CHAPITRE XIII
CONTENANT l'oISTOIBÉ DES AGES , CELLE DES TEM- PÉRAMENTS ET DES VARIÉTÉS DE l'eSPÈCE HU- MAINE, DE LA. MORT ET DE LA PUTRÉFACTION.
CCXXI. Enfance. L'épiderme du nouveau-né s'épaissit, le rouge de sa peau devient moins vif, les rides s'effacent, le duvet cotonneuxqui couvrait son visage tombe et disparaît, ses fesses se prononcent, et cachent bientôt l'ouverture du rectum. Pendant les premiers mois de sa vie, il semble n'avoir besoin que de nourriture et de sommeil. Cependant son entendement commence à se former, il regarde fixement les objets , et cherche à prendre connaissance de tous ceux qui l'entourent. D'abord , borné aux sensations pénibles , qu'il exprime par des pleurs presque continuels, son existence devient moins
(1) De la Cyanose, on Maladie lileiio^ Recherches analy iùlues , par M. Ginlrac ; thèse inaugurale , présentée à la Faculté de médecine de Paris , le 18 août 1814. L'nti- IcxiT de ce travail très-bien fait, et en totit digne do Pcoole célèbre à laquelle il a été présenté, a recueilli quarante observations de cyanoses, la plupart avec ouverture des cadavres.
dotilonrcuso à mesure qu'il s'accoutamo aux impressions que les choses exlérienres exercent sur ses organes frêles et délicats. Vers le milieu du second mois il devient accessible aux sentiments agréables. S'il les éprouve avant cette époque , au moins n'estce qu'alors qu'il commence à les exprimer par le rire (1).
CCXXII. Dentition. Vers la On du septième mois (2), les dents incisives moyennes de la mâchoire inférieure percent le tissu des gencives. Peu de temps après, les incisives correspondantes de la mâchoire supérieure paraissent, puis les incisives latérales de la mâchoire inférieure et celles de la supérieure. Les petites molaires succèdent aux incisives , laissant entre elles elces dernières un espace que rempliront plus tard les canines ou laniaires, dont l'éruption est généralement plustardiveetplus laborieuse; les secondes petites molaires ne tardent pas à suivre les canines. Ces petites molaires sont plus grosses que les dents correspondantes de la seconde dentition. Quand ces vingt dents sont sorties, la première dentition est achevée; la vie des enfants est plus assurée : elle était auparavant bien incertaine, puisque les calculs sur les probabilités de la vie humaine prouvent que le tiers des enfants qui naissent à une époque donnée , meurt avant d'avoir alteintl'âgede vingt-trois mois. Les mouvements convulsifs , les diarrhées séreuses , sont les accidents les plus funestes dont s'accompagne la dentition difficile. A ces vingt dents s'ajoutent deux nouvelles molaires à chaque mâchoire , lorsque l'enfant est parvenu à la fin de sa quatrième année. Ces dernières formeront dans la suite les premières grosses molaires. Elles diffèrent des précédentes , en ce qu'elles doivent rester toute la vie , au lieu que les dents primitives ou de lait tombent à sept ans, dans l'ordre suivant lequel elles sont sorties des mâchoires, et sont remplacées par de nouvelles dents mieux formées , plus grosses, à l'exception cependant des petites molaires de lait, toujours plus grosses que celles de remplacement , et dont les racines sont plus longues et mieux développées. Vers la neu-
(1) A t Hercules risus praecox ille et celerrimus, ante quadragesimum diem nuUi datur, ( Plin. Hist. nat. Praef. ad lib, vni.)
(2) Il serait bien difficile de dire pourquoi une fièvre tierce se termine fréquemment d'elle-même lorsqu'elle est arrivée à son septième accès , tandis qu'une fièvre continue se juge par des évacuations critiques, en sept , en quatorze ou en vingt-un jours ; que l'accouchement arrive au terme de neuf mois ; que la première dentition commence à sept mois , la seconde à sept ans ; que la puberté se manifeste vers la quatoriième année, et que la menstr\iation se répète à des époques déterminées. La nature parait s'assujettir, dans tous ses actes, à certaines périodes que l'observation peut fixer, sans qu'il soit possible de remonter à la cause de ces phénomènes, si faciles à constater. De ce que leur manifestation est corrélative à certains termes numériques, on ne doit pas, àl'exemple de Pylhagore, ajouter foi à la puissance des nombres, et croire que le nombre trois , et les nombres sept et neuf, dont il est le générateur, asservissent toute la nature à leur suprême influence. On trouve des vestiges de cette ancienne erreur dans toutes les sciences, dans toutes les religions, ut même dans celles que se parlugcnt encore le culte et le respect des nations les plus éclairées.
vièmo année, deux nouvelles grosses molaires nai sent au-delà des premières : l'enfant a alors vinel' huit dents. La dentition est corapli^te, quoique^ ' dix-hnit à trente ans , et quelquefois beaucoup pi, tard , les dents tardives ou de sagesse, au riombi de deux à chaque mâchoire, se montrent à la part la plus reculée des bords alvéolaires.
L'ordre que l'on observe dans l'éruption succf. ' sive des dents n'est point tellement invariable qui ' ne soit fréquemment interverti : sur un cnfanl t ' dix mois que j'ai maintenant sous les yeux, l'éru '■■ tion des quatre premières petites molaires a précé( ' ' celle des canines, et la même chose arrive dans t ' très-grand nombre de cas. 11 en est, à cet égard.c la dentition comme de tous les actes de l'éconoîn ' vivante, l'instabilité en forme le principal caractér '! Un examen attentif fait bientôt apercevoir ari 't quelle irrégularité procèdent les phénomènes, se physiologiques , soit pathologiques, qui paraisse ' s'assujettir le plus à certaines périodes calculabl et déterminées (1).
Celle double rangée de dents qui se succèdeà ■ existait dans les mâchoires du fœtus. Chaque alvéol 1* à cet âge de la vie, renferme deux follicules mec braneuses superposées. Celle qui doit former la de primitive se gonfle la première; une matière calcai encroûte sa surface, et forme le corps de la déni qui envahit ainsi la follicule par laquelle estsécii * lée la partie osseuse, de manière que le développf" ment du petit os étant achevé, la vésicule membi^ * ueuse , dans les parois de laquelle se ramifient I vaisseaux et les nerfs dentaires, se trouve au ceni ^ de son corps , et adhère aux parois de sa cavité i térieure. La dent est donc une substance calcai sécrétée, ou plutôt excrétée par la vésicule dentaiijV les vaisseaux ramiGés dans les parois de celte \é cule se prolongent dans la substance osseuse :c'd '. au moins ce qu'on doit présumer de l'adhéren intime de la membrane avec l'os. Les germes de taires primitifs sont liés à ceux desquels doive
naîire les dents de la seconde dentition; un pr ; ! longement membraneux les unit, et, pour se port ' i des uns aux autres, sort par de petits trous do ^ j, le bord alvéolaire est percé. C'est par ces petit* . ouvertures, dont Sabatier, Bichat et M. BoyerK i font aucune mention , que sortent les dents seco î daires, dont les germes sont en arrière de ccunl ' dents primitives. Fallope (2) connaissait celte coi • munication des germes dentaires, et les petits trot i foraminula ( Sœmmering) , qui laissent passer 1^ dents de la seconde dentition : c'est donc à tort qt dans ces derniers temps, on a voulu s'attribuer le ^ découverte. j Il n'est pas difGcile de dire pourquoi l'cvolnti ^ des germes dentaires est successive; pourqo' ^ dans la septième année , les dents primitives | détachent et sont remplacées par d'autres qui o ^
(1) Yoyei Erreurs populaires, seconde édition , clup» des année» climatériques et des jours critique» daOl maladies,
(2) G. Fallopii observationes anatomicsc oper»***! Frnncf. 1600, p. 370. Sœmmering, de corpori» ho^ FabricA , lome I, 1794 , p. 1%. Hunier, thcnalur»"' tory of huraau tcetli. London , 1771.