‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 20 sur 102 · DES SER8ATI0RS · texte numérisé non relu

DES SER8ATI0RS

iielligence proportionnée à leur âge, c'est que, Ion la judicieuse remarque de Gall , leur cerveau était que déplissé, et nullement désorganisé par imas de sérosité dans les ventricules. Si l'on ouve dans l'encéphale des parties envahies par s masses morbides, sans que l'intelligence ait II u en souffrir , c'est que les facultés intellecelles sont indépendantes les unes des autres , et ae d'ailleurs on peut penser avec un seul hémiii>hére , etc.

Ce n'est ni dans le cervelet, ni dans la moelle ongée que réside la faculté de l'entendement. Les tirlies supérieures de l'encéphale paraissent plus ioccialement destinées à l'exercice de l'intellience; nulle part ces organes superposés, et comme ir-ajoutés, ne sont plus nombreux et plus délëloppés que chez l'homme. Nul animal n'a, «mme lui , des hémisphères cérébraux assez yomineux, non-seulement pour recouvrir et domirîr tout le reste delà masse encéphalique, mais acore soulever en quelque manière et pousser -devant d'eux la partie antérieure du crâne qui rirmonte la face , et, sous le nom de région frontle , en constitue une partie. Le développement î la masse encéphalique en haut a paru tellement «•opre à l'espèce humaine, que certains philosofàes n'ont pas hésité à y placer le sens par lequel cdomme s'élève à la notion abstraite de la divinité, est là que , suivant M. Gall , est logé l'organe de théosophie.

1 Bichata penséque non-seulement les deux lobes irébraux étaient indispensables à la formation de y pensée , mais encore qu'ils devaient offrir une smétrie parfaite, sans laquelle le jugement ne «uvaitêtre sain. Double erreur, dont le cerveau liBichat lui-même devait donner la preuve, quant lia symétrie , et que M. Lallemand a achevé de litruire, en démontrant que le ramollissement un hémisphère , en détruisant la sensibilité et la yotiliié dans une moitié du corps , n'altérait nulment les fonctions de l'entendement.

Quoi qu'il en soit, par quel moyen la volonté îit-elle pour déterminer les mouvements? Quels ens unissent les forces seusitives aux puissances lolrices? Ces questions sont insolublesdans l'état ;tueldela science, dont un des plus grands bénins est maintenant de déterminer d'une manière «récise les fonctions propres des différentes porlons du cerveau et des appareils centraux, siège e la puissance nerveuse. Celle puissance, soit que îs nerfs la possèdent par eux-mêmes , et qu'inhécente à leur tissu , elle résulte de leur action, ou *ue, simples conducteurs, ils n'en soient que les répositaires, celte puissance nerveuse est la cause «remière delà vie.

L'existence d'un lieu central, auquel se rapporiînt toutes les sensations, duquel partent tous les louvemenls, est nécessaire à l'unilé de l'être pen- ■ant, à l'harmonie des fonctions intellectuelles, liais ce siège du principe du sentiment et des mouireraenls est-il circonscrit dans les étroites limites a pomt mathématique, ou plutôt ne doit-on point e regarder comme étendu à la presque totalité du I erveau ? Celle dernière opinion nous paraît la plus raisonnable: sans cela , de quelle utilité pourraient

être ces divisions de l'intérieur de l'organe en plusieurs cavités, cette multitude d'éminences , toute» différentes par leur forme et par l'arrangement des deux substances qui entrent dans leur structure? On doit conjecturer, avec beaucoup de yraiserablance, que chaque perception , chaque classe d'idées, chaque faculté de l'entendement , est attribuée à telle ou telle partie du cerveau. Il nous est, à la vérité, impossible d'assigner les fonctions spéciales de chacune des parties de l'organe, de dire à quoi sont destinés les ventricules , quel usage remplissent les commissures, ce qui se passe dans le» pédoncules ; mais il est impossible d'étudier un arrangement aussi combiné , et de penser qu'aucun dessein n'y est attaché , et que celte division de la masse cérébrale en tant de parties si distinctes et si diversement configurées , n'est pas relative à la part différente que chacune doit remplir dans l'artifice de la pensée. Toutefois, c'est bien au cerveau que s'applique cette comparaison ingénieuse rapportée dans l'éloge de Méry par Fonlenelle. Nous autres anatomisles, m'a-til dit une fois, nous sommes comme les crocheteurs de Paris, qui en connaissent toutes les rues, jusqu'aux plus petites et aux plus écartées , mais qui ne savent pas ce qui se passe dans les maisons. C'est celte ignorance que Gall s'est efforcé de dissiper ; et si la division de l'extérieur du crâne en plusieurs compartiments , qui , selon la dépression ou la saillie de la boîte osseuse indiquent l'absence ou l'exislence de diverses facultés , soit morales, soit intellectuelles, établie sur un trop petit nombre de faits bien observés , a procuré à son auteur moins de gloire que ses découvertes anatomiques sur le cerveau et le système nerveux en général , il n'en est pas moins vrai que sa doctrine physiologique des fonctions du cerveau est parfaitement juste dans sa partie fondamentale; à savoir la pluralité desorganes cérébraux affectés à la pluralité des phénomènes intellectuels. C'est ce que nous exposerons aprèsavoir analysé ceux-ci.

CL. Analyse de V entendement. En vain les organes des sens seraient ouverts à toutes les impressions qu'exercent sur eux les objets qui nous environnent; en vain les nerfs seraient disposés à les transmettre : ces impressions deviendraient inutiles ; elles seraient pour nous comme n'existant pas; en un mot, nous n'en aurions pas la connaissance , si le cerveau n'existait pour les ressentir. Cet organe est , à proprement parler , le siège de toute sensation ; celles que produisent la lumière, lo bruit, les odeurs, les saveurs, etc., n'existent pas dans les organes qui en reçoivent l'impression ; c'est le centre sensilif qui voit les couleurs, entend les sons , flaire les odeurs , goûte les saveurs; il suffit , en effet, d'intercepter la communication entre ces organes et le cerveau par la compression ou la ligature des nerfs , pour que nous n'ayons aucune conscience, aucune sensation des impressions que ces organes éprouvent.

Les douleurs atroces qu'un panaris occasione cessent quand on place sur le bras une ligature fortement serrée, qui, en comprimant les nerfs, intercepte toute communication entre le cerveau et la partie malade. Un animal vivant , soumis à l'expérience, supporte sans souffrir les dilacéralions les

ÉLÉMENTS DE PHYSIOLOGIR.

plus crucllos, lorsqu'on a préliminaircmenl coupd tous les nerfs qui se rendent à la partie sur laquelle on opère. Enfin , les organes des sens , et les nerfs qui établissent la communicalion entre eux et le cerveau , n'ont souffert aucune lésion , sont trèsaptes à ressentir et à Iransmeltro l'impression sensilive , et cependant les phénomènes des sensations ne peuvent s'accomplir quand le cerveau est malade: lorsqu'il est , par exemple , comprimé par un amas de fluide , par une esquille détachée du crâne dans une plaie de tête. Cet organ* est donc l'instrument immédiat des sensations, dont les impressions exercées sur tous les autres ne sont que les causes occasionelles. Cette modification de la sensibilité , au moyen de laquelle sontélablies les relations de l'être vivant avec les objets du dehors, serait à bon droit nommée sensibilité cérébrale , si les animaux chez lesquels il n'existe ni cerveau, ni système nerveux distinct, n'en offraient des signes évidents, La sensibilité , en vertu de laquelle le polype dilate sa cavité pour admettre sa preie , puis se contracte pour la retenir , est en effet bien distincte de celte senstlilité nutritive à l'aide de laquelle sa substance s'approprie les sucs nourriciers.

Le cerveau, comme l'a dit très-bien Cabanis , agit sur les impressions que les nerfs lui transmettent, comme l'eslomac sur les aliments que l'œsophage y verse; il les digère à sa manière : ébranlé par le mouvement qui lui est communiqtjé, il réagit, et de celle réaction naît la sensation perceptive ou la perception. Dès ce moment, l'impression devient «ne idée; elle entre comme élémentdans la pensée, et peut se prêter aux diverses combinaisons que les phénomènes de l'entendement exigent (1).

CLL Nos sensations ne sont que des modifications de notre être; elles ne sont pas les qualités même des objets : il n'est pas de corps coloré pour un aveugle de naissance; la plus belle rose perd sa plus précieuse qualité auprès d'un homme chez lequel l'odorat est aboli ; il ne la dislingue d'une anémone que par sa couleur, sa figure, etc. Nous n'apercevons donc rien qu'en nous-mêmes ; ce n'est qu'à la faveur de l'habitude, ce n'est qu'en appliquant successivement plusieurs de nos sens à la recherche des différentes qualités du même objet, que nous parvenons à le séparer de notre propre existence, à le concevoir dislincl de nous-mêmes et des autres corps que nous connaissons, en un mot, à rapporter aux objets du dehors les sensations qui se passent on nous-mêmes. Platon avait pensé et professé que l'âme avait par elle même des notions sur la nature des choses, qu'elle possédait ce que depuis lors on a appelé des idées innées. Mais, dès la plus haute antiquité, on avait également reconnu l'influence des sens sur le développement de l'intelligence ; et Cicéron parle d'un auteur, partisan des idées innées, qui s'était adressé des objections qu'il n'avait pu résoudre.

Cependant Descaries soutint la doctrine des idées innées avec tant de perfection, que son opinion fut

(1) lîous croyons devoir avenir qnc les termes de pensée rl (Vcntcndcmcnl doivent être regardés comme synonymes; tous deux expriment d'une manière abrégée toutes les opérations dn rentre sensitif.

universellement admise, et suivie jusqu'à l'époque où parut l'ouvrage do Locke sur rentcndemeiii humain ; ouvrage dont une partie est consacrée ji la réfutation de la doctrine des idées innées. Locke entraîna à son tour tous les philosophes dans son opinion. Condillac, un de ses disciples, imagina la fiction célèbre de la statue douée successivement du sens que nous possédons, fiction qui a séduit ^ 1 bien des gens de mérite, et qui pourtant peut être renversée par sa base. La statue qu'un premier sen» vient animer éprouve une première impression ; d'où résulte une première sensation , un premier jugement. Mais à quoi est transmise celle sensation? Au moi, elle moi juge. Est-ce la sensation qui lai apporte le jugement tout fait, ou est-ce le mol qui juge? La première hypothèse estabsurbe, la seconde seule admissible : le moi a donc la faculté innée de porter un jugement. Néanmoins, Condillac a parfaitement démontré, à l'aide de sa statue, comment l'enchaînement des sensations et la mal-§r tiplication des sens amène l'enchaînement et la mulliplicalion des idées, des désirs, des volontés, etc. Voltaire a tourné contre les sectaires des idées innées son arme acérée de la plaisanterie ; mais celte fois, du moins, il est plus amusant que judicieux; et quoiqu'on ait mille fois répété, depuis Aristote, Nihil est m intellectc qcod non priiis fuerit in\ sensu, le plus grand nombre des psycologistes a( tuels pense , avec MM. Laromiguière , Gall , etc.,{ que les sens ne nous fournissent que les matériauxIT jl sur lesquels s'exerce l'intelligence. Gall donne poai raison que certains animaux , qui ont des sens aussi parfaits et même plus parfaits que l'homme , ne po! sèdent pas son intelligence; et quoiqu'on lui ail objecté que tous nous le cédaient sous le rappor' du loucher, on ne voit pas qu'ils aient déduit di leur supériorité sensoriale de la vue, de l'ouïe, elc, aucune supériorité intellectuelle pour les notioni que procurent ces derniers sens. D'ailleurs,! hommes ont tous des sens à peu prés aussi parfaits et pourtant quelles différences sous le rapport di l'entendement! Enfin, il y a dans le cerveau de parties qui peuvent entrer en action , et faire naîlr des idées auxquelles les sens demeurent étrangers telles sont les notions du juste et de l'injuste ; tell est la faculté de porter des jugements généraux, elcj Mais abandonnons cette discussion philosopbi que, et hâtons-nous de rentrer sur le terrain de 1 physiologie. Nous avons dit que la perfection de i idées était liée à celle de l'encéphale, et que no i sens étaient une source abondante de nos connais ! sances. L'enfant qui naît à la lumière est disposé en acquérir , par cela même qu'il est pourvu d'ut appareil organique susceptible de recevoir l'impres \ sion des objets environnants.

Le cerveau préexiste aux idées , comme l'œil k 1 vue : partout l'existence de l'organe précède l'cxer ' cice de la fonction, et il est aussi impossible di concevoir la pensée sans le cerveau , que la visiot sans l'organe destiné à recevoir les impressions d' la lumière (1).

(1) La pensée et non point l'.Ame, choses dislincics q" confondent A dessein les sophistes de noire époque, admi rable» peut-élrc s'ils deviennent jamais inintelligiblei , «

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