‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 2 sur 102 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Ces Nouveaux Eléments de Physiologie , où se trouve sommairement exposée la doctrine que je professe depuis quelques années dans des cours publics , sont îaits sur le modèle de la Petite Physiologie du grand et immortel Haller ( Primœ Lineœ Physiologiœ ). Loin de moi, toutefois, la prétention d'avoir égalé un ouvrage qui , comme l'observe un homme d'un rare talent (2), changea, lorsqu'il parut, la face de la science , et réunit tous les suffrages. Si ces Nouveaux Eléments méritent de lui être préférés, la gloire n'en est point à leur auteur , mais au temps où il écrit , riche d'une multitude de données et de résultats que lui fournissent les sciences physiques perfectionnées, et qui font, pour ainsi dire, de la Physiologie une science toute nouvelle.

Il n'est pas difficile de reconnaître que le plan d'après lequel j'ai travaillé diffère essentiellement de celui qu'ont adopté plusieurs médecins estimables, et que les Traités de Physiologie dont la publication est la plus récente ne ressemblent à celui-ci que par leur titre. En réunissant un grand nombre de faits, en ajoutant à ceux déjà connus les fruits de mes observations et de mes propres expériences, en les enchaînant par une méthode qui joint l'exactitude à la simplicité, je me suis proposé de tenir un juste milieu entre las livres élémentaires d'une concision trop voisine de la sécheresse et de l'obscurité, et ces ouvrages dont les auteurs , entrant dans tous les

(1) La première édition des Novvoaux Éléments de Physiologie , publiée en l'an ix (1801), est antérieure à VAnatomio générale de Bichat , dont l'auteur fut le condisciple. Nés dans la même province, formés à la même école, écrivant à la môme époque, on doit, malgré d assez nombreuses différences , trouver une conformité frappante dans la doctrine générale de leurs ouvrages.

(2) Lorsque Haller publia celui de ses ouvrages qu'il estimait le plus, ses Premières Lignes do Physiologie, il s éleva dans les écoles un grand murmure : on était accoutumé à trouver dans les écrits de ce genre de longs raisonnements presque toujours dénués de preuves, des opinions extraordinaires ou des fictions brillantes. Dans celui-ci, 1 on fut étonné de ne voir que des faits nombreux, des détails précis, des conséquences rapides, etc.

Vicq-d'Azyh,

détails, épuisant en quelque sorte leur sujet, semblent n'avoir écrit que pour ceux qui ont le temps ou la volonté de les approfondir.

S'il se trouve des personnes qui disent que l'entreprise que j'ai tentée est bien au-dessus de ce que comporte mon âge, je leur répondrai, au risque de paraître soutenir un paradoxe, que les jeunes gens sont peut-être les plus propres à la rédaction des ouvrages élémentaires, parce qu'ils ont mieux présentes à la mémoire les difficultés que l'étude leur a opposées , la marche qu'ils ont suivie pour les surmonter, et qu'une expérience récente les éclaire sur les défauts et les avantages des méthodes (1); de manière que celui qui aurait acquis , dans le moindre espace de temps, la plus grande somme de connaissances solides, serait celui qui, à quelques égards, dirigerait le mieux ses successeurs dans les routes épineuses de l'instruction et du savoir.

Pour ce qui concerne l'esprit dans lequel sont rédigés ces Nouveaux Eléments, constamment sacrifié l'élégance à la clarté , bien convaincu que cette dernière (qualité fait le premier mérite d'un livre élémentaire. En outre,je pense avoir observé partout le même ordre dans la succession des objets, et appliqué à la science de l'homme vivant le principe de la liaison naturelle des idées, principe si bien développé par Condillac, dans son Traité de l'Art d'écrire , et auquel ce philosophe a fait voir que l'on pouvait rapporter toutes les règles de cet art. Malgré la sévérité que je me suis imposée, j'ai cru, à l'exemple des anciens, de Bordeu et de plusieurs autres médecins et physiologistes non moins célèbres parmi les modernes, pouvoir employer au besoin des expressions métaphoriques, parce que , comme le dit très-bien une femme

(1) « Pour eicposcr la vérité dans l'ordre le plus par- >) fait, il faut remarquer celui dans lequel elle a pu natu- » rellement être trouvée; car la meilleure manière d'in- 0) struire les autres, c'est de les conduire par la route qu'on » a dû tenir pour s'instruire soi-même. Par ce moyen , ou )i ne paraîtrait pas tant démontrer des vérités déjà dén couvertes, que faire clicrcbcr et trouver des vérités )) nouvelles. » Cokdili-ac.

PRÉFACE

qui, de nos jours, a fait le plus grand honneur à son sexe , si la concision ne consiste pas dans l'art de diminuer le nombre des mots , elle consiste moins encore dans la privation des images. La concision qu'il faut envier, c'est celle de Tacite, celle qui est à la fois éloquente et énergique; et bien loin que les images nuisent à cette brièveté de style , justement admirée, les expressions figurées sont celles qui retracent le plus de pensées avec le moins de termes (1).

Ceux qui s'obstinent à ne voir dans la Physiologie que le roman, et non l'histoire de l'économie animale, me reprocheront sans doute de n'avoir rien dit d'un grand nombre d'hypothèses absurdes ou ingénieuses, proposées sur les usages des orçanes ; d'avoir omis, en traitant de ceux de la rate , par exemple , de rapporter l'opinion qui établit dans ce viscère le siège du rire et de la gaîté ; le sentiment des auteurs qui ont prétendu qu'elle sert de contre-poids au foie , et maintient l'équilibre des deux hypocondres, et même celui des anciens , qui la regardaient comme l'organe sécréteur de l'atrabile, etc. Rappeler de pareilles erreurs pour les réfuter avec prolixité, ne serait-ce point perdre un temps précieux en discussions stériles , et posséder , comme le disait Bacon, l'art de faire naître mille questions d'une seule, par des réponses toujours moins satisfaisantes ? J'ai négligé à dessein cet étalage inutile, sûr que les bons ouvrages se distinguent autant par certaines choses qui ne s'y rencontrent pas que par celles qui s'y trouvent.

Plusieurs auteurs , en traitant de la science de l'homme , se sont permis de fréquentes excursions dans le vaste champ des sciences accessoires , et ont transporté , sans nécessité, dans leurs ouvrages , des livres entiers sur l'air, les sons, la lumière, et autres objets qui sont du ressort de la physique générale et de la chimie. Haller lui-même n'est pas tout-à-fait exempt du reproche d'avoir appauvri la physiologie de ces richesses étrangères. Je n'ai donné sur ces matières que les notions générales absolument indispensables à l'intelligence de mon sujet, et qui avaient

(l) Do la Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions soci-alcs , par madame de Staël-Holstein , tome II.

avec lui une connexion trop immédiate et trop nécessaire pour qu'on pût les en séparer.

Un des plus grands défauts des Traités de Physiologie , ce sont les répétitions continuelles , les éternelles redites dans lesquelles sont tombés leurs auteurs ; vice qui lient beaucoup sans doute à la dilliculté qu'il y a de poser des lignes de démarcation bien précises , en parlant d'actions qui dépendent les unes des autres , s'enchaînent réciproquement et se confondent , comme le font celles qui s'exécutent dans l'économie animale.

« En composant un ouvrage, on doit éviter « les longueurs, parce qu'elles lassent l'espritj » les digressions, parce qu'elles le distraient; » les divisions et les sous-divisions très-fré- » quentes, parce qu'elles l'embarrassent ; et » les répétitions , parce qu'elles le fatiguent : » une chose dite une seule fois, et où elle » doit l'être , est plus claire que répétée » ailleurs plusieurs fois (1). » Si l'on observe ces préceptes qu'on ne saurait trop méditer on s'expose, il est vrai, à être regardé comme un auteur superficiel par ceux qui lisent superficiellement , et prononcent d'après un seul chapitre ; mais on est amplement dédommagé par le témoignage de ceux qui veulent connaître tout un ouvrage avant de porter un jugement définitif.

Après avoir fait connaître l'esprit dans lequel est écrit ce livre , j'achèverai d'exposer les motifs qui ont déterminé sa publication , si j'ajoute à l'utilité que peuvent en retirer la science et ceux qui veulent l'acquérir , la raison non moins puissante de la satisfaction que l'étude procure à celui qui partage son temps entre sa culture et l'exercice pénible de notre art. Dans ces moments trop courts , dérobés à l'enseignement' et à la pratique , seul avec sa pensée , dans le silence de l'étude et dans le calme de la méditation , il contemple d'un œil de pitié ceux! qui traînent , au milieu des plus basses iutri-j gues , une existence méprisée , et se console des tracasseries sans nombre que lui suscitent l'ignorance orgueilleuse et la jalouse médiocrité.

(1) Condlllac, Essai sur l'origine des connaissanca humaities. seconde partie, sect. 2, chap. 4.

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PROLÉGOMÈNES

La Physiologie est la science de la vie. On ap"pelle du nom de vie un ensemble de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés (1). La combustion n'est aussi qu'un composé de phénomènes; l'oxigène se fixe dans le corps qui brûle, le carolique s'en dégage; l'affinité est la cause de ces phénomènes chimiques, comme l'attraction est celle des phénomènes astronomiques, comme la sensibilité et la contraclilité dont les corps organisés et yivants jouissent, sont les causes premières de tous les phénomènes que ces corps présentent, phénomènes dont la réunion , l'ensemble et la succession, constituent la yie.

Les idées fausses que l'on s'est formées delà vie, les définitions yagues qu'on en a données, tiennent à ce que , ne voulant point la considérer comme un simple résultat, les physiologistes l'ont perpétuellement confondueavecles propriétés vitales. Cellesci sont causes , celle-là n'est qu'un effet plus ou moins composé; et de même que le ressort d'une montre, ou plutôt l'élasticité dont ce ressort jouit, détermine , parle seul jeu des rouages, le mouvement des aiguilles, et tous les phénomènes que l'instrument peut offrir , de même les propriétés vitales, par le moyen des organes, produisent tous les effets dont la vie se compose. Ces effets sont plus ou moins nombreux, suivant que les organes le sont plus ou moins ; leur succession est aussi d'autant plus rapide, la vie d'autant plus active, que les propriétés vitales jouissent d'une plus grande énergie, absolument comme lesmouvemenls de la montre deviennent plus compliqués, plus forts, et s'accélèrent par la tension du ressort et la multiplicité des rouages. Les propriétés vitales rentrent au nombre des causes premières, dont l'observation prouve l'existence et détermine les lois, mais dont l'essence ou la nature intime nous échappe , et se dérobera probablement toujours à nos recherches.

De cette ignorance dans laquelle nous sommes sur la cause de la vie, que par un vice de langage 1 on a confondue avec la vie elle-même , quoique

(1) Celte définition , tout-à-fait neuve lorsque je l'ai proposée pour la première fois , a été , depuis lors , souvent répétée , soit que ceux qui m'ont fait l'honneur de l'adopter aient emprunté jusqu'aux expressions , soit que , comme le docteur Ch. Morgan, ils aient cru préférable do (lire La tolahto des fonctions que chaque individu peut remplir constitue sa vie. (Essai philosophique sur les rncnovicnes de la vie. Paris, 1819.)

nous ûe connaissions point la nature des propriétés vitales, on aurait tort de conclure que la physiologie est une science incertaine ; sa certitude est, sous ce rapport, égale à celle de toutes les autres parties de la physique : le chimiste qui explique toutes les combinaisons par Vaffinité, l'astronome qui trouve dans Vattraction la cause régulatrice de l'univers , ignorent absolument la nature de ces propriétés. Nous dirons bientôt quelle idée l'on doit se faire des propriétés vitales, dont certains physiologistes de nos jours vont jusqu'à contester la réalité et l'existence.

§ I". Des Êtres naturels.

Deux classes d'êtres se partagent le vaste domaine delà nature : les uns, inorganiques, ne jouissant que des propriétés communes à la matière ; les autres, organisés et vivants, obéissant à des lois particulières, quoique soumis aux lois générales qui régissent l'univers. Chacune de ces deux grandes divisions se sépare naturellement en deux ordres : les corps inorganiques se présentent à nous sous la forme de substances élémentaires simples ou indécomposées, ou bien sous celle de substances mixtes, composées et décomposables ; de même les êtres organisés et vivants existent de deux manières bien différentes,et se distinguent en végétaux et en animaux.

Le premier aperçu général qu'il nous importe de saisir dans cette sorte de contemplation générale de la nature, c'est la dépendance mutuelle de ces êtres dont l'ensemble coordonné la constitue, dépendance qui rend leur existente réciproquement nécessaire : ainsi le végétal vit essentiellement aux dépens des corps bruts ou inorganiques, en altère la substance inerte qui ne peut servir à la nourriture des animaux, si elle n'a éprouvé l'influence de la vie végétale.

§ IL Des Éléments des corps.

Une seconde considération non moins importante, c'est la conversion de tous ces êtres si différents les uns des autres, leur réductibililé à un petit nombre de principes simples que l'on nomme éléments. L'ancienne doctrine d'Aristole sur les quatre éléments régnait encore dans les écoles avec quelques modifications que les chimistes lui avaient

fait subir, lorsquo les pneumatiques ( 1 ) démontrèrent dans leurs belles expériences que trois au moins de ces principes prétendus des corps, l'air, l'eau et la terre, loin d'être des substances simples, se montraient évidemment formés par l'assemblage et la combinaison do plusieurs autres; qu'ainsi, l'air atmosphérique, au lieu d'offrir un fluide homogène, présentait une foule de substances gazeuses bien différentes, et que, dans son état de pureté la plus parfaite, on y rencontrait au moins deux principes bien distincts, l'oxigène et l'azote; que l'eau était un composé d'oxigène et d'hydrogène ; que la terre contenait de l'argile, de la chaux, de la silice, etc.

Nous avons donc tu de nos jours le nombre des éléments ou des substances simples s'accroître de plusieurs corps auxquels on refusait ce titre , dans le temps où, égarés par les principes d'une métaphysique erronée , les physiciens s'étaient créé un petit nombre d'êtres hypothétiques , et dont rien ne leur prouvait l'existence. Tout annonce que le nombre des substances indécomposables par nos moyens d'analyse , borné aujourd'hui à cinquantedeux (2), sans y comprendre les fluides impondérables, pourra augmenter ou diminuer, soit que , dans des substances simples , on trouve divers principes, soit que les composés présentent quelques éléments qui ont échappé jusqu'ici aux recherches des chimistes. Quels que soient les succès de leurs travaux, dont il est également impossible de prévoiries résultats et d'assigner le terme, plusieurs faits portent à croire qu'il nous sera toujours refusé d'arriver à la connaissance des véritables éléments des corps , et que ceux que la faiblesse de

(1) C'est ainsi que l'on désigne l'école des ctimistcs modernes, parce que sa naissance date de l'époque des découvertes sur la nature de l'air et des fluides élastiques. Reconnaissons, à la gloire de la métaphysique , que les vieilles erreurs sur les éléments des corps n'ont été détruites qu'au moment où les chimistes ont été bien convaincus de cette vérité, que toute idée nous vient par les sens, et que nous ne devons rien admettre au-delà de ce qu'ils nous démontrent dans nos expériences.

(2) Fluides impondérables.

Calorique , Lumière , FK électrique.

Corps pondérables.

Oxigène, Calcium, Cobalt,

Hydrogène, Strontium, Titane,

Bore, Baryum, Bismuth,

Carbone, Sodium, Cadmium,

Phosphore, Potassium, Cuivre, Soufre ,

Sélénium , Iode, Pthore, Brôme, Chlore , Azote, Silicium , Zirconium , Aluminium , Itrium, Glucinium , Magnésium ,

Lithium , Manganèse, Zinc, Fer , Etain , Arsenic, Molybdène , Chrome, Tungstène, Columbiiim ,' Antimoine , Uranc , Ccrium ,

Tellure, Plomb , Mercure, Nickel , Osmium , Argent, Or,

Platine , Palladium , Rhodium , Iridium.

OwritA, Éléments de Chimie, Pari», 1828, 4* édit,, tome I.

nos moyens do décomposition ou d'analyse nou>. oblige de regarder comme tels , sont fréquemment des substances composées et se comportent à leur manière.

Ceci posé sur les éléments ou principes constitutifs des corps , voyons comment la combinaison; de ces éléments donne naissance à tous les êtres,, et quelles différences générales existent entre Icsi grandes classes qui les partagent.

§ III. Différences entre les Corps organisés et ^e»! Corps inorganiques.

On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, des différences qui existent entre les corp* organisés et les corps inorganiques; on a vu quo ces derniers étaient bien différents de ceux qui onl la vie en partage, par l'homogénéité de leur sub* stance , par l'indépendance parfaite de leurs molé» cules , dont chacune, comme l'a dit Kant, a eu elle-même la raison de sa manière d'être , par leui inaltérabilité dépendante de la simplicité de leuf composition , et par le défaut de ces forces partit culières qui dérobent les corps organisés et vivant! à l'empire absolu des lois physiques. Lamultipli^ cité, la volatilité de leurs éléments , lacoexisteae nécessaire des liquides et des solides , la nutritio: et le développement par intus-susccption, tandi que l'accroissement des corps bruts ne s'opère qu» par juxta-position, l'origine par génération , la ût par une véritable mort: tels sont les principaut caractères qui distinguent les êtres organisés do substances inorganiques. Nous allons entrer dan le détail de ces caractères, apprécier toutes ce différences ; car ce n'est qu'en comparant que nou pouvons connaître ; et plus le parallèle établi entn les uns et les autres sera exact, plus lesconnaii sances qu'il peut nous fournir seront étendues < précises. Plusieurs auteurs modernes ont prou^ qu'on ne peut parvenir à se former une idée neti de la vie qu'en comparant les corps qui en jouîi|;! sent avec ceux chez lesquels elle n'a jamais exisl ou n'existe plus. Ce parallèle , je l'espère , sera f| cond en résultats intéressants, et fournira pli d'une vue utile et immédiatement applicable à connaissance de l'homme.

La première différence remarquable entre 1 corps organisés et les corps inorganiques se tinjy de l'homogénéité de ceux-ci et de la compositif 1 de ceux-là : brisez un bloc de marbre, chaq^^^ morceau sera parfaitement semblable aux aulrji t pour sa nature; il n'y aura entre eux que des djij^ férences de volume, de figure; pulvérisez les fraj ments, chaque grain contiendra des molécules j f carbonate de chaux , qui seront les mêmes po i ^ tous. La division d'un végétal ou d'un animal p t sente, au contraire, des parties hétérogènes ; dissemblables. Ici ce sont des muscles, là desc plus loin des artères , des fleurs , des feuilles , l'écorce , de la moelle , etc.

Pour que les êtres organisés vivent ou cxisl< à leur manière , des solides et des liquides doiv entrer à la fois dans leur composition ; la coe) lenco de ces deux cléments est nécessaire , et corps vivants offrent toujours une masse liqti

PROtÉGOMÈNES.

plus 011 moins considérable , incessamment agitée par le mouvement des parties solides cl animées. Il est en effet impossible de concevoir la vie sans un appareil composé de solides et de fluides, et sans admettre dans les premiers la faculté de ressentir l'impression que les derniers occasionent, et celle d'agir ou de se contracter en vertu de cette impression. L'eau qui pénètre les substances minérales n'en fait point une partie nécessaire ; et l'on ne peut donner, pour preuve de l'existence des liquides dans cette classe de corps , l'eau de cristallisation iutimement combinée et vraiment solidiflée avec les matières cristallines.

Ces corps inorganiques , homogènes, et formés départies similaires ou semblables entre elles, décomposés dans leurs derniers éléments , présentent une grande simplicité dans leur nature intime; parmi eux se trouvent tous les corps indécoraposés. Les composés minéraux sont souvent binaires; et bien que , dans la classe nombreuse des sels, plusieurs nous présentent l'association d'une multitude d'éléments , le tarlrale antimonié de potasse , par exemple, cependant il est vrai de dire que les végétaux et les animaux ne peuvent être réduits à l'état de simplicité élémentaire sous lequel existent plusieurs corps inorganiques. Le végétal le plus simple renferme au moins trois principes constituants, l'oxigène, l'hjdrogène et le carbone, et aucun être, doué de l'animalité, n'en offre moins de quatre, l'oxigène, l'hydrogène , le carbone et l'azote. Pour le degré de la composition, la nature paraît donc s'élever, par gradations, du règne minéral au règne végétal, et de celui-ci aux animaux.

La nature complexe des êtres organisés, la multiplicité de leurs éléments donnent la raison de leur altérabilité. Les minéraux sont inaltérables par eux-mêmes, si aucune cause extérieure n'agit sur eux. Doués de la force d'inertie, ils persistent sans changement dans leur premier état. Celui des corps organisés varie sans cesse. Leur intérieur offre un laboratoire actif, dans lequel un grand nombre d'instruments transforment sanscesse en leur propre substance des molécules alibiles , en les dépouillant decelles qui leur appartiennent. Outre cettealtérabilité vivante, les végétaux et les animaux privés de la vie se décomposent par un mouvement fermentatif, qui naît dans l'intérieur de leur substance, dont il change la nature d'une manière d'autant plus prompte et plus nécessaire, que leur composition est plus avancée, que leurs principes constituants sont plus nombreux et plus volatils.

Toutes les parties d'un corps vivant, soit végétal , soitaniraal, tendentetconcourent àunbutcommun, la conservation de l'individu et de l'espèce : chacun de leurs organes , quoique doué d'une action particulière, agit pour remplir cet objet; et de celte série d actions concurrentes et harmoniques résulte la vie générale, ou la vie proprement dite. Au contraire, chaque partie d'une masse brûle ou inorganique est indépendante des autres parties , auxquelles elle n'est unie que par la force ou l'affinité d'agrégation; lorsqu'elle en est séparée, elle existe avec toutes tes propriétés caractéristiques, et ne diffère que par son volume de la masse à laquelle elle a cessé d'appartenir.

Dans les végétaux et dans les animaux , tous les individus de la même espèce paraissent avoir été travaillés d'après le même modèle; leurs parties sont égales en nombre , et semblables par la figure; leur diversité ne tient qu'à des nuances légères et fugitives. Les formes qu'affectent les êtres organisés sont donc invariablement déterminées; et quand la nature s'en éloigne , elle ne se livre jamais à des aberrations aussi complètes que dans la figuration des minéraux : les filons de nos mines n'ont jamais, comme les feuilles d'un végétal, et les membres d'un animal, une manière d'être qui soit la même; souvent des cristaux originaires d'une même substance prennent des formes très-différentes , toutes également nettes et exécutées avec une égale précision. La chaux carbonalée ( carbonate de chaux), par exemple, prend, suivant les circonstances , la forme d'un rhomboïde, celle d'un prisme hexaèdre régulier, celle d'un solide terminé par douze triangles scalènes , celle d'un autre dodécaèdre , dont les faces sont des pentagones , etc. (1).

Une cause intérieure, puissante, semble disposer les parties constituantes du corps des animaux et des végétaux d'après un plan déterminé, et de telle manière que leur surface présente des contours plus ou moins arrondis. Les minéraux tiennent souvent leur forme des corps extérieurs; et lorsqu'une force particulière la leuf assigne, comme cela a lieu pour les cristaux, leur surface est aplatie et anguleuse. Quand la cristallisation est troublée, et que les moléculesdes cristaux se précipitent tumultueusement les unes sur les autres , la forme géométrique de ceux-ci se trouve altérée : l'effet de ces perturbations est d'arrondir les parties qui eussent été terminées par des angles, si leur cristallisation lente et paisible eût produit une agrégation régulière; et, comme M. Haiiy l'observe, ces contours, ces arrondissements si fréquents dans les végétaux et dans les plantes, où ils contribuent à l'élégance des formes, indiquent dans les minéraux un défaut de perfection. La véritable beauté, relativement à ces êtres, est caractérisée par la ligne droite; et c'est avec raison que Romé de Lisle (2) a dit de cette espèce de ligne qu'elle était particulièrement affectée au règne minéral.

Parmi toutes les différences qui distinguent les deux grandes divisions des corps de la nature , la plus tranchée, la plus facile à saisir, se tire du mode d'accroissement et de nutrition. Les corps bruts ne croissent que par juxla-position , c'est-à-dire par l'addition de nouvelles couches à leur surface; tandis qu'il y a inlus-susception ou pénétration intime de l'être organique par la substance qu'il s'assimile en vertu des forces dont il est animé. Dans les animaux et dans les plantes , la nutrition est l'effet d'un mécanisme intérieur; leur accroissement est nn développement du dedans au dehors. Dans les minéraux , au contraire , l'accroissement ne peut mériter le nom de développement; il se fait à l'extérieur par l'application de nouvelles couches; c'est

(!) Lisez Ilnny, Traitd do minéralogie. Paris, an ix, 4 Tol. in-8°, cl un volume in ^" de planches , tome I, p. 13.

(2) Cristallographie, tome 1, page 94.

ÉLÉMESTS DE PHYSIOLOGIE.

le même être qui passe à d'autres dîmcnsious; tandis que le corps organisé se renouvelle à mesure qu'il s'accroît.

Les corps organisés naissent par un germe qui d'abord a fait partie d'un autre être, et qui s'en détache pour se développer cl s'accroître. Ils se produisent sous forme d'agrégats. Les corps inorganiques n'ont point de germe; ils se forment de parties détachées : ils ne naissent point ; mais plusieurs molécules seréunissent pour former des masses diversement figurées, et dont le volume peut s'accroître indéfiniment, tandis que celui des végétaux et des animaux est limité dans chaque espèce.

Les corps organisés seuls sont sujets à la mort ; tous ont une durée limitée par leur nature particulière ; et cette durée n'est point, comme celle des minéraux , en raison des masses et des densités; car si l'homme n'a pas la durée du chêne , bien plus Uense que lui , il vit bien moins long-temps que plusieurs animaux qui , tels que les poissons , ont des chairs moins consistantes que les siennes; il vit plus que plusieurs quadrupèdes, quoiqu'il ait moins de volume. La lenteur ou l'activité du mouvement intérieur n'est point non plus chez les êtres vivants la mesure de la longévité, s'il est vrai que certains oiseaux jouissent d'une existence plus que séculaire , fait qui paraît néanmoins avoir besoin d'être ■vérifié.

Les parties d'un corps vivant croissent, se développent et se fortifient par l'exercice : un muscle , un organe , loin de se consumer par des actions répétées , grossit et devient plus robuste ; tandis que les rouages des machines que la mécanique invente s'usent et se détruisent par les frottements. Au moment où de l'agrégation de quelques parcelles de matière , se forme un corps organisé , et naît la vie, le nouvel être se distingue par un double caractère d'individualité et de spontanéité, dont les physiologistes ne semblent point avoir apprécié toute l'importance. Quelque exigu quesoitcegerme, sa ténuité, à l'instant de sa formation , paraît excessive, lors même que son développement doit produire la masse la plus volumineuse; quelque petit, disons-nous, que soit l'être nouveau qu'un principe inconnu vient d'animer, il agit à sa manière sur ce qui l'avoisine ou l'entoure ; attire à soi et s'approprie les substances solides, liquides ou gazeuses, avec lesquelles il se trouve en contact; existe à sa manière : ce n'est plus une simple portion de matière, c'est un individu nouveau, agissant de lui-même, et dont toutes les actions auront désormais nn caractère d'individualité, et si l'on peut ainsi dire, de personnalité et d'égoïsmo, par suite duquel il tendra invinciblement .i sa conservation : ajoutez que tous les actes qu'il exécutera dans ce but viendront de lui-même, et qu'il s'y portera moins par une sorte d'aveugle nécessité que par quelque chose qui ressemble, au moins dans les êtres vivants d'un ordre élevé, à une détermination volontaire et raisonnée. En effet, celle spontanéité d'action, jusqu'à un certain point contestable dans le végétal , dont le germe , en se développant , paraît obéir aux circonstances extérieures de sécheresse, d'humidité, de lempciialure , être influencé

par la présence ou l'absence de la lumière, etc., etc., ne saurait être niée chez les animaux , où, chose admirable, elle croît à mesure que l'organisation devient plus parfaite, de manière à s'élever chez l'homme jusqu'au libre arbitre. Les mouvement» de l'individu sont spontanés, ils viennent de luimême; tandis que ceux des corps inorganiques viennent du dehors; ils leur sont communiqués.

En réfléchissant un moment sur ces deux caractères des corps organisés et vivants , Vindividualité et la spontanéité , on se convaincra qu'ils suffiraient à eux seuls pour les différencier des corps inorganiques. Aussi terminerons-nous ce parallèle par leur énonciation , négligeant à dessein les différences secondaires qui dérivent comme nécessairement des dissemblances primitives. Enfin, les corps inorganiques diffèrent essentiellement de ceux qui ont l'organisation en partage , par le défaut de ces forces ou propriétés particulières à la nature vivante et animée; forces qui balancent, jusqu'à un certain point, l'empire des lois de la nature universelle, comme nous l'expliquerons après avoir traité des différences qui existent entre les deux portions du règne organisé, les végétaux et les animaux.

§ IV. Différences entre les Végétaux et les Animaux.

Celles-ci sont bien moins nombreuses , moins décidées , et par-là plus difficiles à établir. Il y a en effet très-peu de différences entre un zoophyte et un végétal ; et la dislance est plus grande, pour leur économie intérieure , entre l'homme qui occupe la partie la plus élevée de l'échelle animale , et le polype , qui est placé au dernier échelon , qu'entre le même animal et une plante. Il existe entre les corps organisés et les corps inorganiques une lacune immense que ne peuvent remplir ni les pierres figurées , ni les lilhophytes, ni les cristaux, dans lesquels quelques naturalistes ont cru voir une ébauche de l'organisation , tandis qu'à l'extrémité de la chaîne animale se trouvent des êtres, fixés comme la plante au lieu qui les vit. naître , sensibles et contractiles comme la sensitive et quelques autres végétaux, se reproduisant comme eux par bouture. On peut néanmoins trouver un certain nombre de différences assez tranchées pour assigner aux végétaux des caractères qui ne conviennent pas aux individus des deux autres règnes.

Leur nature , plus composée que celle des minéraux, l'est moins que celle des animaux; la proportion des solides aux liquides est plus grande que dans ces derniers : aussi conservent-ils longtemps après leur mort la même forme et leur premier volume, en devenant néanmoins plus légers. Les solides font à peu près, dans l'homme , le dixième de la masse totale du corps : son cadavre , décomposé par la putréfaction , se réduit à une quantité peu considérable de terreau et à un squelette léger, quand la terre et l'air l'ont privé do tous ses sucs. Un arbre, au contraire, a, en parlies solides, plus des trois quarts de sa substance; il no vit plus depuis plusieurs siècles, et cependant.

PROLÉGOMÈNES

employé dans nos constructions , 11 conserve sa forme et sa grosseur , quoique , par la dessiccation , il perde un peu de sou poids.

Leurs principes constituants , moins nombreux , sont également moins diffusibles. En effet, l'azote, dont la prédominance caractérise les substances animales , est un produit gazeux et volatil , tandis que le carbone , qui fait la base du végétal , est un élément fixe et solide. Celte circonslance , jointe à la moindre quantité des liquides, explique la longue durée de l'existence cadavérique des végétaux; comme la diversité de leur composition explique pourquoi les excrétions animales sont si riches en azote , tandis que celles des végétaux abondent en hydrogène et en acide carbonique.

Mais de tous les caractères à l'aide desquels on a cherché à établir entre les végétaux et les animaux une ligne de démarcation bien précise, il en est un qui suffit pour différencier ces deux grandes classes d'êtres naturels, caractère auquel on n'a point attaché assez d'importance.

Le zoophyte, qui, fixé à sa demeure rocailleuse , ne peut changer de place, borné à des mouvements partiels , analogues à ceux qu'exercent plusieurs plantes, qui, d'ailleurs, ne jouit point de cette unité sensitive si remarquabledansl'homme et dans les animaux dont l'organisation ressemble le plus à la sienne; le zoophyte , dont le nom indique un animal-plante , se distingue éminemment de tous les individus du règne végétal par l'existence d'une cavité dans laquelle s'opère la digestion alimentaire , cavité à la surface intérieure de laquelle se fait une absorption , une imbibition plus active que celle qui s'exerce à la surface extérieure. Depuis cet animal informe jusqu'à l'homme, la nuînïton s'opère par deux surfaces , et surtout par la surface intérieure, tandis que, dans le végétal, la nutrition, ou plutôt l'absorption des principes nutritifs, ne se fait qu'à l'extérieur.

Tout animal peut être réduit par la pensée à uu tube nutritif ouvert par ses extrémités (1); toute l'existence du polype paraît réduite à l'acte nutritif, comme toute sa substance employée à la formation d'un sac alimentaire dont les parois molles, très-sensibles et contractiles , travaillent à s'approprier par une sorte d'imbibition les substances qui y sont attirées. Depuis les vers jusqu'à l'homme, le canal alimentaire forme un long canal ouvert par ses deux extrémités, n'ayant d'abord en longueur que l'étendue du corps de l'animal , ne décrivant , par conséquent , aucune courbure en se portant de la tète à la queue , et se continuant , vers la bouche et vers l'anus, avec l'enveloppe extérieure ducorps,mais bientôtse contournant sur lui-même, et acquérant une longueur bien supérieure à celle du corps auquel il appartient. C'est dans l'épaisseur des parois de ce tube animé , entre la membrane muqueuse qui revêt son intérieur, et la peau

(1) Lacépèdc, Histoire nattircUo des poissons, tomo I. On objectera contre ce principe rexeinple de quelques loophyles, telsqnn les éponges, etc. Mais ces corps apparlienncnl-ils réellement au règne animal, et ne suflirait-il pas, pour les en exclure, du défaut de sac alimentaire, caractère essentiel de l animalité?

avec laquelle celle membrane se continue , que so trouvent tous les organes qui servent au transport et à l'élaboration des humeurs, les muscles, les nerfs , en un mot , tout ce qui sert à l'entretien et à la conservation de la vie. A mesure qu'on s'élève des animaux à sang blanc à ceux à sang rouge et froid , de ceux-ci aux animaux à sang chaud , et de ces derniers à l'homme, on voit les organes contenus dans l'épaisseurdesparois du canal se multiplier; si l'on suit, au contraire , une marche descendante, on voit cette structure devenir de plus en plus simple, jusqu'à ce que l'on arrive au polype, réduit à la partie essentielle de l'animalité. La simplicité de son organisation fait qu'on peut le retourner à volonté , le renverser sur lui-même , et faire que la surface externe du sac devienne sa surface interne ; les phénomènes nutritifs qui forment à eux seuls la vie entière de l'animal , continuent d'avoir lieu, la surface extérieure étant très-analogue à l'interne, au contraire de l'homme et du plus grand nombre des animaux, chez lesquels la peau et les membranes muqueuses, quoique attenantes les unes aux autres, quoique liées par d'étroites sympathies, sont loin d'offrir une structure parfaitement semblable, et de se prêter à l'exercice des mêmes fonctions.

Les animaux et l'homme portent donc en euxmêmes le fond de leur subsistance, ell'absorption, par une surface intérieure, forme leur plus remarquable caractère. C'est à tort qu'on a rapporté à Boerhaave l'idée de comparer le système digestif de l'animal au sol dans lequel les végétaux puisent les sucs nécessaires à leur existence, et les vaisseaux chyleux à de véritables racines intérieures. Je trouve la même idée bien exprimée dans l'ouvrage pseudonyme d'Hippocrate sur les humeurs : Quemadmodum terra arboribus, ita animalibus ventriculus.

L'existence' d'un tube digestif fournit donc le caractère le plus essentiel de l'animalité ; l'unité delà bouche , opposée à la multiplicité des pores, qui sont en quelque manière les bouches des végétaux, n'est pas aussi constante, puisque certaines méduses ont plusieurs bouches abontissant toutes à un seul estomac. Laphrase par laquelle Linné(l) a voulu énoncer les caractères dislincîifs des trois règnes est plus remarquable par son laconisme que par sa justesse. Les minéraux croissent, dit l'illustre naturaliste , les végétaux croissent et vivent , les animaux croissent, vivent et sentent. Plusieurs plantes noiis offrent des mot^veraents marqués ; les feuilles de la sensitive se retirent, lorsqu'on les touche , avec la même rapidité que les tentacules du polype. Les plantes sont, il est vrai, privées de la faculté locomotive; mais n'est-ce pas une sorte de mouvement progressif que celui qu'on observe dans les plantes nageantes et rampantes? D'ailleurs, combien d'animaux sont fixés au snl qui les a vus naître ! Tous les lithophytes sont dans ce cas. Enfin peut-on vivre et ne pas sentir!

Le tube digestif, cette partie essentielle de tout

(I ) Lapides crescunt ; vegetnhilia creacvntct vivuni ; animaUa crescunt, vivunt etsontiunt. (Philosophia botanica , introd.)

animal, en est aussi la plus vivace, c'est-à-dire , celle dont l'oxislence et l'action sont le plus indépendantes du concours des autres organes, et à laquelle les propriétés vitales semblent adhérer, si l'on peut ainsi dire, avec plus de force. Ilaller (1), qui a fait tant et de si belles recherches sur la faculté contractile des organes musculaires, les examinant sous le double rapport de leur irritabilité plusou moins vive et plus ou moins durable, regarde le cœur comme celui dans lequel ces deux conditions se trouvent réunies au degré le plus élevé. Il place au second rang les intestins, l'estomac, la vessie, la malrice et le diaphragme, puis tous les muscles soumis à l'empire de la volonté. J'avais d'abord rigouretisement admis cette classification des parties contractiles; mais de nombreuses expériences sur les animaux vivants m'ont prouvé que les intestins sont souvent la dernière partie dans laquelle on peut reconnaître des traces de vie. Quel que soit le genre de mort qu'on leur ait fait subir, des mouvements périslaltiques , ondulatoires, agitent encore ce tuyau, et déjà le cœur n'offre aucun battement, et le reste du corps n'est plus qu'une masse inanimée. Jurine avait déjà observé, sur le monocle-puce , que, de toutes les parties de ce petit animal à sang blanc, les inteslinsjouissaient de la prérogative de mourir les derniers.

Si le tube intestinal est fréquemment le dernier organe dans lequel la vie s'éteigne et subsiste, c'est sur lui qu'on doit porter de préférence les stimulants capables de la rappeler dans les cas d'asphyxie. Je pense qu'après l'insufflation d'un air pur dans les poumons, le moyen qui doit alors obtenir la préférence est l'injection de clyslères acres irritants, poussés avec force. Les gros intestins sont liés avec le diaphragme par les nœuds d'une étroite sympathie, comme le prouvent les phénomènes de l'excrétion des matières fécales ; leur irritation est le moyen le plus sûr d'en procurer l'abaissement ; etcette irritation est d'autant plus facile, que le conduit alimentaire, dans bien des cas, est la dernière partie que la vie abandonne.

Un dernier fait établit d'une manière incontestable le degré d'importance que nous attribuons au tube digestif; il nous justifie de le regarder comme la partie fondamentale de l'économie animale , et en quelque sorte comraela base de l'animalité. C'est parles intestins, c'est par les portions correspondantes à la région ombilicale , que commence la formation successive des organes de l'embryon et du fœtus. Les monstres, réduits aux rudiments les plus informes de l'animalité, productions imparfaites arrêtées dans leur développement normal, ont toujours offert quelques parties du tube intestinal développé avec le cordon , tandis que tous les autres organes peuvent manquer, sans en excepter le cœur lui-même, malgré son importance.

§ V. De la Vie.

Après avoir ainsi posé entreles corps inorganiques et les êtres organisés et vivants, entreles végétaux et les animaux, dos lignes do démarcation bien

(IJ Opéra minora, 3 vol. in-4".

tranchées , essayons de nous élever à l'idée de la vie, et, pour nous en former des notions exactes, analysons-la en l'étudiant dans tous les êtres de la nature qui en jouissent. Dans cette étude , dont il est permis de fixer d'avance les résultats , nous verrons la vie se composer d'abord d'un petit nombre de phénomènes, simple comme les appareils auxquels elle est confiée; mais bientôt s'étendre à mesure que ses organes ou ses instruments se multiplient , et que les machines organiques deviennent plus compliquées ; les propriétés qui la caractérisent etannoncent sa présence, d'abord obscures, devenir de plus en plus apparentes , croître en nombre comme en développement et en énergie ; le champ de l'existence s'agrandir à mesure que des êtres dégradés nous remonterons à l'homme , qui de tous est le plus parfait; et remarquez que , par ce terme de perforation , nous voulons seulement dire que les êtres vivants auxquels nous l'appliquons , possédant plus de moyens, offrent aussi des résultats plus nombreux, et multiplient davantage les actes de leur existence; car, dans cette merveilleuse ordonnance de l'univers, chaque être est parfait en lui-même, chaque être est construit de la manière la plus favorable au but qu'il doit remplir, et tout est également admirable dans la nature vivante et animée , depuis la moindre végétation jusqu'à la plus sublime pensée.

Que nous offre cette plante qui naît, croît et meurt chaque année ? Un être dont l'existence est bornée aux phénomènes nutritifs et reproducteurs, une machine formée par l'assemblage d'un grand nombre de vaisseaux droits ou contournés, filières capillaires, à travers lesquelles se filtrent la sève et les divers sucs propres au végétal : ces liqueurs végétales montent généralement des racines où leurs matériaux sont absorbés , au sommet où les feuilles évaporent le résidu de la nutrition, et transpirent ce que la plante n'a pu s'assimiler. Deux propriétés président à l'exercice de ce petit nombre de fonctions : une sensibilité latente, obscure, en vertu de laquelle chaque vaisseau , chaque partie de la plante est émue à sa manière par les liquides avec lesquels elle est en contact ; une contractiiité aussi peu apparente, quoique les résultats en prouvent incontestablement l'existence, contractiiité en vertu de laquelle les vaisseaux sensibles à l'impression des liqueurs se resserrent ou se dilatent pour en effectuer le transport et l'élaboration. Les organesdestinés à lareproduclionanimentunmomcnt cespectacle, plussensibles, plusirrilables.oulcsvoit manifestement agir ; les étamincs ou organes mâles se courbent, s'approchent de l'organe femelle ou du pistil , secouent sur le stigmate leur poussière fécondante , puis se redressent , s'éloignent et meurent avec la fleur , à laquelle succède la semence ou le fruit.

Ce végétal , coupé en plusieurs parties que l'on met en terre avec les précautions convenables, renaît de bouture et se multiplie ; ce qui prouve que ses parties sont assez peu dépendantes les unes des autres, que chacune d'elles contient l'ensemble des organes nécessaires à la vie, et peut exister isolée. Les diverses portions d'un végétal peuvent vivre séparément , parce que la vie , ses organes et ses

PROLÉGOMÈNES.''

propriétés moins nombreuses, sontrépandues d'une manière plus égale , plus uniforme que dans les animaux semblables à l'homme, et que ses phénomènes sont dans une dépendance moins rigoureuse et moins nécessaire. Les diversesparlies d'une plante sont tellement similaires, qu'elles peuvent se changer les unes dans les autres : les étamines en pétales, comme on le voit dans les fleurs doubles; les branches en racines, dans les boutures , et dans l'expérience qui consiste à renverser un arbre dont les branches mises en terre deviennent des racines , tandis que les racines laissées au dehors se couvrent de feuilles et de fruits. Le tissu celluleux ou aréolaire est commun aux végétaux et aux animaux; son existence paraîtessentiellementliée àl'organisation même la plus simple.

Si nous passons du végétal au polype qui forme le dernier anneau de la chaîne animale, nous trouvons un sac de substance molle (1), sensible et contractile dans toutes ses parties, une vie et une organisation au moins aussi simples que celles de la plante. Les vaisseaux qui charrient les liquides, les fibres contractiles, les trachées qui donnent accès à l'air atmosphérique , ne se voient plus d'une manière distincte dans cette substance presque homogène. Aucun organe n'est spécialement destiné à la reproduction de l'espèce. Des humidités suintent à la surface intérieuredu sac, ramollissent et digèrent les aliments qui s'y trouvent; toute la masse s'en imbibe et s'en nourrit, après quoi le sac se contracte de lui-même et vomit le résidu de sa digestion. L'indépendance mutuelle des parties est absolue et parfaite : coupez l'animal en plusieurs morceaux, il renaît autant de fois qu'il est coupé , et chacune des parties en lesquelles cette section le partage forme

(1) Au-dessons de cette classe d'animaux , existe cependant l'innombrable famille des infusoires. Ces êtres yivants, que l'œil ne peut apercevoir sans le secours du microscope, paraissent le produit d'une génération directe ou spontanée. La nature , à l'aide de la chaleur et de l'humidité, leur donne naissance ; nous ignorons comment elle y fait servir certains fluides impondérables , tels que le principe de l'électricité ; néanmoins il est très-probable qu'un petite masse gélatineuse peut, par l'influence réunie de ces causes, se transformer en un tissu cellulaire organisé et vivant. Voilà sans doute la manière dont se forment les monades et cette foule d'animalcules microscopiques qui pullulent et s'agitent avec tant d'activité au sein d'une eau croupissante. La chaleur de l'été paraît indispensable à leur production, car on ne les aperçoit plus dans les temps froids. Les temps orageux en favorisent aussi la multiplication. Comme M. le professeur Lamarck l'a très-bien observé dans sa Philosophie soolo' gi'jue ^ tome il, les modernes paraissent avoir rejeté trop absolument les opinions des anciens touchant les générations spontanées. Sans doute, d'un taureau putréfié, des animaux composés, des abeilles, ne peuvent éclore; mais il n'en est pas de môme de ces êtres qui offrent les premières ébauches de l'organisation. Les monades parmi les infusoires, les byssiis dans la première famille des algues, paraissent le produit immédiat de la chaleur humide, «idée par l'influence de l'électricité. Saussure, il est vrai, a prétendu que le fluide électrique détruisait les animalcules infusoires ; mais ces corpuscules transparents peuvent-ils, une fois formés, supporter la moindre commotion sans qu'elle brise les liens fragiles d'une organisation »i délicate ?

un nouveau polype organisé et vivant comme celui dont il a été séparé. Ces animaux gemmipares jouissent , à un degré plus éminent que les végétaux , de la faculté de sentir et de celle de se mouvoir; leur substance se dilate, s'alongc et s'épanouit, ou bien se resserre et se contracte suivant le genre d'impression qu'ils éprouvent. Néanmoins ces mouvements spontanés ne supposent pas plus que ceux de la sensitive l'existence de la réflexion et de la volonté : semblables à ceux d'un muscle détaché de la cuissed'une grenouille, et soumis auxexcitants galvaniques , ils résultent d'une impression qui ne s'étend pas au delà de la partie qui l'éprouve , et dans laquelle la sensibilité etla contractilité se trouvent confondues.

De ce premier degré de l'échelle animale montons de suite j usqu'aux vers: ce n'est plus une simple pulpe animée et façonnée en sac alimentaire ; des paquets de fibres contractiles ou musculaires ; un vaisseau divisé par plusieurs étranglements en une série de vésicules qui se vident les unes dans les autres , en se contractant par un mouvement dirigé de la tête ou de l'extrémité sur laquelle est placée l'entrée du canal alimentaire , vers la queue à laquelle répond l'anus , vaisseau duquel partent probablement des ramifications latérales ; une moelle épinière également noueuse , ou formée par une suite de ganglions ; des stigmates et des trachées analogues à l'organe respiratoire des plantes, et même, dans quelques-uns, des branchies : tout démontre une organisation plus avancée et plus parfaite. La sensibilité et la contractilité sont mieux prononcées; les mouvements ne sont plus absolument automatiques; il en est qui paraissent supposer dans l'animal des déterminations volontaires. On peut bien encore partager le ver en plusieurs morceaux ; chacun d'eux redeviendra un ver entier , la tête et la queue repullulant aux deux extrémités de chaque tronçon ; mais cette division a un terme audelà duquel les parties coupées ne se régénèrent pas complètement ; elle ne peutdonc être poussée aussi loin que dans les polypes. La substance du verétant formée d'éléments plus dissemblables, il peut arriver qu'une portion trop petite ne contienne plus tout ce qu'il faut pour constituer l'animal.

Les crustacés , et parmi eux l'écrevisse , nous présentent un appareil d'organisation plus compliquée. Ici l'on trouve des muscles prononcés, un squelette extérieur articulé, et dont les différentes pièces sont mobiles les unes sur les autres, desnerfs bien distincts, une moelle épinière avec des renflements, mais surtout un cerveau et un cœur. Ces deux organes, quoique imparfaits, placent l'animal dans un ordre bien supérieur à celui des vers. Le premier devient le siège d'une sorte d'intelligence, et l'écrevisse obéit à des déterminations évidemment réfléchies, lorsque, attirée par l'odeur, elle poursuit une proie éloignée, ou fuit un danger que ses yeux lui font apercevoir. Des viscères accompagnent le tube intestinal , et y versent diverses liqueurs qui concourent à la digestion alimentaire. La sensibilité et la contractilité présentent chacune deux nuances: en effet, les parties de l'animal obéissent aux stimulus intérieurs, ressentent l'impression des fluides, et se contractent pour les mou-

ÉLÉMEin-S DE rnYSlOLOGIK.

voir; d'autre part, par le moyen de ses nerfs et de ses muscles locomoteurs, l'écrevisse se met en rapport avecles objets qui l'environnent. Les phénomènes de la vie s'enchatnent d'une manière rigoureuse et nécessaire; il n'est plus possible départager l'animal en deux parties égales, dont chacune puisse continuer à jouir de la vie ; on ne peut retrancher impunément que certaines parties de son corps, en laissant intacts les foyers centraux de la vitalité : ainsi, que l'on emporte une patte, à l'endroit d'où elle est arrachée, on observe bientôt un petit bourgeon qui pullule, grossit, se développe, et qui, d'abord mou, se revêt d'une enveloppe calcaire , semblable à celle qui recouvre le reste du corps. Cette régénération partielle s'observe fréquemment.

Si des animaux à sang blanc nous nous élevons à ceux à sang rouge et froid, tels que les poissons elles reptiles, nous voyons cette puissance reproductrice devenir de plus en plus bornée, la vie plus dépendante de l'organisation. En effet, si l'on retranche une partie du corps d'un poisson, la queue d'un serpent ou la patte d'une grenouille, les parties coupées, ou ne se réparent point du tout, ou ne se reproduisent qu'incomplètement; tous ces animaux entretiennent avec les milieux dans lesquels ils viventdes relations plus nécessaires ; des branchies chez les uns, des poumons pour les autres, s'ajoutent au cœur, aussi essentiels que lui. Cependant l'action de ces principaux organes n'est point aussi fréquente, autant répétée , d'une nécessité aussi absolue pour l'entretien de la vie. Le serpent passe de longs hivers engourdi par le froid , renfermé dans des souterrains où il manque d'air, ne respirant point, n'exécutant aucun mouvemeat , et frappé d'une mort apparente. Ces animaux, comme tous les reptiles, peuvent i;ie respirer qu'à de longs intervalles, et suspendre pour quelque temps l'entrée de l'air sans compromettre leur existence. Ici les propriétés vitales sont bien tranchées, et ne différent de ce qu'elles sont dans les animaux plus parfaits et dans l'homme, que par des nuances peu importantes : le cœur et les vaisseaux du poisson sentent et agissent au dedans de lui sans qu'il s'en aperçoive. En outre, il a des sens, des nerfs et un cerveau, au moyen desquels il est averti de ce qui peut l'intéresser ; des muscles et des parties dures par le jeu desquelles il se déplace, et se met, avec ce qui l'enviroime, dans les rapports convenables à son mode particulier d'existence.

Nous arrivons enfin aux animaux à sang rouge et chaud , à la tctc desquels sont les mammifères et l'homme. Chez eux tout se ressemble , à quelques légères différences près, dans les organes les plus essentiels. Il n'en est aucun qui n'ait une colonne vertébrale, quatre membres , un cerveau qui remplit exactement la cavité du crâne , une moelle de l'épine, et des nerfs de deux sortes, cinq sens, et des muscles , dont les uns obéissent à l'empire de la volonté , tandis que les autres en sont pleinement indépendants; joignez à cela un long tube digestif, contourné sur lui-même , pourvu , à son entrée, d'agents salivaires et masticatoires, des vaisseaux et des glandes lymphatiques , des artères et des veines sanguines, un cœur à deux oreillettes

et deux ventricules , un poumon lobulaire , qui doit être occupé sans cesse à imprégner le sang qui le 1 traverse de la partie vitale de l'atmosphère , faute j de quoi la vie se suspend ou s'éteint. Aucun de ! leurs organes ne vit qu'autant qu'il participe au ! mouvement général , qu'autant que le cœur étend ■ jusqu'à lui son influence vivifiante ; tous meurent 1 sans retour, quand ils sont tout-à-fait sépares du | corps de l'animal, et rien ne les remplace , quoi ! qu'aient dit plusieurs physiologistes sur les régénéra- | tions prétendues des nerfs et de quelques autres i parties. \

Tout ce qui est de quelque importance pour la j vie se ressemble dans les animaux; et comme les* , organes les plus précieux sont , à l'intérieur, cachés j dans des cavités profondes , Buffon aurait eu raison de dire que tous étaient les mêmes au dedans, et ne différaient qu'à l'extérieur , si cette ressemblance \ frappante dans les organes intérieurs , ou viscères employés à la nutrition , était aussi marquée par rapport aux centres nerveux; mais ces organes spé- i ciaux des sensations intérieures ne différent pas j moins chez les divers animaux que les organes des ■ sens externes. j

Une distance incommensurable sépare l'homme ' des animaux dont l'organisation ressemble le plus i à la sienne : seul il peut être défini un être indéfi- \ niment perfectible , et dont la perfectibilité illimi- j tée se manifeste par une tendance constante vers la ' perfection. '

Le corps humain , formé par un assemblage de ^ liquides et de solides, contientdes premiers environ ; les neuf dixièmes de son poids. Cette proportion des liquides aux solides vous paraîtra d'abord excessive ; mais réfléchissez à l'extrême diminution , au prodigieux amincissement d'un organe desséché : le muscle grand-fessier, par exemple, est réduit, par la dessiccation , à l'épaisseur d'une feuille de papier. Un cadavre du poids décent vingt livres, mis dans un four , en fut retiré , au bout de dix-sept 1 jours, réduit à douze livres de pesanteur. Ces li- i quides, qui forment le plus grand poids dans la i masse du corps, préexistent aux solides; car l'em- i bryon , d'abord gélatineux, peut être considéré i comme un corps liquide: d'ailleurs, c'est à l'aide j d'un liquide (le chyle) que tous les organes se nourrissent et réparent incessamment leurs pertes. Les solides , nés des liquides , reprennent leur premier état , lorsque , ayant fait assez longtemps partie de l'individu , ils sont décomposés par le mouvement nutritif. A n'en juger que par ce simpleaperçu, on voit que la liquidité est essentielle à la matière vivante, puisque le solide naît toujours d'un liquide, et retourne inévitablement à cet état primitif. La solidité n'est donc qu'un état passager , un véritable accident de la matière organisée et vivante : beau sujet, d'où les partisans de la médecine humorale peuvent tirer des difficultés fort embarrassantes pour les solidistes.

Les corps vivants les plus simples, les animalcules infusoires , les radiaires , les polypes ne se rencontrent jamais que dans l'eau; en sorte, dit M. deLamarck (1), « qu'on peut regarder comme

(1) Philosophie zoohgiqvc, 1800, tome II, page 86. J

raOLÉGOMÈWES.

» une vérité de fait , que c'est exclusivement dans » ce fluide que le règne animal a pris son origine.»

L'eau forme la masse principale , le véhicule commun de tous les liquides animaux; des sels y sont toujours dissous, et l'on y trouve la matière animale elle-même dans une sorte de fusion, et sous trois états différents , formant tantôt de la gélatine, d'autres fois de l'albumine, et enfin de ia fibrine. La première de ces substances , solidifiée , forme la base de tous les organes blancs appelés par les anciens spermatiques , tels que les tendons , les aponévroses, le lissu cellulaire, les membranes. L'albumine se trouve en abondance dans presque toutes les humeurs; enfin, la fibrine, contenue dans le sang, est l'élément réparateur d'un système d'organes qui, sous le rapport de la masse, tient le premier rang parmi ceux dont l'assemblage constitue le corps de l'homme, je veux dire le système musculaire. Les chimistes soupçonnent, non sans vraissmblance , que la matière animale passe successivement par les divers états de gélatine , d'albumine et de fibrine ; que ces états différents dépendent de Tanimalisalion progressive de la substance animale , qui , d'abord gélatineuse , oxide hydrocarboneux , ne contenant point d'azote, et passant à l'acide par la fermentation , se combine plus intimement avec l'oxigène, et s'azotise pour devenir albumine putréûable, et se convertir enfin en fibrine par une suraddilion des mêmes principes.

Combien sont nombreux et divers les fluides que l'on trouve dans le corps humain , depuis le chyle et le sang, qui doivent en être regardés comme la source commune, jusqu'à l'urine et la bile, produits composés de l'action sécréloire ! On verra , au chapitre des Sécrétions , quelles distinctions ont été établies entre ces différents liquides, et de quelle utilité parait être chacun d'eux dans le mécanisme de la vie. Il en est un, le plus abondant de tous, dont les usages ne paraissent pas avoir été jusqu'ici convenablement appréciés : je veux parler du produit de l'exhalation qui se fait à la surface des membranes séreuses. Si l'on évalue par l'étendue de ces surfaces la quantité du liquide sécrété , on voit de suite combien elle est considérable : la totalité du sérum du sang peut chaque jour traverser ce vaste appareil, soit poury subir une élaboration assimilatrice , soit pour y maintenir les membranes dans un étal d'humectalion favorable au développement des phénomènes électriques, but principal , peutêtre , de l'exhalation séreuse, compatible avec plusieurs utilités secondaires.

Celte humidité dont les surfaces séreuses sont habituclleraenl enduites, parait surtout remplir cet usage important dans les portions encéphalique et rachidicuue de l'arachnoïde , membrane dont est de toutes parts enveloppée et recouvert la masse nerveuse centrale à laquelle elle adhère au moyen du lacis cellulo yasculaire, auquel on donne le nom de pie mère. Du reste , aucune différence essentielle pour la structure de la membrane et la nature du fluide sécrété entre l'arachnoïde et les autres tissus séreux , si ce n'est peut-être une plus grande ténuité (1).

(1) L'arachnoïde diffère toulcfois notablement des

Il s'agit maintenant d'examiner sons quelle influence et suivant quel mécanisme les liquides passent à l'état solide , ou, en d'autres termes, comment s'opère l'organisation de la matière. L'étude attentivedecerlainesphénomènes faciles à observer va nous révéler ce secret. Lorsqu'une adhérence s'établit entre deux surfaces séreuses et enflammées, l'arachnoïde , la plèvre , la tunique vaginale , par exemple, on voit d'abord une liqueur albumineuse exsudée parla membrane malade ; la matière de ce suintement liquide s'épaissit par degrés, et acquiert de la consistance. La lymphe concrescible se durcit en devenant opaque comme le blanc d'œuf soumis à l'impression d'une chaleur modérée. Cependant des cavités globuleuses s'établissent dans divers points de la substance organisabîe ; ces espèces de vésicules forment des séries plus ou moins régulières, et s'ouvrent les unes dans les autres. A la faveur de cette communication qui s'établit entre elles , elles se convertissent en canaux vasculaires que bientôt remplit un liquide agité par des mouvements visibles , et sur lequel agit le vaisseau de nouvelle formation ; des communications anastomotiques s'établissent, et, confondue avec les tissus voisins qu'elle unit, la membrane, dont l'organisation se perfectionne progressivement , participe à la vie commune. Mon savant collègue , M. le professeur Béclard , a déposé dans les cabinets de la Faculté de médecine de Paris une fausse membrane formée à la surface de l'arachnoïde, sur laquelle il a injecté avec autant d'habileté que de bonheur les vaisseaux développés dans cette espèce de couenne albumineuse.

Des phénomènes analogues se remarquent à la suite de l'opération de l'hydrocéle par injection. Après avoir vidé la tunique vaginale de douze ou quinze onces de sérosité , puis irrité les surfaces par l'injection et la présence momentanée d'un liquide spiritueux, on détermine l'exhalation d'une sérosité nouvelle au moins aussi abondante que celle de l'épanchement primitif. Cette sérosité, produit de la vive irritation des surfaces , n'est plus limpide, mais plus épaisse et lactescente à raison des particules albumineuses qu'elle renferme. Ses parties les plus liquides sont reprises par l'absorption, tandis que l albumine concrescible , de plus en plus rapprochée, colle ensemble les surfaces respectives, et s'organisant par le développement d'un réseau vasculaire, établit entre elles une union indissoluble.

Dans les cas dont on vient de tracer l'histoire, on voit un liquide, d abord inerte, passer à l'état

autres membranes séreuses , par la manière dont se comporle son feuillet viscéral dans le canal racliidicn. Déjà Bichal avait signalé le peu d'adhérence de celle membrane à la pie-mère, et Colugno , avant Biclial , avait reconnu la présence d'un liquide séreux abondant autour de lu moelle. Les rcclierclies de M Alagendie ont démontré que ce liquide était placé en-dehors de la cavilé séreuse . entre l'arachnoïde et la pie-mère , et qu'il était mis en communication avec le liquide des ventricules cérébraux par une ouverture sitiiée entre le cervelet et la face supérieure du bulbe rachidien. Si on fait écouler ce liquide au-dehors, sur un animal vivant , il se régénère avec presqu'autant de facilité que l'humeur aqueuse.

ÉLÉJBKNTS DK PHYSIOLOGIE.

solide , ensuile l'orgaiùsaliou se prononcer dans celte lualiot e sponlanomont eonciescible , d'abord arèolaire, puis >asoulaire, do inanii-re que l'on suit en iiuchiue sorte pas à pas la production du lissu Aivant. Lorsqu'on injecte avec soin les brides membraneuses qui so fornioiit dans la cavité du péritoine à la suite do certaines inllammations de l'abdomen . on trouve dans la production nouvelle un vaisseau principal , qui , semblable à la \cinoporle , se termine de chaque côté par des divisions multipliées au moyen desquelles s'établit la communication avec les parties que la bride unit ou atlacho Tune à l'autre. Maintenant est-il possible de déterminer quelle est la cause qui préside à ces phénomènes? Cette force ou puissance orj^anisatrice suppose l'intervention du principe actif de toutes les opérations animales. Elle esl l'effet évident de l'influence toute-puissante de l'agent dont les nerfs sont les meilleurs sans doute , les principaux , mais non point les uniques conducteurs, principe qui se manifeste en donnant naissance aux phénomènes de l'électricité, du galvanisme, du magnétisme; principe général d'action qui régit la matière, et en anime en quelque sorte chaque molécule.

Les parties solides forment divers systèmes ou appareils, à chacun desquels esl conûo l'exercice d'une fonction plus ou moins importante. En bornant la dénomination d'appareil ou de système organique aux ensembles de parties qui concourent aux mêmes usages , nous en admettons dix, savoir : l'appareil digestif, essentiellement formé par le canal qui s'étend de la bouche à l'anus ; le système absorbant ou lymphatique , qui consiste dans les \atsseaux et dans les glandes de ce nom; le système circulatoire, qui résulte de l'assemblage du cœur, des artères, des veines et des vaisseaux capillaires; le système respiratoire ou pulmonaire; le système glanduleux ou sécrétoire ; le système sensilif, qui comprend les organes des sens, les nerfs, la moelle de l'épine et le cerveau; le système musculaire ou moteur, dans lequel on doit ranger non-seulement les muscles, mais encore leurs tendons et leurs aponévroses; le système osseux, qui comprend également les dépendances des os, comme les cartilages, les ligaments et les capsules synoviales; le système vocal et le système sexuel ou reproducteur, différent dans les deux sexes. Dans la composition de chacun de ces appareils ou s\slèmes organiques entrent plusieurs tissus simples, plusieurs parties similaires , comme le disaient les anciens ; tissus qui dans l'homme peuvent être réduits au tissu cellulaire , au tissu nerveux, au tissu musculaire , et à la substance cornée qui fait la base de l'épiderme , des ongles et des poils.

Ces quatre substances peuvent être considérées comme de véritables éléments organiques , puisque nos moyens d'analyse ne parviennent jamais à les transformer les unes dans les autres , que la pulpe cérébrale ne devient jamais substance cornée, tissu cellulaire lamelleux ou fibre musculaire, de même qu'aucun de ces tissus ne se convertit on pulpe cérébrale. Les os, les cartilages, les ligaments, les tendons , les aponévroses , toutes les membranes se décomposent en tissu cellulaire par la macération prolongée; la flbre musculaire n'est pas susceptible

de cette mutation, non plus que la pulpe ncrveuseji ou cérébrale : la substance cornée y résiste également. Tout nous conduit donc à reconnaître ces quatre principes constituants de nos organes.

Les tissus primitifs ou simples, diversement mo» difiés et combinés en quantités différentes , cl dans des proportions variées , constituent la substancct, do tous nos organes. Leur nombre est bien plustj i| considérable, suivant Uichal , dont celte analyse det l'organisation humaine est la plus belle idée. Cei physiologiste admettait dans l'économie animal» jusqu'à vingt-un tissus généraux ou générateurs mais il est évident que cette analyse est pousséa trop loin; que le lissu épidermo'i'que et le pilcnxt^i] ont exactement la même nature , offrent des propriétés analogues , et sont soumis à un mode sem blable de nutrition ; que le tissu cellulaire est hase commune aux tissus osseux , cartilagineux muqueux, séreux, synovial, dermoïde , etc.

Avouons toutefois que de cette considéralionj n isolée de chaque tissu organique il a su tirer des vues nouvelles, des rapprochements ingénieux, des résultats utiles, et que VAnatomie générale, dans I

latiuelle ces recherches sont consignées , est sont plus beau titre à la gloire. Kien ne manquerait à| cette gloire , si , dans ce livre , et surtout dans se^ autres ouvrages , il avait rendu à ses devanciers ainsi qu'à ses contemporains, toute la justice qu'ils avaient droit d'en attendre.

La fibre simple ou élémentaire , sur laquelle ort a écrit des ouvrages si longs et si volumineux, peu! être regardée comme la pierre philosophale des physiologistes. En vain Haller lui-même, poursui-j vaut cette chimère , nous dit que la libre simple es pour le physiologiste ce que la ligne est pour U géomètre ; et que, comme de celle-ci se forraeni toutes les figures, de celle-là se composent tous le^ tissus : Fibra enim physiologo id est quod linea geo\ meirœ , ex quà uempè figurœ omnes oriuntur : Id ligne mathématique n'est qu'un être intellectuel une pure abstraction de l'esprit, tandis que Toi attribue à la libre élémentaire une existence maté rielle ou physique. Rien ne peut donc nous engagei à admettre une fibre simple , élémentaire ou priraij live , puisque nos sens nous font apercevoir dam l'organisation humaine quatre matériaux bien disij il tincts. j I

Chacune de ces quatre substances dont sonj # formés nos solides, et dont, comme on l'avupluf haut , nos humeuf s renferment les principes , peu i è être chimiquement décomposée en azote , en oxi i J gène , en hydrogène et en carbone. A ces quatn |l éléments chimiques de nos organes, bien différents i #■ par leur simplicité, des matériaux de l'organisa i 11 lion, auxquels pourrait convenir le nom d'élément M organiques , on doit joindre le phosphore . le sou 1 4; fre , la chaux, le fer, et quelques autres substance m dont l'existence dans nos humeurs et dans nos soli des n'est point constante , comme l'est celle de p corpsque nous venons d'indiquer. Faut-il placera ë\ nombre des principes constituants de l'éconorai * certaines substances qui , n'étant point soumise ■> aux lois de la pesanteur, ne nous sont connues qu fi par leurs effets , cl semblent à peine ap|>arlenir W la matière , comme le calorique , la lumière el 1

PROLÉGOMÈNKS,

lectricité, dont le magnétisme et le galvanisme ne sont que des effets? Ces éléments impondérables différent essentiellement des précédents, car ils n'obéissent point axix mêmes lois ; ils agissent sans avoir besoin du contact immédiat, et souvent à de grandes distances; leur action peut s'accroître indéfiniment, et ne va point s'éleignant par degrés comme celle des forces chimiques et mécaniques : elle est aussi rapide que la pensée ; ils pénètrent les corps sans obstacles, etc., etc. De tous ces principes, le plus important à étudier pour le physiologiste, est celui que démontrent les expériences galvaniques (I).

Le corps de l'homme, comme celui de tous les animaux à sang chaud, formé de quatre matériaux immédiats, résolubles en plusieurs éléments primitifs , peut être considéré comme une machine trèscompliquée , formée par l'assemblage d'un certain nombre de rouages plus ou moins importants à son mécanisme; l'action de quelques-uns de ces rouages est tellement indispensable, que sa cessation entraîne à l'instant la mort. Tels sont le système nerveux et l'appareil circulatoire , dont les poumons doivent être regardés comme une dépendance : la Yie résulte évidemment de l'action réciproque que ces deux parties de l'organisme exercent l'une sur l'autre. Le cœur cesse-t-il d'animer le système ner- Teux en y poussant à chaque instant des torrents d'un sang vivifié par l'acte respiratoire , le jeu des organes est aussitôt interrompu. Il finit d'une manière également soudaine quand l'influence des nerfs sur les organes de la circulation est tout-àcoup suspendue. Dans lequel de ces deux appareils réside le principe de la vie ? Cet agent caché existet-il dans le cœur, dans le cerveau, ou dans la moelle de l'épine , comme semble l'annoncer Legallois, en donnant à ses recherches sur la cause des mouvements du cœur le titre trop fastueux d'Expériences sur le principe de la vie? La vie est le résultat d'un concours , d*une harmonie ; elle dépend de l'action mutuelle de l'organe circulatoire sur l'organe nerveux , et de celui-ci sur les instruments de la respiration et de la circulation. Elle est évidemment fondée sur cette admirable réciprocité d'actions harmoniques et concurrentes ; et pour nous servir un moment du langage de Platon, tout, dans le corps de l'homme , comme dans l'univers , est produit par l'influence réciproque des parties qui le composent.

Si quelque chose en nous mérite le nom de principe de vie , c'est sans doute cette partie de l'air atmosphérique dont le sang s'imprègne à chaque instant par l'acte respiratoire ; rien en nous ne sent ni ne se meut qu'autant que le sang artériel y porte cet aliment de la yie : vérité entrevue par les plus anciens philosophes , comme on le voit manifestement dans celle suite de préceptes par lesquels le législateur des Hébreux défend aux peuples soumis à sa loi de se nourrir du sang des animaux (2). Mais

(1) oyes' l'article Galvanisme.

(2) //oc soium cave, no sangvincm comedûs. Sanguis cjiim eorum pro anima est, et idcirco non dehes comedere animam cum carnihus. (Deutéronomc, ch. xii, verset 23 , édition de Walablc.)

pour entrer en action par l'influence de ce principe, le corps de l'homme doit être disposé à la ressentir. Or, celle aptitude résulte de l'existence de deux propriétés ou facultés dont il s'agit maintenant d'éludier la nature.

§ VI. Des propriétés vitales ; sensibilité et coniractilité.

C'est en procédant par voie d'analyse que l'on s'élève de l'observation des fonctions de la vie à la connaissance des propriétés vitales. L'étude des effets a dû naturellement conduire à la recherche de leurs causes ; l'esprit humain s'arrête rarement à la simple contemplation d'un phénomène. Un instinct de curiosité le porte à en chercher le principe; et d'abstraction en abstraction, il parvient quelquefois à le découvrir. C'est de cette manière, c'est en remontant des fails observés à la cause dont ils dépendent, que l'on est parvenu à déterminer que ces actions si variées , dont la vie se compose , dérivent ou dépendent de deux facultés ou propriétés, attributs exclusifs et caractéristiques des êtres organisés et vivants : ce sont la sensibilité et la con Iractilité.

Mais ici une première question se présente fondamentale et tellement importante , que nous ne saurions aller plus avant sans la résoudre. Ces propriétés que nous retrouvons à chaque pas dans l'étude de la physiologie existent-elles réellement, ou doivent-elles être considérées comme des abstractions chimériques, de simples concepts nuisibles aux progrès réels de la science ? Les personnes qui les nient, et n'admettent que Vaction vitale, la vitalité , par cette simple substitution d'un seul mot à deux expressions consacrées par l'usage , auraient-elles changé la face de la physiologie, comme elles ne craignent point d'en afficher la prétention ridicule ? Quel que soit le nom par lequel on ait , à diverses époques , désigné la cause inconnue des phénomènes, de la vie , le plus grand nombre des physiologistes ne s'est point abusé sur la valeur des termes par lesquels il a exprimé cette propriété , cette faculté, celte puissance de vivre , c'est-à-drie de sentir et de se mouvoir. Ce mouvement , intestin, moléculaire, si évident par ses effets, quoiqu'il ne nous soit point donné d'en expliquer le mécanisme ; cette action qui , décomposée dans ses éléments les plus simples, présente à l'esprit deux conditions inséparables, le sentiment et le mouvement, quel que soit le nom sous lequel on l'indique , est établie par l'assentiment de ceux mêmes qui semblent se refuser à l'admettre.

Le sentiment et le mouvement étant les deux faits les plus généraux de l'économie vivante , quelques

Le même précepte avait été donné par Dieu à Noé au sortir de l'arche, (^ foijez Genèse, oliap. ix, v. 4.) L'armée d'Israël le transgressa. (Foj'ez Livre des Rois, chap. XXIV. 32 et 33.) L'apôlrc saint Paul le renouvela. (^Voj'ez Actes des Apôtres, chap. xv, v. 20, et chap. xxi , v. 25.) Aussi plusieurs théologiens l'ont-ils accusé de juduïs?nc.

0 Le soldat qui reçoit la paie du roi, la reçoit pour » prix de son âme ; c'est pourquoi s'il s'enfuit dans l'occa- )) sion , que son sang soit répandu. » ( Voj'ages de Chardin en Perse.)

médecins voudraientà la vérilé qu'au lieu d'abslraire on s'en tînt à l'idée déjà abstraite de l'action , sans s'élever jusqu'à celle de piciiltè , nécessairement postérieure et subséquente ; convaincu , comme l'est depuis long-leraps l'auteur de cet ouvrage, que d'abstraction en abstraction on arriverait à l'organisation comme à la dernière raison de la vie. Ces médecins voudraient proscrire les termes de sensibilité et de contractiiité , elles exclure, sinon de la science , au moins du langage ; mais celte innovation , toute grammaticale et peu importante, est impossible dans l'état actuel de la physiologie, et l'emploi involontaire et forcé des mots de sensibilité et de contractiiité par les personnes qui ont le plus déclamé contreces expressions, justifie assez leur usage.

Jusqu'à ce qu'on soit parvenu à expliquer par les lois de la physique tous les phénomènes de l'organisme, jusqu'à ce qu'on ait découvert comment de l'amalgame de réiectricilé ou de toute autre substance impondérable avec le tissu de nos organes, naît le jeu de la vie, les propriétés vitales admises comme de pures abstractions, ou mieux comme desimpies généralisations des faits observés, ne sauraient être bannies de la physiologie. Personne depuis long-temps ne les conçoit comme des êtres matériels et distincts des organes, ainsi que voudraient le faire croire certains Don Quichotte de la science, dont les combats à outrance contre les forces vitales, ces abstractions nécessaires, rappelleraient si bien la fameuse aventure des moulins à vent, s'ils en remportaient quelques meurtrissures, châtiment mérité de leur outrecuidance.

On entend par sensibilité celte faculté des organes vivants qui les rend aptes à éprouver par le contact d'un autre corps une impression plus ou moins profonde qui change l'ordre de leurs mouvements, les accélère ou les ralentit, les suspend ou les détermine. La contractiiité est cette autre propriété en vertu dO' laquelle les parties excitées, c'est-à-dire, dans lesquelles la sensibilité a été mise en jeu , se resserrent ou se dilatent, agissent , en un mot, et exécutent des mouvements. De même que nous n'avons pas toujours la conscience des excitations qu'éprouvent nos organes, et qui , par exemple, rien ne nous avertit de l'impression stimulante par laquelle le sang pi'bvoque l'action du cœur ; de même nous avons besoin du secours de la réflexion pour admettre la réalité de certains mouvements , de ceux , par exemple , à la faveur desquels les humeurs arrivées dans les plus petits vaisseaux s'incorporent au lissu des parties ; genre de mouvements qui, pour nous servir d'une comparaisoningénieuse, ressemblent à ceux del'aiguille à heures d'une montre à secondes. Cette aiguille paraît immobile; et cependant elle mesure en vingtquatre heures toute la circonférence du cadran que l'autre parcourt en une minute avec un mouvement très-apparent.

En considérant la vie dans la longue série des êtres qui en jouissent, nousavons vu que ceux pour qui elle est le plus bornée , ou mieux , chez lesquels elle se compose d'un plus petit nombre d'actes et de phénomènes , les végétaux, par exemple, et les animaux, tels que les polypes, qui n'ont ni cerveau,

ni système nerveux distinct, sont à la fois sensibles et contractiles dans toutes leurs parties. Tous les corps vivants, tous les organes qui entrent dans leur composition, sont imprégnés, qu'on nous permette cette expression, do ces deux facultés nécessairement coexistantes , et qui se décèlent par des mouvements intérieurs et nutritifs, obscurs, appréciables seulement par leurs effets : elles y paraissent réduites au degré absolument indispensable pour que les sucs dont sont arrosées toutes les parties d'un être vivant délerminenl l'action en vertu de laquelle ces parties doivent se les approprier. On conçoit qu'il n'en est aucune qui puisse se passer de ces deux propriétés de sentir et d'exécuter des mouvements; propriétésgénéralement diffuses dans toute la matière organisée et vivante, mais qui, répandues partout , n'ont cependant point d'organe ou d'instrument particulier. Sans ces deux facultés, comment les diverses parties agiraient-elles sur le sang ou sur les sucs qui en tiennent la place , pour en retirer les matériaux qui servent à la nutrition et aux diverses sécrétions ? Aussi sont-elles communes à tout ce qui a vie , aux animaux et aux végétaux , à l'homme qui veille cl à celui qui dort d'un profond sommeil , au fœtus el à l'enfant qui a vu la lumière , aux organes des fonctions assimila- Irices , et à ceux qui nous mettent en rapport avec les êtres qui nous environnent. Toutes deux obscures, inséparables, elles président à la circulation du sang, à la progression des humeurs, en un mot, à tous les phénomènes nutritifs. Comme elles paraissent inhérentes auxpremiers linéaments del'organisalion, aux rudiments primitifs des tissus, on a proposé de les nommer staminales. Indispensables à la fibre vivante, la sensibilité et la contractiiité nutritives sont inséparables l une de l'autre ; ensemble, elles constituent la vitalité de la trame primordiale des organes. La matière organisée , soit végétale , soit animale , leur doit son énergie conservatrice et reproductrice; elles représentent parfaitement ce que Glisson (1) , le premier auteur de la véritable doctrine des forces vitales , désigne par le nom d'irritabilité.

Si la sensibilité nutritive est toujours latente ou cachée, il n'en est pas de même de la contractiiité qui peut être sensible ou insensible. L'os qui s'approprie le phosphate de. chaux auquel il doit sa solidité, exerce cette action sans que nous en soyons avertis , si ce n'est par son résultat; mais le cœur , qui ressent la présence du sang sans que nous ayons la conscience de cette sensation, exerce des mouvements facilement apercevables, quoiqu'il ne soit en notre pouvoir ni de les suspendre , ni de les accélérer.

Des propriétés vitales à on aussi faible degré n'eussent pu suffire à l'existence de l'homme et des cires qui lui ressemblent, obligés comme lui d'entretenir des rapports multipliés avec tout ce qui les entoure : aussi jouissent-ils d'une sensibilité bien supérieure, au moyen de laquelle les impressions qui affectent certains de leurs organes, sont perçues, jugées, comparées, etc. Ce mode de sensibilité

(1) De tiaturâ substanliœ eneigeiicd, seu de vità naturœ. Lomlini, 1672.

l'ROLÉGOMÈNES.

serait mieux nommé perceptibilité, ou faculté de se rendre compte des émotions qu'on éprouve. Elle exige un centre auquel les impressions se rapportent ; aussi n'exislc-t-elleque dans les animaux qui, comme l'homme, ont un cerveau ou quelque chose qui en tient la place, tandis que les zoophytes et les végétaux , privés de cet organe central , sont également dépourvus de cette faculté. Les polypes et plusieurs plantes, telles que la sensitive, exécutent cependant des mouvements spontanés, qui paraissent indiquer l'existence de la volonté, et par conséquent delà perceptibilité; mais ces mouvements résultent d'une impression qui ne s'étend pas au-delà delà partie qui l'éprouve, et dans laquelle la sensibilité et la contraclilité se trouvent confondues.

La sensibilité, en quelque sorte latente, de certaines parties du corps, ne peut pas être entièrement assimilée à celle des végétaux , puisque ces organes, dont le sentiment est ordinairement si obtus, manifestent dans leurs maladies une sensibilité percevante , qui s'annonce par de vives douleurs ; qu'il suffit même de changer le stimulant auquel ils sont accoutumés pour déterminer ce phénomène. Ainsi, l'estomac, sur les parois duquel les aliments ne produisent, dans l'état ordinaire, aucune impression perceptible, renvoie des sensations très-distinctes , et devient le siège de douleurs atroces lorsqu'on y a mêlé quelques grains d'une substance vénéneuse. De la même manière , nous ne nous apercevons des impressions qu'exercent sur les parois de la vessie ou du rectum les urines ou les matières fécales accumulées, qu'au moment où elles sont devenues, par leur séjour, assez irritantes pour ébranler, à un certain degré, ces poches irritables et sensibles, et transformer leur sensibilité obscure en sensibilité bien apparente. Ne pourraiton pas soupçonner que si, dans l'état sain, nous n'avons pas la conscience des impressions qu'exercent sur nos organes les sucs qui y abordent, c'est qu'accoutumés aux sensations qu'ils font naître presque sans interruption, nous n'en avons eu qu'une perception confuse, qui a fini par disparaître ? Et ne peut-on pas, sous ce point de vue, comparer tous ces organes à ceux dans lesquels résident les sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, qui ne peuvent plus être excités par des stimulants auxquels ils ont été long-temps soumis, et dont ils ont contracté l'habitude ?

Deux sortes d'organes, bien différents par leurs usages et par la nature de leurs propriétés, entrent dans la composition du corps de l'homme ; ce sont comme deux machines vivantes et réunies : l'une, formée par l'assemblage des sens , des nerfs, du cerveau, des muscles et des os, sert à établir ses relations avecles objets du dehors; l'autre, destinée a la vie intérieure, consiste dans le tube digestif, les appareils absorbant , circulatoire, respiratoire et secrétoire. Les organes de la génération, dans 1 un et dans l'autre sexe, forment une classe à part, laquelle, pour la nature des propriétés vitales, tient en même temps des deux autres.

Parle moyen des sens et des nerfs, qui de ces organes se rendent au cerveau , nous pouvons apcrcevoir ou sentir l'impression que les choses exté-

rieures produisent sur nous: le cerveau, siège véritable de celte sensibilité relative, excité par ct s impressions, peut irradier dans les muscles le principe du mouvement, et déterminer l'exercice de leur contractilité. Cette propriété , soumise à l'empire de la volonté , se manifeste par le raccourcissement subit d'un organe musculaire qui se gonfle, se durcit, et détermine le mouvement des pièces du squelette auxquelles il s'attache. Les nerfs et le cerveau sont essentiellement les organes de ces deux propriétés. La section des premiers entraîne la perte du sentiment et celle du mouvement volontaire dansles parties auxquelles ils se dislribuen!; l'autre espèce de sensibilité est, au contraire , toutà-fait indépendante de la présence des nerfs; elle règne dans tous les organes , quoique la substance de tous ne reçoive pas de filets nerveux. On pourrait même dire que les nerfs cérébraux ne sont pas du tout essentiels à la vie de nutrition ; les os , les artères , les cartilages , et plusieurs autres tissus dans lesquels le scalpel ne peut les suivre, se nourrissent aussi bien que les organes dans lesquels ils existent en abondance ; les muscles eux-mêmes s'entretiennent dans leur économie naturelle, malgré la section de leurs nerfs. Seulement privés de ces moyens de communication avec le cerveau, ils ne peuvent plus en recevoir le principe des contractions volontaires ; au lieu de ce raccourcissement soudain, énergique et durable, que la volonté y délermine, ils ne sont plus susceptibles que de ces tremblotements fibrillaires que l'on connaît sousle nom de palpitations.

L'anatoraiste qui étudie les nerfs sous le rapport de leur terminaison, les voit tous partir du cerveau et de la moelle de l'épine pour aller se rendre , après un trajet plus ou moins long, aux organes des mouvements et des sensations. Qu'armé de son scalpel , il dissèque un de nos membres ,1a cuisse, par exemple, il verra les cordons se séparer en un grand nombre de filets, dont la plupart se perdent dans l'épaisseur des muscles, tandis que les autres , après avoir rampé quelque temps dans le tissu cellulaire qui unit la peau à l'aponévrose, se terminent à la face interne du derme , en forment le tissu, et s'épanouissent en houppes ou papilles sensibles à sa surface. Les os , les cartilages , les ligaments, les artères et les veines, toutes les parties dont l'action n'est pas soumise à l'empire de la volonté , n'en reçoivent point, ou du moins les filaments qui y pénètrent sont réduits à un tel étàt de ténuité , qu'ils échappent à l'anatomiste le plus habile. Cependant toutes ces parties qui , dans leur état naturel , ne transmettent au cerveau aucune impression perceptible, qu'on peut, après les avoir isolées', lier et couper impunément sans que l'animal témoigne de la douleur , et sur l'action desquelles la volonté n'a aucun empire , jouissent];néanmoins^ d'une sensibilité et d'une contractilité en vertu desquelles elles sentent et agissent à leur manière, reconnaisscntdans les fluidesqui les arrosent ce qui convient à leur nutrition, et séparent cette partie récrémenliticlle qui a affecté convenablement leur mode particulier de sensibilité.

En bornant nos regards à la considération d'un seul de nos membres, nous y reconnaissons donc

ÉtÉMENTS DE PHYSIOLOGIE.

facilement deux luunières de sentir, comme deux sortes de mouvements : une sensibilité en vertu de laquelle certaines parties transmettent au cerveau les impressions qu'elles ressentent , impressions dont nous acquérons la conscience; une autre sen- Bibilité dont jouissent tous les organes sans exception , mais à laquelle certains sont bornés, et qui sufût à l'exercice des fonctions nutritives, à l'aide desquelles ils se développent et so réparent; deux espèces de contraclililé appropriées aux deux différences de la sensibilité : l'une en vertu de laquelle les muscles soumis à la volonté exercent les contractions qu'elle détermine ; l'autre qui, soustraite à l'empire de celle faculté de l'âme, se manifeste par des actions dont nous ne sommes pas plus avertis que des impressions qui en sont les causes déterminantes.

Ces deux grandes modifications de la sensibilité et de la contraclililé une fois bien distinguées , il n'est pas difficile de voir d'où proviennent les éternelles disputes de Haller et de ses seclaleurs sur les parties irritables et sensibles du corps des animaux et de l'homme. Tous les organes auxquels ce savant physiologiste a refusé ces deux propriétés, comme les os , les tendons , les membranes , les cartilages, le tissu cellulaire, etc., etc., ne jouissent que de celte sensibilité latente, et de celte obscure contractiiilé, communes à tous les êtres vivants, et sans lesquelles il est impossible de concevoir l'exislence de la vie : ils sont complètement , dans l'état sain!, privés delà faculté de renvoyer au cerveau des impressions perceptibles , et d'en recevoir le principe d'un mouvement manil'esle et sensible. On a également beaucoup disputé pour savoir si la sensibilité et la contraclililé tenaient à l'existence des uerfs, si ces parties en étaient lesinstrumens nécessaires, si leur désorganisation entraînait la perle de ces deux propriétés vitales dans les parties qui les reçoivent. On peut répondre oui , pour la sensibilité percevante et le mouvement volontaire qui lui est entièrement subordonné; mais que l'exislence des nerfs n'est pas du tout nécessaire pour l'exercice de la sensibilité et de la contraclililé indispensables à l'assimilation nutritive.

Rien dans le corps vivant n'est absolument insensible ; mais , dans chaque organe , la sensibilité est tellement modifiée , qu elle ne répond point aux mêmes stimulus. Ainsi l'œil est insensible aux sous , comme l'oreille à la lumière. Unedissolution de tartrite anlimonié de potasse ne produit aucune impression désagréable sur la conjonctive ; portée dans l'estomac, elle provoque des mouvemens convulsifs; tandis qu'un acide que ce dei-nier supporte irrite la membrane qui unit les paupières au globe de l'œil, etoccasione une violente ophlhalmie. C'est par la même raison que les purgatifs traversent l'estomac sans produire leur effet sur ce viscère, et vont solliciter l'action du tube intestinal; que les canlharides affectent spécialement la vessie, le mercure les glandes salivaires. Chaque partie sent , se meut , et vit à sa manière ; dans chacune , les propriétés vitales so nuancent et se modifient de telle sorte , qu'elles peuvent être considérées comme autant de membres séparés d'une même famille , travaillant à un but commun , tendant au

même résultat, concourant aux mdmes travaux , consmtientia omm'a. (Ilipp. )

La faculté de se rendre compte de ses sensations , et celle de se mouvoir à volonté, communes à l'homme et à tous les animaux qui ont un centre nerveux distinct, sont essenliellementliées l'uné à l'autre. Supposez , en effet , un être vivant revêtu d'organes locomoteurs , et privé de sensations , entouré de corps qui menacent à chaque instant sa frêle existence, n'ayant aucun moyen de distinguer ceux qui lui sont nuisibles , il courra infailliblement à sa perte. Si la perceplibililé pouvait, au contraire , exister indépendamment du mouvement , quel sort affreux serait celui de ces êtres sensibles, semblables aux fabuleuses hamadryades , qui , placées inamoviblement dans les arbres de nos forêts, supportaient, sans pouvoir les éviter, tous les coups portés à leur demeure ! Les songes nous placent quelquefois dans une situation qui nous donne la juste idée de cet état : un péril certain menace notre existence ; un énorme rocher semble se détacher , rouler , et se précipiter sur notre frêle machine; un monstre effroyable paraît nous poursuivre, et, pour nous engloutir, ouvre une gueule immense. Nous voulons échapper à ce danger imaginaire , le fuir ou le repousser; et cependant une force invincible , un pouvoir inconnu , une main puissante, paralyse nos efforts, nous retient , et nous enchaîne immobile dans la même place. Celle situation est horrible , désespérante , et l'on se réveille accablé de la peine qu'on en a ressentie.

De même qu'il n'est aucune partie qui ne sente d'une façon qui lui est propre , de même il n'en est point qui n'agisse, ne se meuve, ne se contracte à sa manière; et peut-être les parties qu'on a trouvées sans mouvement analogue à la contraclililé musculaire , n'ont persisté dans cet état d'immobilité que par le défaut d'excitant convenable à leur nature particulière. Des physiologistes disent avoir produit des frémissements marqués dans le mésentère d'une grenouille et dans celui d'un chat , en les touchant , après les avoir préliminairement imbibés d'alcool ou d'acide murialique. Piquez avec une aiguille, raclez avec un scalpel les ligaments d'une articulation mise à découvert , l'animal ne ressent aucune douleur, et vous croiriez ce tissu parfaitement insensible, si les cris qu'il jette lorsque vous venez à tordre ou à tirer avec force sur la jointure , ne vous avertissaient que la sensibilité des ligaments a besoin de ce genre particulier d'irritation pour être mise en évidence.

Dans l'opération du sarcocèle (I), je me suis souvent aperçu qu'au moment où , soutenant la tumeur avec la main gauche, je faisais de la main droite, armée d un bislouri , la section du cordon des vaisseaux spermaliques , la tunique vaginale of-

(1) Les contractions de la tunique érylhroïde, formée par l'épanouissement du muscle crémastcr , ont sans doute servi il rendre Leaucou|) plus apparent le phénomène dont il s'agit. Cet effet doit être surtout marque au moment de la section du cordon spermatiquc. Ce sont les contractions du môme muscle qui froncent la peau du scrotum frappé par le froid , et remontent alors les testicules vers les anneaux des muscles du bas- ventre. La contraclilitc de la peau des bourses u'a qu une faible part dan» celle action.

PROLÉGOMÈNES

frait des contractions oscillatoires : elle se resserre d'une manière -visible dans l'opération de l'hydrocèle. L'injection d'une liqueur irritante y détermine des mouvements marqués. Le tissu osseux , malgré le pliosphale de chaux qui l'incruste , est susceptible d'une contraction dont les effets, pour être lents , n'en sont pas moins incontestables. Après la chute ou l'avulsion des dents, le bord alvéolaire s'amincit en revenant sur lui-même , et les alvéoles disparaissent. Le sinus maxillaire revient sur luimême après l'arrachementdes polypes qui remplissaient et dilataient sa cavité. Ces faits me semblent prouver bien mieux encore que toutes les expériences faites sur les animaux vivants (expériences dont , pour le dire en passant , les résultats ne doivent point être appliqués à l'économie de l'homme avec la conûance qu'on leur accorde ), ce qu'on doit penser des prétentions de Haller et de ses sectateurs sur l'insensibilité et la non<drritabilité des membranes séreuses et des autres organes d'une structure analogue. Dans le plus grand nombre des expériences sur les animaux vivants , l'on commence par inciser la peau , et la douleur qu'occasione la section de celle membrane est assez vive pour que , auprès d'elle , celle que causent les incisions pratiquées sur plusieurs autres tissus, soit comme si elle n'existait pas. Les nerfs seuls parais sent alors sensibles, ou plutôt c'est seulement quand l'instrument les intéresse, que l'animal jette des cris, et témoigne par son extrême agitation les souffrances qu'il éprouve. C'est évidemment parce qu'ils sont le seul tissu dont la sensibilité l'emporte sur celle de l'enveloppe cutanée.

Nous ne parlerons point ici de la porosité, de la divisibilité, de l'élasticité, et des autres propriétés que les corps vivants partagent avec les substances inanimées. Ces propriétés ne s'exercent jamais dans toute leur étendue, dans toute leur pureté , si l'on peut se servir de ce terme; leurs résultats sont toujours altérés par l'influence des forces vitales , lesquelles modihent constamment les effets qui semhlent dépendre le plus immédiatement d'une cause physique, mécanique , chimique, ou de tout autre agent de cette espèce. Lors même quelavieu'exisle plus, l'organisation suffit encore pour modifier puissamment les propriétés physiques de nos organes. Cette influence de l'organisation détermine ce que l'on nomme les propriétés du tissu. C'est ainsi que les chairs d'un cadavre s'alongent et reviennent sur elles-mêmes quand on les lire ou qu'on les coupe , et se raccornissenl, si on les soumet à l'action du feu ; changements d'état qui , survenant lorsque toute vie est éteinte , indiquent manifestement un mode de conlraclililé entièrement dépendante de l'organisation. L'extensibilité par alongeincnt, propriété de tissu, également liée etinhérente à l'organisation, ne doit pas être confondue avec Vextensibilité vitale dont jouissent certains organes, tels que la verge , le clitoris; tous se gonflent, se dilatent par l'afflux des humeurs, quand ils sont irrités; mais cet effet ne dépend point d'une propriété spéciale et distincte de la sensibilité et do la conlraclilité. Ces parties se dilatent; leur tissu s'étend par l'exercice de ces deux propriétés, qui donneraient lieu au même phénomène dans loulos

les parties , si toutes avaient la même structure.

lien est de même de la caloricité, ou de cette puissance inhérente à tous les êtres vivants , de persister dans le même degré de chaleur sous les températures les plus variables ; propriété en vertu de laquelle le corps humain, chaud de 30 à 32 degrés, conserve la même température sous le climat glacé des régions polaires, comme au milieu de l'atmosphère embrasée de la zone torride. C'est par l'exercice de la sensibilité et de la contractilité, c'est par les fonctions auxquelles ces forces vitales président, que le corps résiste à l'influence également destructive du froid et du chaud excessifs (1).

Si l'on admettait la caloricité au nombre des propriétés vitales, parce que , suivant les paroles du professeur Chaussier , cette conservation d'une chaleur uniforme est un phénomène très-remarquable, on serait conduit à supposer une cause distincte , c'est-à-dire , une propriété particulière pour la production d'autres phénomènes non moins importants.

Barthez et Dumas ont commis la même erreur : le premier, en voulant établir l'existence d'une force de situation fixe des molécules de la fibre musculaire; et le second, en ajoutant à la sensibilité et à la contractilité une troisième faculté qu'il nomme force de résistance vitale. Les muscles, dans l'état vivant, se déchirent bien plus difficilement que sur le cadavre , parce que la contractilité dont ces organes jouissent au plus haut degré, tend sans cesse à conserver le contact des molécules dont la série forme la fibre musculaire , et même à rendre leur rapprochement plus intime. Ce fait, donné comme preuve de l'existence d'une force particulière, s'explique facilement par la contractilité.

Les corps organisés et vivants résistent à la putréfaction par le fait même de la vie. L'agitation continuelle des liquides , la réaction des solides sur les humeurs, la rénovation successive de ces dernières journellement rafraîchies par l'introductioa d'un nouveau chyle , sans cesse -épurées au moyeu des sécrétions par lesquelles les produits trop animalisés s'évacuent : voilà les causes qui empêchent le mouvement putréfactif de s'établir dans les corps jouissant de la vie, malgré la multiplicité et la volatilité de leurs éléments. Leur conservation est donc un effet secondaire et dépendant de l'exercice des fonctions auxquelles la sensibilité et la contractilité président. La nature excelle à faire dériver une multitude d'effets d'un petit nombre de causes : c'est donc connaître bien peu ses lois , qu'imaginer pour chaque fait une cause particulière.

La séparation du chyle opérée dans le duodénum par le mélange de labile avec la masse alimentaire, la vivificalion du sang par la respiration , la confection des humeurs par les glandes conglomérées, la nutrition dans les organes , sont autant d'actes de l'économie vivante pour lesquels on serait tenté de supposer des forces distinctes ; mais ces opérations chimico vitales (2) sont tellement subordonnées

(1) Voyez Vllistoire de la chaleur aniviale.

(2) M. le professeur Broussnis donne le nom de chimia virante à ce» ucles de rorgunisalion.

la sensibilité et à la conlraclililé , qu'elles s'effectuent seulement dans les appareils animés par ces deux propriétés, et que leur exécution plus ou moins parfaite est toujours relative à l'état de ces propriétés dans les organes où elles s'accomplissent.

Nous voilà revenus à l'organisation , ou plutôt à la condition matérielle des organes, considérée comme cause ou raison suffisante des phénomènes qu'ils peuvent offrir. Dans l'étatactucl des sciences, on est bien éloigné d'avoir reconnu toutes les propriétés delà matière, et surtout déterminé la mesure de son énergie et de son activité. D'un simple changement de proportions et de rapports entre les molécules constitutives d'une substance, naissent à chaque instant des phénomènesnouveaux; comme on voit dans les appareils électro-moteurs, des effets inattendus résulter d'une autre disposition des métaux , de leur humectalion , de leur échauffement, etc. , etc. Quoiqu'il en soit, cette cause, long-temps inconnue, qui fait gronder la foudre et dirige l'aiguille aimantée , anime de son action le monde moléculaire, et soumelà des lois, semblables peut-être , la matière réduite à l'état de molécule , et les masses les plus considérables des planètes. Déjà , comme on le verra dans la suite, les expériences de M. Wilson Philips ont prouvé qu'un courant galvanique au travers de l'estomac rétablissait l'action digestive de ce viscère , interrompue par la section de ses nerfs; celles de MM. Prévost et Dumas ont établi que les contractions musculaires sont le résultat d'un influx électrique par l'effet duquel la fibre musculaire se plisse dans tous les points où sa direction se trouve coupée par une fibrille nerveuse, etc., elc. Ce nesera qu'au moment où le rôle que joue cette puissance universelle dans les actions vitales se trouvera tout-à-fait connu et déterminé , que les physiologistes cesseront de disputer sur les propriétés de la matière organisée ; alors aussi sans doute les physiciens sauront si la chaleur et la lumière sont des corps existant par eux-mêmes, ou de simples propriétés. En attendant cette époque éloignée, continuons de nous conformer au langage adopté. Les mots ne peuvent point ici nous abuser, car nous en avons d'avance déterminé la valeur.

Nous avons reconnu qu'il existait deux grandes modifications de la sensibilité et de la conlractilité; que la sensibilité se divisait en sensibilité percevante et en sensibilité latente; que la contractilité était tantôt volontaire , à" mires fois involontaire ,el que celte dernière pouvait être apercevable ou insensible.

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