DE LA VOIX ET DÊLA PAROLE
CXCn. La voix est un son appréciable, résultant des vibrations que l'air , chassé des poumons , éprouve en traversant la glotte. De ce son, articulé par les mouvements de la langue , des lèvres et des autres parties de la bouche, naît la parole, que l'un peut définir la voix articulée.
Cettedéfinilion nous présente l'expiration comme une condition indispensable à la formation de la voix. Cependant on peut encore produire des sons pendant l'expiration, et quelques auteurs donnent simplement le nom de voix à la formation du son dans le larynx, sans tenir compte du temps de la respiration pendant lequel il se produit. Tel est Haller. Mais, nonobstant l'observation d'une vieille femme, qui parlait à haute voix pendant l'inspiration, fait rapporté par Ilaller d'après Ammann, et quelques autres faits de ce genre, nous n'en considérerons pas moins la production des sons pendant l'inspiration comme un phénomène anormal, puisquela dilatation etle relâchement de la glotte, états diamétralement opposés à ce qu'on observe pendant la phonation , accompagnent toujours l'entrée de l'air dans la poitrine.
Tous les animaux pourvus d'un organe pulmonaire et d'un larynx ont de la voix; car il suffit, pour la production de ce son , que l'air , accumulé dans un réceptacle quelconque , en soit chassé en masse, avec une certaine force , et rencontre sur son passage des parties élastiques et vibralilcs. Les poissons, qui n'ont que des branchies , ne font entendre aucun son ; mais ce désavantage , qui nuit sans doute à l'étendue et à la facilité de leurs relations, est en partie réparé par l'extrême vélocité de leurs mouvements progressifs.
On ne peut donner le nom de voix au bruit que produisent certains animaux pour exprimer leurs passions, en mettant en vibration des substances élastiques placées tout-à-fait en-dehors des voies respiratoires, telles que les ébranlements sonores que certaines sauterelles communiquent à une portion membraneuse en forme de peau de tambour, de chaque étui , en frottant intérieurement et avec rapidité ces parties l'une contre l'autre , ou à leurs élytres et leurs ailes, en raclant sur elles avec leurs cuisses postérieures , à la manière d'un archet de violon.
L'instrument de la voix est le larynx, espèce de boîte cartilagineuse , placée à la partie supérieure de la trachée-artère. Les cartilages minces et élas-
(1) Condillar, , Essai sur l'origine das coiinni.ssances hmiiuincs ; IJiiU'on , Ilistoira nutvrello do VliDinme; Winkelmann, TraUti do Pari; Lavalcr, Essai do idii/si'iujmvio/iie.
ÉLÉMENTS DE l'IIYSIOLOOlK.
tiiiuesqul forment SCS parois sont unis ensemble par des membranes, el mus les uns sur les autres par plusieurs petits muscles appelés intrinsèques du larynx. Ces cinq cartilages paraissent concourir à la i'ormalion do la voix , et y contribuer chacun jiour une part plus ou moins importante. L'épi- ^lottcelle-mème sert à la production de ce phénomène, sans que pour cela ce cartilage doive être regardé comme absolument inutile dans le mécanisme de la déglutition. Si l'on raisonnait commeceux qui ont avancé cette opinion, pour avoir vulalonclion s'accomplir sur des chiens auxquels ils avaient extirpé l'épiglotte, on pourrait dire que ce fibrocartilage est parfaitement étranger aux modulalions delà voix : le rossignol n'a point d'épiglolte.
Le cartilage cricoïde qui supporte les deux arylénoïdes et leur sert de base, n'est point immobile à la partie inférieure du larynx. La trachée-artère, à laquelle il est attaché par son bord inférieur, cède et s'alonge pour en permettre les mouvements. Le thyroïde et les aryténoïdes complètent cet appareil des parties cartilagineuses, élastiques et éminemment vibratiles, qui sont mises en mouvement par neuf petits muscles (1), eux-mêmes animés par quatre branches de nerfs appelés laryngés , et distingués en supérieurs et en inférieurs. Cesrameaux nerveux sont fournis par la huitième paire ou les nerfs pneumogastriques. Les nerfs laryngés inférieurs , appelés récurrents d'après leur direction , sont depuis long-temps célèbres par l'expérience publique que fit sur eux Galien (2), pour prouver que l'animal sur lequel on les coupe devient muet aussitôt. Parmi les modernes, plusieurs de ceux qui ont répété l'expérience de Galien ont trouvé que la voix ne s'éteignait point entièrement , soit que l'on coupât ces deux nerfs , soit que l'on en fît la ligature. Haller (3) attribue cette différence dans les résultats à plusieurs causes, au nombre desquelles il range la conservation des nerfs laryngés supérieurs-, qui peuvent, dit-il , suffire à la production du son vocal. Le même physiologiste avait reconnu dans ses expériences (4) que la ligature de l'un des nerfs pneumogastriques éteint la moitié de la voix , el qu'en les liant tous les deux , entre autres phénomènes , on produit une aphonie complète.
Les nerfs laryngés concourent donc aussi bien que les récurrents à la production de la voix, qu'éteint la section des deux nerfs pneumogastriques , faite au-dessus de l'endroit où ils s'en détachent. Les nerfs récurrents se rendent principalement aux muscles crico-aryténoïdiens postérieurs et latéraux, ainsi qu'aux thyro-aryténoïdiens ; le nerf laryngé , au contraire , anime les muscles crico-lhyroïdiens etaryténoïdiens. D'après cette distribution des nerfs du larynx, on conçoit parfaitement comment, la section des récurrents étant faite , la glotte se resserre encore presque complètement par l'action des
(1) Crico-llijrroïdiens, crico-aryténoïdiens postérieurs et latéraux, ihyro-arylénoïdicns el dryténoïdien.
(2) Ue Ilippocrat. et l'I.it. Décret. 1. 2, c. G. Adniinistriiliones analotnic:c. 1. 8, c. h.
(3) Autdcmi'im ncr-ïuslaryngig nnturœ n\Kcc\i. Elcvient. j)hysio/oy. l. III, p. 409.
(4) Second mémoire sur les parties irritables el scnsibli-i.
trois derniers muscles, agents principaux de son ré trécissement. Quoique les dissections de M. «iau din, celles de M. Malgaigne aient montré queceii, distribution des nerfs n'est pas aussi régulière qu( l'a avancé M. Magendie , cependant on ne peu nier que le laryngé n'appartietme plus particulière mentaux constricteurs , et le récurrent aux dila taleurs de la glotte.
La glotte , longue de dix à onze lignes dans ui homme adulte, et large de deux à trois vers l'en droit où elle a le plus de largeur , est la partie 1 plus essentielle du larynx; elle est véritablemen l'organe de la voix , qui s'éteint tout-à-coup lorj « qu'en ouvrant la trachée-artère ou le larynx ao « dessous d'elle , on empêche l'air de la traverser »i La parole seule est perdue lorsque la plaie eslftii * au-dessus de l'endroit qu'occupe la glotte ; ce qi prouve que la voix et la parole sont deux phéno I mènes bien distincts , dont l'un se passe dans 1 larynx , tandis que l'autre résulte de l'action de diverses parties de la bouche , et surtout des lévrest ' ' L'ouverture de la glotte , examinée sur unauim^i i vivant, s'ouvre el se ferme, et ses mouvementsallti» ' : natifs sont parfaitement isochrones avecceux de li i respiration ; la glotte s'ouvre , l'air pénètre danslej' i poumons ; la glotte s» rétrécit pendant la sortie d| r ■ l'air expiré. Au moment où l'expiration cesse, lU.i relâchement s'achève. L'ouverture est la plusgrandf^r possible, l'inspiration commence. La voix est un ph«*' nomène expiratoire : pour le produire , les muscla' l intrinsèques du larynx se contractent et mettent lef "1 côtés de la glotte et cette ouverture elle-même àià ! * des états différents , suivant la diversité des soni K Tandis que l'ouverture de la glotte s'ouvre ou s M ferme pour l'entrée et la sortie de l'air , ou poi|" imprimer au son vocal les diverses modificalioil»! dont il est susceptible , l'ouverture supérieure dj >t larynx , espace ovalaire circonscrit en avant parl'J piglotte , en arrière par les aryténoïdes , et sur M»» côtés par les replis de la membrane muqueuse qi| se portent du sommet des cartilages aryténoïdes aH ■ « côtés de la lame épiglottique ; l'entrée du larynl" reste ouverte, béante , etcomme passive par rappo|>t aux phénomènes de la voix , ainsi qu'aux mouvi' S raenls de la respiration (1). M''
Dans presque tous les traités de physiologie, Ij i auteurs se sont longuement étendus sur les thé|?j| ries de la voix , et ont négligé l'étude des phénWf mènes qui accompagnent la production des diff" * rents sons. La marche opposée est cependant beaj* < coup plus rationnelle , puisque les théories soj' * varial)les, susceptibles d'être remplacées les un par les autres , tandis que les phénomènes dont phonation s'accompagne , el qui influent sur s( J intensité , sa nature, etc. , une fois bien observes connus , ne peuvent plus être modifies selon j* caprice des auteurs. D'ailleurs , de la connaissant exacte de ces modifications dérive une appréciali^|
(1) Celle ouverlure supérieure du larynx, si sout( i confondue avec la glotte parles médecins qui ne Tout p" i vue, est pincée beaucoup plus liaut que cette derni ouverture, laquelle existe à peu près vers le milieu de hauteur de l'organe. Le nom irépiglollc tend à piT*'' cl à propager celle erreur , en portant à croire que clotto est destinée à couvrir immédiatcnicnt la g'i'ttc.
DE LA VOIX
le de toutes les théorlesjusqu'icl proposées pour liquer la voix.
<ous venons de voir que le passage do l'air au 'ers des lèvres de la glotte , était une condition ispensableà la formation de la voix : ce passage merail-il lieu au même résultat après la mort? na depuis long-temps essayé de produire des s en poussant de l'air par la trachée-artère. Sheltumer , qui le premier tenta cette expérience sur animaux , réussit à obtenir un certain bruit : uislors, plusieurs expérimentateurs répétèrent .3 expérience sur l'homme et eurent un résultat iblable. Haller, qui rapporte ces faits, dit avoir lyé , mais vainement, de produire des sons par «moyen. M. Magendie a remarqué que si on Hsse de l'air dans la trachée avec un soufflet , il chasser l'air avec force pour obtenir un son , ncore celui-ci est-il très-faible , tandis que le )rochement des cartilages aryténoïdes accroît cnsité du bruit, qui, d'ailleurs , n'offre pas d'a- »gieavec celui que produit , pendant la vie, l'aal sur lequel on fait l'expérience ; enfin, le son ijjeaucoup plus distinct et plus fort , mais pas enî parfaitement semblable à la voix de l'animal , 0 même temps qu'on rapproche les cartilages énoïdcs , ou les porte en arrière , de manière à Ire les cordes vocales. De ces expériences , il :permis de conclure qu'une des conditions de la nation est le rapprochement des bords de la te et la rigidité élastique de ses replis. Or , les Aisances qui , pendant la vie , peuvent accomplir ^fonctions , sont les muscles intrinsèques du la- I , et principalement le thyro-aryténoïdien logé 5 l'épaisseur du repli des cordes vocales. C'est des raisons pour lesquelles la section du pneuigastrique , en paralysant ce muscle , entraîne xJnction de la voix.
a moment où l'on se dispose à produire un son , «ail une inspiration brusque et assez forte , de Q sorte qu'en voyant cette inspiration , on peut KUer qu'une personne va parler ; alors l'air est isé de la poitrine par une expiration active; cirîtancc qui la dislingue de l'expiration ordinaire, tui fait que l'action de parler finit par devenir ante.
(usieurs physiologistes ont admis , d'autres ont lé l'existence de ces vibrations dans les cordes les au moment où la voix est produite. M. Maie, et plus récemment M. Malgaigne, ontpréten- 28 avoir observées. Il est certain qu'on ne peut [♦quer en doute l'existence deces vibrations, puisn corps n'est sonore que parce qu'il est agité es mouvements oscillatoires ; mais dans des 58 aussi courtes que le sont les cordes vocales, Vibrations ne sont-elles pas trop rapides et trop • étendues, pour qu'il soil possible de les aper- [riir? Les mouvements qui ont été vus sont autres les vibrations sonores, et rien ne répugne à 'ettre à la fois dans les lèvres de la glotte des 'allons et des oscillalions plus lentes pendant lission des sons ; mais, oulre ces mouvements, es les pièces du larynx sont agitées d'un Ircmnent qui se propage aux os de la tète, à ceux de oitrine, et même, si la personne qui parle a la grave, à toute sa charpente osseuse, et au siégo
sur lequel son corps repose. II no faut pas confondre la transmission de ces vibrations avec la pro pagalion de la voix , qui se fait dans tous les sens, descend dans la poitrine par la trachée, et y produit la bronchophonie et la pectoriloquie dans les cavernes des phlhisiqucs.
Il est probable que les cavités des ventricules du larynx, et l'appendice qui les surmonte, sont destinées à faciliter les vibrations des deux cordes vocales.
La voix offre des différences de ton , d'intensité et de timbre qui se rapportent à certaines conditions, dont plusieurs peuvent être appréciées. Quant aux changements dans le ton, on sait que la voix parcourt au moins l'étendue d'une octave entière, et que certaines personnes peuvent en parcourir jusqu'à quatre. Quand le ton s'élève, le larynx monte : cette ascension est facile à constater à la simple vue sur les personnes qui ont le cou maigre, ou en plaçant un doigt sur le rebord du cartilage thyroïde pendant qu'on fait une gamme en montant. Les muscles qui portent le larynx en haut, digastrique, stylo-hyoïdien, génio-hyoïdien, mylohyoïdien , et stylo-glotte , reçoivent leurs nerfs , les uns du maxillaire inférieur, les autres de la neuvième paire ; la trachée-artère estalongée , tandis que l'intervalle qui sépare l'orifice supérieur du larynx de la bouche , et qu'on nomme luyaa vocal , est raccourci. En même temps le cartilage thyroïde , et avec lui le larynx, est rapproché de l'os hyoïde; et l'agent de ce mouvement, le muscle hyo- thyroïdien , reçoit son nerf de la neuvième paire.
A mesure que le larynx s'élève, l'épiglotlo s'incline en arrière , et couvre de plus en plus l'orifice supe'rieur du larynx. Mayer prétend même qu'à un certain degré, ce cartilage membraneux devient tout-à-fait horizontal. La cause de ce renversement est due , selon M. Magendie , au refoulement en arrière du paquet graisseux interposé à l'épiglolte, la base delà langue, l'os hyoïde, le cartilage cricoïde , et la membrane qui les unit , par suite du rapprochement de ces parties. Si le son est plus aigu, la tête est renversée en arrière, et l'élévation du menton , qui en résulte , permet de porter le larynx aussi haut que possible, et de raccourcir encore le tuyau vocal. Ce tuyau est en même temps rétréci par la contraction des constricteurs du pharynx, l'abaissement du voile du palais, et l'élévation de la langue qui louche presque au palais.
La glotle elle-même se rétrécit. L'influence du degré d'écartemenl des bords de la glotte sur le ton de la voix est facile à présumer, en voyant l'amplitude du larynx correspondre toujours au degré de gravité ou d'acuilé de la voix ; do telle sorte, qu'on le trouve moitié moins volumineux chez les femmes et enfants que chez l'homme, et parmi ceuxci, quelle différence entre le larynx d'un ténor et celui d'une basse-taille ! D'ailleurs , M. Magendie a mis à découvert le larynx d'un chien criard, et il a vu que sa glotte se resserrait quand ses cris dcvcnaici\t plus aigus. M. Malgaigne pense que la moitié anlérieurc delà glotte formée par les cordes vocales est seule l'organe de la voix : il prétend que dans l'élat ordiuairc, le pourtour de cette ouvcrlurc est cllip-
ÉLÉMENTS DE PUYSIOtOGlE.
tique, cl no peut être rétréci par le rapprochement «les cartilages arj'lénoùles. Mais, en supposant qu'il en soit ainsi chez quelques animaux , il est certain que dans I homme la glotte est triangulaire , et que le rapprochement des cartilages arytcnoïdes , mus par le muscle arylcnoïdieu, diminue la base déjà l'ort étroite de ce triangle alongé. La contraction du muscle Ihyro-arylénoïdien concourt peut-être encore à rétrécir l'ouverture de la glotte , en diminuant la longueur de cette fente, en produisant la tuméfaction de ses bords, et enûn en resserrant les cavités ventriculaires de la glotte à l'aide des fibres qu'il jette dans la convexité de leurs parois.
En même temps que la trachée est alongée , son diamètre transverse est rétréci. Il est possible que les Gbres charnues qui s'étendent transversalement d'une extrémité postérieure des cerceaux cartilagineux à l'autre , concourent à celte diminution de làrgeur. Quand ou fait une gamme ascendante, il vient un moment où la voix change de nature ; elle perd ses qualités pleines et vibrantes , qui lui ont mérité le nom de voix de poitrine , pour revêtir un timbre moins sonore, et se transformer en voix de tête. Malgré les explications données par MM. Bonali et Malgaigne, il faut avouer que nous ne savons pas encore positivement à quelle modiflcation organique est dû ce changement ; il en est de même de cette autre inllexion de la voix, où, devenue aussi aiguë que possible, elle prend le nom de fausset.
Dans la production de tons graves, on observe des phénomènes inverses. L'abaissement du larynx n'est pas seulement le résultat de la cessation d'action des muscles qui l'avaient élevé ; il s'y joint encore l'élasticité de la trachée-artère , et la contraction des muscles sous-hyoïdiens qui, ainsi que la plupart des muscles extrinsèques du larynx, reçoivent leurs nerfs de la neuvième paire. Le tuyau vocal devient à la fois plus long et plus large j l'épiglotte se redresse ; les muscles du pharynx sont moins contractés, et la bouche est plus grandement ouverte. Si la voix devient très-grave , le menton s'abaisse au point de se rapprocher de la poitrine.
Dodart a calculé que l'étendue de déplacement du larynx dans l'un et l'autre sens , pouvait être porté à un demi-pouce.
La glotte est dilatée par les muscles crico-arylénoïdiens postérieurs et latéraux qui tirent le cartilage aryténoïde au-dehors ; ces muscles ont do plus une action opposée pour porter le même cartilage, l'un en avant, l'autre en arrière. C'est à cet antagonisme plutôt qu'à la disposition des surfaces articulaires des cartilages aryténoïdes et cricoïdes, qu'il faut attribuer l'absence des mouvements en arrière des premiers de ces cartilages sur le dernier.
L'influence de fosses nasales sur la phonation est un point de controverse que les physiologistes n'ont ])as encore bien éclairci. L'opinion la plus généralement répandue est qu'elles servent au retentissement de la voix à l'aide des nombreuses anfractuosités de leurs cornets, contre lesquels les ondes sonores viennent se briser. Cette opinion paraît fortifiée par l'altération désagréable qui snr- \ienl dans la voix, lorsqu'un polype des fosses na-
ît
sales ou de la gorge empêche l'air de parcourir les fosses nasales et leurs divers sinus. On ditalorg que la voix est nasonnée, quoique dans celte tbéorio l'altération dépende , au contraire, de ce qu'elle n'est point convenablement modifiée par les cavités que le nez recouvre. De plus, M. Malgaigne a fait remarquer que les cornets sont disposés bien plus favorablement pour être frappés par les ondes sonores qui s'engagent par l'orifice postérieur dei fosses nasales, que pour recevoir les molécules odorantes qui pénétrent d'avant en arrière; qu'cnfio les personnes qui ont le nez volumineux, ont généralement de grosses voix.
D'une autre part , MM. Biot , Magendie , etc., avancent que le son vocal devient nasillard dés qu'il traverse les fosses nasales ; ils font remarquer que ce phénomène désagréable se produit dé» qu'une angine palatine , une solution de continuité congéniale ou accidentelle au voile du palais , etc. , j s'opposent à ce que cet organe forme une cloison qui intercepte toute communication entre lepha-|^ rynx et le nez. M. Gerdy a tenté de concilier deip' résultats aussi contradictoires , en démontrant quel ^, certains sons doivent traverser les fosses nasalesÉo^ pour être bien caractérisés , que d'autres , au con-t , traire , sont altérés par ce passage.
Les phénomènes qui correspondent aux chan- j, gemenls dans l'intensité du son , présentent des mo-i ,^ diûcations peu nombreuses.il suffit que l'air soit(„t^ chassé avec plus d'énergie de l'intérieur de la ^ poitrine , pour que la voix soit plus forte. On conçoit j^j que les différences qui existent sous ce rapport entre les individus , peuvent tenir à la plus on moins grande vibratilité dont jouissent les paroii des canaux qui transmettent l'air au-debors. Les i oiseaux , dont le corps est tout aérien , ont une voii très-forte si on la compare à leur grosseur. Leni trachée-artère , pourvue d'un double larynx (l),e5l presque entièrement cartilagineuse. Elle l'est surtout dans certains oiseaux criards , comme le gai( et quelques autres ; tandis qu'elle est presque tout« membraneuse chez le hérisson , petit quadrupèd( dont les cris sont presque imperceptibles
Le sifflement des couleuvres , et le coassemen des grenouilles se font entendre à une certaine di« tance , parce que ces reptiles peuvent chasser na grande masse d'air à la fois de leurs poumons yéu^\ culaires, et que chez les dernières, les cordes vocal sont complètement isolées des parois du larynx avec lesquelles elles se continuent dans les autres ^. animaux. < L'habitude parmi les hommes peut encore in f fluer sur la force de leur voix. Les marins et ceo' ^ qui habitent les bords des grands fleuves, oniordi jj^ nairemenl la voix forte , parce que , obligés de cou j |^ vrir le bruit des flots par l'éclat de la voix, il »4 exercent davantage ces organes. La voix des hou mes est d'autant plus forte , que leur poitrine pr' sente une plus vaste capacité ; elle faiblit loujou' » après les repas , lorsque l'estomac et les intestins
distendus par les aliments, refoulent le diapbragniy et s'opposent à son abaissement. La plus légère a
(1) Consullci les mémoires de M. Cuvicr sur le doul» I larynx ol la voix des oiseaux
DE LA VOIX
ilion (le la santé , alors môme qu'il n'existe en- ) aucun autre symptôme de maladie , porte de e une atteinte assez notable à la force de la voix. ,'ignorance où sont les physiciens pourl'cxplion de la diversité des sons par rapport au lira- , se retrouve parmi les physiologistes , relatilent à la voix humaine : sans doute , le timbre lié à la conformation des organes vocaux. Ce peut le faire croire , c'est qu'il se ressemble venl chez les individus d'une même famille , ï lesquels il y a de la ressemblance dansl'orga- . lion.
• es théories de la voix sont extrêmement nomises; en les exposant, les auteurs ont parlé fois de la voix et des tons, et ont appliqué leurs mnements et leurs comparaisons à ces deux ts réunis. Avant d'en entreprendre l'analyse , 1 ferons remarquer que les physiologistes ont is donné des théories de la voix , qu'ils n'ont - ché des ressemblances entre l'organe vocal l ain et des instruments de musique, a plus ancienne théorie est celle de Galien; il ^parale larynx à une Qùtedontle tuyau réponl à la trachée , et 'l'embouchure à la glotte ; ile vice de celte théorie était trop évident pour | -e pas bientôt saisi. La trachée-artère précède ;eu où le bruit est produit, et ne peut conséimmenl ressembler au tuyau de la flûte qui fait jt) au point où le son s'engendre. Fabrice d'Aqualente et Casserius, sou élève, après avoir reprocetlo contradiction à Galien , y substituèrent nautre théorie dans laquelle l'organe vocal était e comparé à une flûte , dont la trachée était le hî-vent , et les parties comprises entre la glotte b bouche étaient le tuyau vocal. C'est cette théoimi a été reprise par M. Cuvier. Ts'ous l'exami- Ms en son lieu.
i 1700, 1703 et 1707, Bodart publia plusieurs loircs dans lesquels il compara l'organe de la à un cor : la glotte est le point qui répond aux !S du joueur ; le corps de l'instrument s'étend » glotte à l'orifice externe du conduit vocal , *-à-dire à la bouche. Dans cette théorie , on ne pas compte de l'influence du raccourcissement î l'aJongement du tuyau vocal pour produire Térence des tons : aussi Dodart, qui avait vu ouvements du larynx, pensait qu'ils étaient leraent destinés à favoriser, soit le resserrement glotte, soit son agrandissement, hypothèse e'on ne peut admettre. La théorie de Dodart, ue bien accueillie dans le temps , reçue, dit er , magno cum plausu , a été de nos jours en-
ent abandonnée, 'enant au pied de la lettre l'expression figurée «ot corde vocale, Fcrrein professa que le larynx ' isait des sons d'après le mécanisme des inents à cordes; et voici la suite d'analogie qu'il ra entre le larynx et un violon.
• Les cordes vocales représentent les cordes du )n : on sait que des cordes tendues peuvent uvcr des vibrations; que, à longueur égale, la grande tension produit un son plus aigu ; qu'à on égale, la diminution de longueur produit ème un ton plus aigu. Fcrrein a expérimenté 1 soufflant de l'air par la trachée, lo larynx
étant à découvert, on obtenait un son particulier; que si l'on interceptait une moitié de la longueur delà corde, onavaitun son à l'octave du précédent; que le tiers donnait la quinte, et les deux tiers la tierce.
2" Les cartilages arylénoïdes, sont les chevilles destinées à tendre les cordes; les muscles qui s'y insèrent sont les puissances destinées à mouvoir ces chevilles : le cartilage thyroïde est le point d'appui.
3o L'air, en raclant sur les cordes, les faitvibrcr comme l'archet du violon.
Celte théorie fut violemment attaquée, et une polémique s'établit entre Berlin elFerrein.
On a objecté , et avec raison , que, pour remplir l'office de cordes vibrantes, les ligaments de la glotte n'étaient ni secs , ni tendus, ni isolés , triple condition nécessaire à la production du son dans les instruments auxquels Ferrcin a comparé le larynx. Ajoutons que dans cette théorie on ne lient aucun compte des mouvements de l'organe vocal , et des changements qui en résultent dans la trachéeartère , le pharynx , la bouche , etc.
M. Cuvier a de nouveau comparé l'organe vocal humain à une flûte , cl il a ajouté aux idées de Fabrice d'Aquapendente et de Casserius les nouvelles notions fournies parles progrès de la physique. Le son , dans cette théorie , se produit quand l'air traverse l'ouverture de la glotte. On sait que les tons dans une flûte vont en devenant de plus en pius aigus à mesure que le tuyau se raccourcit , cl c'est pour cela qu'existent les trous latéraux que les doigts laissent ouverts ou fermés à volonté : de même l'élévation du larynx diminue la longueur du tuyau, et les tons s'élèvent en proportion. D'autre part, on sait que dans un tuyau à l'extrémité duquel on produit un son , si on bouche progressivement l'autre extrémité, le ton baisse de telle sorte qu'il est d'une octave plus bas que dans le principe, quand le tube est toul-à-fail bouché. Or , on voit se produire un effet semblable par le rétrécissement successif de l'ouverture de la bouche. Enfin, les fosses nasales -peuvent encore représenter les trous les plus élevés d'un instrument à vent.
Cependant M. Cuvier ne se dissimule pas qu'avec ces éléments il n'est pas possible d'obtenir tous les tons différents, les variations de longueur du tuyau vocal n'étant pas assez considérables pour produire une étendue de trois octaves. M. Cuvier est obligé de rechercher ailleurs la cause de celte étendue , et il croit la trouver dans l'acromplissement de tons fondamentaux en petit nombre et en rai)port avec les changements de longueur du tuyau vocal, tons fondamentaux qui étant harmonisés par quelque autre partie du larynx ( dans la glotte ) , peuvent donner lieu à la formation de tous les tons intermédiaires aux premiers.
Mais celte théorie , quoique consonnantc à plusieurs des données que nous avons exposées plus haut, peut être combattue victorieusement, et c'est ce qu'a fait M. Dutrochel. Je ne citerai qu'un do ses arguments, car il mcparaîlsans réplique. Si un son aigu avait pour générateur un ton grave harmonisé par l'embouchure rétrccic de la glollo.
le larynx devrait être à la mémo hauteur pour la production dos doux sons, tandis qu'il est manil'oslemenl plus haut dans un cas que dans l'autre.
Après avoir combattu la théorie de M. Cuvier , M. Dutrochct lui en a substitue' une autre. Selon lui, l'air fait vibrer les cordes vocales ; peu importe le mécanisme de leurs vibrations; il suffit qu'en vibrantclles produisent un son, pourque l'on puisse les soumettre aux lois qui réijissent les corps sonores. On sait que les variétés des sons se trouvent en rapport avec l'étendue , la dureté, l'épaisseur et la tension du corps qui vibre; et comme ici ce sont les cordes vocales qui éprouvent les vibrations, elles sont modifiées dans leur longueur par le degré de rapprochement ou d'éloignement des cartilages ary ténoïdes; dans leur épaisseur, par l'augmentation de volume du muscle thyro-arylhénoïdien pendant sa contraction; dans leurtension, parle mouvement du cartilage cricoïdc sur le thyroïde. Peu importe celui des deux qui bascule sur l'autre ; le résultat, quant à la tension des cordes vocales , n'en est pas moins le même : le muscle crico-thyroïdien est l'agent de ce mouvement; il a pour antagoniste le thyro-aryténoïdien.
On voit que dans celte théorie M. Dutrochet ne recherche aucune ressemblance entre le larynx et un instrument quelconque de musique. On peut lui reprocher d'avoir refusé au ligament qui remplit la corde vocale inférieure la faculté de vibrer, pour l'attribuer exclusivement au muscle thyro-aryténoïdien. M. Dutrochet pense encore que le resserrement des cordes vocales peut s'opérer par l'action du constricteur inférieur du pharynx, qui rapproche les deux lames du cartilage thyroïde. Ce qui le prouve, c'est que si l'on chante et qu'on produise un son très-aigu , au-delà duquel on ne puisse plus aller , on pourra , en pressant latéralement le cartilage thyroïde , émettre un son plus élevé. Si au contraire on met un doigt dansl'échancrure du bord supérieur du même cartilage , on s'oppose à la production des sons aigus. ^Néanmoins l'action du constricteur inférieur ne peut s'exercer que sur un larynx cartilagineux ; il ne doit opérer aucun changement dans le rapport des deux lames d'un thyroïde ossifié; et cependant les hommes d'une cinquantaine d'années, qui offrent alors celte ossification, conservent encore une voix à peu près aussi étendue qu'ils l'avaient dans leur jeunesse.
MM. Geoffroy Saint-Iîilaire et Serres ont émis quelques opinions sur le mécanisme de la voix. Selon M. Geoffroy, la production des sons qu'il nomme flùlés est due à ce que l'air traverse l'intervalle qui sépare les deux cartilages aryténoïdes basr culés en avant, et tirés par les petits muscles aryléno-épiglotliques ; mais ces faisceaux charnus sont bien faibles, et s'ils ont une action, elle est plutôt, comme nous le verrons, relative aux mouvements de répiglollc.
MM. Jîiol et Magendie ont comparé le larynx à un instrument à anche. La vibration des anches , qui sont tantôt simples, tantôt doubles , est produite par la colonne d'air qui se brise contre elles pendant qu'elles s'éloignent et se rapprochentallcrnativeracnt , de manière à venir au contact soit de l'anche opposée, s'il y en a deux, comme dans le
basson , soit du support solide de l'anche unique de la clarinette. Pour que le son devienne plusaigo il faut que l'étendue de l'anche qui vibre aille en diminuant , en même temps que la longueur de l'instrument est diminuée par l'ouverture des trous latéraux ; et viceversâ. Or, les lèvres de la i^loUe sont deux anches qui diffèrcntdes anches ordinaires en ce que , au lieu d'être libres par trois de leurs bords , elles ne le sont que par un seul. Elles peuvent diminuer de longueur , en même temps que le tuyau vocal se raccourcit. Cependant M. Maoendie ne se dissimule pas qu'il existe encore quelques différences entre les deux appareils , à cause de la tension , de la dureté , qui varient d'un raonacnt à l'autre dans l'anche vocale , et restent toujours les mêmes dans l'anche ordinaire.
A la suite de cette théorie , M. Magendie expose les usages probables de l'épiglotte. L'expérience démontre qu'en accroissant la force du son par un courant d'air plus considérable dans un instrument à vent , le ion s'élève un peu ; et c'est pour obvier à cet inconvénient que M. Gréni'é a été conduit placer dans le tuyau , un peu au-delà de l'anche, une soupape molle et mobile, dont l'inclinaison, proportionnelle à la violence du courant d'air, modère l'élévation du ton à mesure que le soi prend de la force. Si donc la voix humaine perraci d'enfler un son depuis la vibration la plus courlej jusqu'à la plus étendue, sans que le ton soit le 'i, moins du monde modifié , cela lient probablement | '. à ce que l'épiglotte s'abaisse progressivement sut ' l'ouverlurc du larynx , entraînée par la conlraclion ' des petits faisceaux charnus qui sont loges dao! | l'épaisseur des replis aryléuo-épiglotliques.
La théorie des anches a eu beaucoup de favenr mais elle a été combattue par M. Savart. Voici se ' ! principales objections : Si les lèvres de la glotl( ' ^ étaient des anches, elles devraient se loucher quanc ^ elles vibrent , et ce contact n'existe pas; le couran ' | d'air devrait être très-fort , car l'anche est courte e ^ épaisse; enfin , ici , comme dans les autres ihco ^ ries , le tube ne rend pas compte de la différence , extrême des tons. ^
Ce physicien a proposé à son leur une cxpli« ^ ^ lion du mécanisme de la voix. Selon lui , le laryn ressemble à une espèce d'appeau. Qu'on imagine dit-il , un noyau de pêche percé sur deux faces of posées, si on souffle par une des ouvertures, lai s'échappe par l'autre, entraînant une partie de U' de la caisse ; le reste est plus raréfié; l'air exlcrieu y rentre, et de ces courants résulte la formaliond sons. Dans l'homme, les cordes vocales supérieure et inférieures sont les deux ouvertures de rappc'"! et les ventricules du larynx représentent rinlericn de la caisse analogue à la cavité du noyau de pcch^ Le degré de force du courant d'air , si l'appeau ci Irès-alongé, n'a que peu d'influence sur le chaog .1 ment des sons ; mais il en prend une considérai» ^ si le tuyau est court. Les sons serons encore p' grandement modifiés , si Ton fait arriver à l'app*^^ l'air par un porte-vent à parois molles, élasuq"' | cl pouvant varier dans ses diamètres transvcrsc' or, c'est précisément ce que nous présente la ^ rhée- artère. Si les parois de la caisse sont niollc5| élastiques, au lieu d'être solides, elles délermi''
DE LA VOIX
encore des modifications étendues dans le son. ifin, à l'autre ouverture de l'appeau , on adapte uyau vocal dont les parois soient également iques et susceptibles i!e dilTérenls degrés de res- I ?ment ou d'élargissement, on arrivera à pro-
0 des sons qui pourront être variés à l'infini • la force et pour le ton, et dont la qualité sera
.tant meilleure, qu'il y aura un rapport mieux ulé entrela caisse où le son s'engendre, le tuyau il et le porte-vent.
ans cette théorie, on tient compte de l'influence .orte-vent, des cordes vocales, des ventricules larvDX , de la glotte supérieure , choses dont m des physiologistes précédents ne s'était oc- ■i; et cette circonstance suffit pour renverser les leurs théories. Les médecins qui se sont le occupés des sciences physiques admettent l'extion de M. Savart, et l'on conçoit qu'il en doit ainsi ; car ce physicien a comparé l'organe vocal lomme à un instrument des arts qu'il a con-
1 d'après la connaissance qu'il avait du larynx et s annexes ; de telle sorte qu'il serait plus exact ire que l'instrument de M. Savart ressemble à l'appareil de la voix, que celui-ci à l'instrul de M. Savart : cependant M. Malgaigne a dereiuent reproduiU'opiniou de MM. Biot et Malle. Il prétend, 1° que, pendant la phonation, les ( S de la glotte sont alternativement écartées et îi ochées jusqu'au contact. 2° Il s'est assuré qu'en (aut un corps étranger entre les lèvres de la le, il n'y avait pas possibilité de produire des
V Le repli supérieur de la glotte n'est pas in- ( iisable à la production des sons; car on peut ouper sans produire l'aphonie : cependant îalgaigne avoue que les sons étaient considéraient altérés quand la corde vocale supérieure
coupée. 4° Si les anches dures vibrent diffici- ■ut, il n'en est pas de même des anches molles, produisent des sons par un courant d'air peu le. 6° Il a imité les cordes vocales avec des de parchemin, et s'est assuré que leurs vibra- 1 se produisaient de la même manière que celles îrynx. 6° Enfin, ce n'est pas le muscle thyrocnoïdien qui vibre, ce sont les cordes vocales
uit pressées par le muscle, de la même ma-
(|ue les anches le sont par les lèvres du joueur ■ Irument.
prés tant d'opinions différentes, qui presque "S se contredisent, nous sommes naturellement lies à douter de l'excellence d'aucune d'elles, )iis serions plutôt disposés à penser qu'il y a tigulière prétention à vouloir que le larynx inblàt à un instrument de musique. Ne suffit il lie trouver dans le larynx de l'homme toutes ' ondilions de la formation de sons variés? N'y >ns-nous pas un porte-vent élastique, variable ^ongaeur et en largeur, une cavité sonore, tantôt e, tantôt étroite, tantôt molle, tantôt dure, ' uyau vocal également variable en grandeur et i-ension ? Or, où est l'instrument de musique qui Bente ces diverses conditions réunies? Disons ïcquele larynx ressemble à un larynx , et qu'il Q lui toutes les conditions pour produire des «aigus ou graves, forts ou faibles , etc. .a voix présente des différences selon l'^ge :
faible et aiguë dans l'enfant, elle se renforce plus lard. Dans la femme, cependant, elle conserve presque toujours les caractères de l'enfance ; mais dans l'homme , à l'époque de la puberté, il se passe des changements notables qui constituent lamue de la voix ; et pendant que ces changements s'opèrent, il s'en produit d'autres dans le larynx qui double de volume, dans le nez qui grossit, dans la poitrine quis'élargil, et, chose singulière, dans les organes génitaux : le développenientde ceux-ci paraît même être une condition indispensable des mutations précédentes , car elles ne s'opèrent pas chez les eunuques. Certains animaux , silencieux pendant la plus grande partie de l'année, deviennent chanteurs au moment de leur accouplement. La cause pour laquelle la voix cesse d'être sûre pendant la mue est difficile à donner ; elle peut tenir au développement inégal des diverses parties du larynx, ou bien à ce que l'éducation n'a pas encore perfectionné l'émission de la nouvelle espèce de sons que les changements du larynx détermine. Dans la vieillesse , la voix devient chevrotante, le cartilage est ossifié ; les dents tombées , les sons ne peuvent plus avoir leurs qualités premières.
On distingue dans la voix le cri, la parole , le chant, ladéclamation. Le cri ou voix native, brute , est un moyen d'expression ; ses caractères dépendent du sentiment éprouvé par la personne qui le profère ; c'est un langage non conventionnel. Compris par tous les peuples et à toutes les époques , le cri de joie , de terreur , de surprise , de douleur , a la même expression partout et pour tous. Le cri est encore proféré par le sourd de naissance , quoiqu'il n'ait pu recevoir à ce sujet aucune espèce d'éducation , et qu'il soit complètement dénué de la parole.
CXCIII. De la Parole. Parler à voix basse , c'est articuler des sons très-faibles , qui , à vrai dire , ne méritent pas le nom de voix , puisqu'ils surpassent à peine le bruit qui accompagne toujours la sortie de l'air pendant l'expiration.
Quand nous voulons parler à voix basse , nous ne contractons que faiblement , ou même nous supprimons tout-à-fait les contractions des muscles du larynx , dont l'action est entièrement soumise à l'empire de la volonté. La colonne d'air ne rencontrant alors , dans son passage à travers la glotte , que des parties relâchées , et peu capables de vibrer, le son vocal cesse de se produire. L'extinction permanente delà voix doit dépendre, dans le plus grand nombre des cas , de la paralysie des muscles vocaux ou intrinsèques du larynx. Tout engorgement de la membrane muqueuse , qui recouvre les côtés de la glotte, en les rendant peu susceptibles de vibrer , tend également à éteindre le son vocal. Telle est celle extinction complète et passagère de la voix , dont s'accompagnent certaines toux catarrhales.
L'homme seul peut articuler les sons , et jouit du don de la parole. Ce n'est pas que la disposition particulière de la bouche , de la langue et des lèvres , rende , chez tous les animaux , toute prononciation impossible , puisque par l'imitation on parvient à faire prononcer aux perroquets un assez grand nombre do phrases. Le singe , chez lequel ces parties sont conformées comme dans l'homme ,
parlerait comme lui, si eon inlolligence était aussi développée.
Quelques naturalistes out admis la possii)il!lc d'un langage convoulioiuiel chez les animaux : c'est par lui qu'ils peuvent se rendre compte de l'ordre admirable qui règne dans une fourmilière , dans une ruche d'abeilles, de l'inlelligence avec laquelle chassent les loups, les renards, dont un est posté dans une embuscade , tandis que l'autre , par ses cris, essaie de faire tomber dans le piège la proie qu'il poursuit; de la précaution qu'ont certains animaux qui voyagent par bandes, de poser des sentinelles pendant leur repos, aOn d'être avertis par elles de l'approche du danger ; de la prudence plus grande encore des jeunes animaux dans les pays où vivent les chasseurs , prudence qu'ils devraient aux conseils de leurs parents plus âgés. Tout le monde connaît l'instinct du nécrophore , qui , trop faible pour emporter à lui seul le corps d'un mulot , va chercher un compagnon pour l'aider à enlever sa proie. Enfin, les personnes un peu exercées savent très-bien discerner par le chant des oiseaux les sentiments qu'ils éprouvent. En devons-nous conclure que les animaux ont un langage parlé analogue à celui des hommes ? Nous ne le pensons pas , et nous ne croyons devoir leur accorder que quelques signes instinctifs , et non conventionnels , à l'aide desquels ils peuvent s'entendre.
Il y a en effet dans la parole deux actes bien distincts: un de l'intelligence, et l'autre tout mécanique. La faculté qui préside au langage occupe une place distincte dans l'encéphale : aussi , malgré la perfection de l'âme et celle des organes de la phonation , ne peut-on prononcer aucune parole quand une affection du cerveau primitive ou acquise a porté son action sur le siège du langage. Nous avons recherché, en parlant des fonctions intellectuelles, quelle pouvait être la partie de l'axe cérébro-spinal d'où provenait la faculté du langage. Je rappellerai ici que , selon le langage de MM. Gall et Spurzheim, celte faculté réside dans la portion qui repose au-dessus des fosses sus-orbitaires. Gall dit que c'est par la différence de capacité pour les langues dont les hommes sont doués , qu'il -vit naître en lui les premières idées de la pluralité des organes cérébraux. La dépression de l'œil , et la saillie de la paupière supérieure , sont, selon lui, l'indice de la facilité que possèdent certaines personnes pour la parole et l'élude des langues.
Les sons articulés sont représentés par des lettres qui en expriment toute la valeur. Pour peu que l'on y réfléchisse, on verra sans peine quel pas immense l'homme fit vers son perfectionnement, lorsqu'il inventa ces signes propres à conserver et à transmettre ses pensées. Les sons vocaux sont exprimés parles lettres que l'on nomme voyeWes; ce qui veut dire lettres que la voix fournit presque toutes formées, et qui n'ont besoin, pour être articulées , que de la plus ou moins grande ouverture de la bouche par l'écartemenl des mâchoires et des lèvres. Nous prononçons sans effort les lettres A , E , I , 0 , U ; ce sont les premières que l'enfant fait entendre : elles paraissent d'ail-
leurs lui coûter moins de fatigue que les eonlonnes. Celles-ci , qui forment la classe la plo, ' nombreuse des lettres de l'aliihabct, ne servent comme leur nom l'indique, qu'à lier les voyelles " Leur prononciation est toujours moins nalurelle et par conséquent plus difficile. Aussi observe-t-ot *' que les langues les plus harmonieuses, et dont lei mots flattent le plus agréablement l'oreille, soni ^' celles qui emploient le plus de voyelles et le moim de consonnes. C'est surtout par cet avanlaj.;e qua ' la langue grecque l'emporte sur toutes les langues ' anciennes et modernes (1); que, parmi les lani i gues mortes, le latin lient le second rang; et qu'en j* fin le russe , l'italien et l'espagnol , ont une pi onon dation plus agréable que le français , et surloutqoi ' ' tous les idiomes dérivésdu langage teu tonique, teli *^ que l'anglais, l'allemand (2) , le hollandais, lesaé ^ dois, le danois, etc. Chez quelques peuples du Nordj '* tous les sons articulés paraissent sortir du nez( de la gorge , et forment une prononciation dé gréable, sans doute parce qu'exigeant plusd'effor
celui qui écoule partage la fatigue que par
éprouver celui qui parle. Ne semble-t-il point les peuples des pays froids soient engagés à des consonnes préférablement aux voyelles, pai que leur prononciation n'exige point un égal de(^ d'ouverture de la bouche , et ne donne pas lien par conséquent, à l'admission continuelle d'un al glacé dans les organes pulmonaires? Le nati doux et pacifique des babitans d'Otaïti et des aui très îles fortunées de la mer du Sud, se peint dt les expressions de leur idiome, où les voy abondent, tandis que la langue dure el barbare sauvages eskimaux, des peuples du Labrador et la Nouvelle-Zélande, est la conséquence nain de la rigueur du climat, de l'infertilité du sol qa'i habitent , et de leurs habitudes féroces et gui rières.
On ne s'est pas contenté de distinguer les lettre! W en voyelles et en consonnes; on en a encore étabi* d'autres classes, d'après les parties qui servent pliil" spécialement au mécanisme de leur prononciatioi»*! Ainsi on reconnaît des voyelles simples et niixlei^ et des semi-voyelles M , N , R , L, labiales , oraitY^ nasales et linguales, suivant que , pour les articU* 1er, la langue frappe la voûte palatine, les deni ou les lèvres ; enfin , les consonnes explosives K T, P, Q, G, D, B,el sifflantes, H ,X, Z, S, J, F, Cqui sont plus nombreuses et plus fréquei ment employées dans les langues dont la pronoi ciation est la plus difficile. Si cette connaissam avait un but directement utile, on pourrait expl quer le mécanisme de la prononciation de chaqt 1 lettre de l'alphabet, au risque de fournir une noi >J velle scène au Bourgeois gentilhomme. j'*
CXCIV. Chant, Bégaiement, Mutisme, Enga *^ trimysme. Le chant n'est autre chose que la voi n
||) Gratis dédit ore rotundo
Musa loqui,
BoRAT.
(2) Il serait difficile d'accumuler un plus grand nomb de consonnes dans le nitfme mol qu'on n'en (rouTC dans i nom propre d'un Allemand appelé ScBWCUBn.
Dï l\ VOIX.
uléo , c'est-à-dire , qui parcourt avec one vi- ! variable les divers degrés de l'échelle harique , passe du grave à l'aigu , et de l'aigu au e , en exprimant aussi les tons intermédiaires, ique , le plus souvent , notre chant soU parlé, irole n'y est pas nécessaire. Cette action des nés de la voix exige plus d'efforts et de mouents que la parole : la glotte s'agrandit ou se resï; le larynx s'élève ou s'abaisse; le cou s'alonge e raccourcit ; les inspirations sont accélérées, augées ou ralenties; les expirations sont lou- > , ou courtes et brusques. Aussi toutes ces par- 56 faligueiit-elles plus que par la parole, et nous i impossible de chanter aussi long-temps que parlons.
!oi qu'en ait dit Rousseau , dans son Diction- ! de musique , le chant peut être regardé Hoe l'expression la plus naturelle des passions jaime , puisque les peuples les moins civilisés ^ment par des chants de guerre ou d'amour , kie ou de tristesse , les divers sentiments qui çilent ; et comme chaque affection de l'âme lie la voix d'une certaine manière, la musique, l'est que le chant imité, peut, à l'aide des . peindre l'amour ou la fureur, la tristesse ou |.e, la cràinte ou le désir; produire lesémotions |f ses divers états occasionent, maîtriser ainsi le l.i de nos idées, diriger à son gré les opérande l'entendement et les actes de la volonlé(l). Lue chaque affection de l'âme modifle la voix |o certaine manière, la musique, qui imite paritaent ces modiûcations particulières , nous l.t, en réveillant en nous des idées analogues, Il même manière que la vue d'une peinture lee nous porte à la volupté. De tous les inle ents que cet art emploie , l'organe vocal de pme est, sans contredit, le plus parfait, celui llil on peut obtenir les combinaisons les plus ^ibles et les plus variées. Qui ne connaît la Iriété qu'a la voix humaine de se plier à tous K4cents, et d'imiter tous les langages (2)? J"oblarai , à l'occasion du chant , qu'il est spécialenconsacré à l'expression des sentiments tendres ft 8 mouvements passionnés, et que c'est le démer de sa destination naturelle et primitive,
■ e l'employer dans les circonstances où l'on WBt soupçonner aucune émotion chez ceux qui ftlDt usage. C'est ce qui rend le récitatif de nos
■ 18 si mortellement ennuyeux , et nous fait wer si ridicules ces dialogues où les interlomns s'entretiennent , en chantant, des choses Irius indifférentes. Les langues dont les mots Birmentun plus grand nombre de voyelles sont I i plus propres au chant , et favorisent davanmtïe développement du génie musical. C'est Bl'élre cet avantage d'une langue plus douce et ■«sonore qui assure à la musique italienne la ■priorité (3) dont elle jouit sur celle des autres
K Lisez Grélry, Essai sur la musique, etc.
■ f^ojez , dans l'Aviceplologie française, ou l'Art de
■ re loules sortes d'oiseaux, la municre dont on les ■•«Uns k-H i)iégc« en contrefaisant leur ramage.
■ Cette prééininence a èlé singulièrement contestée ,
■ ni en France , où , vers le milieu du dernier siccle,
peuples. La déclamation des anciens s'éloignait beaucoup plus que la nôtre du ton habituel de la conversation, se rapprochait davanlage de la musique , et pouvait être notée comme un véritable chant.
L'agrément , la justesse de la voix, l'étendue et la variété des inflexions dont elle est capable , dépendent de la bonne conformation de ses organes, delà flexibilité delà glotte, de l'élasticité des cartilages, de la disposition particulière des diverses parties de la bouche et des fosses nasales , etc. Il sufût que les deux moitiés du larynx, ou les deu< fosses nasales, soient inégalement développées, pour que la voix manque de précision et de netteté.
Le bégaiement est un vice dans la prononciation , trop connu pour qu'il soit besoin de le définir. Une langue trop volumineuse et trop épaisse , une diminution notable de l'irritabilité , comme dans l'état d'ivresse, à l'invasion d'une apoplexie , ou bien encore dans certaines fièvres de mauvais caractère ; la longueur excessive du filet de la langue, en s'opposautà la promptitude et à la facilité de ces mouvements, deviennent les causes du bégaiement. Il peut encore être produit par le manque ou le mauvais arrangement de plusieurs dents. Mais son origine la plus ordinaire est liée à une influence vicieuse de l'innervation sur les mouvements des organes de la parole. Aussi voit-on , dans certaines circonstances , le bégaiement disparaître tout-à^coup , dans un accès de colère , par exemple ; augmenter , au contraire , quand la personne qui en est atteinte est obligée de parler en public ou à des personnes qui lui inspirent de la contrainte. Les mouvements d'où résulte la parole paraissent plus faciles à coordonner quand on chante , car alors le bégaiement cesse complètement. Cette circonstance est mise à profit pour pallier et même guérir radicalement cette pénible infirmité.
Est-ce une cause semblable, ou bien la longueur du frein ou filet de la langue , qui retiennent cet organe contre la paroi inférieure de la bouche, et empêchent que sa pointe ne puisse frapper la partie antérieure delà voûte palatine par un coup sec, nécessaire à la prononciation de la lettre R , défaut de la parole, auquel on donne le nom de grasseyemmtt
Quant au mutisme , il peut être accidentel ou de naissance. Lorsque, par un accident quelconque , comme une plaie d'arme à feu , une tumeur cancéreuse qui a nécessité l'extirpation d'une
s'éleva à ce sujet une guerre dans laquelle on vit toute la litlc-ralure, divisée en deux partis, combattre pour savoir qui devait remporter de la musique italienne ou de la musique française. Celte querelle , un moment apaisée par le renvoi des bouffons, se ralluma de nouveau , au bout de quelques années , à l'occasion des opéras de Gluck et de Piccini. Uans la foule innombrable d'écrits, soit eu vers , soit en prose, qu'elle fit écloro , on se rappellera toujours plusieurs épigraiumcs , la Lettre de Rousseau sur la musique française, et l'opuscule de d'Alembert : do la Liberté de la musique. Warmontcl a fait égulcmcnl de ces" disputes l'objet d'un poème , qui porte le titre de Voyages de l'olymnie.
portion de la langue , cel org<ane, dctruil dans une porlion plus ou moins considciablo de sa substance, ne peut plus se porler contre les diverses parties des parois delà bouche, et combiner ses niouYoments avec ceux des lèvres, alors les pcrsouîies sont muettes, c'esl-à-dire privées de la parole : elles conservent encore la voix ou la faculté do proférer des sons ; elles peuvent mémo les articuler, en suppléant, par des moyens mécaniques , aux parties de la langue , des lèvres ou du palais, dont le défaut empêche la prononciation. Un assez grand nombre de faits ont même démontré que l'articulation des sons pouvait se rétablir sans l'aide d'aucuns moyens mécaniques. La couche charnue qui forme la paroi inférieure de la langue , et notamment ce qui reste du génioglosse, peuvent alors remplacer la langue.
Il n'en est pas de même du mutisme de naissance. Souvent toutes les parties de la bouche ne présentent aucun vice de conformation, et néanmoins l'enfant ne peut parvenir à parler : tel est le cas d'un petit garçon de trois ans etdemi, que l'on a amené chez moi pour lui faire pratiquer l'opération du Glet. Nul doute que , dans les cas de ce genre, le mutisme ne soit le résultat d'un défaut d'organisation cérébrale. Quelquefois cependant la langue est trop adhérente à la paroi inférieure de la bouche, parce que la membrane interne de cette cavité se réfléchit sur la surface supérieure, bien avant d'être arrivée à la ligne médiane de la face inférieure. Dans d'autres cas, les bords de la langue adhèrent aux gencives.
D'autres fois enlîn la langue est vraiment paralytique : tel était le cas du fils de Crésus, dont la merveilleuse histoire est rapportée par Hérodote.
Dans les sonrds et muets de naissance, le mutisme a constamment la surdité pour cause ; c'est au moins ce qu'a toujours observé M. Sicard sur le grand nombre d'élèves confiés à ses soins : ce qui lui fait dire que l'absence de la parole mérite chez eux moins le nom do mutisme que celui de silence. Il est entièrement dû à l'ignorance absolue des sons et de leurs valeurs représentées par les lettres de l'alphabet. Les organes de la voix n'offrent les traces d'aucune lésion visible; ils sont très-aptes par eux-mêmes à remplir les usages auxquels la nature les a destinés; mais ils restent dans l'inaction , parce que l'enfant sourd ignore qu'il a en eux un moyen de communiquer ses pensées.
C'est d'après cette théorie ingénieuse que M. Sicard a perfectionné l'alphabet artificiel (1) de Péreire, à l'aide duquel il est parvenu à faire articuler aux sourds et muets un assez grand nombre de voyelles et de consonnes pour proférer des mots et des discours suivis.
Pour apprendre au sourd et muet comment se prononcent les lettres de ce nouvel alphabet , on lui fait étudier les mouvements des lèvres (2) et
(1) yui/cz sa Grammaire à l'usage des sourds et muets, utile à ceux qui cnlondoiil et purlciil.
(2) Un sali que le» vicilluifls devcmis sourds par les progrès de l'âge portenl beaucoup d'attention aux mouve-
ceux du larynx; et changeant, par une combinai son savante, son corps entier en instrument d'har monie, on se sert de sou bras pour régler les ïq flexions fortes ou faibles de certains sons, del même manière qu'on emploie l'action des pédal pour modifier les touches du forté-piano.
Mais c'est principalement par l'organe de la yd que l'instruction arrive aux sourds et muets * naissance; un alphabet manuel , c'est-à-dire don on exprime les lettres en les dessinant par la sition variée des doigts , est le moyen que Y emploie le plus volontiers pour s'en faire entend Par ce procédé dactyologique , la transmission d idées s'opère avec une rapidité qui étonne ce qui, pour la première fois, sont témoins de g exécution.
Pour terminer ce chapitre , il me reste à pari d'un phénomène bien digne, par sa singulari de l'attention des physiologistes. Il est connu s le nom d'engastrimysme , et l'on appelle vent ques ceux qui le présentent, parce que leur vo' toujours faible et peu sonore, parait sortir de 1' tomac. Il existait naguère au Palais-Royal , d le café de la Grotte, un homme qui pouvait dia guer avec une telle vérité , que l'on croyait assi à la conversation de deux personnes placées à certaine distance l'une de l'autre, et dont l'acce et la voix auraient été tout-à-fait différents. J'ai o serve qu'il n'inspirait point lorsqu'il parlait ventre, mais que l'air sortait en moins gran quantité par la bouche et les narines que dans parler ordinaire. Chaque fois qu'il exerçait ce ra talent, il éprouvait un gonflement dans la régi épigastrique ; quelquefois même il sentait des ve rouler plus bas, et ne pouvait long-temps, fatigue , continuer cet exercice.
J'avais d'abord conjecturé que , dans ce suj une grande portion de l'air chassé par l'expirati ne sortait point par la bouche et les fosses nasal mais qu'avalé et porté dans l'estomac, il allait réfléchir dans quelques portions du tube diges' et donner naissance à un écho véritable; ayant depuis observé, avec le plus grand soin, curieux phénomène sur M. Fitz James, qui le p sentait dans sa plus grande perfection, j'ai pu convaincre que le nom d'engastrimysme ne • convient nullement, puisque tout son mécani consiste dans une expiration lente, graduée , fil en quelque sorte, soit que, pour la ralentir, 1 tiste use de l'empire qu'exerce la volonté sur muscles des parois de la poitrine, soit qu'il tie l'épiglotte légèrement abaissée au moyen de la de la langue, dont il n'avance guère la pointe delà des arcades dentaires.
Il fait toujours précéder celte longue expira par une forte inspiration , au moyen de laqn il introduit dans ses poumons une grande in* d'air, dont il ménage ensuite la sortie. Aussi 1' de réplétion de l'estomac gênait-il considéra ment le jeu de M. Fitz-James , en empêchant diaphragme de s'abaisser assez pour que la polir
menls des lèvres, aux diverses expressions de la phy romie, et, par colle observation allentivc , devinen quelque sorte la pensée.
DE LA VOIX
dilate en raison de la quanlilé d'air que les pou- )iis doivent recevoir.
F.ii accélérant ou en relardant la sortie de cet air, )ouvait imiter différentes voix , faire croire que
interlocuteurs d'un discours, qu'il tenait lui il , étaient placés à diflérenles dislances , et proire une illusion d'autant plus complète que son ent était mieux formé. Personne autant que
Filz-James ne possédait l'art de tromper sur ce inl les personnes les moins sujettes à se laisser ivenir. Aujourd'hui M. Comte s'en montre le ;ne successeur.
II jouissait de la faculté de monter son organe c cinq à six tons, tous différents, de passer rapidemnl de l'un à l'autre, comme il le faisait lorsqu'il lorésentait une discussion fort animée, au sein one société populaire, d'imiter le son d'une clo- M, et de tenir à lui seul une conversation à laiiîUe on aurait pu croire que prenaient part pluaqrs personnes d'âge et de sexe différents. Mais qqui rend l'illusion plus complète, et distingue îécialemenl l'art du ventriloque de celui du mime, ii ne sait que contrefaire, consiste dans le pouirir de moduler tellement la voix , qu'on est »mpé sur la dislance où se trouve celui qui parle; ; telle sorle qu'une voix vient de la rue, l'autre un apparlement voisin, celle-là d'une personne
i aurait grimpe sur les toits, etc., etc. On devine ifis peine quel parti on eût pu tirer d'un sembla- 5 talent dans les temps des oracles.
III existe sur le phénomène que nous venons I tudier, un ouvrage intitulé le Ventriloque ou Vngastromythe , par l'abbé de la Chapelle ( 1 ).
livre est surtout remarquable, en ce qu'il rennme une lettre dans laquelle un homme instruit,
ii possédait ce singulier talent, rend compte lulime des moyens dont il faisait usage : « Je ipresse, dit M. le baron de Mengen ( c'est ainsi ique se nommait ce ventriloque), je presse forllement la langue contre les dents et la joue igauche, et la voix articulée se forme réellement î antre les dents et la joue gauche. Pour cela, j'ai
la précaution de tenir en réserve, dans le goiiier , une portion d'air suffisante , soit pour cchanter, soit pour parler à l'ordinaire; et c'est suniquement avec celle portion d'air en réserve , ■modérée, retenue et échappée avec effort, que jqe produis la voix que j'ai dessein de faire en- Uendre. » Haller paraît avoir adopté cette expliiJon : car, dans sa Bibliothèque anatomique, en rlrlant du livre qui la contient : « Cet art, dit-il, îexige une grande force dans les muscles de la Sgorge pour que l'engaslromylhe la ferme et ^parle, de l'air étant tenu en réserve dans la parlie kpostérieure (2). »
lOUais malgré ces explications et celles données M8 récemment par M. Lespagnol, par MM. Gerdy NMalgaigne, on peut dire que l'engaslrimysmo I. un phénomène dont le mécanisme est encore loré, et dont les ventriloques eux-mêmes nepcuiQt se rendre compte.
1) 2 vol. in-12. Paris, 1772.
2) llohiir 111 miiscnlis fuucinm Ii.tc ars rcqiiiiil, qiio ni- Iromylhiis eas clatidatcl voccm cdul , acre rcscivulo in Icriorc parte oris. Bibl.aiial., i. U j,. (393.