SENSIBILITÉ
CONTRACTILITE.
'Porcevante. {Sensibilité cérébrale, ticrveuso , unimalo , perceptibilité.)
Avec conscience des impressions ou perceptibilité : elle nécessile un appareil particulier.
Latente. {Sensibilité nutritive , orga nique^ staminale.
Sans conscience des impressions, ou sensibilité générale et^conimunc à tout ce qui a vie : elle n'a point d'organe spécial , et se trouve universellemen répandue dans toutes les parties vivatt ^tes, végétales et animales.
Volontaire et sensible , subordon née à la perceptibilité.
Involontaire et insensible, correspondante à la sensibilité latente. To niciié.
Involontaire et sensible.
Cette dernière modification de la contractilité parait avoir sa cause dans l'organisation particulière du système des nerfs grands-sympathiques. C'est de ces nerfs que le cœur, le tube digestif, etc., pa^ laissent tenir la propriété d'offrir des contractions sensibles, effets de l'application directe d'un stimu' lus, et auxquelles la volonté ne prend aucuue part, comme nous le dirons en parlant de ces nerfs.
La sensibilité et la contractilité présentent une foule de différences dont les principales dépendent de l'âge, du sexe, du régime, du climat, de la saison, de l'état de sommeil ou de veille, de santé ou de maladie , du développement relatif des systèmes lymphatique , cellulaire ou graisseux, et des pro portions qui existeut entre le système nerveux et le système musculaire.
1" Le principe inconnu de la sensibilité et de la contractilité parait se comporter à la manière d'un fluide qui naît d'une source quelconque, se consume, se répare, s'épuise, se distribue également ou se concentre sur certains organes.
2° Comme la contractilité, la sensibilité est trèsgrande au moment de la naissance, et parait diminuer plus ou moins rapidement jusqu'à la mort.
3° La vivacité , la fréquence des impressions l'usent de bonne heure ; elle se répare en quelque sorte, c'est-à-dire, revient à sa délicatesse pre mière, lorsque les organes sensibles restent long temps en repos. C'est ainsi qu'un gourmand dont le goût serait blasé, en recouvrerait toute la finesse, si, pendant plusieurs mois, aux ragoûts épicés, aux liqueurs fortes, il substituait le pain sec el l'eau pure. De la même manière, la contractilité se consume dans les muscles trop long-temps exercés, el se repare pendant le repos que le sommeil pro cure.
4" Veut-on un exemple de la manière dont la sensibilité se concentre sur un organe, et semble abandonner tous les autres? Quand rexcilcment vénérien esl au dernier degré, ceux qui l'éprouvent reçoivent sans douleur des coups , des piqihes. On maltraite durement les animaux doincsiiquos , dans cet état, sans qu'ils paraissent s'en apercevoir. Si l'on mutile le crapaud en coupant ses pattes de
PROLÉGOMÈNES
derrière au moment où, tenant la femelle clroilemenl embrassée, il arrose de sa semence prolifique les œufs qui se délacbent et sortent par l'anus , on ne le voit point lâcher prise ; il semble étranger à toute autre sensation : tout comme un homme fortement occupé d'une idée, absorbé par la réflexion, ne peut en être distrait, quelque moyen qu'on emploie. Lorsque, par l'effet du salj riasis, l'exaltation des propriétés vitales est extrême dans la verge , on a vu, au rapport d'Aëlius, les malades se couper eux-mêmes les deux testicules sans éprouver les douleurs qu'entraîne après soi une opération aussi cruelle (1). C'est par cette loi de la sensibilité que s'explique l'observation d'Hippocrate : deux parties ne peuvent pas être douloureuses en même temps. De deux douleurs qui naissent à la fois, la pins violente obscurcit la plus légère : Duobus doloribussimulobortis, non eodem in loco, vehementîorobscurat altcrum ( Hipp. ); et par douleur , il faut ici moins entendre une sensation pénible qu'un travail, une action morbifique , comme l'exprime positivement le terme grec, mal interprété par le plus grand nombre des traducteurs. Dans une personne qui a plusieurs engorgements considérables, on voit les parties malades s'enflammer , devenir douloureuses, et s'abcéder successivement, rarement ensemble, pour peu que le cas soit grave et la souffrancé un peu vive. Le germe d'une maladie ou d'une douleur plus légère peut rester quelquefois assoupi par une douleur plus forte. Un carrosse, dans lequel j'étais, versa par la maladresse du cocher: les glaces furent brisées, et j'eus les deux poignets foulés. Le poignet droit, qui avait éprouvé le tiraillement le plus considérable, se gonfla le premier; je combattis ce gonflement par les remèdes appropriés : lorsqu'au bout d'une semaine la tuméfaction et la douleur avaient presque complètement disparu , et que la main droite commençait à reprendre sa flexibilité et sa souplesse, le poignet gauche se gonfla et devint à son tour douloureux. Les deux maladies , si elles méritent ce nom, se succédèrent, et parcoururent séparément leurs périodes.
La perfection d'un sens ne s'achète jamais qu'aux dépens des autres; les aveugles, donnant plus d'attention aux ébranlements ressentis par l'ouïe et le toucher, étonnent souvent par la finesse de ces deux organes ; de façon que, comme on l'a dit, les hommes qui, pour donner quelques agréments à la voix, ont osé mutiler leurs semblables , en les privant de l'organe destiné à la reproduction de l'espèce , auraient pu imaginer de leur crever les yeux, pour les rendre plus sensibles aux douces impressions de l'harmonie.
5" Dans le sommeil parfait , l'exercice de la scnsibililc percevante et celui de la contractilité volontaire sont entièrement suspendus. Dans cet état , un voile plus ou moins épais , suivant que le sommeil est plus ou moins profond , semble jeté sur les extrémités sentantes. On sait comment l'ouïe devient dure , l'odorat et le goût obtus ; comment la vue s'obscurcit, un nuage se répandant sur les
(1) NovimiJS quosdam audaciore» qui sibi ipsis ferro testes resecucrunl. (Aetii. telrab. 3, s. 3, p. 0^9, )
yeux au moment où l'on s'endort. Vit quidam cxquisitissimâ sensibilitate prœditus, semiconsopitus co'ibat : huic , ut si velamento levi glans obductus fuisset, sensus voluptatis referebatur.
6o La sensibilité est plus vive et plus facile à émouvoir chez les habitants des pays chauds que chez ceux des contrées septentrionales. Quelle prodigieuse différence existe, sous ce rapport, entre le Belge et le Français des provinces méridionales ! Les voyageurs nous racontent qu'au voisinage des pôles il est des peuplades dont les individus ont si peu de sensibilité, qu'ils supportent sans douleur les plus profondes blessures. C'est ainsi queDixon et Vancouver attestent que les habitants des côtes du nord de l'Amérique s'enfoncent dans la plante des pieds des fragments de verre et des clous aigus sans éprouver aucune sensation désagréable. Au contraire, la piqûre la plus légère , par exemple, une épine enfoncée dans le pied de l'Africain robuste, estfréquemment suivied'accidentsconvulsifs et de tétanos. La seule impression de l'air suffit pour les déterminer chez les négrillons des colonies, dont un si grand nombre meurt, peu de jours après la naissance, du serrement convulsif des mâchoires.
Montesquieu (1) a très-bien saisi cette différence qui existe pour le degré de sensibilité entre les peuples du Midi et les peuples du Nord , desquels il dit énergiquement ; ce n'est quen les écorchant qu'on les chatouille. Or , comme l'imagination est. toujours en raison directe de la sensibilité physique , tous les arts dont la culture et le perfectionnement tiennent à l'exercice de cette faculté de
I "âme, fleuriront difficilement près des glaces polaires, à moins que des causes morales et physiques , heureusement ménagées, ne détruisent, ou au moins n'affaiblissent la puissante influence du climat.
De tous les êtres vivants, l'homme est celui qui résiste le plus énergiquement à l'influence des causes extérieures ; et quoique l'empire du climat modifie assez puissamment son extérieur pour que son espèce se partage en plusieurs variétés ou races distinctes (2) , il y a loin de cette empreinlesuperfîcielle aux altérations profondes que les autres êtres éprouvent du seul changement de la température : l'homme est partout indigène , et vit sous tous les climats ; et les plantes et les animaux de l'équaleur languissent et meurent transportés près
(1) Ce pliLIosoplie a emprunté An père de la médecine l'une ('.e ses opinions les phis brillantes et les plus paradoxales. Selon lui , les pays chauds sont la patrie du despotisme, et les pays froids celle de la liberté. Cette erreur se trouve ■victorieusement réfutée dans le profond et philosophique ouvrage de Yolney sur TEgypte cl la Syrie.
II y fait voir que ce que Montesquieu dit des contrées septentrionales s'applique mieux aux pays de montagnes, tandis que les pays de plaines sont jilus favorables à Télablissemenl de la tyrannie. Ilippocratc avait dit des Asiatiques que , s'ils étaient moins belliqueux que les Européens , cela tenait bien au climat, niais aussi à la forme de leurs gouvernements , tous despotiques et soumis à la volonté arbitraire des rois : or, ajoule t ii, les hommes qui ne jouissent point de leurs droits naturels , mais dont les affections sont dirigées par des maîtres, ne peuvent avoir la passion hardie des combats, etc.
(l) Foijcz l'article des f^arié/és de Vespèce humaine.
ÉLÉMENTS DE PUYSIOLOGIE.
«la pôle. Par la flexibililé do sa naluro, riiouimo jouit du privilège de se coordonner avec les milieux les plus différents, et d'établir entre eux et lui des rapports compatibles avec la conservation de sa vie. Toutefois, ce n'est point sans trouble qu'il subit ces changements et s'habitue à des impressions nouvelles. Le retour périodique des saisons détermine celui de certains dérangcmentsauxquelsl'économie animal est sujette. Les mêmes maladies se représentent sous l'influence des mêmes températures, et ressemblent , comme on l'a dit ingénieusement , à ces oiseaux de passage que nous revoyons toujours aux mêmes époques de l'année. C'est ainsi qu'avec le printemps reparaissent les hémorrhagies , les affections éruptives ; que l'été se montre accompagné des Oèvres bilieuses , que l'automne ramène les flux dysentériques , et que l'hiver est constamment fécond en péripueumonies et en inflammations de toutes espèces. L'influence des saisons sur le corps de l'homme ne se borne point à la production des affections épidcmiques , dont la considération sert à établir ce que les médecins nomment constitutions médicales: cette influence s'exerce sur l'homme sain comme sur l'homme malade; et, sans parler des changements que le moral éprouve , du penchant de l'amour, devenu plus impérieux avec le retour du printemps, de la mélancolie dont les personnes nerveuses sont fréquemment atteintes vers le déclin de l'autpmne , quand les arbres se dépouillent de leurs feuilles, l'accroissement de structure est surtout remarquable au moment de la pousse des végétaux , comme s'en est assuré , par des observations répétées , l'un de mes amis , médecin dans un pensionnat nombreux.
1° La sensibilité est plus grande dans l'enfance et chez les femmes , dont les nerfs sont aussi plus gros et plus mous , relativement aux autres parties du corps. En général , le principe de la sensibilité paraît se consumer à mesure qu'il fournit au développement des actes de la vie , et l'impressionoabilité par les objets extérieurs , diminuer graduellement avec l'âge , de manière qu'il arrive une époque delà vieillesse décrépite à laquelle la mort paraît une suite nécessaire du complet épuisement de ce principe. Enfin , ainsi que nous l'avons dit en faisant l'histoire delà mort, fréquemment la sensibilité s'exalte et s'avive à ses approches, comme si sa quantité devait s'épuiser totalement avant la fin de l'existence , ou que les organes fissent un dernier effort pour ressaisir la vie.
8° Le développement du système cellulaire et graisseux diminue l'énergie de la sensibilité ; les extrémités des nerfs mieux recouvertes ne s'appliquant pas aussi immédiatement aux objets , les impressions ressenties sont plus obscures : le tissu adipeux est aux nerfs ce que serait à des cordes vibrantes la laine dont on les aurait enveloppées pour fixer leur mobilité , empocher leurs frémissements , éteindre leurs vibrations.
Les femmes décidément vaporeuses sont remarquables par une maigreur extrême ; les personnes très-sensibles ont rarement de l'embonpoint. Le cochon , dont les nerfs sont recouverts et protégés par un lard épais , est le moins sensible de tous les quadrupèdes. On diminue la susceptibilité ner-
veuse, on émousse la sensibilité en comprimant ses organes. L'application d'un bandage roulé , fortement serré sur le corps et sur les membres, calme les accès convulsifs d'une femme vaporeuse. J'ai souvent diminué la douleur dans le pansement des plaies qui sont dans cet étal de dépravation connu sous le nom de pourriture d'hôpital , en faisant serrer fortement par les mains d'un aide le membre au-dessus de la blessure.
9° Il existe entre la force des muscles et la sensibilité des nerfs, entre l'énergie sensible et la force de contraction, une opposition constante, de manière que les athlètes les plus vigoureux, et dont les muscles sont capables des efforts les plus prodigieux, des contractions les plus puissantes, sont lents à émouvoir, et entrent difficilement en action, ainsi que nous l'avons expliqué en faisant l'histoire des tempéraments musculaire et nerveux que cette opposition caractérise. C'est pour cela que l'homme est plus sensible que les quadrupèdes, quoique ses nerfs soient plus petits que chez eux , où ils semblent occupés à mouvoir les masses musculaires , et remplir plutôt l'office de nerfs moteurs que de nerfs sensilifs.
Les fondements d'après lesquels Haller a voulu établir entre la contractilité musculaire , qu'il nomme irritabilité, et la sensibilité, une distinction rigoureuse , paraîtront illusoires; si Ton fait attention que tous les muscles et le cœur lui-même reçoivent une grande quantité de nerfs dont les filets les plus déliés se confondent avec la fibre contractile ; que la section des nerfs leur enlève la faculté de se contracter, non point, il est vrai, d'une manière soudaine , car au moment où l'on détruit la moelle de l'épine ou les principaux troncs qui en naissent, le principe du mouvement et du sentiment n'est pas éteint dans les rameaux , et la contractilité des muscles où ceux-ci se répandent subsiste jusqu'à son complet épuisement. C'est ainsi qu'après la destruction de la moelle de l'épine par un stylet introduit dans toute la longueur du canal vertébral , des mouvements faibles, irréguliers, et incapables d'entretenir la circulation , subsistent dans le cœur , et ne s'éteignent qu'au bout d'un temps plus ou moins considérable, suivant l'espèce de l'animal soumis à l'expérience.
Il n'est qu'une seule circonstance dans laquelle la contractilité musculaire se montre absolument indépendante de l'influence nerveuse. Si l'on soumet à l'excitation galvanique la fibrine retirée du sang de bœuf remué au moment où il se coagule , elle présente des frémissements marqués. Rien de semblable aux nerfs n'existe cependant dans cette masse spontanément et soudainement organisée. On peut donc dire que la matière vivante est nécessairement et originairement empreinte de la propriété de sentir, et de manifester cette sensibilité par des contractions. Plusieurs végétaux , tels que la sensitive , la nombreuse tribu des polypes, présentent une sensibilité souvent très-délicate, et des mouvements parfaitement distincts dans des parties entièrement dépourvues de nerfs, et dans lesquelles la sensibilité et la contractilité , procédant d'une même source , se confondent dans le tissu qui en est le siège, comme dans les
phénomènes qui manifestent leur existence. Ici même ces deux propriétés se trouvent tellement identiûées, qu'elles ne peuvent être conçues séparément que par une pure abstraction de l'esprit qui considère successivement l'impression produite sur ces êtres, et le mouvement de leur substance , suite immédiate de cette impression.
La sensibilité et la conlractilité se trouvant toujours unies dans les corps qui en sont doués , quelques auteurs ont cru plus naturel de les réunir , et de les confondre sous le nom commun à'excitabilité. Ce terme unique a paru suffisant pour désigner l'ensemble des propriétés vitales ; mais en les réduisant à cette expression abrégée , Brown , loin d'en avoir simplifié l'étude , n'a fait qu'accroître son obscurité. En effet, dans l'état de santé, comme dans CQlui de maladie , la sensibilité et la conlractilité ne paraissent pas obéir constamment aux mêmes lois; le mouvement et le repos, l'exercice et l'inaction ne produisent point des effets semblables sur ces deux propriétés vitales. La sensibilité de l'oeil s'avive et se répare parle défaut d'impressions; son principe paraît s'accumuler. Un muscle condamné à l'inaction finirait par devenir paralytique (1).
Le physiologiste qui voudrait rechercher les causes de la sensibilité et de la conlractilité, serait aussi absurde que le physicien qui prétendrait expliquer la pesanteur des corps, leur élasticité , en un mol , toutes les qualités de la matière. Ces propriétés ne se rencontrent que dans les corps organisés ; leur existence est liée à un certain arrangement de parties que l'on est convenu d'appeler organisation. Mais il ne suffit point qu'un corps soil organisé pour qu'il jouisse de la sensibilité et de la conlractilité, pour qu'il vive; la mort arrive souvent sans que l'organisation paraisse aucunement dérangée. Un certain amalgame de l'électricité ou de tout autre agent impondérable avec la substance organisée , est vraisemblablement indispensable à la vie. Mais quelles sont les conditions de cet amalgame?
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les lois et les phénomènes des propriétés vitales , de peur d'être obligé , dans l'histoire des fonctions auxquelles elles président, à des répétitions au moins inutiles ; terminons ce qui leur est relatif par l'exposé des deux traits les plus importants de leur histoire, je veux dire les sympathies et les habitudes.
§ VIL Des Sympathies.
Il existe entre toutes les parties du corps vivant des rapports intimes; toutes se correspondent et entretiennent un commerce réciproque de sentiments et d'affections. Ces liensqui unissent ensemble tous les organes , en établissant un merveilleux accord , une harmonie parfaite entre toutes les actions qui s'exécutent dans l'économie animale , sont connus sous le nom de sympathies : on ignore encore la nature de ce phénomène; onne saitpoint pourquoi,
(1) IVosofjraphic chirurgicale, ou Nouveaux Eléments de pathologie, tome II, 5= édition.