‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 21 sur 102 · DES 8ENS\T10.%S · texte numérisé non relu

DES 8ENS\T10.%S

I Oa ne peut point rigoui eusemeal comparer , (omme l'onl fait quelques philosophes , le cerveau e l'enfant nouveau-né à une table rase, sur laquelle oivent se dessiner tous les actes de son intellience. Si les sensations ne venaient que du dehors , i les sens extérieurs étaient les seuls organes qui ussent transmettre des impressions au centre cé- .ibral, l'entendement eût élé nul au moment de i naissance , et la comparaison de son organe à une iuille de papier blanc, ou bien à un plateau de jarbre de Paros, sur lequel on n'aurait tracé aucun araclère, serait parfaitement exacte. Mais il faut écessaireraenl reconnaître , avec Cabanis, que nos Jées nous viennent de deux sources bien distinctes, avoir, les sens extérieurs et les organes intérieurs. *es sensations intérieures, résultat des fonctions qui exercent en nous-mêmes , sont la cause de ces déjrnoinations instinctives en -vertu desquelles l'en- Dint nouveau-né saisit le mamelon de sa mère , et ace son lait, par une action dont le mécanisme est ngulièrement compliqué , ou qui portent les petits ses animaux à saisir la mamelle aussitôt après ur naissance, et quelquefois même avant que l'acouchcment soit terminé, et lorsque leurs extrémiîs sont encore engagées dans le vagin de leur aère. Comme l'a très-bien yu le philosophe que ous venons de citer , l'instinct naît des impressions veçues par les organes intérieurs, tandis que le kaisonnement est le produit des sensations extérieu- »es ; et l'étymologie du mot instinct , formé de deux acines grecques, dont l'une signiûe piquer, et autre dedans , s'accorde avecla signification qu'on attache.

Ces deux parties de l'entendement , le raisonnenent et l'instinct, se réunissent, se mêlent et se ttoofondent pour produire le système intellectuel l les diverses déterminations dont nous sommes tfQSceptibles. Mais la part qu'a chacune d'elles dans 1 formation des idées est bien différente dans les mimaux, où les sens extérieurs, plus grossiers, ifiissent prédominer l'instinct; et dans l'homme, i^ez qui la perfection de ces sens est l'art des signes ui fixent la pensée fugitive , donnent au raisonnement une prépondérance marquée, en même temps u'elles affaiblissent l'instinct. On sent aisément e le cerveau , assiégé par une foule d'impressions nui lui viennent du dehors, porte moins d'attention , laisse par conséquent échapper la plupart de celles tui résultent des excitations intérieures. L'instinct laat mieux dans l'homme sauvage , et sa perfection llalive compense pour lui les avantages qu'une lison supérieure assure à l'homme civilisé. Le 'slème moral et intellectuel d'un individu , étudié diverses époqaes de son existence , doit d'autant «lus aux sensations intérieures, qu'elle est moins vancée ; car l'instinct se dégrade à mesure que la «ison s'étend et s'épure.

ue jusque-là nous laisserons abîmés dans la contemplation ni moi et de sa cause causale. Quant aux médecins, suilesquels le corps non-seulement n'est pas nécessaire UTie, mais la rend moins active et moins parfaite qu'elle le serait débarrassée de celle enveloppe incommode , ions nous garderons bien de contester l'évidence do leur «oclnne!!!

Aittsi , quoique tous les phénomènes de l'entendement dérivent de la sensibilité physique, cette sensibilité étant mise en jeu par deux sortes d'impressions, le cerveau d'un enfant qui vient au monde a déjà la conscience do celles qui résultent de l'action intérieure; etc'esten vertu de ces impressions qu'il exécute certains mouvements spontanés dont l'explication était embarrassante pour Locke et pour ses disciples. Aussi les partisans anciens des idées innées les regardaient-ils comme des arguments les plus décisifs en faveur de leur système; mais ces idées, antérieures à toute action des objets extérieurs sur les sens, sont simples, peu nombreuses, et ne se rapportent qu'à un petit nombre do besoins : l'individu à peine a vécu quelques heures , qu'il exprime déjà une foule de sensations qui l'assiègent dès l'instant de sa naissance ; sensations qui se sont propagées, combinées , ont déterminé des mouvements avec une rapidité qui égale , si elle ne surpasse, celle de la lumière.

Ce n'est qu'après avoir posé entre les sources de nos connaissances une ligne de démarcation bien précise ; ce n'est qu'après avoir scrupuleusement distingué les déterminations rationnelles des déterminations instinctives , et reconnu que l'âge, le sexe, le tempérament , la santé, la maladie, le climat , l'habitude , qui modifient l'organisation physique, doivent, par un effet secondaire, modifier ces dernières, qu'il estpossible de concevoir la diversité des humeurs, des sentiments , des caractères, et la différente portée des esprits. Celui qui a justement apprécié l'altération du jugement et du raisonnement par les sensations qui naissent de l'état habituel des organes intérieurs , voit sans peine d'où proviennent les éternelles disputes sur les distinctions entre l'âme sensitive et l'âme rationnelle; pourquoi quelques philosophes ont cru l'homme tourmenté sans cesse par un bon et par un mauvais génie : génies qu'ils ont personnifiés sous les noms à'Oromaze et d'Arimane, entre lesquels ils ont supposé une guerre éternelle , ces combats de l'âme et des sens , de la raison et de la chair, du principe concupiscible et irascible avec le principe intellectuel; celte contradiction qu'éprouvait saint Paul lorsqu'il s'écrie, dans son épîlre aux Romains (1), que ses membres sont en révolte déclarée contre sa raison. Ces phénomènes, qui feraient croire à la duplicité de l'être intellectuel {homo duplex, Bcffon), ne sont autre chose qu'une lutte établie entre les déterminations instinctives et les déterminations rationnelles, entre les besoins souvent impérieux de l'organisme et le jugement qui les réprime, ou délibère sur les moyens d'y obtempérer sans choquer les idées reçues de convenance, de devoir ou de religion , etc.

Les premières déterminations de l'instinct no supposent point l'existence d idécsinnées.ll n'existe chez l'individu qui vient à la lumière que des dispositions innées. Ces dispositions, relatives à son organisation , et variables comme elle, sont la véritable cause de ses actions, en apparence raisonnées, en vertu desquelles le nouveau-né de l'espèce hu-

(1) a Video altam legem in membris mpît repugnontrm legi menlis meir. » Epist. ad Rom.

ËLâSIERTa DB PUY8I0I.0GIE.

Qiaiueet des animaux niamiuifcrcssaisille mamelon do la nourrice et suce un lait réparateur. Les mouvements qu'il se donne ne sont point le résultat d'un calcul rélléchi; il les exécute par une sorte do nécessité. Un entant mâle, fortet vigoureux, abreuvé d'eau sucrée , en attendant l'arrivée de sa nourrice, «'efforçait visiblement d'atteindre au sein de sa mère, à côté de laquelle on l'avait placé. Cette tendance n'était ni plus raisonnée ni mieux réfléchie, ne supposait pas davantage l'existence des idées et d'une intelligence, que celle qui porte les plantes renfermées dans un caveau obscur à diriger leur tige vers le soupirail par lequel arrive la lumière. Les partisans des idées innées se sont long-temps appuyés d'une observation deGalien, évidemment embellie par l'imagination de son auteur, qui ayant, dit-il, tiré un chevreau du sein de sa mère, lui offrit des herbages, et vit qu'entre plusieurs végétaux il préférait le cytise. Un chevreau, couvert de mucosités, incapable de mouvements un peu étendus , ne pourrait brouter le cytise qui lui serait offert au moment même où il vient de naître. Mais lors même que le fait rapporté par Galien aurait quelque chose de vrai, ce ne serait point en vertu d'une connaissance anticipée que le chevreau choisirait le cytise, mais par cet instinct commun à tous les animaux, qui, au milieu d'une prairie dans laquelle croissent, à côté des végétaux salutaires qui leur servent de pâture, plusieurs plantes vénéneuses , ne touchent point à celles-ci ; et cela, la première fois qu'on les mène aux champs , et sans qu'ils aient pu acquérir à ce sujet aucune sorte d'expérience.

Les masses prodigieuses qui composent notre système planétaire se maintiennent avec le soleil, autour duquel toutes se meuvent, dans des rapports admirables que le calcul a soumis à ses lois. Un acide minéral, tel que le sulfurique, versé sur une dissolution saline , le carbonate de chaux , par exemple , fera toujours dégager l'acide carbonique, et, s'emparantdcsa base, formera du sulfate de chaux. Ce phénomène chimique lient à la nature différente des corps, ainsi qu'aux affinités qui en dérivent. Dira-t on que c'est par un calcul raisonné que les planètes décrivent autour du soleil leurs constantes ellipses; qu'il y a de l'intelligence dans les molécules des sels, qui cèdent à la puissance des affinités, ou cristallisent sous une forme régulière, presque toujours la même pour chaque espèce de sel? Sans doute, comme l'a très-bien observé Ilichat, si les hommes eussent perfectionné les sciences physiologiques avant de culliver la physique, ils auraient transporté dans cette dernière une foule d'explications semblables. Les mouvements que détermine l'instinct dépendent, comme l'instinct lui-même, de la nature de l'être organisé chez lequel on les observe; à la naissance de l'animal, l'instinct commande en maître , il règne et veille seul à sa conservation; à mesure que le nouvel être, par l'exercice continuel des sens, acquiertdcs Idées et fortifie sa raison, les déterminations rationnelles se mêlent aux déterminations instinctives, et prévalent enfin sur elles , chez l'homme qu'une bonne éducation fait jouir de l'entier développement do ses facultés.

Dans les diverses classes d'animaux , aux diven âges de l'homme , chez les hommes organisés da telle ou telle manière , c'est-à-dire doués de diverg tempéraments, l'instinct et la raison existent dan« des rapports qui varient à l'infini, depuis les zoophyles , qui , semblables aux végétaux , paraissent obéir aux sensations que produisent le sol et l'air dont ils tirent leur nourriture, jusqu'à l'homme auquel un long exercice de sa raison a donné sur 8ei passions un empire plus assuré.

C'est dans cet empire exercé par la raison sur nos penchants primitifs que consiste le plus bel attribut de notre espèce; c'est à l'étendre et à l'affermir que concourent tous les préceptes de l'éducation et de la morale. Privé de leur utile secourg, entièrement asservi à ses passions brutales, l'homme se porte à la vengeance, à l'amour, avec la même impétuosité que les animaux, et descend complè-| tement à leur niveau : aussi maîtriser ses penchants,! se vaincre soi-même , a-t-il toujours paru le plasl rare effort comme le plus noble attribut de l'humanité. C'est par-là que , s'élcvant au-dessus desl animaux et du vulgaire , les hommes seront éler-j nellement assurés de ravir nos hommages. Qui n'a| senti plus d'une fois les larmes de l'admiration humecter ses paupières , en voyant Auguste triompher du courroux le plus légitime (1), dans ces mage fiques tableaux où le génie du grand Corneille prêt ses sublimes inspirations à ce maître de l'universl

Plusieurs philosophes se sont émerveillés delà prodigieuse intelligence que déploient les plus pe lits insectes : l'abeille , la fourmi , leur ont offert le modèle de la sagacité la plus rare et de la scienc la plus profonde. Pourquoi ceux dont le bonhei est d'admirer ne se récrient-ils point également si l'intelligence avec laquelle , dans un vase où plu-j sieurs sels sont en dissolution, un réactif, mettant en jeu une multitude d'affinités électives , au me ment même où il est versé sur le mélange , décoi pose certaines substances pour en créer de nou\ velles ? La figuration des cristaux est aussi inconc vable que la construction des alvéoles d'une ruchel dont la forme est toujours la même. Le cristal obéi] à une sorte de nécessité lorsqu'il revêt la forme d'ai prisme, d'un rhombe ou d'un hexaèdre; il en esl de même de l'insecte lorsqu'il construit sa loge danl des proportions qui lui paraissent enseignées par l{ géométrie la plus transcendante.

Quel instinct porte le bœuf paisible à se nourrîl de végétaux , et pousse au carnage le tigre sangol naire? Tous deux obéissent à leur organisatioD maîtresse impérieuse, elle détermine leurs goûtsl leurs appétits, leurs penchants; Testomac débilf

(I) Je suis maître de moi, comme de l'univers, Je le suis, je veux l'élre.

Cinnd, acte II, sccnc i.

Sans les secours de la religion , tous les avantages d'uj beau naturel, tous les préceptes delà philosophie pcuvent-i^jij, nous conduire à la pratique de ces hantes vertus p Le <^'^',^H(j| auteur du christianisme, en faisant ilu renoncement à ""^^i^. m^'me le fondement principal de 1» morale, a laissé l»'^B ' loin de lui tons les philosophes de l'antiquité et des temp^»"! modernes, f^oj'cz le sermon sur la montagne, cet adniu rahic résumé de la morale évangélique. nVI

DES SENSATIONS

Carnivore se remplirait vainenienl d'herbages ,

110 sauraient leur fournir des éléments réparaus.

cm. Un être absolument privé d'organes senils n'aurait qu'une existence purement végéfa-

0 ; s'il acquérait un sens, il ne jouirait point en- (• (le l'enlcndemeut, puisque , comme l'a prouvé

lillac, les impressions produites sur ce sens i*\uc ne pourraient élre comparées; tout se bor-

111 à unsenliment intérieur qui l'avertirait de existence, et il croirait que toutes les choses i affectent font partie de son être. Les sensa- < doivent être considérées comme nous fournit les matériaux du plus grand nombre de connaissances; l'entendement se mesure par >mbre et la perfection des organes des sens;

; en dépouillant successivement l'être qui en pourvu, on rabaisserait par degrés sa nature ilectuelle; tandis que l'addition d'un nouveau

- à ceux que déjà nous possédons , pourrait nous iJuire à une foule d'idées et de sensations qui

> sont inconnues, nous ferait découvrir dans ;)jels que nous avons intérêt de connaître, une itude de nouveaux rapports , et agrandiraitde coup la sphère de notre intelligence, impression produite sur un organe quelconque 1 action d'un corps extérieur ne constitue pas la ition; il faut, pour la compléter, que cette l ession soit transmise par les nerfsau cerveau , die soi[ perçue , c'est-à-dire , ressentie par cet ine : la sensation devient alors perception, et le première modification suppose, comme on le I, l'existence d'un organe central, auquel les )i essions produites sur les sens se rapportent. ■ fibres cérébrales sont ébranlées avec plus ou ins de force par les sensations que renvoient

- les organes des sens frappés à la fois , et nous pourrions acquérir sur tous les corps qui les pro- "■ent que des notions confuses, si une percep-

1 plus forte ne faisait taire en quelque sorte celles l'accompagnent, et ne fixait Vattention. Dans

•ecueillement de l'âme sur le même objet, le • veau est faiblement ébranlé par plusieurs sen- -ions qui ne laissent aucune trace : c'est pour cette ijon qu'après la lecture attentive d'un livre, nous »ns oublié les sensations produites par la couleur rérente du papier et des caractères.

«Lorsqu'une sensation est de peu de durée, la Mnaissance que nous en avons est si faible, que intôtil ne nous reste aucun souvenir de l'avoir vonvée. C'est ainsi que nous ne nous apercevons '■ni qu'à chaque instant et chaque fois que nous ï^nons les paupières , nous passons des ténèbres 'Uumiére, et de la lumière aux ténèbres. Si M8 fixons notre attention sur celle sensation, •înous frappe d'une manière durable. Lorsque, Udant un temps donné, on s'est occupé de beau- 'ip de choses, à chacune desquelles on n'a acdo qu'une attention médiocre; lorsque, par ■mple, on a lu un roman rempli d'un grand nbre d'anecdotes, dont chacune à son tournons itéressés, nous l'achevons sans ennui, et nous jmes étonnés du temps employé à sa lecture : it que les impressions successives et peu dura- •» se sont pour la pl uparl effacées, que nous avons

tout oublié , excepté quelques actions principales- Le temps nous doit paraître alors s'être écoulé avec rapidité ; car, comme l'a très-bien dit Locke dans son Essai sur f entendement humain , nous ne concevons la succession des temps que par celle d» nos pensées.

Cette faculté de s'occuper long-temps et exclusivement de la même idée, de concentrer toutes ses facullésinlellecluelles sur le même objet , d'accorder à sa contemplation isolée une attention vive el soutenue , existe à un degré plus ou moins élevé danslesdiffércntsindividus; et quelquesphilosopbes me semblent avoir raisonnablement expliqué la différente portée des esprits , les degrés variés d'instruction dont nous sommes capables , par le degré d'attention que nous pouvons accorder aux choses qui font l'objet de notre étude.

Qui plus qu'un homme de génie s'arrête à l'examen d'une même idée, la médite plus profondément, la considère mieux sous toutes ses faces et dans tous ses rapports, lui accorde , en un mot , udb attention plus grande ?

L'attention doit être considérée comme un acte de la volonté qui fixe l'organe sur la même sensation , ou même le prépare à cette sensation , pour qu'elle soit plus efficace. Regarder, c'est voir avec attention ; écouter , c'est entendre avec la mémo disposition; flairer, c'est sentir attentivement une odeur ; savourer , c'est analyser l'impression gustative. Dans tous ces cas , la sensation peut être involontaire , tandis que l'attention qu'on y apporte suppose le vouloir. Cette distinction a déjà été judicieusement établie par rapport au toucher , qui n'est que l'exercice du tact dirigé par la volonté.

Suivant qu'une sensation ou qu'une idée , qui n'est autre chose qu'une sensation transformée ou perçue par l'action de l'organe cérébral , a produit dans les fibres de cet organe une impression plus ou moins forte , le souvenir en est plus ou moins vif et durable. Ainsi nous pouvons eu avoir une réminiscence, c'est-à-dire, nous rappeler faiblement que nous avons déjà été affectés de la même manière, lumémoire , ou nous remémorer l'objet de la sensation avec quelques-uns de ses attributs caractéristiques, comme sa couleur , son volume, etc.

Les douleurs ressenties dans des membres qu'on n'a plus n'ont point leur siège dans la portion qui en reste ; le cerveau ne se trompe point lorsqu'il rapporte au pied les souffrances qu'éprouvent les individus auxquels on a amputé la jambe ou la cuisse. J'ai actuellement sous les yeux l'exemple d'une femme et d'un jeune homme auxquels j'ai poupé la cuisse el la jambe , pour des caries scrofuleuses, incurables par tout autre procédé, et qui duraientdepuis plusieurs années. La plaie résultante de l'opération est complètement cicatrisée ; le moignon n'a pas une plus grande dose de sensibilité que toute autre partie recouverte par les téguments, puisqu'on le manie sans causer do la douleur ; et cependant tous deux , par intervalles , et surtout lorsque l'atmosphère est surchargée d'électricité, se plaignent d'en ressentir.d'cn éprouver dans les membres qu'ils ne possèdent plus depuisquclques mois. Ils les reconnaissent, à ccrtainscaractères pour celles que leur causait l'affection priniilive. Ces douleurs,

ÉLÉMENTS D£ 1*11 V81ULOGIE.

comme toutes lesperceplions, sont bien évidemment conûées à la mémoire, qui les reproduit lorsque l'organe cérébral répèle les mouvements qu'il exerçait pendant lu maladie.

Enfln, si le cerveau est facilement excitable, et qu'en même temps il conserve fidèlement les impressions reçues, il jouit du pouvoir de se représenter les idées avec toutes leurs liaisons et tous les accessoires dont elles sont accompagnées; de les reproduire en quelque sorte en se rappelant un objet tout entier , tandis que la mémoire nous donne seulementl'idéedequelques-unesde ses qualités. Celte faculté créatrice se nomme imagination : si elle enfante des monstres , c'est que le cerveau pouvant associer, lier ensemble, combiner les idées, les reproduit dans un ordre de succession qui n'est pas naturel, les associe au gré du caprice, et donne lieu à bien des faux jugements.

Lorsqu'on a rapproché deux idées, qu'on compare et qu'on prononce sur leur analogie, on porte un jugement. Plusieurs jugements liésensembleforment un raisonnement. Raisonner n'est donc que juger des rapports qui existent entre les idées que les sens nous fournissent ou que l'imagination reproduit.

Il en est des facultés de l'àme comme de celles du corps: si nous exerçons beaucoup l'organe intellectuel , il acquiert de la force et languit dans un trop long repos. Si nous n'employons que certaines facultés, elles acquièrent un grand développement au préjudice des autres. C'est ainsi que par l'étude des mathématiques on se forme un jugement solide et desraisonnemenlsexacls, tandis que l'on éleinU'imagination, qui n'acquiert jamais un grand empire sans que le jugement elle raisonnement ne s'en ressentent. Les sciences descriptives occupent surtout la mémoire, et donnent rarement une grande étendue à l'esprit de ceux quL s'y livrent exclusivement ; et quoique l'on naisse avec un jugement droit ou avec un esprit faux, on peutjusqu'à un certain point corriger, à l'aide de l'éducation , ces torts si fréquents de la nature.

CLIII. Condillac s'est acquis une gloire immortelle en découvrant le premier et en prouvant sans réplique que les signes sont aussi nécessaires à la formation qu'à l'expression des idées ; qu'une langue n'est pas moins utile pour penser que pour parler; que, faute d'attacher à des signes convenus des notions acquises, nous n'aurions jamais que des notions isolées , incomplètes , puisque nous serions absolument privés de la faculté delesassocier, de les comparer et de prononcer sur leurs rapports. C'esU'imperfeclion ou le manque absolu de signes propres à fixer les idées qui rend éternelle l'enfance des espèces animales. C'est à leur défaut qu'est due l'impossibilité dans laquelle est un animal de transmettre à ses descendants ou àsessemblablesles fruits de l'expérience qu'il a acquise ; expérience que la même raison rend extrêmement bornée, et restreint à quelques nolions simples, à quelques idées liées directement à ses besoins et à ses facultés. Si chaque idée n'était point fixée par un signe, si ce moyen ne servait point à les lier, la mémoire serait nulle; toutes les impressions seraient effacées peu detemps après avoir été ressenties ; toutes les coUcclions

d'idées seraient aussitôt dissoutes que formées (et admettant même la possibilité de cette formation)notre ignorance se perpétuerait indéfiniment , et nous vieillirions sans que notre raison eut fait aucun progrès vers son perfectionnement.

Quand nous réiléchissous sur un sujet, ce n'est point directement sur les idées, mais bien sur leg mots qui les expriment que la méditation s'exerce; nous n'aurions jamais pu avoir l'idée des nombres, si nous n'avions altaché des noms dislincls aux nombres isolés ou rassemblés. Locke parle de quelques Américains qui n'avaient point d'idée du nombre mille, parce que les mots de leur langue n'exprimaient rien au-delà du nombre vingt. La Condamine apprend, dans sa relation, qu'il en es qui ne comptent que jusqu'à trois, et le terme (1 qu'ils emploient pour désigner ce nombre est s compliqué, d'une prononciation si longue et si di{ ficile, que, comme Condillac l'observe, il n'est pai étonnant qu'ayant commencé d'une manière si pei commode, ils n'aient pu aller au-delà. « Refus » dit cet écrivain , à un esprit supérieur l'usage » caractères, combien de connaissances lui so » interdites, auxquelles un esprit médiocre attei » drait facilement! Olez-lui encore l'usage de » parole, le sort des muets vous apprend dan » quelles bornes étroites vous le renfermez. En » enlevez-lui l'usage de toutes sortes de signes qn' » ne sache pas faire à propos le moindre geste p » exprimer les pensées les plus ordinaires , y » aurez en lui un imbécile (2). »

Les voyageurs nous ont fait connaître certaî peuplades si peu avancées dans l'art des si propres à exprimer leur idées , qu'elles sembl servir d'intermédiaire entre les peuples policés certaines espèces d'animaux dont l'inslinct a é perfectionné par l'éducation; on pourrait mê dire qu'il y a moins de différence, pour l'inté gence, entre tel homme réduit à l'état d'abruti ment et d'idiotisme le plus complet, el un an* domestique, qu'entre le même homme et un aâ homme d'un génie supérieur, tel que serait Bac Newton, Voltaire.

Dans un autre endroit du même ouvrage , ap avoir démontré que les langues sont de vérilabl mélhodes analytiques, que les sciences peuvent réduire à des langues bien faites, il fait voir co bien est grande leur influence sur le développeme des talents. Mais laissons-le parler lui-même a cette clarté d'expressions qui fait le charme et caractère de ses écrits : « Il en est des langa » comme des chiffres des géomèlres; elles do » nent de nouvelles vues, et étendent l'esprit à pr » portion qu'elles sont plus parfaites. Les succès » Newton ont été préparés par le choix qu'on a » fait avant lui des signes, et par les méthodes » calcul qu'on avait imaginées. S'il futveuuplust » il eût pu être un grand homme pour son sièc » mais il ne ferait pas, admiration du nôtre : il » est de même dans les autres genres, »

Les langues les plus pauvres se sont forn»

(1) Poellarrarorincoiirac.

(2) Kssai sur l'origine di s connaissance» hnmaW foi-i. 4.

DES SENSATIOWS.

•15 les contrées les plus stériles. Le sauvage qui court les côtes désertes de la Nouvelle-Zélande besoin que d'un petit nombre de signes pour linguer le petit nombre d'objets qui frappent )iluellement ses sens : le ciel , la terre , la mer , eu , les coquillages , les poissons qui font sa prinale nourrilure, les quadrupèdes elles végétaux , existent en petit nombre sous ce climat rigou- . .X , sont tout ce qu'il doit nommer et connaître : si son vocabulaire ne se compose-t-il que d'une « petite quantité d'expressions, dont les voyairs nous ont donné la liste en quelques pages, e langue riche , habile à exprimer une foule bjels , de sensations et d'idées , suppose un trèsit degré de civilisation chez le peuple qui la le. On se plaint du retour fréquent des mêmes nressions, des mêmes pensées, des mêmes images, iis les poésies ossianiques; mais vivantau milieu » arides rochers de l'Ecosse , les Bardes ne pourînt parler des choses dont rien , sur le sol qu'ils Imitaient , n'était capable de leur fournir l'idée. La joolonie de leur langage tient à celle de leurs pressions, toujours produites par les rochers , les ! uillards , les vents , les vagues de l'Océan courcé , la triste bruyère et le pin silencieux , etc. répétition des mêmes termes dans les livres sas de la religion chrétienne prouve que la civili- ::on n'avait pas fait les mêmes progros chez le

Ile juif que chez les Grecs et les Romains. Le >rt qui existe entre le génie des langues et le tère desnations; l'inQuence du climat, du gou- «ment et des mœurs sur le langage ; la raison laquelle les grands écrivains paraissent en B temps dans tous les genres , au momentoù langue arrive à son degré de perfection et de rité , etc., etc.: voilà autant de problèmes qui «sentent , eldont la solution mériterait de nous )er, si elle ne nous entraînait évidemmenlhors miles de notre sujet, loique Condillac ail dit, dans plusieurs en- 3 de ses ouvrages, que toutes les opérations tmene sontquela sensation même qui se transe différemment , que toutes ses facultés sont rméesdans celle de sentir, la manière dont il a sé la pensée laisse encore beaucoup de doutes ncerliludes sur le véritable caractère et l'imnce relative de chacune de ses facultés, mérite de dissiper les nuages qui obscurcisl encore celte partie de la métaphysique était y 6 à M. de Tracy. Ses Éléments d'Idéologie (1) issent rien à désirer sur cet objet : je vais en lire quelques résullals fondamentaux , en rennl , pour le reste , le lecteur à l'ouvrage, inser n'est que sentir, cl sentir est pour nous ême chose qu'exister; car les sensations nous lissent de noire existence. Les idées ou perlons sont , OH des sensations proprement dites , es souvenirs, ou des rapports que nous aperns, ou bien enfin des désirs que nous éprou- I à l'occasion de ces rapports : la faculté de pense subdivise donc en sensibilité proprement , en mémoire , en jugement et en volonté. Sen- ) Eléments d'idéologio, parM.lncomtcDeslultTracy, 6c France,

tir, à proprement parler , c'est avoir la conscience d'une impression ; avoir de la mémoire , c'est sentir le souvenir d'une impression éprouvée; juger, c'est sentir des rapport entre nos perceptions ; enfin , vouloir , c'est sentir des désirs. Par ces quatre éléments, sensations, souvenirs , jugements et désirs, se forment toutes les idées composées. L'attention n'est qu'un acie de la volonté; la comparaison ne peut être séparée du jugement , puisqu'on ne peut comparer deux objets sans les juger ; raisonner n'est qu'une répélilion de l'action déjuger; réfléchir, imaginer, c'est composer des idées dccomposables en sensations, en souvenirs, en jugements et en désirs. Celle espèce d'imagination, qui n'est qu'une mémoire sûre et fidèle , ne doit pas en être distinguée.

Oii peut donc reprocher à Condillac d'avoir seulement partagé l'inlelligence de l'homme en entendement et en volonté , parce que le premier terme renferme des choses trop disparates, telles que la sensation, la mémoire, le jugement, et d'être tombé dans un excès opposé , en multipliant trop les divisions secondaires. Toutefois, on ne saurait méconnaître les immenses services qu'a rendus Condillac à la science analytique de l'entendement, en naturalisant parmi nous la philosophie de Locke, ce véritable créateur de la psycologie. La médecine peut se glorifier d'avoir produit Locke et Cabanis : chose remarquable et pourtant naturelle ; car, comme Diderot l'a dit éloquemmenl : « Il n'apparlient qu'à celui qui a pratiqué la médecine d'écrire de la métaphysique : lui seul a vu les phénomènes, la machine tranquille ou furieuse, faible ou vigoureuse , saine ou brisée , délirante ou réglée : successivement imbécile, éclairée, stupide , bruyante, muette, léthargique, vivante ou morte. »

CLIV. Altération de la pensée. Les philosophes arriveraient sans doute à une connaissance plus approfondie des facultés de l'entenderaent humain , s'ils joignaient à l'élude de leu^ exercice régulier et facile celle des nombreuses alléralions qu'elles peuvent subir. Il ne suffit pas, en effet, pour s'en former une juste idée , de les observer lorsque l'âme est paisible et sans agitation ; on doit encore les étudier dans les dérangements qu'elles éprouvent ; les voir tour à tour s'isoler ou se confondre, et se combiner sous de faux rapports; dans quelques cas, diminuer d'énergie ; d'autres fois , être portées àun degré d'exaltation qui ne permet d'en méconnaître ni l'importance ni la véritable nature ; et comme le plus grand nombre de nos idées nous vient du parallèle que nous savons établir entre les objets qui nous les fournissent , an milieu de ces troubles de la raison et des passions humaines, on en acquiert une notion plus complète que si on se fùl conlenio de les étudier dans leur élat de calme et de tranquillité.

Les observations sur la manie ne sont encore ni assez nombreuses ni assez précises pour qu'on puisse classer les diverses espèces d'aliénation mentale , d'après la faculté de l'cnlendcment qui se trouve lésée dans chacune d'elles. Le professeur Pinol a néanmoins pris pour fondement de la dislincliin qu'il a établie entre les diverses sortes de manies les

travaux des psycologistos modernes , et fait voir que tOHtes pouvaient se rapporter tà cinq espèces , qu'il désigne par les noms de mélancolie , de manio sans délire, de manie avec délire, de démence et à' idiotisme (1). Dans les quatre premières espèces , il y a perversion des facultés mentales , affaiblies ou exallées. On ne doit pas chercher la cause de CCS alléralious dans les vices de conformation originelle ; car la mélancolie , la manie avec ou sans délire , et la démence , ne se manifestent presque jamais avant la puberté. Les observateurs attestent que presque tous les maniaques le sont devenus de ■vingt à quarante ans; qu'un très-petit nombre a perdu la raison avant ou après cette époque orageuse de la vie, pendant laquelle les hommes, livrés tour à tour aux tourments de l'amour ou de l'ambition, de la crainte ou de l'espérance, aux douces illusions du bonheur ou aux pénibles retours de l'infortune, consumés parle feu dévorant de leurs passions sans cesse renaissantes , souvent combattues et rarement satisfaites, voientles forces de leur intelligence diminuées , anéanties ou dégradées par cette sorte de tempête morale , justement comparée à celle qui s'élève quelquefois du sein des mers.

Nous sommes forcés de convenir que nos connaissances sur la structure du cerveau et des nerfs sont trop bornées; que les ouvertures des cadavres de maniaques ont été trop peu nombreuses, et quelquefois faites par des médecins auxquels les circonstances minutieuses de l'organisation connue de l'organe sensitif étaient trop peu familières (2) pour qu'on puisse assurer ou nier que le dérangement de l'intellect dépende constamment d'une lésion organique, ce qui est assez probable. Plusieurs faits , au moins recueillis par des observateurs qui , tels que Morgagni , méritent la plus grande confiance , autorisent à penser que la consistance du cerveau e?l .".ugmentée chez quelques maniaques qui se distinguent par l'opiniâtreté la plus insurmontable, la plus invincible obstination, l'attachement le plus fort à leurs idées dominantes ; qu'il est , au contraire , mollasse , aqueux, et dans une sorte de dissolution commençante chez quelques autres dont les idées incohérentes , ayant perdu la faculté de s'associer et de se transformer en jugements, se succèdent avec rapidilc, et paraissent ne laisser aucune trace; que certaines lésions organiques, telles que le ramollissement du cerveau, le développement spontané de tubercules ou de tumeurs enkystées dans certains points de sa substance, entraine souvent une altération profonde dans les fonctions intellectuelles.

Si, daus un petit nombre de maniaques, l'organe de l'entendement n'éprouve et ne présente que d'imperceptibles altérations , il en offre de bien remarquable chez \Gi idiots. L'oblitération presque complète des facultés intellectuelles, qui fait le ca-

(1) Pour plus amples développements , jf; ne puis que renvoyer a roiivrage. yoycz le Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la mania , par Pinei. Paris, 1800.

(2) Ce reproche s'applique surtout aux recherclie» du docteur Grcding.

ractère de l'idiotisme, lorsqu'elle n'a pas pour' cause une commotion forte et subite, uneémoUoD inattendue et profonde qui brise tout-à-conp les ressorts de la pensée, lorsqu'elle est un vice originel tient toujours à la mauvaise conformation du crâne' à la gène des organes qui y sont renfermés. Ces dé', fauts d'organisation se rapportent, comme M. Pj. nel l'observe, à la petitesse excessive de la téte relativement à la stature entière , ou au manqae de proportions entre les diverses parties du crâne.] C'est ainsi que dans l'idiot, dont la tête se Ironve gravée dans l'ouvrage sur la manie (pl. 2 , (ig.6),\ elle n'a en hauteur que le dixième de la stature II entière, tandis que cette hauteur devrait en être [ le septième, plus trois parties et demie, en pre-{ nanU'Apollon du Belvédère pour le type de la per-|< fection idéale de l'homme. Un idiot, que j'ai a^| tuelicment sous les yeux, a l'extrémité occipitalej de la tête tellement rétrécie , que la grosse extré-i mité de l'ovale que présente sa face supérieure, aal lieu de se trouver en arrière comme dans le reslej des hommes , est au contraire tournée en avant,| répond au front, qui est d'ailleurs très-incliné ( orbites vers le sinciput. Le diamètre vertical do crâne est très-peu considérable. La têle, ainsi ra courcie de haut en bas, est très-aplatie sur les côtéi^ Les mains et les pieds sont très-petits, etsouven froids; les parties génitales sont, au contraire, ei-ff ; trêmement développées. 1 1

Dans deux autres enfants également idiots, eif in qui se trouvent actuellement à l'hôpital Sainlt Louis , le crâne , très-large en arrière , finit pal une extrémité très-rétrécie; et le front très-coartj n'a pas plus de deux pouces et demi de largeur , ei mesurant du processus demi-circulaire qui bornj en haut la fosse temporale d'un côté, au comraen cément de la même crête, saillante sous la pea^ du côté opposé. Le développement des parties | nitales n'est pas moins remarquable : elles ontl dans ces deux individus, dont l'un a dix , l'auti douze ans, aussi bien que chez celui dont noo avons parlé précédemment, et qui a quatorze ansj(j un volume plus considérable que celui qu'elle présentent ordinairement après la manifestatio de la puberté. Rien n'annonce que celte époqo soit arrivée pour les idiots dont il vient d'êlr question. jH;^ Le même développement s'observe d'une ^vk^ nière encore plus marquée chez les crétins djfci^j Valais, idiots ( par suite d'une organisation faibi li»^ et dégradée), enclins à la plus sale lubricité eiaii?a[|j masturbations les plus fréquentes.

Celte espèce d'opposition entre l'énergie relati de l'organe intellectuel et du système reprodiicleuH^. entre le développement du cerveau et celui parties génitales, est un phénomène qui doil piq" vivement la curiosité et appeler l'attention physiologistes. Qui ne connaît celle énervalion l'entendement, cet affaiblissement à la fois inlell< luel et physique, sorte de dégradation morale <] suit les jouissances de l'amour, pour peu quon j dépassé les bornes d'une scrupuleuse modératiowj La castration modifie le caractère moral des homnr' et des animaux , au moins aussi puissamment qj leur organisation phvsiqiie , comme l'a prouve

Kl

DES SENSATlOnS.

i^nis ( J ) , en traitant de l'influence des sexes sur l'oijine et le développement des facultés morales et etellectuelles.

CLV. Le physique retient donc le moral sous le dépendance étroite et nécessaire ; nos vices et »s vertus, quelquefois produits et souvent moûés par l'éducation sociale, sont fréquemment ssi des résultats de l'organisation. Aux preuves monstralives qu'a données de l'influence du phyîue sur le moral de l'homme le philosophe que je êns de ciler , et qui fait tant d'honneur à la médeae , je me permettrai d'ajouter une seule obserilion : ce n'est point, j'en suis bien sûr, la preière de cette espèce ; mais personne , à ce que je ois, n'en a publié de semblables. Le lecteur se ppellesansdoute la vieillefemmedontil est parlé . 'article des mouvements du cerveau, qu'une carie jiorme des os du crâne permettait de constater sur te. J'abslergeais le pus sanieux qui couvrait la nre-mère, et je faisais en même temps des questions la malade sur son état ; comme elle n'éprouvait aint de douleur de la compression de la masse cé- «rale , j'appuyai le tampon de charpie, je pressai e;èremenl dans une direction perpendiculaire , et i jt-à-coup la malade, qui répondait sainement à «;s demandes, se tut au milieu d'une phrase; sa lipiration continuait cependant de s'effectuer, son iluls battait encore; je retirai le tampon, la malade d dit rien ; je lui demandai si elle se rappelait la trniére question que je lui avais adressée; elle ilaffirma la négative. Voyant que cette éxpérience iititsans douleur et sans danger , je la réitérai trois s s, et suspendis trois fois tout sentiment et toute &.elligence.

CUn homme trépané pour une fracture du crâne iiîc épanchement de sang et de pus sur la dureère, sentait ses facultés intellectuelles baisser, le lUtiment de son existence s'engourdir, et menacer 5 s'éteindre dans l'intervalle de chaque pansement, MQesure que la collection du liquide devenait plus itnsidérable.

i'Des observations chirurgicales sur les plaies de e renferment plusieurs faits qu'on pourrait rap- Dcher des observations précédentes. Il n'est perane qui, ayant éprouvé une syncope plus ou tins prolongée , ne sache que cet état est sans llaise , sans douleur , et ne laisse après lui aucune nscience de ce qui s'est passé pendant sa durée. IBD est de même à la suite d'une apoplexie , d'un fcès d'épilepsie , etc., etc.

X'histoire des tempéraments nous fournit trop nemples de l'étroite connexion qui existe entre Fganisalion physique et les facultés inlellecèlles et morales , pouf que nous croyions devoir «s arrêter davantage sur cette vérité, dont on » saurait nier la certitude, mais qu'aucun phii|ophe n'a encore poussée dans toutes ses consé- *ences.

KLVI. Un auteur anglais (2) , dans un ouvrage wsacré à l'histoire de l'aliénation mentale, a tracé, ;i) De» rapport» du physique et du moral de Tliomme , roi. in-8o. ' M) An Inquiry into the nature and origin of mental Rangement, etc. Lond., 1798, 2 toI. in-S».

mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui, l'histoire physiologique des passions humaines, qu'il envisage comme de simples résultats de l'organisme , en les plaçant parmi les phénomènes de l'économie animale , et en faisant abstraction de toute idée raorala qui peut s'y rattacher.

Toute passion a pour objet la conservation de notre individu et la reproduction de notre espèce. On peut donc , comme les fonctions elles-mêmes, les partager en deux grandes classes. A la seconde se rapporteront également l'amour paternel, la tendresse maternelle , et toutes les affections qui ont pour objet la protection de notre race pendant sa longue enfance.

Mais Chrichton, comme le plus grand nombre des métaphysiciens et des physiologistes , nous paraît avoir mal déterminé le sens que l'on doit attacher au mol passion. Lorsqu'il donne ce nom à la faim , sensation intérieure et pénible , source d'un grand nombre de déterminations de toute espèce, puissant mobile de l'homme dans l'état sauvage et civilisé, à l'anxiété qui suit la respiration d'un air trop peu riche en oxigène , à l'impression qui résulte du froid ou du chaud excessifs , à la sensation incommode que fait éprouver la rélentioa des urines et des matières fécales accumulées , au sentiment de lassitude et de fatigue qui suit un vio-' lent exercice , etc., etc., il confond les sensations et les besoins avec les passions et les désirs dont ils sont l'origine.

Nos besoins , nos appétits , nos goûts , nos passions sont du domaine de l'instinct; ils dérivent, comme lui, de notre organisation : retranchez un organe , vous diminuez la somme des besoins , TOUS privez d'un appétit l'animal que vous mutilez : c'est ce que produit la castration sur l'animal OU sur l'homme qui l'ont subie de bonne heure. S'il était possible de rendre un carnivore capable de digérer des végétaux , vous changeriez ses goûts et ses mœurs : avec l'âge naissent et meurent en nous certains organes. En même temps et dans la même mesure se montrent, se développent et s'éteignent certaines passions : affaiblissez par des saignées copieuses et multipliées ce guerrier intrépide qui brava la mort dans vingt batailles, vous en faites un homme faible et pusillanime. Vainement son crâne vous offre-t-il alors la bosse sous laquelle il a plu au docteur Gall de loger la bravoure.

Une diète rigoureuse produira le même effet, pour peu qu'elle soit prolongée. L'armée prussienne, dispersée à Jéna par nos intrépides légions, était depuis plusieurs jours réduite' au pain et à l'eau pour toute nourriture ; encore le premier était-il de mauvaise qualité, et en si petite quantité, qu'il ne pouvait apaiser la faim. Je tiens ce fait d'un témoin oculaire et véridique.

L'armée nombreuse qui vientd'échouer dans une entreprise importante (1813), manquait de pain depuis six jours (1). Loin de moi l'idée de vouloir affaLhlir par ces remarques la gloire du vainqueur; seulement il est bienprouvé par plus d unexcmple fameux, que, toutes choses égales d'ailleurs, entre

(1) F'oyeMU Moniteur, g septembre 1813.

El.f.MENTS DE PHYSIOLOOIE.

des troupes à joun el ilos soldais bien repus, la yicloire ne saurait li ire long-lemps indécise.

Le besoin dérive de l'organisation : il en est la conséquenrc immédiate ; il décide à son tour l'appétit, \ci ilable élément de la passion. L'élymologie du mot passion, formé du verbe latin pati, souffrir, indique celle origine de l'état qu'il exprime.

C'est pour échapper aux besoins extrêmes dont une prévoyance attentive entrevoit de loin la possibilité, c'est pour satisfaire à tous les besoins factices nés de l'état social et delà civilisation , que les hommes se condamnent à ces agitations dont les honneurs, la célébrité, la richesse, la puissance , sentie terme incertain. Les passions n'ont pas encore été analysées avec le même soin que les idées; on n'a point encore justement apprécié les différences qui existent, sous le rapport de leur nombre et de leur énergie, entre l'homme dans l'état sauvage et l'homme qui vil dans les pays où Ja civilisation et les lumières ont fait les plus grands progrès.

Comme l'état habituel de l'estomac, du poumon, du foie et des organes intérieurs, se lie à de certains ordres d'idées ; comme toute affection vive de joie ou de chagrin, de plaisir ou de douleur, fait éprouver un sentiment d'anxiété dans la région précordiale , trouble qui semble le produit d'une commotion plus ou moins vive , les anciens plaçaient dans les viscères le siège des passions de l'âme ; ils mettaient le courage dans le cœur, la colère dans le l'oie, lajoie dans la rate , etc. Bacon et Vanhelmont l'établissaient dans l'estomac; Lecatdans les plexus nerveux ; d'autres physiologistes dans les ganglions du grand-sympathique , etc. Mais n'a-l-on point confondu l'effet avec la cause, Vappctit avec la passion à laquelle il dispose? Lcsappélits, d'où naissent les passions, résident dans les organes ; ils ne supposent que des déterminations instinctives , tandis que la passion entraîne l'idée d'un travail intellectuel. Ainsi l'accumulation de la semence dans les poches qui lui servent de réservoir excite l'appétit vénérien, bien distinct de la passion de l'amour , quoique souvent il en soit la cause déterminante. Les animaux n'ont guère que l'appétit , qui diffère autant de la passion que l'instinct de l'intelligence. On doit cependant considérer le cerveau comme le siège oùles passions sont perçues (1). De tousles sentiments de l'homme , le plus durable , le plus saint , le plus passionné , le moins susceptible d'être altéré par tous les préjugés de l'état social , l'amour maternel est sûrement le résultat de quelque combinaison intellectuelle , de quelque action cérébrale , quoique ce soit dans les entrailles qu'il prenne sa source , qu'il vienne de là , et que les plus grands efforts de l'imagination ne puissent y conduire celles qui n'ont pas joui du bonheur d'être mères.

Toute passion naît du désir, et suppose l'exalta-

(1) Si l'on analysait avec soin le» passions, il faudrait distinguer celles qui sont communes à tous les hommes, qui tiennent à nos besoins physiques, à notre nature , de certains travers de Pesprit, que l'on a honorés du nom de pussions, comme l'avarice, l'ambition, etc.; faux calculs qui devraient être rapportés aux dérangements de l'intellect, et se classer parmi les diverses espèces de manies.

lion plus ou moins grande des facultés intellectoei i les. Les nuances que peuvent offrir les passions sont! infmies: on pourrait les ranger toutes d'après unci échelle systématique , dont le sang-froid occuperuiti la parlie inférieure, et la fureur maniaque le degré le plus élevé. Il est aussi impossible de concevoii un homme sans passion qu'un homme sans désirs; néanmoins on nomme passionnés ceux dont la vo-» lonté s'élève avec force vers le même objet vivemeuf souhaité. Dans le délire des passions, nous portODg à chaque instant, et sans nous en apercevoir, ded jugements faux dont l'exagération est le caractère] Un homme vivement effrayé rit lorsqu'il est revenu de l'objet de sa terreur. Voyez cet amant chez le-j quel la passion est éteinte ; revenu des charmes qui long-temps le captivèrent , toutes les perfectionil dont l'objet de son amour lui semblait comblé sfl sont évanouies, le prestige enchanteur est dissipé! peu s'en faut qu'il ne croie que cet objet n'est plï le même, tandis que lui seul a changé : semblabld à ces maniaques qui, revenus à la raison, s'élonnenl des extravagances qu'ils ontcommises pendant leal délire, et peuvent à peine ajouter foi à ce qu'of leur raconte. L'homme ambitieux se nourrit de| illusions de la richesse ou de la puissance ; celui qï hait voit des crimes dans les fautes les plus légèrel de l'objet de sa haine, et s'en exagère les moindre[ défauts.

Les affections de l'âme ou les passions, soi qu'elles viennent par les sens , soit qu'une disposi lion quelconque des organes vitaux en favorise 1{ naissance et le développement, peuvent être rai gées sous deux classes générales , relativement aD| effets qu'elles produisent sur l'économie. Les une augmentent l'activité organique : telles sont la joiï le courage, l'espérance et l'amour. D'autres, contraire , ralentissent les mouvements vitanj comme la crainte , la tristesse et la haine. D'autrd enfin produisent ces deux effets contraires alte^ nativement ou à la fois : c'est ainsi quel'ambitic la colère, le désespoir, la pitié, revêtant, comi les autres passions , un nombre infini de nuance^ selon l'intensité de leurs causes, la constiluUc individuelle de ceux qu'elles agitent , leur sexa| leur âge , etc. , tantôt accroissent , d'autres fo diminuent l'action vitale, abattent ou relèvent 1< forces des organes.

Les exemples qui constatent la puissante fluence des passions sur l'économie animale soi trop nombreux pour qu'il soit nécessaire d'en raft porter; les écrivains de tous les genres en coij tiennent qui prouvent que l'excès du plaisir, comi ' l'excès de la douleur , un joie trop subite ou trdj vive , comme un chagrin trop profond et trop ini tendu, peuvent donner lieu aux accidents les pH funestes , et même à la mort. Sans rassembler l|| toutes les observations de ce genre dont les li^ fourmillent , bornons-nous à renvoyer à ceux^ en ont recueilli le plus grand nombre sous le mêa»j point de vue , comme Hallcr, dans sa grande Pm siologie; Tissot, dans son Traité des maladies nerfs; Lecamus , dans son livre sur les Maladies l'esprit ; Bonnefoy , dans un Mémoire sur les pd l siens de l'âme , inséré dans le tome V du iiccuH des prix décernés pari' Académie royale de chirurgit

DÏS SENSATIONS.

Les effets des passions , pour être constants, n'en uit pas moins, pour la plupart, inexplicables, ninment et pourquoi la colère donne-t-elle nais- [ice à des suppressions d'urine, à des morts sûtes? Comment la frayeur délermine-l-elle la parasie, les convulsions, l'épilepsie , etc.? Pourquoi le joie excessive , un sentiment agréable porté à '\lréme, produisent-ils des accidents aussi funestes

10 les affections tristes et désagréables ? De quelle mière un rire forcé peut-il conduire à la mort? : excès de rire fll périr le peintre Zeuxis et le

losophe Chrysippe, au rapport de Pline. On iverlissait, sous Louis XIV, les réformés des venues en les liant sur un banc , et en chatouiliîil la plante de leurs pieds, jusqu'à ce que, vaincus a: cette torture, ils abjurassent leur croyance : un I and nombre moururenlau milieu desconvulsions Ju rire forcé que ce chatouillement provoquait, il t volumes ne suffiraient point pour retracer tous ^ effets des passions sur l'homme physique ; comeu donc en faudrait-il pour les suivre dans leur illuence sur le moral , dans leur origine obscure, ins leurs caractères indéfiniment variés, dans leurs uances fugitives, et dans tous les degrés de leur 'veloppement.

La physiologie a pour objet la connaissance des ictions qu'exerce l'homme physique; l'étude de , plus belle partie de nous-mêmes, de ces facultés lerveiileuses par lesquelles notre espèce l'emporte !r tout ce qui a mouvement et vie; en un mot , connaissance de l'homme moral et intellectuel du domaine de celte science, tour à tour désiée par les noms de métaphysique , de psycolo- , d'analyse de ^entendement , mais auquel celui déologie ou de science des idées , employé par - écrivains de nos jours , semble mieux convenir.

11 peut consulter avec avantage, sur celte science, s ouvrages philosophiques de Platon et d'Aris- )le, parmi les anciens ; de Bacon, Hobbes, Des-

. tes , Leibnilz , Mallebranche, Locke, Condillac, junet , Smith , Reid , Dugald-Stéwart , Cabanis ,

racy et Laromiguière, parmi les modernes. Gall a donné une analyse toute différente des

ivcrses facultés derintelligénce. Voici le précis de

I doctrine :

1 ° Il y a un nombre de facultés bien plus consiurable que n'en ont admis les philosophes.

2" On ne trouve pas de centralisation de facultés alellectuelles; mais celles-ci sont disséminées, et lumentles attributs de chaque organe particulier e l'encéphale doué d'un instinct ou d'une fonction nlellectuelle. Gall prend un exemple parmi pluurs enfants d'une même famille, de même dge et lis les mêmes circonstances : cependant l'un eux a une disposition très-prononcée pour la Msique , l'organe du cerveau qui répond à cette ullé est plus développé que les autres ; il a plus force d'attention, de jugement, de mémoire, inaagination, que les autres;faculté8 : de là la su- •irioritéde l'enfant dans l'étude de la musique. Uais qu'on veuille apprendre les malhématiques à I enfant, et que l'organe encéphalique qui répond > la faculté des sciences abstraites soit atrophié chez lii , on ne trouvera plus ni attention, ni mémoire, jugement : donc ces facultés ne sont pas essen-

tielles. On a remarqué depuis long-temps qu'il y avait diverses espèces de mémoires : celle des nombres, celle des noms , celle des lieux , etc. L'ouvrage de Haller renferme plusieurs pages curieuses à ce sujet. Mais la faculté de juger sainement les rapports des choses est-elle ainsi localisée dans chaque organe , de telle sorte qu'un homme ait un jugement sain sous certains rapports, et faux sous d'autres? La chose est douteuse , et Gall a probablement pensé qu'il en était autrement, car il a affecté une cause spéciale à la faculté de comparaison. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'un homme qui a ce qu'on appelle du bon sens , un bon esprit , apporte la même rectitude de jugement dans toules les branches qu'il étudie.

3° Il n'y a pas , à proprement parler , de propriété fondamentale qui doive porter le nom d'instinct; celui-ci n'est que l'excès d'action d'une partie limitée des organes encéphaliques. Gall cite , à l'appui de celte opinion, de nombreux exemples tirés de l'anatomre comparée. Ainsi l'abeille, qui estdépourvue d'organes de la génération, a néanmoins l'amour de la progéniture; ainsi le coucou, le chien, le renard, le loup, la caille, la perdrix, etc., présentent tous un développement notable d'une faculté, ou sa nullité complète, en rapport avec le développement considérable ou l'absence d'une portion de l'encéphale.

4" Le penchant , le désir, la volonté et la passion, ne sont que des degrés d'une même faculté , qui est proportionnée dans son énergie au volume de l'organe cérébral qui lui répond.

Ainsi , chacun des organes de l'encéphale jouit à lui seul de toutes les facultés que les philosophes avaientréunieselétudiées simultanément , manière peu judicieuse de procéder, et qui ne devait pas imprimer à la psycologie plus de progrès que n'en eût fait faire à la physique l'étude des propriétés générales de la matière , telles que la porosité , l'impénétrabilité , etc. , sans approfondir chacune de ces propriétés dans les corps.

Arrivons à un second point de la doctrine de Gall, la localisation des facullés de l'intelligence. Cette idée n'est pas entièrement neuve. Elliottson, dans les notes ajoutées à la physiologie de Blumenbach , rappelle qu'Aristote avait placé le siège du bon sens dans la partie antérieure de la tête ; que, dès le treizième siècle, on a fait des têtes à compartiments qui ont un certain air de famille avec celles dessinées par Gall ; qu'enfin le précepteur du Dante a indiqué, dans des vers italiens, la correspondance qui existe entre le développement de telle partie de la tête et telle faculté de l'intelligence : mais il y a loin de ces idées éparses et rudimentaires aux travaux de l'auteur ingénieux delaCramoscopî'e. Gall admet dans le cerveau vingt-sept organes; et comme il existe un plus grand nombre de facultés , il est forcé de reconnaître que quelques-unes de celles-ci sont le résultat de l'action combinée de deux ou plusieurs organes : de là sa division des facullés en fondamentales et en secondaires. Les. premières se reconnaissent à l'un des caractères suivants : ! > De ne pas se développer en même temps que les autres : tel est l'amour physique ; 20 d'être susceptible d'un développement considérable avec un accroissement simultané de l'organe ccré-

ÉLÉMENTS DE PUYSIOLOUIE.

bral , qui en est le siège; 3» do pouvoir manquer enlièrement, sans que pour cela lesautres facultés «oientaltérées ; 4° de pouvoir également être seule pervertie , comme cela se remarque chez les monomaniaques; 5" d'offrir un développement marqué dans un sexe , et pas dans l'autre ; dans une espèce animale, et pas dans une autre, si surtout à ce caractère se joint un relief au crâne des premiers , et un enfoncement chez les autres.

A ces preuves de la pluralité des organes on peut en ajouter d'autres tirées du simple raisonnement : nous avons vu les phénomènes intellectuels liés à l'organisation cérébrale, varier comme elle dans leur perfection ou leur imperfection. Si une fonction de l'intelligence s'exerce pendant un temps prolongé , la fatigue s'empare de l'organe cérébral qui lui correspond , et bientôt il y a impuissance de continuer le même travail ; que si l'esprit s'applique alors à on autre genre d'étude, il retrouve à l'instant toute son aptitude : peut-on méconnaître dans cette faculté de varier ainsi les travaux de l'intelligence , l'existence de plusieurs organes encéphaliques qui agissent successivement?

Quant à la troisième partie delà doctrine deGall, il faut convenir qu'elle est d'une démonstration bien plus difficile, et que jusqu'ici les résultats de la cranioscopie ont été plus amusants pour les gens du monde qu'utiles à la science de la médecine. Faisons remarquer cependant que la prétention de déterminer les usages de chacune des circonvolutions du cerveau, est tout aussi naturelle que celle d'assigner les fonctions du cervelet , de la, moelle épinière, de la moelle alongée ; détermination à laquelle ont visé un grand nombre de physiologistes modernes, qui tous ont obtenu l'approbation elles éloges que méritaient leurs efforts. La localisation des facultés propres à l'homme entraîne, pour condition première, la détermination exacte du nombre de ces facultés. Nous avons vu Gall eu admettre vingt-sept; son disciple, M. Spurzheim , les a portées à trente-cinq : d'où résulte la nécessité de faire de nouveaux compartiments dans la tête , et de resserrer ceux déjà dessinés.

Gall a établi que les facultés similaires devaient être près les unes des autres. Puis, pourarriver à la détermination des organes, il a étudié la conformalion de la tête des individus qui étaient des hommes de génie dans un genre , ou qui avaient une passion exallée au détriment de toutes les autres ; il a ensuite examiné les instincts prédominants des animaux et le développement de leur crâne, et il a établi , comme une loi, que la saillie d'une région de là tête, correspondant à un développement do la substance cérébrale, dénoie que cette région loge l'organe de telle ou telle faculté qui auraété prédominante chez l'individu observé. Mais pour que celle conclusion fût rigoureuse, il faudrait, lo que les organes occupassent la périphérie du cerveau; 2" que la structure de cet organe fût fibreuse ; 3° que le volume d'un organe fut toujours en rapport avec l'énergie de la fonction qu'il accomplit; 4° que le cerveau, par son développement , modifiât la boîte du crâne; 5» que les éminences et enfoncements de la surface externe de la tête répondissent exactement aux saillies cl aux dépressions de la

surface intérieure, et par contre du cerveau

La première proposition ne peut guère être cou- > testée ; son exactitude est attestée par les faits d'a-i '% natomie pathologique, et par les expériences de MM. Foville et Pinel-Grandchamp.

La seconde est encore plus évidente , et , malgréj I l'assertion de Bichat , on peut dire que la structur fibreuse du cerveau est surabondamment démoQ. trée par la dissection d'un cerveau frais , et surtou d'un cerveau qui a été soumis à l'un des réaclifi suivants -.l'alcool, l'huile bouillante, les acides concentrés , etc.; cas dans lesquels on aperçoit les fibrei k avec facilité , et dont on peut reconnaître la dire^ n tion , toujours la même dans les mêmes parties do i cerveau

Il est encore évident que le volume d'un organi répond à l'énergie de la fonction qu'il accomplit Voyez les bras des boulangers, les jambes des dan seurs , la poitrine d'un Hercule , etc. M. Spurzhei ajoute à cette donnée celle tirée de l'énergie d'acU'l lion qui, dans un petit organe bien conformé, peulfe produire des résultats semblables à ceux qui sonlf« accomplis par des organes volumineux ; considérât^ tion rassurante pour les personnes qui ont une petiiaî(! tête. M

Il n'est pas douteux que le crâne et le cerveaa«( se modèlent l'un sur l'autre. Mais quel est celulki des deux qui sert de moule à l'autre? Quoique , auf premier abord , il paraisse peu raisonnable de dirb i , qu'une portion aussi dure que les parois du crâne a; s'accommode au volume du cerveau, l'expé-iii rience prouve cependant qu'à la longue il en eslii ainsi. On cite pourtant quelques faits qui font ex-Bî ception à cette règle : on a vu des portions du cer-fci veau manquer, avec un développement parfait deal^ parois du crâne. il t

La surface externe en plusieurs points est confi-i i gurée d'une manière réciproque à l'interne. Mai*n en plusieurs autres il n'en est pas de même, etc'esiii ici que l'on a fait les plus fortes objections à la cra-W nioscopie : il faut, du reste, avouer que Gall lm4 même les a toutes exposées

Ces objections se tirent du développement va riable des sinus frontaux, sphénoïdal, de i'épaisseui du diploé , des tubérosités à insertions musculairesl qui, chez beaucoup d'animaux, répondent à de t saillies internes ; enfin , la découverte du fluide câl phalo-racbidien , dont , en beaucoup de circon stances, on ne peut apprécier la quantité, fait encor>l varier le rapport entre l'enveloppe du cerveau e* le volume de l'organe.

Ces notions suffisent pour apprécier la doclrin du docteur Gall ; la localisation de chaque faculti< est encore trop hypothétique pour que je croie devoii exposer ici les usages supposés de chaque porlioi' de la superficie du cerveau.

CLVII. Sommeil et veille. Les causes d'excit*4 tion auxquelles nos organes sont soumis durant ll> veille tendent à en accroître progressivement l'aa tion : les ballements du cœur, par exemple, so bien plus fréquents le soir que le matin ; et c mouvement, graduellement accéléré , serait bie tôt porté à un degré d'activité incompatible avec 11 conservation de la vie , si lo sommeil ne modérai chaque jour cette force d'action , et ne la ramenaf

DES SENSATlOr^S.

1 1 terme convenable. La fièvre naît des veilles prongées ; et dans toutes les maladies aiguës, l'exacertion survient vers le soir : le sommeil de la nuit baisse les forces trop exallées; mais cet état de conomie animale , si salutaire et si désirable dans utes les affections sthéniques, est moins utile que inicieux dans les maladies dont un extrême (ifaiblissement constitue le principal caractère, éadynamie se déclare presque toujours le matin ns les fièvres putrides, et les péléchies , sympme d'une grande débilité, paraissent durant le mmeil. Il favorise aussi l'établissement et les ogrès des gangrènes , et c'est un fait de clinique :en observé. Dans tous les cas que nous venons citer, le sommeil n'améliore pas l'état des Malades; chose facile à concevoir, puisqu'une fait 'ajouter à la débilité accidentelle , caractère tsentiel de la maladie , l'affaiblissement, qui fait •ssi son principal caractère. .Le sommeil, celte interruption momentanée dans c communication des sens avec les objets exlé- 11 urs, peut être défini le repos des organes des sens itdes mouvements volontaires. Pendant le sommeil, ! fonctions intérieures ou assimilatrices s'exécutit; la digestion, l'absorplion , la circulation, la ; ipiration, les sécrétions, la nutrilion, s'opèrent, . unes, comme l'absorption et la nutrilion , avec !>is d'énergie que pendant la veille , tandis que les . 1res sont manifestement ralenties. Durant le somiiîil , le pouls est plus lent et plus faible , les inspicions son t moins fréquentes, la transpiration insenfle ; les urines et toutes les autres humeurs émases du sang sont séparées en moindre quantité. Ibibsorption est , au contraire , fort active : de là le Ifiger de s'endormir au milieu d'un air insalubre. I» sait que les effluves marécageux qui rendent si ■ïlsaine la campagne de Rome, occasionent pres- I 3 infailliblement des fièvres intermittentes lorslo'on y passe la nuit, tandis que les voyageurs qui ■•..raversent sans s'y arrêter n'en ressentent aucune lifinle.

AdiC corps humain présente assez bien l'image des mtces centripète et centrifuge de l'ancienne phymioe. Le mouvement de plusieurs des systèmes qui Irtrent dans sa structure est dirigé du centre à la •«conférence : c'est une véritable exhalation qui ■Hsse au dehors les produits de la destruction per- Bnelle des organes ; telle est l'action du cœur, des ■rères et de toutes les glandes sécrétoires. D'autres WODS se dirigent, au contraire, de la circonférence % i le centre ; et c'est par leur moyen que nous puimis sans cesse dans les aliments qui sont introduits • 18 nos voies digestives, dans l'air qui pénètre dans «poumons elenveloppe la surface de notre corps, Mi éléments de son accroissement et de sa répara- Les deux mouvements à direction opposée se a»ancent continuellement, dominent tour à tour, [■•vant l'âge, le sexe, le sommeil ou la veille. Pen- Jit le sommeil, les mouvements se portent de la *'iphérie vers le centre (1) ; et si les organes qui •■as mettent en rapport avec les objets du dehors •reposent, les parties intérieures travaillent avec

m t) u Molu» m sommo intro \crguiil. „ llipi,.

plus d'avantage (1). Un homme âgé de quarante ans , atteint d'une sorte d'imbécillité, séjourna pendant environ dix-huit mois à l'hôpital Saint-Louis pour la curation de quelques glandes scrofuleuses. Pendant ce long espace de temps, il restait constamment au lit, dormant les cinq sixièmes de la journée, tourmenté par une faim dévorante, et passant à manger ces courts instants de veille: ses digestions étaient toujours promptes et faciles; il conservait de l'embonpoint, quoique l'action musculaire fût extrêmement languissante , le pouls trèslent et très-faible. Dans cet individu, qui, pour parler le langage de Bordeu , vivait sous l'empire de l'estomac, les affections morales étaient bornées au désir des aliments et du repos. Dominé par une paresse insurmontable, ce n'était jamais sans de grandes difficultés qu'on parvenait à lui faire prendre le plus léger exercice.

La veille peutêlre considérée comme un étal d'effort et de dépense considérable du principe sensîlif et moteur, par les organes de nos sensations et de nos mouvements. Ce principe eût été bientôt épuisé par cette effusion non interrompue, si de longsintervalles de repos n'eussent favorisé sa réparation. Cette' interruption dans l'exercice des sens et des mouvements volontaires présente une durée relative à celle de leur exercice. Nous avons déjà dit qu'il est des fonctions tellement essentielles à la vie, que leurs organes doivent avoir des moments de repos trèscourts ; mais ces intervalles sont tellement rapprochés , que le temps se trouve partagé en deux moitiés presque égales , dont l'une appartientau repos , tandis que l'autre répond à l'état d'activité. Les fonctions qui entretiennent nos rapports avec les objets qui nous environnent, doivent être capables de persister pendant un certain temps dans un état d'activité soutenue ; car on prévoit suffisamment combien eussent été imparfaites des relations à chaque instant interrompues : leur repos, qui constitue le sommeil , est également continu et prolongé.

La durée du sommeil est généralement du quart au tiers de la journée ; on ne dort guère moins de six heures et plus de huit. Les enfants dorment néanmoins davantage , et d'autant plus qu'ils sont plus près du terme de leur naissance ; les vieillards , au contraire , ne jouissentque d'un sommeil court , léger, interrompu : comme, dit à ce sujet Grimaud , si , selon l'idée de Slahl , les enfants pressentaient que , dans la longue carrière qu'ils doivent parcourir , ils ont assez de temps pour déployer librement les actes de la vie, et que les vieillards, près de leur fin , sentissent la nécessité de précipiter la jouissance d'un bien qui leur échappe.

Si le sommeil de l'enfant est si long, si profond et si tranquille , cela doit être attribué à la prodigieuse activité des fonctions assimilatrices, et peut-être à l'habitude qu'il a du sommeil , puisque cet étal est celui dans lequel il a passé les neuf premiers mois de sa vie , ou tout le temps qui a précédé sa naissance. Dans un âge avancé, les fonctions intérieures languissent; leurs organes n'appellent point raltcntion du principe do la vie : le cerveau est d'ailleurs tellement surchargé d'idées

(1) « Soinnui labor visccribu». » Hipp.

ÉLÉMENTS DE l'IIYSlOLOGlE.

acquises, qu'il esl presque toujours éveillé par elles. Les animaux carnivores dorment plus long-temps que les herbivores, parce que, dans les instants de veille, ils exercent plus de mouvements, et peut-être encore que les substances animales dont ils se nourrissent contenant plus de particules nutritives sous le même volume, ils ont besoin d'un temps moins long pour dévorer leurs aliments et pourvoir à leur subsistance.

Le sommeil est un étal essentiellement distinct de la mort , à laquelle quelques auteurs l'ont faussement assimilé (1 ) : il ne l'ait que suspendre celte portion de la vie dont le but esl d'entretenir avec les objets du dehors un commerce nécessaire à notre existence. On peut dire que le sommeil établit la division la plus naturelle des phénomènes de la vie ; el l'on a lieu de s'étonner que les physiologistes aient si long-temps suivi l'ancienne division des fonctions en vitales , animales et naturelles , tandis que l'état de sommeil leur en fournissait une analyse à la fois si simple et si exacte. Les organes des sens et des mouvements, las d'agir, se reposent par le sommeil; mais plusieurs circonstances favorisent celte cessation de leur exercice. Si l'on excite continuellement les organes des sens, on les entretiendra dansune veille constante : l'éloignement des causes matérielles de nos sensations tend donc à nous plonger dans les bras du sommeil ; c'est pourquoi on le goûte mieux dans le silence et dans l'obscurité des nuits (2), Nos organes s'endorment successivement; l'odorat, le goût et la vue sont inactifs , lorsque l'ouïe et le toucher nous transmettent encore de faibles impressions. Les perceptions confuses Gnissent par disparaître; les sens intérieurs cessent d'agir, aussi bien que les muscles destinés aux mouvements volontaires, dont l'action esl entièrement subordonnée à celle du cerveau.

Le sommeil esl un étal, sinon tout à-fait passif , au moins dans lequel l'activité du plus grand nombre des organes est singulièrement diminuée , el celle de quelques-uns complètement suspendue. C'est donc à tort que certains auteurs ont considéré cet état négatif comme un phénomène actif, el l'ont envisagé comme une fonction de l'économie vivante; ce n'est qu'un mode ou manière d'être. Vainement a-t-on prétendu qu'il fallait, pour dormir, un certain degré de force. Les fatigues excessives n'empêchent le sommeil que par le sentiment douloureux qu'elles laissent dans tous les muscles, sentiment qui devient une nouvelle cause

(1) Dire que le sommeil esl Timagc de la mort, que les végétanx dorment sans cesse, c'est se servir d'expressions qui manquent de justesse et d'exactitude. Comment les plantes, qui n'ont ni cerveau ni nerfs , qui manquent des organes des sens, des mouvements et de la voix, peuventelles jouir du sommeil , qui n'est autre chose que le repos d'organes dont elles sont complètement privées?

(2) Le tissu des paupières n'est pas tellement opaque , que nous ne puissions, à travers leur épaisseur, distinguer la lumière des ténèbres : c'est ce qui fait qu'un flambeau allumé dans un appartement nous empêche de nous endormir. Par la même raison , le jour qui succède à la nuit est une cause du réveil; car, malgré la clôture exacte des paupières , la lumière peut encore agir sur le globe de l'ncil.

d'excitation pour le cerveau, qu'il lient éseillé jusqu'à ce que le repos l'ail complètement dissipé.

On a voulu assigner la cause prochaine du sonj. meil. Les uns ont dit que cet étal tenait à l'affaissement des lames du cervelet , qui, selon eux, sont redressées pendant la veille; et ceux-là s'api)uient sur l'expérience , qui consiste à comprimer le cervelet d'un animal vivant, pour le faire aussitôt dormir. Ce sommeil , comme celui que procure la compression de toute autre partie de la masse cérébrale, est un étal vraiment maladif: il n'est pas plus naturel que l'apoplexie. D'autres, croyant sans doute le sommeil analogue à cette dernière affection, le font dépendre du transport des hameurs vers le cerveau pendant la veille. Cet or. gane, disent-ils, comprimé parle sang qui obstrue ses vaisseaux , tombe dans un véritable engourdis-|H sèment. Celte opinion est aussi peu fondée que la précédente. Tant que les humeurs se dirigent e abondance vers l'organe cérébral, elles l'entretien' nent dans un état d'excilcment qui n'est point di tout favorable au sommeil. Ne sait-on pas qa suffît d'être fortement occupé de quelque idée d'être vivement affecté d'un objet quelconque pour qu'on ne puisse en goiiter les douceurs? café, les spiritueux, pris en petite quantité , cai sent l'insomnie , en excitant les forces circat» toires, en déterminant vers le cerveau un a de sang plus considérable. Tout ce qui peut , contraire, détourner ce fluide vers un autre organe, comme les saignées abondantes , les bai: de pieds, les purgatifs, la digestion, la cop tion, un froid extérieur très-vif, ou qui dimim la force avec laquelle il y esl poussé, comme 1' vresse , la débilité générale, influe puissammeo' sur le sommeil : aussi observe-t-on que la mas» cérébrale s'affaisse pendant sa durée ; preuve la quantité du sang qui s'y porte se trouve nota' ment diminuée.

Les organes des sens, successivement endormi s'éveillent de la même manière ; les sons el la II mière produisent des impressions, d'abord confoSC! sur les yeux et sur les oreilles; bientôt ces seni lions deviennent plus distinctes : nous flairons 1 odeurs, nous goiîlons les saveurs , nous apprécioi les corps par le toucher. Les organes de nos irn vemenls se préparent à entrer en action , puis Hi transportent où noire volonté les dirige (1). 1' causes du réveil agissent en déterminant une grande afflucnce du sang vers le cerveau ; elles brassent tout ce qui peut émouvoir les sens , comi le retour du bruit et de la lumière , avec le lev du soleil : elles agissent quelquefois au dedans nous. C'est ainsi que les tirines , les matières fécal el les autres liqueurs accumulées dans leurs resi voirs, les irritent par leur présence , el propage vers le cerveau un ébranlement qui concourt à di siper le sommeil. L'habitude a encore sur oc ph nomène, comme sur toutes les actions qui se passe dans le système nerveux el sensible . la plus rcma quable influence. Plusieurs personnes goùlcnl | repos au milieu d'un bruit éclatant, qui d'abord 1| empêchait de s'y livrer. Quelque besoin qu il e|

(1) Voyez au chapitre de» Mouvements, art- <'l'^-

DES SENSATIONS

3 dormir plus long temps , un homme qui a fixé tieurc journalière de son réveil , se réveille chaque , ur à la même heure. Il est également subordonné la puissance de la volonté; il suffit de le vouloir rtemcnt, pour s'arracher au sommeil à une heure ilerminée.

CLVIII. Songes, somnambulisme. Quoique le .mmeil suppose le repos parfait des organes des nsations et des mouvements , il est assez rare d en ui^dans toute sa plénitude : l'homme qui dort I «sommeil le plus calme et le plus profond se veille rarement dans la position qu'il avait au moont où il s'est endormi; il en a changé plusieurs ,7s dans son sommeil : ce qui suppose qu'excité ir des sensations obscures, il a exécuté divers souvemenls toul-à fait comparables à ceux qu'exé- , te le fœtus au sein de sa mère. Plus souvent en- ■Te plusieurs fonctions intellectuelles s'exerçant , (/ers mouvements volontaires s'accomplissent ; ce I i établit des états intermédiaires entre le somlîil et la veille , de véritables sensations mixtes , I i tiennent plus ou moins de l'un ou de l'autre, vpposons, par exemple, que l'imagination repro- >ise dans le cerveau (1) des sensations qu'il a aufifois éprouvées, l'intellect travaille, associe et imbine des idées souvent disparates , et quelqueis naturelles; enfante des monslres horribles, lîarres et ridicules; nous fait éprouver la joie, spérance , la tristesse , la surprise ou l'effroi ; et tites ces idées, toutes ces passions représentent iiand nous sommes éveillés, et laissent après elles » souvenir plus ou moins distinct , qui ne-nous rmet pas de douter que le cerveau n'ait réelleuni agi pendant le repos des sens et des organes bleurs. On a donné le nom de songes à ces phénmènes. Quelquefois nous parlons en rêvant, et état nous rapproche un peu plus de la veille, « squ'à l'action du cerveau se joint celle des orties de la voix et de la parole. Enfin, toutes les cictions relatives peuvent s'exercer, à l'exception i sens extérieurs. Le cerveau n'agit et ne déter- ; ne l'action des organes et des mouvements , de » voix et de la parole, qu'en conséquence des 'pressions antérieures ; et cet état qui ne diffère lia Teille que par l'inaclivité des sens, se nomme mnambulisme.

)0n raconte à ce sujet des choses surprenantes, a vu des somnambules se lever, se vêtir, sortir Bila maison en ouvrant et en renfermant soigncu- Bwaent toutes les portes, bêcher au jardin, tirer de m»u d'un puits, tenir des discours raisonnables et ■«ivis, retourner au lieu de leur repos, puisse ré- Biiller , sans conserver aucun souvenir de tout ce ■S'ils avaient fait et dit pendant leur sommeil. Cet B it est toujours bien dangereux ; car, ne se con- H^isant que d'après les impressions reçues durant Ityeille, les somnambules ne sont point avertis par B irs sens des choses qui menacent leur existence ; B< ne peuvent éviter aucun des dangers qui se trou- Htntsous leurs pas: aussi les -voit-on fréquemment

■ (1) Les songes ne forment des choses en dormant que Bns le moule que les pensées ont fait en veillant. (Voyage B' Chardin, Description des sciences, chap. 12, de lu Mo-

se jeter par les fenêtres de leur appartement, ou tomber des toits sur lesquels ils montent, sans être pour cela plus habiles à s'y tenir, comme le croit le vulgaire, toujours ami du merveilleux. Toutefois, ce préjugé populaire est loin d'être dépourvu de tout fondement. L'ignorance du danger donne aux somnambules une assurance qui les préserve des accidents , lesquels arriveraient infailliblement s'ils étaient éveillés. L'homme dont la tête est la plus forte , c'est-à-dire, la moins sujette aux étourdisse ments, ne pourra rester un moment au bord d'un précipice et y fixer ses regards, que bientôt il ne se trouble , chancelle et tombe : tous les observateurs parlent des graves inconvénients qu'il y a de réveiller un" somnambule lorsqu'il s'est mis dans une situation périlleuse.

Quelquefois un organe des sens reste ouvert aux impressions des corps qui l'affectent : l'on peut alors diriger à volonté le travail intellectuel. C'est ainsi que l'on fait converser sur telle ou telle matière celui qui parle en rêvant, et qu'on lui arrache l'aveu de ses plus secrètes pensées. Ce fait peut être donné en preuve des erreurs des sens, et du besoin que nous avons de les corriger les uns par les autres.

La disposition des organes influe sur la nature des choses dont on s'occupe pendant les songes. La surabondance de la liqueur séminale suggère des songes licencieux; dans les cachexies piluiteuses, les malades rêvent à des objets dont la teinte ressemble à celle de leurs humeurs. C'est ainsi que l'hydropique ne voit qu'eaux et fontaines , tandis que , pour l'homme atteint d'une affection inflammatoire , tous les corps paraissent teints en rouge, c'est-à-dire, de la couleur du sang, qui est l'humeur prédominante.

La digestion difficile trouble le sommeil. Que l'estomac trop plein d'aliments empêche l'abaissement du diaphragme , la poitrine se dilate avec peine; le sang, qui ne peut traverser les poumons, stagne dans les cavités droites du cœur : de là naît un sentiment pénible; il nous semble qu'un poids énorme accable la poitrine et va nous suffoquer! nous nous réveillons en sursaut pour nous soustraire à un si pressant danger : c'estce qu'on nomme l'incuôe , affection qui peut reconnaître d'autres causes, un hydrothorax, par exemple , mais qui dépend toujours du passage difficile du sang à traders la poitrine.

Les facultés intellectuelles, exercées pendant les songes, peuvent nous conduire à certains ordres d'idées auxquels nous n'avions pu atteindre durant la veille.

C'est ainsi que des mathématiciens ont achevé pendant leur sommeilles calculs les plus compliqués, et résolu les problèmes les plus difficiles. On conçoit que , dans le sommeil des sens externes, le centre scnsitifdoit être tout entier aux combinaisons des idées, et les opérer avec plus d'énergie. Il est rare que l'influence de l'imagination sur les organes génitaux durantl'état de veille, soit portée au point de provoquer seule l'émission de la semence ; rien n'est plus commun pendant le sommeil, dans les songes éroliqucs.

L'espèce humaine n'est pas la seule qui pondant

le sommeil éprouve ce genre d'agilalions que l'on comprend en général sous le nom de rêves : ces phénomènes s'observent aussi chez les animaux , qui y sont d'autant plus soumis , que leur nature est plus irritable et plus sensible. Ainsi le chien elle cheval revent plus que les ruminants : le premier aboie, le second hennit quelquefois pendant le sommeil. Les vaches qui allaitent leurs veaux expriment par des mugissements sourds leur sollicitude maternelle ; les taureaux et les béliers paraissent tourmentés de désirs , qu'ils expriment surtout par des mouvements particuliers de leurs lèvres.

D'après ce que nous avons dit du sommeil et des songes , il ne sera pas difûcile d'expliquer pourquoi le premier répare si peu les forces , lorsque nous sommes , pendant sa durée , tourmentés par des rêves effrayants. Souvent on se réveille extrêmement fatigué des inquiétudes et des tnouvemenls que l'on s'est donnés pour échapper à des périls imaginaires.

Nous avons vu les relations de l'homme avec les objets du dehors établies au moyen d'organes particuliers , qui, par le moyen des nerfs, vont tous aboutir à une partie centrale, siège essentiel et principal de la fonction qui fait l'objet de ce chapitre. Comme les phénomènes des sensations s'accomplissent par l'entremise d'un agent inconnu, et qu'analogues à ceux de l'électricité et du magnétisme , ils ne paraissent point obéir aux lois ordinaires du mouvement et de la matière, ils ont fourni le champ le plus vaste aux vaines suppositions de l'ignorance et du charlatanisme. C'est pour les expliquer qu'ont été imaginées les théories les plus nombreuses et les plus folies.

Le 23 décembre, on ne dit pas de quelle année, un médecin de Lyon, M. Petetin, est appelé auprès d'une jeune dame de dix-neuf ans , sanguine et robuste. Elle était cataleptique. Le docteur met en nsage divers remèdes , et prend un jour le parti de renverser la malade sur son oreiller ; il tombe à moitié penché sur le lit, et cela le conduit à la découverte du transport des sens dans l'épigastre à Vextrémtté des doigts et des orteils. Je copie ici les termes fastueux et peu français dont il se sert pour annoncer sa découverte. Là, notre docteur raconte sérieusement que, mettant de la brioche sur l'épigastre de la malade , elle en percevait le goût , puis exerçait des mouvements de déglutition; s'il faut l'en croire , elle entendait, flairait, goûtait , voyait et touchait par-là , les sens externes étant pour lors complètement endormis. Afin de rendre la .chose plus croyable , il ajoute qu'elle voyait l'intérieur de son corps , devinait ce que renfermaient les poches des assistants, en faisait l'inventaire, ne se trompait point sur le nombre des pièces de monnaie contenues dans leur bourse; mais le miracle cessait de s'opérer dès qu'on enveloppait les objets d'une étoffe de soie , d'une couche de cire, ou que l'on interposait tout autre corps aussi peu conducteur de l'électricité. Enfin , pour exercer lout-à fait la foi de ses lecteurs , M. Petetin s'écrie : « 0 pro- » dige inconcevable ! formait-on une pensée sans » la manifester par la parole, la malade en était

>) instruite aussitôt (1). >, Il est inutile de raconter avec plus de détails une histoire aussi invraisemblable.

Je me serais tu sur le livre de M. Petetin , et l'aurais laissé dormir en paix à côté des innombrables brochures enfantées par le mesmérisme , si , le professeur Dumas n'avait été la dupe de cette \ mystification, et n'en avait pris occasion d'écrire un i long chapitre sur les transports ou déplacement» de la sensibilité.

Dans le cas où les amis du merveilleux nous reprocheraient de pousser trop loin le scepticisme, , nous leur répondrons que M. Petetin est le seaî ù témoin du miracle (2); qu'il est impossible, d'apré» sa narration , de dire en quelle année et sur quelle i personne se sont opérés les prodiges qu'il raconte , et quecetauteur enthousiaste pourrait bien avoi inventé ce conte pour confondre les incrédules qn se permettaient de tourner en dérision son systèm sur l'électricité du corps de l'homme.

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