence de ces mouvements, mais dans un autre rapport, l'élévation correspondant à l'expiration, l'abaissement à l'inspiration. Croyant avoir constaté le fait qu'il annonce, par un assez grand nombre d expériences, il ne hasarde aucune explication, et termine ses recherches en demandant si c'est lair

DES SENSATIONS

i le sang qui , portés vers lo ceryeau , en déteri lient les raouvenaenls.

Haller cl Lamiire s'empressèrent de donner la lulion du problème. Tous deux firent un grand iinbre d'expériences sur les animaux vivants , reiiinurent la vérilc du lait annoncé par Schlilting , l'expliquèrent de la manière suivante. Comme dernier anatomiste, Lamure admit un espace ie entre la dure-mère et la pie-mère, à la faveur ujuel les mouvements du cerveau pouvaient lou- Mis s'exécuter. L'existencede ce \ide est démentie ir la simple observation de la contiguité des memnnes entre lesquelles on le suppose, î'endant l'expiration, dit ensuite Lamure, les irois de la poitrine reviennen.l sur elles-mêmes diminuent l'étendue de cette cavité. Les poui ns, pressés de toutes parts, s'affaissent; les courues de leurs vaisseaux augmentent, et le sang ■i traverse avec difdculté. Le cœur et les gros iîiseaux se trouvant aussi comprimés, le sang l'apporte dans l'oreillelte droite la veine-cave surieure ne peut être librement versé dans celte vité, qui elle-même se vide difûcilement dans le ntricule droit , dont le sang ne peut traverser le su pulmonaire. D'un autre côté, les poumons imprimant la veine-cave, il en résulte un véritable Ibulcment de celui qu'elle rapportait au cœur : poussé dans les jugulaires et les vertébrales, il >nQe ces vaisseaux , les sinus de la dure-mère qui . déchargent , et les veines du cerveau qui \ientit aboutir à ces sinus. Leur distension explique '■oulèvcmcnt de la masse cérébrale, élévation iilôl suivie par l'abaissement , lorsque, l'inspirain succédant à l'expiration, et les poumons venant -e dilater, le sang qui remplit les cavités droites cœur peut traverser librement leur substance, faire place à celui que la veine-cave rapporte des rlics supérieures.

llallcr regarda ce reflux comme très-difficile, lo iig étant obligé de lutter contre sa propre pcsaniir, et n'admit l'explicaliôn de Lamure que pour s grands efforts cl la respiration , tels que la toux, rire, l'étemùmenl , etc. Il établit que, dans (at ordinaire, on ne voyait, durant l'expiration , l'une simple stagnation du sang dans les vaislux qui le rapportent de l'intérieur du crâne, près le témoignage d'un grand nombre d'auiirs, il admet encore dans le cerveau un autre (Ire de mouvements dépendant des battements de s artères; en sorte que, selon Haller, la masse icbrale est sans cesse agitée de mouvemcnls dont s uns dépendent de la respiration , tandis que les Ires en sont entièrement indépendants.

Knfin, suivant Vicq-d'Azyr , le cerveau , rais à ■'Ouvert, présente un double mouvement, ou .Ilôt deux espèces de mouvements qui tous deux 1 sont étrangers : l'un lui est imprimé par ses ii«rcs , et c'est le moins considérable ; l'autre lui riit des mouvements alternatifs de la respiration. (.XLVL Celle opposition entre des auteurs .iemcntrecommaudablcs, dont les théories se ilagentauj(.uid'liui l'adoption universelle , m'a uagc a repeter les expériences que chacun d'eux •oque a son appui , et à soumettre le fait encore 'lieux a de nouvelles recherches. Cet examen

n'a pas lardé à me convaincre que ces auteurs avaient plptôl exprimé leur sentiments que le fait lui-môme. Ces expériences m'ont appris que le cerveau étailagilé de mouveraenis de deux espèces différentes ; que dans l'un il se déplaçait en totalité , éprouvait une véritable locomotion; que dans l'aulre il était le siège d'un gonflement, d'une turgescence générale plutôt que d'un déplacement réel. Sous le premier rapport, lesmouvemenlsalternatifsd'élévalion ou d'abaissement qu'offre le cerveau sont isochrones à la systole et à la diastole des artères placées à sa base : l'élévation correspond à la dilatation , l'abaissement au resserrement de ces vaisseaux ; la respiration, qui produit les mouvements de la seconde espèce, n'est pour rien dans ce phénomène : car pendant la stagnation ou le refoulement du sang dans les veines jugulaires, la disposition des conduits veineux de l'intérieur du crâne est telle que celle stagnation ou ce refoulement ne pourrait produire ces premiers mouvements alternatifs de la masse cérébrale.

Les artères du cerveau lui sont fournies parles carotides internes et les vertébrales; entrées dans la cavité qu'il occupe, les premières parles canaux carotidiens, les secondes par le grand trou occipital. Il serait inutile de décrire leurs nombreuses divisions, leurs fréquentes anastomoses, le cercle ou plutôt le polygone arlériel qui résulte de ces anastomoses , et au moyen duquel les carotides et les vertébrales communiquent ensemble sur les côlés de la selle turcique. Haller en a donné un dessin très-correct et une excellente description ( I ). L'histoire de la carotide interne, publiée par cet anatomiste, est, selon Vicq-d'Azyr, un chef-d'œuvre d'érudition et d'exactitude; on pourrait donner les mêmes éloges à ce dernier, qui en a fait graver une superbe figure (2). Nous observerons seulement que les principaux troncs artériels qui se portent au cerveau sont placés à la base de ce viscère ; que les branches en lesquelles ces troncs se partagent, et les rameaux que ces branches fournissent, sont aussi logés à sa base dans les nombreux enfoncements dont elle est sillonnée, et qu'enfin les artères du cerveau ne pénètrent sa substance qu'après avoir subi dans le tissu de la pie-mère qui en paraît uniquement composée, des divisions extrêmement multipliées.

Les vaisseaux qui rapportent la portion du sang qui n'a point été employée à sa nourriture et à son accroissement, sont, au contraire , placés vers sa partie supérieure, entre sa surface convexe et la voûte du crâne. Là , chaque anfractuosilé est parcourue par une grosse veine qui va se rendre au sinus longitudinal supérieur. Les veines de Galien, qui , de l'intérieur des ventricules, rapportent au sinus droit le sang distribué aux plexus choroïdes ; quelques veinules qui se dégorgent dans les sinus caverncuxcl communicants; quelques autres aussi très-petites qui , passant par les trous dont sont percées les grandes ailes du sphéno'idc, vont concourir à la formation du plexus veineux de la fosse

(1) Fasciciili annloniici. F. 7, lab. l .

(2) rianclies analoinicpics : Cerveau lie riiommc, Iroisiùnie cahier.

zygomaliqiic , forment seules oxccplloii à celle règle go'nérale.

Ceci posé sur la disposition des vaisseaux artériels et veineux qui se distribuent au cerveau , examinons quels doivent être les effets de leur action sur les mouvements de ce viscère.

1" Relativement à ceux de la première espèce , les conlraclions du cœur chassent le sang dans les tubes artériels, qui éprouvent, surtout aux endroits de leurs courbures , un déplacement marqué , en mémo temps qu'ils se dilatent. Toutes les artères placées à la base du cerveau éprouvent ces deux effets à la fois. Leurs efforts réunis lui impriment un mouvement d'élévation auquel l'abaissement succède, quand, revenant sur elles-mêmes , elles réagissent sur le sang qui les remplit.

On conçoit que le cerveau, mou et peu consistant, cède à la légère pression qu'exercent sur lui ses vaisseaux artériels. Cette action continuelle du cœur sur le cerveau n'explique-t-elle pas d'une manière salisfaisanle la sympathie remarquable entre ces deux organes, liés par de si étroits rapports? elle a en outre une utilité bien évidente, et relative au retour du sang distribué à la masse cérébrale et à ses enveloppes. Les veines qui le rapportent, alternativement comprimées contre la voûte du crâne, se dégorgent avec plus de facilité dans les sinus de la dure-mère, auxquels elles se rendent par un angle rétrograde et défavorable au cours du sang qu'elles y versent.

2" Relativement aux mouvements de la seconde espèce , lorsqu'une cause quelconque empêche le libre passage du sang à travers la poitrine, le fluide stagne dans les cavités droites du cœur; la veinecave supérieure, les jugulaires internes, et par suite les sinus de la dure-mère et les veines du cerveau qui y aboutissent , sont graduellement distendus ; et si cette dilatation est portée à un certain degré, la masse encéphalique tout entière éprouve une turgescence qui transmet son action aux membranes qui l'enveloppent, et tend à les soulever au travers d'une ouverture accidentelle pratiquée aux parois du crâne. Si cette dilatation, d'abord légère, était portée au-delà de l'extensibilité de ces vaisseaux , leur rupture donnerait lieu à des épanchements mortels. C'est ainsi que quelques auteurs ont expliqué l'apoplexie sanguine,

CXLVII. Il ne suffit pas de prouver, par des raisons tirées de la disposition des parties, que les premiers mouvements du cerveau lui sont communiques par l'ensemble des artères placées à sa base; il faut encore établir ce fait sur l'observation, et le rendre incontestable par des expériences positives. Yoici celles que j'ai tentées pour arriver à ce but.

A. J'ai d'abord répété l'observation de quelques auteurs, et reconnu, comme eux, (jne les pulsations senties en plaçant le doigt sur les fontanelles du crâne des eni'ants nouveau-nés, correspondent parfaitement aux battements du cœur et des artères.

B. Un malade trépané pour nne fracture avec cpanchement sur la diirc-nière , m'a offert le cerveau s'clcyanl et s'abaissanl alternativement. L'élé-

vation correspondait à la diastole; l'abaissement à la systole des artères.

C. Deux chiens trépanés ont présenté le même phénomène dans le même rapport avec la dilatation et le resserrement de ces vaisseaux.

D. J'ai enlevé avec précaution la voûte du crâue sur le cadavre d':in adulte. La dure-mère, dégagée de ses adhérences avec les os qu'elle tapisse, fut conservée parfaitement intacte. Je mis ensuite à découvert les carotides primitives, et j'injectai de l'eau dans les conduits. A chaque coup de piston, le cerveau offrait un mouvement d'élévation bien sensible , surtout lorsque l'injection était poussée en même temps par les deux carotides.

E. J'ai injecté les veines jugulaires internes; la masse cérébrale est d'abord restée immobile : seulement les veines du cerveau , les sinus de la duremère, se sont dilatés. L'injection ayant été soutenue pendant quelque temps, il en est résulté un léger gonflement du cerveau ; poussée avec plus de force^' quelques veines se sont rompues, et la liqueur s'est écoulée. La même injection ayant été faite avec de l'eau fortement rougie, la surface du cerveau s'est colorée d'un rouge intense. Pour biea apercevoir cet effet, on doit, après avoir enlevé la voûte du crâne, inciser de chaque côté la duremère au niveau de la coupe circulaire de la botte osseuse, puis relever les lambeaux vers le sinng|lT( longitudinal supérieur. ( 1

F. Les veines jugulaires internes étant ouvcrtesU' l pendant l'injection des artères carotides primilives,j»J chaque coup de piston fait jaillir le sang veineuxjx avec la plus grande force ; preuve bien évidente di l'influence qu'exercent les mouvements du cerveai sur le cours du sang dans ses veines et dans les si nus de la dure-mère. Cette expérience a déjà é faite par d'autres anatomistes, et entre autres pai Ruisch, dans la vue de prouver la coramunicatioi directe entre les artères et les veines. Celle com municalion , aujourd'hui généralement admise,» démontre par d'autres faits. On sent que celui-ci n'est rien moins que concluant.

G. Sur un chien trépané , j'ai lié successivemeni les deux carotides. Les mouvements isochrones ceux du pouls du cerveau ont diminué, mais n'en pas cessé entièrement. Les anastomoses des>erté braies avec les branches des carotides rendent raij son de ce phénomène.

II. J'ai pris un lapin, animal doux, facile à con tenir , et très-propre aux expériences difficiles après avoir mis le cerveau à découvert, et rcconm que ses mouvements étaient bien évidemment iso chrones aux batlements du cœur, j'ai lié le Ironi do l'aorte ascendante : au moment où le sang cessé de se porler vers la Icle, le cerveau a ce: tout-à-coup de se mouvoir, et l'animal a perdu li vie.

I. La ligature des veines jugulaires internes n point entraîné la perte des mouvements du cer veau; mais ses veines se sont dilatées, et sa sur face, mise à découvert par l'ablalion d'un lambeau de la dure-mère , a paiu sensiblement plus roiigt que dans l'clal naliiiol. Lechicn s'est assouiii, cl ■ CAj»iré au milieu des mouvements convulsils.

L'ouverture de ces veines n'a point empêché le

DES SENSATIONS

juveraents de continuer; ils ne s'affaiblirent que s(]uerauimal futdébililô par la perle de son sang, iv. L'ouverlure du sinus longitudinal supérieur, seule qu'il soit facile d'effectuer, n'affaiblit point ; luouveuaenls du cerveau. On observe que lo ag en sort plus ^ibondamnient durant l'élévation. L. La compression du thorax sur des cadavres mains ne produit qu'un reflux peu marqué dans i veines jugulaires, surtout si, pendant cette comession, le tronc est tenu soulevé. Le reflux est us apparent lorsque le cadavre est couché sur un an horizontal.

Ou pourrait varier ces expériences et les mullilier davantage ; pousser, par exemple, l'injection en tme temps par les artères vertébrales et les caro- «es internes : mais celles dont je viens de rendre mple suffisent à l'objet que je me suis proposé, >Depuis l'époque de la première publication de l travail, dans le Recueil des Mémoires de la So- Ué médicale (1), j'ai eu plusieurs occasions de rét'ier les observations et les expériences qui servent ' I fondement à la théorie qui s'y trouve exposée, irmi ces faits confirmalifs, il en est un qui me pa-

;i digne d'être rapporté ; il suffirait seul, s'il était >ssible d'établir une théorie sur l'observation d'un ;j1 phénomène. Une femme, âgée d'environ cinlante ans, avait au crâne une carie énorme : le iiriélal gauche était détruit dans la plus grande irlie de son étendue, et laissait à découvert une •rlion assez considérable de la dure-mère. Rieu

ilait plus facile que de constater une parfaite

rrespondauce entre les mouvements du cerveau

es battements du pouls.

' a malade qui fait le sujet de l'observation présidente est morte un mois environ après mon ene à l'hôpital Saint-Louis, où elle était depuis g-temps. A l ouverture du cadavre, on a trouvé I lobe gauche du cerveau malade, ramolli, et lubé dans une sorte de foute putride; l'ichor, qu'il rirnissait abondamment, s'écoulait au dehors par e ouverture Osluleuse qu'offrait la dure-mère, ■ut le tissu s'était un peu épaissi.

CXLYIIL Le peu de consistance du cerveau, que irry regarde comme favorable à la communica- D du mouvement que lui impriment ses artères, 8 semble contraire à celte transmission. En effet, ' vaisseaux dilatés, ne pouvant déi)rimer la base crâne sur laquelle ils reposent, exercent leur rl contre la niasse cérébrale, et la soulèvent lulant plus facilement ( la voûte du crâne étant levée ) qu'elle offre une certaine résistance. Si le rveau était trop mou , l'artère s'enfoncerait dans ubstance, et ne pourrait en mouvoir la totalité, r se convaincre de celte vérité, il suffit de faire ntion à ce qui arrive lorsque la partie postéare du genou repose sur un oreiller, ou sur un re corps de cette espèce -.alors les mouvements îTarlcrc popliiée imprime au membre sonllrès- I sensibles; ils deviennent au contraire très-ap- •enls, lorsque le jarret appuie sur un plan qui re une certaine résistant e : le genou ducôlé po- .é, par exemple. Alors l artcre, qui ne peut lo

) Mémoire» ,1c la .Sociélcmc,Ii,,.alc de Paris, an VU J), iroisieir.e année, pg. 1<)7 ci «uiv.

déprimer, emploie toute son action à soulever l'extrémité inférieure: ce qu'elle fait d'autant plus aisément qu'elle agit contre une partie osseuse, résistante et dure. Celle expérience infirme complètement l'opinion de Lorry. On n'objectera point le défaut d'analogie ; on ne dira pas que le cerveau est d'un poids plus considérable que l'extrémité inférieure, ni que la somme réunie des calibres des artères carotides internes et vertébrales ne l'emporte pas sur celui de l'artère popliiée.

Cette tendance continuelle qu'a le cerveau pour s'élever produit , à la longue, sur les os du crâne qui s'opposent à ce mouvement, des effets très-marqués. Ainsi, la surface intérieure de ces os, presque lisse dans les premiers temps de la vie, se creuse d'enfoncements d'aulant plus profonds que l'on est plus avancé en âge. Les impressions digitales et les éminences mamillaires, correspondantes aux circonvolutions et aux anfractuosités du cerveau, sont en partie le produit de son action sur les parois de la cavité qui le renferme. Quelquefois il arrive que, dans un âge très-avancé, les os du crâne se trouvent tellement amincis par cette sorte d'usure intérieure, que les pulsations du cerveau deviennent sensibles à travers le cuir chevelu.

Nul doute que la même cause n'accélère la destruction du crâne par les tumeurs fongueuses do la dure-mère. L'effort expansif de la tumeur qui se développe s'y joint encore , et rend l'usure des os plus rapide. Au bout dequelquesmois, la tumeur se prononce au dehors, et présente alors des pulsations bien évidemment isochrones aux battements du pouls, comme l'observe Louis dans un Mémoire inséré parmi ceux de l'Académie de chirurgie.

La disposition des veines du cerveau et des sinus de la dure-mère s'opposait à l'action qui leur a été attribuée de concourir à la production des mouvements de totalité du cerveau. L'expérience ( i?. L.) prouve que la stagnation du sang, ou même le refoulement de ce liquide , ne pourrait produire que la distension plus ou moins grande des sinus de la dure-mère , des veines qui viennent y aboutir, et une légère turgescence de la masse cérébrale, si la cause qui produit la stase du sang ou son reflux prolongeait son action , et que l'intégrité du crâne fût détruite.

Enfin , si ces mouvements alternatifs du cerveau correspondaient à ceux de la respiration , ils devraient être , aux battements du pouls, dans le rapport ordinaire de 1 à 5. Il est au contraire facile de s'assurer que ces mouvements sont dans un rapport inverse, et parfaitement isochrones aux ballcments du cœur et des artères.

Les résultats des expériences dont j'ai rendu compte dans cet article, comparés à ceux qu'ont obtenus des auteurs justement célèbres , présentaient des différences trop frappantes pour que je n'aie pas essayé de remonter à leur cause. Pour cela, j'ai cru devoir en examiner scrupuleusement toutes les circonslances.

L'ouvrage de Lamure renferme des erreurs analomiques qui inspirent de justes défiances sur son exactitude, llaller n'a point fait lui-même les expériences dont il parle en traitant de l'inilucnce delà respiration sur la circulation du sang veineux. Cet

ÉLÉMENTS DE PHYSIOIOGIE.

arlicio est lirô d'une Ihcso soiilemie à Gollingue parl'uii do sesdisciples. Enfin.Vicq-d'Azyr n'a lenlô aucune expérience confirmalive , et semble n'avoir eu en vue que de concilier tontes les opinions.

Aucun de ces anatomisles n'a distingué les mouvements d'élévalion imprimés à la masse cérébrale par l'influence de ses artères, du gonflement des sinus de la dure-mère, des veines qui s'y rendent, cl de la tuméfaction du cerveau, qui peut résulter de l'influence de la respiration. Celle méprise aura elé d'autant plus facile que les animaux tourmentés par le couteau de l'analomisle ont une respiration inégale, convulsive, et dont les temps se succèdent à des intervalles moinslongs que dans l'état naturel. Schlilting, le premier auleur de ces expériences, paraît surtout avoir confondu le mouvement d'élévalion, le véritable déplacement qu'éprouve le cerveau, avec la turgescence de ce viscère. Dans chaque expiration , dit-il, j'ai vu le cerveau s'élever, c'est-à dire se tuméfier, et, à chaque inspiration, je l'ai vu s'abaisser, c'est-à-dire se détuméfler. « Toties animadverti perspicuè... » in omni exspiratione cerebrum universum ascen- » dere , id est intumescere ; alque in quâvis in- » spiratione illud descendere , id est detumescere. »

L'on peut donc regarder comme une vérité rigoureusement démontrée par l'observation, l'expérience et le raisonnement , la proposition suivante : Les mouvements de locomotion que présente le cerveau mis à découvert lui sont exclusivement communiqués par les pulsations des artères placées à sa base, et sont parfaitement isochrones aux battements de ces vaisseaux : en outre , le reflux et la stagnation du sang veineux gonflent sa substance, et produisent une turgescence qui correspond aux efforts expiratoires.

CXLIX. Action des nerfs et du cerveau. C'est sans doute, comme l'a dit Vicq-d'Azyr, par un mouvement , quel qu'il soit, que les nerfs agissent. En parlant de cette idée simple, on peut distinguer plusieurs sortes de mouvements nerveux ; l'un qui se porte de la circonférence au centre : c'est le mouvement de sensation que nous allons plus i>articulièrement étudier dans ce paragraphe; l'autre do centre à la circonférence, et ce mouvement , produit par Ja volonté , détermine l'action des organes musculaires, etc.

Par quel moyen les impressions produites sur les sens parles corps qui nous environnent, sont-elles transmises le long des nerfs jusqu'à l'organe encéphalique? Est-ce par l'intermède d'un fluide subtil, ou bien les nerfs peuvent-ils, ainsi qne l'ont enseigné plusieurs physiologistes , être regardés comme des cordes vibrantes? Celte dernière hypothèse est tellement absurde qu'on a lieu de s'étonner de la longue faveur dont elle a joui. Pour qu'une corde oscille ou exécute des vibrations , elle doil être tendue dans toute sa longueur, isolée cl assujettie par ses deux bouts. Les nerfs ne sonl point tendus ; leurs exlrémilrs, nullement affermies, s'approchent et s'éloignent suivant la |)osilion différente , la tension , le gonllemcnt , lu réplétion ou l'affaissement des parties, et varient conlinuellemcnt de dislance. D'ailleurs, les cordons nerveux , placés oiilrc deux pulpes, celle de leur origine et celle de leur termi-

naison , ne peuvent êlro tendus entre ces dent points. La fibre nerveuse est la plus molle, la moins élastique de toutes les fibres animales. Quand on coupe un nerf, ses deux bouts, bien loin de s'écarter en se rétractant , s'alongent au contraire et se dépassent mutuellement; le point de section présente plusieurs petits boutons médullaires, formés par la substance nerveuse et blanche qui s'écoule de ces canaliculcs membraneux. Environnés de parties auxquelles ils sont unis d'une manière plus oo moins intime, les nerfs ne pourraient d'aillcars exécuter des vibrations; enfin, en admellanl leur possibilité, la vibration d'un seul filet devrait entraîner celle de tous les autres, et porter le trouble, la confusion et le désordre dans les mouvements et dans les sensations.

Il est bien plus raisonnable de croire que les nerfs agissent au moyen d'un Quidesublil , invisible impalpable, auquel les anciens donnèrent le nom d'esprits animaux. La découverte d'un canal cen Irai dans les filetsnerveux par Bogros , a paru prop à confirmer celte hypothèse. Ce lluide , inconn dans sa nature , appréciable seuleraentparses effet doilèlre, s'il existe, d'une ténuité extrême, puisqu échappe à tous nos moyens de recherche. Vienl-ill entièrement du cerveau? ou bien esl-il également! sécrété par les enveloppes membraneuses de chaqne filament nerveux? (Ncurilèmes, Reil.)L'oa ne pourrait, à vrai dire , apporter d'autres preuves cm faveur de l'existence d'un fluide nerveux, que lai facilité avec laquelle on explique par son nioyenf les divers phénomènes du sentiment, et le besoin que l'on en a pour expliquer ces phénomènes. Cei preuves pourraient bien ne pas satisfaire complètemenl les esprits sévères, qui ne regardent pa comme prouvées les choses seulement probables

Parmi les principes constituants de l'atmosphè sont quelques fluides généralement répandus, tel que celui de l'éleclricilé. Depuis que l'analogie d galvanisme avec l'électricité , d'abord présume par l'auteur de celle découverte, a été confirmée pa les expériences si curieuses de Vol ta, répétées expliquées par tous les physiciens de l'Europe (1 Beaucoup de physiologistes ont pensé que c'élai par des courants électriques que les nerfs transmetj talent leur action. Nous discuterons cette lhcori| en parlant du galvanisme.

L'action du fluide nerveux se passe derexlrcmilj des nerfs vers le cerveau . pour la production dej phénomènes du scnlimenl , puisque la ligature dej nerfs éteint la sensibilité des parties placées au-dei , sous de celle ligature, tandis que, comme nonW le verrons en sou lieu, celte action se propage dj| cerveau vers les extrémités nerveuses, et du ccnlrfl à la circonférence , pour produire les mouvcmeni 1 de toute espèce. Ce donblc courant en sens conlraii J ne s'effectue point le long des mêmes nerfs.

La différence d'action des nerfs est attribuée pî quelques physiologistes à la différence des parti*

(1) Jusqu'ici le galvanisme n'a point réalisé les esp rances que les pliysiolo^islcs on avaient conçues. l.a c < une en a retiré do plus grands avantages : il est a»J<i'i (l'hni, entre les mains de MM. Daty , Thénard cl G» !,ussac,lc moyen le plus énergique qu'elle [losscjc p" l'analyse de certains corps.

DES SENSATIONS

ns lesquelles ils se répandent. Si la cinquièine ire, disent-ils, est destinée au senlimenl , c'est rce qu elle aboutit à la peau du visage, dans les pilles nerveuses de la langue, etc. Quoique séisante , cette opinion ne saurait èlre admise , isquela section de ce nerf, et l'irritation du bout i répond au cerveau, ne donnent pas lieu au •me résultat quune expérience semblable tentée .laseplièmc paire: douloureuse dans le premier i, elle esta peine, dans le second, perçue par nimal. Donc il y a quelque chose dans ces deux ris d inhérentà leur organisation qui en modifie nature. En admettant l'existence de nerfs speaux, nous n'irons pas aussi loin que Eonnet, qui cordait au seul nerf optique autant de filaments iés qu'il y avait de couleurs capables d'affecter e-éliue. On a cherché, depuis Hérophjie etGalien, I n'y avait pas des nerfs particuliers pour le senlent, et d'autres pour le mouvement, liienlol on onnul qu'il y avait des nerfs sensoriaux, tels que rireraière, la seconde paire ; des nerfs moteurs, 1} que la troisième, la quatrième, la sixième, etc. ; •ies nerfs mixtes, tels que les spinaux , qui Yont u fois dans la peau et les muscles. Mais l'obserion de certaines maladies, à la suite desquelles aouvement était conservé dans une moitié du ps , tandis que le senlimenl était aboli , el réciquemenl, conduisit à supposer que les nerls ribués à ces parties, quoique provenant en aplence de la même source, étaient cependant (iposés de filets sensoriaux et de filets moteurs juincts. Or, les expériences de Ch. Bell, celles de iMagendie, de Béclard, etc.; les faits d'anaie pathologique ont clairement démontré que racines antérieures des nerfs spinaux étaienlaf- ;«2es aux mouvements , el les postérieures au iiiment. Le mélange des unes et des autres s'oaj au-delà du ganglion que traverse la racine poseure. Les parties sensibles reçoivent exclusiveades filets de la seconde espèce , tandis que le lîrae musculaire, excité par les filets moteurs , oeul-ètre encore pénétré par quelques nerfs du liment auxquels il doit de transmettre au cer- I la sensation du poids des corps, de leur lance, delà fatigue, des douleurs rhumalis- !8,etc.

a moelle épinière reçoit, à son tour, l'impres- . que les nerfs ont reçue et conduite. La section [tel organe à différentes hauteurs prouve aiséj(t qu'il n'est pas le siège de la perception des talions; car l'animal est de suite privé de la Uté de sentir dans loules les parties qui reçoileursnerfsdelaportionde la raoclleinférieure ►section. La manière dont la moelle transmet h)re8sion sensitive , la nature de celle Iransmis- , sont des phénomènes enveloppés des mêmes f bres que ceux analogues dont nous avons parlé ipos des nerfs.

! résultat des expériences faites par M. Calraeil es reptiles, de jeunes moineaux, chez lesquels clion de la moelle épinière paraissait ne pas êcher la perception des sensations, quoique en rence contraire à ce qui précède , a fort bien ilerprété par M. Calmeil lui-même , el a con- ! celle loi déjà connue, que les diverses parties

du syslcroe nerveux sont d'autant moins dépendantes les unes des autres, que l'anima! est plus jeune ou moins élevé dans l'échelle. La fonction de conduire les sensations est-elle confiée à la partie antérieure de la moelle, à sa partie postérieure, à ses parties latérales ? Est-ce par sa portion centrale ou par sa superficie , par la substance blanche ou par la grise, ou enfin par le liquide dans lequel elle baigne , qu'elle remplit cet usage? Presque loules ces opinions ont trouvé des fauteurs. En faveur des cordons postérieurs de la moelle , se prononcent MM. Magendie et Calraeil. L'insertion des racines affectées au sentiment sur cette partie de la moelle, des faits pathologiques observés par MM. Royer-Collard , Velpeau et autres, dans lesquels la paralysie des parliessensibles avaitcoïncidé avec une lésion de sa face postérieure, enfin, des expériences directes sur les animaux, suivies du même résultat , sont les raisons que ces physiologistes font valoir en faveur de celle opinion. L'absence de douleur quand on irrite la moelle à son inlérieur, a de même fait croire à M. Magendie qu'elle ne conduisait que par sa surface , doctrine que professent également MM. Desmoulins el Rolando. Le premier dit que sur plusieurs animaux les racines des nerfs ne se continuent pas avec la pulpe médullaire de la moelle, mais seulement avec ses enveloppes. Le second , comparant le Iluide nerveux au fluide électrique, pense qu'il doit suivre la surface des organes el non leur épaisseur. M. Rullier a rapporté une observation bien favorable à cette opinion. Un malade avait offert pendant sa vie une paralysie complète du mouvement, avec intégrité de la faculté de sentir. A l'ouverlure du cadavre , on trouva la pulpe médullaire d'une partie de la moelle entièrement ramollie, diffluente, de telle sorte, que la continuité de l'organe n'était plus conservée que par les enveloppes restées intactes. Cependant M. Fodéra dit avoir développé delà douleur en irritant avec un stylet l'intérieur delà moelle épinière. D'une autre part, M. Ollivier pense que les deux substances conduisent les sensations. Enfin, M. Bellingieri place aussi dans l'épaisseur même de l'organe la faculté de transmettre les impressions. Quant au fluide céphalo-rachidien, l'idée lie lui attribuer un pareil usage est une exagération de celle de MM. Magendie, Rolando et Desmoulins ; elle n'a pour elle que cette expérience curieuse du premier de ces physiologistes, dans laquelle la soustraction du liquide normal, que l'on remplace parun autre en apparence inoffensif, entraîne de suite des accidents qui dénotent un trouble profond dans les fonctions de l'innervation.

Nous pensons que ce sont les cordons postérieurs de la moelle qui sont les conducteurs des impressions sensilives, et que chacun d'eux transmet les impressions qui lui parviennent par les racines des nerfs de son côté dans les deux tiers inférieurs do la moelle. Au-dessus , les phénomènes de l'cn- Irecroiscment commencent à se manifester, quoique rentrecroisement anatomique ne puisse être démontré que vers la partie supérieure do la moelle.

Puisquclamoellccpinièro n'cslaulrc chosequ'un organe conducteur par rapport aux sensations , nous

devons trouver dans nno partie plus élevée de l'axe cérébro-spinal lc|lieii où celles-ci sont perçues. Des observations rapportées , dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie, par Lapeyronnie cl Petit, de Namur , apprirent que la lésion du cervelet avait développé une exaltation extrême de la sensibilité de tout le corps; on pensa dès-lors que cet organe pouvait être le rentre où aboutissent les sensations. Des expériences furent faites par Saucerotte, et plus récemment parMM. Foville et Pinel Grandchamp , et elles parurent confirmerles résultats fournis par l'anatomie pathologique. La distribution dans le cervelet des corps restiformes , situés sur le prolongement des cordons postérieurs delà moelle , parut encore favorable à cette opinion. Mais , sauf ce dernier argument tiré de la disposition anatomique, les arguments précédents sont peu logiques. De ce que le nerf sciatique affecté de nodus fait percevoir dans le membre inférieurdes douleurs intolérables, en conclurez-vous qu'il estle siège de la sensibilité? Non, sans doute, et la seule conclusion à tirer, c'est que le nerf dans ce cas , comme dans l'autre le cervelet , sont des organes extrêmement sensibles , dont les altérations sont fort douloureuses. Sœmmering, croyant que la substance cérébrale était trop matérielle pour être l'organe intermédiaire entre l'impression et l'intelligence qui la perçoit , a placé le siège de cette fonction dans la vapeur qui , selon lui , remplit les ventricules du cerveau ; mais il suffit de rappeler que les -ventricules sont remplis de sérosité , pour battre en brèche celle doctrine. Le moyen le plus sur pour arriver à la solution du problème qui nous occupe consiste à détruire successivement de haut en bas les hémisphères du cerveau , et à noter le lieu où l'irritation exercée sur quelque point du corps cesse d'être perçue. Si donc, avec MM. Rolando, Flourens , on enlève couche par couche les parties antérieure el supérieure du cerveau , on arrive ainsi jusqu'aux tubercules quadrijumeaux , sans produire la paralysie du sentiment; mais aussitôt ceux-ci coupés, la sensibilité est abolie. On peut considérer comme la contre-épreuve de l'expérience qui précède, l'irritation des centres nerveux de bas en haut. Le moment où la douleur cesse d'être perçue indique que l'on est arrivé au dessus du point où les sensations aboutissent. Les expérimentateurs cilés plus haut ont ainsi détruit la moelle épinière de bas en haut, puis la moelle alongce jusqu'au-delà des tubercules quadrijumeaux , et ce n'est qu'alors que la douleur, qui jusque-là avait été très-vive , a cessé complètement. 11 est donc permis de croire que les impressions transmises aux centres nerveux par les nerfs spinaux et la moelle épinière, viennent aboutir aux environs des tubercules quadrijumaux. En esl-il de même des sensations que conduisent les nerfs crâniens? La physiologie ne possède aucune donnée certaine à ce sujet.

Toutes les impressions ressenties par les organes des sens, par les extrémités sentantes des nerfs, sont transmises à la masse cérébrale. Le cerveau est donc le centre de la vie extérieure; c'est à lui qu'aboutissent toutes les sensations ; c'est de lui qu'émane la cause productrice de tous les mouvements volontaires ; il en est de ce centre pour les

fonctions de relation , comme du cœur par rapport aux fonctions do nutrition ; on peut dire de lui comme de ce dernier organe : Omnibus dut , et. ah omnibus accipit; il reçoit de tous , et donne à tous. Ici commence une série de phénomènes auxquel» les psycologistes ont donné le nom à' intellectuel et moraux. Quoique leur étude appartienne plat spécialement aux philosophes, ils doivent néanmoins trouver place dans un ouvrage de physiologie , à ce titre qu'ils sont liés à l'organisation, qne si l'on voulait contester celte proposition , je rappellerais , 1" que dans la série des êtres , la perfec- •ion de l'intelligence suit constamment le volumeet la configuration de l'encéphale, et que les affections et penchants prédominants de certaines espèces sont en rapport avec le développement de parties déterminées du cerveau ; 2" que dans l'enfance, époque où la masse cérébrale est molle et sansorï ganisation distincte, les idées sont rudimentairesr que celles-ci se perfectionnent avec le dévelopi ment de l'encéphale , pour se détériorer , lorsque! par les progrès de l'âge, le cerveau est endurci ef diminué de volume; 3o que parmi les hommes, \\ cerveau paraît être en rapport avec l'intelligent Ainsi, Eiliotlson a trouvé sur un idiot cet organe ni formant que le cinquième du volume qu'il ofîr| chez les autres hommes. L'on s'est assuré qn*B crâne d'adulte, dont la circonférence n'avait pa plus de onze à treize pouces, logeait conslammer<c!! la cervelle d'un imbécile; que de quatorze à difti sept pouces , il y avait de grandes probabilités pou une intelligence obtuse ; qu'à dix-huit pouces l'cr prit était ordinaire ; qu'enfin , un crâne de vingt vingt-un pouces de circonférence appartenait d'o dinaire à un homme heureusement doué sous rapport intellectuel. Les anciens avaient bien sen cette loi de l'organisation , quand ils représentaie| leur Jupiter avec un crâne énorme, leur Hercn avec une petite tête. Que l'on ne croie pas cepej dant que le volume de la tête soit chez tous les i|! dividus la mesure exacte de leur intelligence ; nm autre loi préside à la perfection des idées : c'ei selon M. Desmoulins, l'amplitude , le nombre,! profondeur des circonvolutions et des anfrarlno|| tés cérébrales qui , dans un petit crâne , perinctt(j|j de loger un cerveau offrant une surface considéi ble. 4" Ajoutons à l'appui de la proposition que n(| avons établie , que les contentions d'esprit duisent à la longue une douleur dont la tête cstiwi siège; 5" que la pensée est immédiatement allcrq»!* si le cerveau est lui-même engourdi par l'opiui ►■'ï ou désorganisé par une commotion, une fraclu< un épauchement de liquides ; Qo que nous hcril( de certaines dispositions intellectuelles el moraf en même temps que d'une organisation physiqii semblables à celles de nos parents. f Celle doctrine, autrefois attaquée par les pè| de l'église , a élé combalîuo par de mauvais ar| ments , auxquels les partisans de l'existence^ l'âme ont depuis long-temps renoncé. En cffcll des malades conservent l'intelligence parfaite, qu'au dernier moment , c'est que le cerveau participe en rien aux lésions qui amènent la va Si, comme Vésalc cl Donald Mouro l'ont vu, enfants atteints d'hydrocéphale ont montré

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