‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 35 sur 102 · TEMPÉRAMENTS · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENTS

, 'auteur des Lettres Provinciales et des Pensées, >;$ant, comme le Tasse, d'une grande célébrité ^que au sortir de l'enfance, fut conduit à la ancolie, non point, comme celui-ci, parles tras d'un amour malheureux, mais par une frayeur ) et profonde qui lui laissa l'idée d'un abîme ert sans cesse à ses côtés, idée qui ne le quitta i sa mort, arrivée huit ans après cet accident este (1).

"ersonne peut-être n'a présenté le tempérament ancolique à un plus haut degré d'énergie que le losophe de Genève; il sulOt, pour s'en convain- , de lire avec quelque attention certains endroits >es immortels écrits ,et surtout les deux dernièparties de ses Confessions et les Rêveries duProieur solitaire. Tourmenté par des défiances et k craintes continuelles , son imagination si féie lui représente sans cesse tous les hommes me ses ennemis. A l'entendre , tout le genre ain est ligué pour lui nuire : les rois et lespeut se sont réunis contre le fils d'un pauvre hort; les enfants, les invalides , entrent comme uteurs de ces complots affreux. Mais laissons 1er lui-même l'homme du dix-huilième siècle , f fat le plus éloquent et le plus malheureux, de voici donc seul sur la terre , n'ayant plus de '"ère , de prochain , d'ami , de société que moiéme : le plus sociable et le plus aimant des nmains en aété proscrit par un accord unanime.» est le début de sa première promenade. Plus 1 il ajoute : « Pouvais-je croire que je serais tenu , sans le moindre doute , pour un monstre , a empoisonneur , un assassin; que je devienrais l'horreur de la race humaine et le jouet de a canaille; que toute salutation que me feraient es passants serait de cracher sur moi ; qu'une jénéralion tout entière s'amuserait , d'un accord nauime , à m'enterrer tout vivant? » Il est inu- I de multiplier les citations quand il s'agit des orages d'un philosophe qui , malgré ses erreurs , 1 éternellement les délices de tous ceux qui lient lire et penser (2).

'i.'hisloire de J.-J. Rousseau, comme celle de presa tous les mélancoliques qui se sont illustrés dans îarrière des lettres , nous présente le génie aux ses avec l'infortune , etluttant péniblement con- ! l'adversité ; une âme forte , logée dans un l>sdébile , d'abord douce, affectueuse, expansive endre, aigrie par le sentiment d'une condition Ihcureuse et de l'injustice des hommes , jusqu'au ment où, tourmenté du désir de la célébrité , asscau s'élança dans la carrière épineuse des let- 8. Doué d'un tempérament sanguin, on le voit , sentant toutes les qualités propres à ce tempérant,doux , aimant, généreux et sensible , quoique lîonstant; son imagination féconde ne lui présente B des images riantes ; et, dans celte illusion du

,1) Biaise Pascal mourut à trente-neuf ans. Foyos sa =, par M. (le Condorcct.

[2) Corisullet \t% Mémoires dos conteviporains; do mes p/forts avec J.-J. Rousseau, par Uussaulx, Paris, ^"■y les Etudes do la Nature, par Bernardin de Saintre; les Lettres sur J.-J. Rousseau , par madame de il, etc. ' ^

bonheur, il vit d'agréables chimères. Mais graduellement détrompé par les dures leçons de l'expérience, profondément affligé de sa misère et des torts de ses semblables , son physique s'use, semine, s'épuise ; avec lui le moral change ; et son exemple peut être donné comme la preuve la plus frappante de l'influence réciproque du moral sur le physique et du physique sur le moral (1). Il prouve sans réplique que le tempérament mélancolique est moins une constitution particulière du corps qu'une véritable maladie, dont les degrés peuvent varier à l'infini, depuis une certaine originalité dans le caractère jusqu'à la manie la plus décidée.

Gilbert vient à Paris avec les germes d'un talent fait pour ce grand théâtre. Pauvre et rebuté par ceux en qui il avait fondé son espoir, il se mêle aux rangs de leurs détracteurs, et se signale bientôt parmi les plus redoutables par une vigueur digne d'une meilleure cause. Poursuivi sans relâche par la misère , le spectacle désespérant du bonheur dont jouissaient ses ennemis, et auquel il se croyait appelé, le conduisit à un état de démence complète. Il se croit poursuivi par les philosophes , qui veulent lui enlever ses papiers; pour les soustraire à leur prétendue rapacité , il serre ses manuscrits dans une armoire dont il avale la clef. Cet instrument s'arrête à l'entrée du larynx, gêne l'entrée de l'air , et suffoque le malade , qui meurt à l'Hôlel-Dieu , après trois jours des plus cruelles souffrances (2).

(1) Je no doute point que l'influence de l'organisation physique sur les facultés intellectuelles ne soit tellement prononcée qu'on ne puisse regarder comme possible la solution du problème suivant, analogue à celui par lequel Condillac termine son livre surl'Origine des connaissances humaines :

L'homme physique étant donné, déterminerle caractère et l'étendue de son esprit, et dire en conséquence non-seulement quels sont les talents dont il donne des preuves , mais encore quels sont ceux qu'il peut acquérir.

La méditation profonde de l'ouvrage de Galion ( quod animi mores corporis temperamenta sequantur), la lecture des Vies des hommes illustres de Plularque, et des autres historiens et biographes de l'antiquité et des siècles modernes ; celle des Éloges de Fontenelle, Thomas, d'Alembert, Condorcet, Yicq-d'Azyr, etc.; les travaux médicophilosophiques des Haller, CuUen , Cabanis, Pinel, Hallé , qui ont modifiée cl enrichi l'ancienne doctrine sur les tempéraments, seront d'uu puissant secours dansla recherche de cette solution. (( La philosophie » (s'écrie un écrivain éloquent, dans le noble enthousiasme qui le saisit à la vue des richesses accumulées par Fontana dans le Muséum anatomique de Florence ) « la philosophie a eu tort de ne ]) pas descendre plus avant dans l'homme physique : c'est )) làquel'homme moral est caché : l'homme extérieur n'est 0 que la saillie de l'homme intérieur. »

DupATY, 33^ Lettre sur l'Italie.

(2) On lui eût conservé la vie , si l'on eût reconnu la cause du mal, qu'il indiquait lui-môme en répétant à tout propos : la clef m'étouffe. L'état de démence fit que l'on regarda cela comme un trait d'aliénation; mais, à l'ouverture du cadavre, on trouva effectivement la clef, dont la portion qui s'engage dans la serrure était accrochée à l'entrée du larynx: il eût été facile de la retirer, en portant les doigts au fond do la gorge.

Ce jeune homme inlortunécxprimait, peu de jours avant sa mort, l'état douloureux de àon dmn dans des stances

Zimmermann, vsé <lo bonno heure par l'dtudo , médecin déjà célèbre à un à^o peu avancé, vit dans la solitude avec line imagination ardente Jointe à la plus grande susceptibilité. Abandonné à luimême, dévoré de la soif de la gloire, il se livre au travail jusqu'à l'excès , donne le Traité sur l'Expérience cl l'ouvrage sur la Solitude, qui offre si bien la teinte de son âme. Forcé d'abandonner celte solitude qu'il aime, il porte dans les cours où sa réputation l'appelle un fonds inépuisable d'amertume et de tristesse que les événements politiques viennent encore augmenter. Arrivé par degrés au dernier terme de l'hypocondrie , il meurt assiégé de terreurs pusillanimes , digne de tous les éloges et de tous les regrets (1 ).

CCXXXII. Si la proportion des liquides aux solides estlrop considérable, cette surabondance des humeurs donne à tout le corps un volume considérable, déterminé par le développement et la réplélion du lissu cellulaire. Les chairs sont molles, l'habitude décolorée , les cheveux blonds ou cendrés, le pouls faible, lent et mou, les formes arrondies et sans expression , toutes les actions vitales plus ou moins languissantes , la mémoire infidèle, l'attention peu soutenue. Les individus qui présentent ce tempérament, auquel les anciens donnaient le nom de pituiteux , et que plus récemment on a nommé lymphatique ( bien qu'il n'y ait aucun rapport avéré entre le développement du système lymphatique et la constitution dont nous nous occupons), ont, pour la plupart, un penchant insurmontable à la paresse , répugnent aux travaux de l'esprit comme à l'exercice du corps : aussi ne doit-on pas s'étonner de n'en point rencontrer parmi les hommes illustres de Plularque. Peu propres aux affaires, ils n'ont jamais exercé un grand empire sur leurs semblables ; ils n'ont jamais bouleversé la surface du globe par des négocialions ou par des conquêtes. L'un des amis de Cicéron , Pomponius Atlicus , dont Cornélius Nepos nous a transmis l'histoire, se conciliant tous les partis qui détruisirent la république romaine dans les guerres civiles de César et de Pompée , nous en offre le modèle. Parmi les modernes, l'indifférent, Michel Montaigne , dont toutes les passions furent si modérées , qui raisonnait sur tout , même sur le sentiment, élait vraiment pituileux. Mais, chez lui , la prédominance de celte constitution n'était pas portée si loin , qu'il ne s'y joignît une assez grande susceplibililé nerveuse. Chez les pituileux , les parties aqueuses dominant dans le fluide qui doit porter partout la chaleur et la vie , la circulalion s'effeclue avec lenteur; l'imagination en est

remplies de la mélancolie la plus attendrissante ; en voici une pleine à la fois dUntérétet de simplicité :

Au banquet de la Tie, infortuné convire,

J'apparus un jour, cl je meurs ; Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive,

Nul ne viendra verser des pleurs.

(1) Consultez son éloge , par Tissot ; il se trouve n la léte de la dernière édition du Traité de l'expérience en viédecinc. On y voit combien il fut profondément nlTeclé delà révolution française, dont il prévoyait, par une sorte d'esprit prophétitiue, les suites désastreuses pour son pays.

refroidie , les passions excessivement modérées de celte modération dans les désirs, naissent, dai bien des occasions , ces vertus de tempérament ve tus dont , pour le dire en passant , les posseggeu Z devraient moins s'enorgueillir. ^ CCXXXIII. Cette propriété , qui fait que noi >i sommes plus ou moins sensibles aux impreggio que reçoivent nos organes , faible chez les pliL toux, presque nulle pour les athlètes, modérée da ceux qui sont doués d'un tempérament sangai assez vive chez les bilieux, lorsqu'elle est exi sive, constitue le tempérament nerveux, rareme naturel ou primitif, mais le plus souvent acqi et dépendant d'une vie sédentaire et trop ia tive, de l'habitude du plaisir, de l'exaltation d idées, entretenue par la lecture des ouvrages raagination, etc. On reconnaît ce tempéramen la maigreur, au peu de volume des muscles, ma et comme atrophiés, à la vivacité des sensatioi à la promptitude et à la variabilité des dé nations et des jugements. Les femmes vaporetii dont les volontés sont absolues, mais changeani la sensibilité exallée, le présentent fréquemmi avec tous ses caractères : assez souvent néatimoil elles ont un embonpoint médiocre, la prédoi nance extrême du système nerveux s'alliant un développement modéré du système lympl tique. Les mouvements convulsifs ne sont poi rares chez ces personnes ; et si l'on fait atlenli que, d'autre part, la constitution athlétique, din tement opposée au tempérament nerveux, prédi pose au tétanos, ne pourra-l-on pas dire qoe 1 deux extrêmes se touchent ou produisent les méi effets?

Les antispasmodiques réussissent dans le tri lement de leurs maladies, qui prennent tonjo plus ou moins la teinte du tempérament. Les mulants conviennent, au contraire, beaucoup da les affections auxquelles sont exposées les persi nés d'un tempérament pituileux ou lymphatiqi Le tempérament nerveux, comme le mélanco que, est moins une constitution naturelle du coi que le premier degré d'une maladie. Ce tempe ment, comme les affections vaporeuses auxqnel il dispose , ne s'est jamais offert qu'au mili des sociétés parvenues à ce degré de la civili! lion oii l'homme est le plus loin possible de nature. Les dames romaines ne devinrent sojeti aux maux de nerfs que par suite de ces mœi dépravées qui signalèrent l'époque de la déi dence de l'empire. Les vapeurs étaient extrê ment communes en France pendant le dix-h' tième siècle, dans les temps qui précédèrent révolution. C'est à celte époque qu'on vit écloi à la fois les ouvrages de With , de Raulin, Lorry, de Pomme, etc. , sur les vapeurs. Tronchi médecin génevois, s'acquit une grande forlni et une immense considération dans le tr» ment de ces maladies. Tout son secret consisl à exercer jusqu'à la fatigue des femmes ba' luellemcnt oisives, en soutenant leurs forces P une nourriture simple, saine et abondante, l deux hommes les plus remarquables du d' huitième siècle , Voltaire cl le grand Frédéru peuvent Être donnés comme des exemples <

TEMPÉRAMEirrS.

pcramcnl nerveux ; el l'hisloiro tie leur vie, rillanlc et si agiléo , montre assez combien circonstances au milieu desquelles ils vccucontribuèrent à développer leurs dispositions ves.

ous ûnirons cet article sur les tempéraments aisant observer qu'à la vérité nous apportons , laissant, ces dispositions particulières du corps; > que , par l'éducation , la manière do vivre , le lat, les habitudes contractées, elles s'altèrent nème changent tout-à-fait. En outre, il est inoeut rare de rencontrer des individus qui préent dans toute leur pureté les caractères assiaux divers tempéraments : les descriptions n en donne portent sur une collection d'indiviqui ont eutre eux de grandes ressemblances ; s caractères sont de pures abstractions qu'il ifficile de réaliser , parce que tous les hommes à la fois sanguins et bilieux, sanguins et lymiques , etc. Ici les physiologistes ont imité cet le qui réunit dans la statue de la déesse de la lé mille perfections , que lui offraient séparées lus belles femmes de la Grèce. C'est ainsi que al naît dans les arts d'imitation, tantôt de l'exaliondes traits, tantôt de la réunion des qualités la nature présente éparses. a observe que la constitution appelée sanguine ircctement opposée à la mélancolique , et s'aleu avec elle; qu'il en est de même de la bi- >e à l'égard de la lymphatique, quoiqu'il puisse er qu'un homme sanguin dans sa jeunesse dene mélancolique après ua laps de temps plus moins considérable; car., pour le répéter, urne ne reste jamais tel qu'il est sorti des mainsi. nature ;. façonné par tout ce qui l'environne, (ualités physiques, observées à différentes épo- ■ de sa vie , ne présentent, pas moins de diffé-es que son caractère.

e toutes les causes qui modifient lanature d& nme, et vont jusqu'à dénaturer complètement dispositions natives , aucune n'est plus puise que l'action long-temps continuée de l'air , uaux et des lieux , comme le disait le père de lédecine. Le climat , en effet , exerce sur le )érament l'influence la plus marquée. Ainsi le pérament bilieux est celui du plus grand nomdes habitants des contrées méridionales ; le ;uin , celui des peuples du Nord : la constitution phatique règne au contraire dans les pays froids umides, comme la Hollande. Nous avons vu uelle manière les tempéraments athlétiques, ancoliques et nerveux , naissaient des habituel des exercices auxquels on se livre. Tâchons iilenant d'apprécier de quelle manière lempire ;limatdécide la constitution particulière du plus 1-1 nombre des individus.

'n sait que telle est l'influence de la chaleur s la production des maladies bilieuses , qu'exnemeni fréquentes duranll'été, elles disparaisl , ou du moins deviennent beaucoup plus rares c l'automne. Un accroissement remarquable do ranspiration n'existe jamais sans une diminu- 1 proportionnelle dans la quantité des liquides l les surlaces alimentaires sont humectées. Or , sues gastriques étant moins abondants, cl la bile

se mêlant à une quantité moindre do sérosités , elle irrite plus vivement les surfaces intestinales; les forces digeslives languissent ; il y a disposition prochaine aux fièvres méningo-gaslriques. Les mêmes influences , continuées durant toute l'année dans les pays chauds, doivent nécessairement augmenter , avec l'activité du système biliaire, l'empire qu'il exerce sur les autres parties de l'économie , et faire ainsi prédominer la constitution bilieuse , soit dans l'état de santé , soit dans celui de maladie.

Quant au tempérament sanguin , si généralement départi aux nations septentrionales , il est la suite nécessaire de la réaction continuelle et très-énergique des forces circulatoires contre les effets du froid extérieur. Ce n'est que par l'activité soutenue du cœur et des vaisseaux que la calorification peut s'effectuer avec la vigueur nécessaire. Or, les effets de cette action redoublée sont les mêmes pour les organes circulatoires que pour les muscles soumis à l'empire de la volonté: dans les deux cas , l'exercice augmente les- forces des organes exercés. Les maladies des peuples du Nord , analogues à leur tempérament, ont, pour la plupart, leur siège dans le système des vaisseaux sanguins ; leur caractère est éminemment inflammatoire.

Enfin , l'état lymphatique des peuples qui vivent sous un climat humide ne doit pas nous étonner davantage que la nature aqueuse des végétaux , et le peu de densité du corps ligneux dans les arbres qui croissent sous l'influence d'un air brumeux. Les corps animaux, comme les plantes, absorbent par leurs surfaces , et se gorgent d'humidité , dont l'excès produit constamment un ralentissement notable dans l'activité des mouvements organiques.

Le tempérament, caractérisé par la prédominance d'un organe ou d'un système d'organes, s'éloigne de ce terme idéal , où toutes les forces se balancent réciproquement , de manière que l'écono-. mie vivante offre l'image de l'équilibre parfait. Cet' état, qui peut-être n'exista jamais que dans l'imagination des physiologistes , que les anciens ont désigné sous le nom de tempérament tempéré , temperamentum temperatum, étant pris pour le type de la santé , il résulte que le tempérament est déjà un pas de fait vers la maladie. Cependant l'action du système prédominant n'est pas tellement prépondérante , que tout l'équilibre soit détruit , et que le jeu de la vie s'en trouve enrayé ; mais que les dispositions constitutionnelles soient exagérées, la maladie existe.

CCXXXIV. Variétés de l'espèce humaine. La faculté de produire , par l'accouplement , des individus semblables, est regardée par les naturalistes comme le caractère le plus sûr d'après lequel on puisse établir les espèces parmi les animaux à sang rouge et chaud. Cette puissance de se perpétuer, par une succession constante d'êtres qui ressemblent à ceux dont ils tiennent le jour , existe dans toutes les races qui composent l'espèce humaine, quelle que soit la diversité de leur couleur , de leur structure et de leur manière de vivre. Les hommes ne forment donc qu'une seule espèce, elles différences qu'ils présentent, suivant la région du globe qu'ils habitent, n'en peuvent constituer que des races ou dos variétés. Nous admettons , d'après La-

cépède , quatre races principales do l'espèce humaine , que nous nommerons , comme lui , arabe européenne , mongole , nègre et hyperboréenne. On pourrait en ajouter une cinquième, formée par les Américains, s'il u était très-probable que le nouveau coulincnt s'est peuplé des habitants, qui , venus de l'ancien , soit par les terres de l'hémisphère boréal, soit en suivant l'immense archipel formé par les îles de l'Océan PaciGque, ont été plus ou moins altérés par l'iulluence de ce climat et de cette terre vierge encore , de manière qu'on doit moins les regarder comme une race que comme une simple variété. Blumcnbach admet cinq variétés principales de l'espèce humaine , sous les noms de races caucasienne , mongolique , éthiopienne , américaine et malaise; d'autres en distinguent jusqu'à sept ; mais il n'existe aucune ligne de démarcation bien précise entre les races humaines; quelques Nègres ont offert des Ogures qui ne différaient que par la couleur de celle des Européens : des individus blancs présentent les traits de la race mongole.

11 y a cette différence entre les variétés et les races, que ces dernières supposent des modifications plus profondes, des différences plus essentielles , des changements qui ne soient pas bornés aux surfaces , mais s'étendent encore à la charpente même du corps; tandis qu'il suffit, pour déterminer les variétés , des effets de l'influence superficielle qu'exerce le climat sur les téguments qu'il colore , et sur les poils , qu'il rend longs ou courts, frisés on plats , durs ou cotonneux. Un Abyssin , brûlé par les ardeurs d'un ciel voisin du tropique , a la peau aussi noire que le Nègre exposé aux feux de l'équateur ; néanmoins, il n'est pas permis de les confondre , de les regarder comme formant une seule et même race , puisque , semblable par la couleur au Nègre , l'Abyssin ressemble à la race européenne pour la coupe de son visage et les proportions de toutes ses parties.

Les caractères de la race arabe européenne, qui comprend non-seulement les habitants de l'Europe, mais encore ceux de l'Égypte , de l'Arabie , de la Syrie, de la Barbarie et de l'Êlhiopie , sont: un visage ovale ou presque ovale dans le sens vertical, un nez long, un crâne saillant, des cheveux longs et ordinairement plats , une peau plus ou moins blanche. Ces caractères fondamentaux ne sont nulle part plus prononcés que dans le nord de l'Europe. Les peuples de la Suède, de la Finlande et de la Pologne, fournissent comme le prototype de la race : leur taille est élevée, leur peau d'une blancheur parfaite, leurs cheveuxiongs, lisses et d'un blondclair, la couleur de l'iris le plus souvent bleuâtre. Les Russes , les Anglais , les Danois, les Allemands s'éloignent déjà de ce type primordial : le teint de leur peau est d'une blancheur moins pure; leurs cheveux sont d'un blond plus foncé. Les Français semblent tenir le milieu entre les peuples du nord et ceux du midi de l'Europe : leur peau se nuance de teintes plus rembrunies ; leurs cheveux, moins plats , sont moins blonds que châtains et bruns.Les Espagnols, les Italiens, les Grecs, les Turcs d'Europe et les Portugais ont le leint plus brun , les poils le plus souvent de couleur noire. Enfin, les Arabes, les Maures

et les Abyssins ont les cheveux plus ou moins nol et crépus , la peau plus ou moins rembrunie pourraient servir de passage entre la race ara' européenne et la race nègre , qui en diffère cep dant par l'aplatissement du front, la petitesse crâne , l'obliquité de la ligne , qui mesure la leur de la face, l'épaisseur des lèvres, la saillie pommettes , et encore par une peau plus noi plus épaisse , grasse et comme huileuse , ainsi par des cheveux plus courts, plus fins, frls^ cotonneux.

La race mongole a le front aplati ,1e crâne proéminent , les yeux regardant un peu obliq ment en dehors ; les joues sont saillantes et l'ovJ que représente le visage, au lieu d'aller du front] menton , se dessine d'une pommette à l'autre. D Chinois , les Tartares , les habitants de la presqnl du Gange et des autres contrées de l'Inde et Tunquin, de laCochinchine, du Japon, daroyani de Siam , etc., etc., composent cette race, p nombreuse que toutes les autres , qui paraît aj la plus ancienne, et se trouve répandue dang] espace bien plus étendu que la race arabe eoi péenne , et surtout que la race nègre , puisqn'e s'étend du quarantième au soixantième parallèl occupant un arc de méridien d'environ soixan quinze degrés; tandisque celui qui mesure les ter qu'habite la race européenne n'en a que cinqoaii et que la race nègre , placée sous l'équateur , en les tropiques du Cancer et du Capricorne, se troi renfermée dans les limites d'un arc de trenl trente-cinq degrés (1).

La race hyperboréenne , placée au nord des de continents, au voisinage des cercles polaires, fom par les Lapons , les Osliaques , les Samoïèdes et Groënlandais, est caractérisée par un visage pl un corps trapu et une taille très-courte. Cette p tion dégradée de l'espèce humaine tient évidi ment du climat ses caractères dislinclifs. Lutl sans cesse contre l'inclémence d'un ciel rigomrf et l'action destructive d'un froid glacial , la natu enchaînée dans ses mouvements , rapetissée d toutes ses dimensions , ne peut produire que êtres dont l'imperfection physique explique l'c presque barbare.

Le peu de progrès des Nègres dans l'étude sciences et dans la civilisation , leur goût décida l'aptitude singulière qu'ils montrent pour tous arts qui exigent plus de goût et d'adresse que d' tendement et de réflexion , comme la danse , la sique , l'escrime , etc. ; la figure de leur tête, tient le milieu entre celle de l'Européen et de 1 rang-outang (1) ; l'existence des os intermaxillai à un âge où , chez nous, les traces de leur sépa

(1) Lacépède, Géographie zoologique.

(2) M. Yolney, dans un ouvrage que l'on doit propol pour modèle à tous les voyageurs , établit, sur 1« "SI des noirs, une conjecture aussi ingénieuse que probabi Il observe qu'elle représente précisément cet élat de traction que prend notre visage lorsqu'il est frappé p« lumière et par une forte verbéralion de la chaleur : «loi dit ce voyageur philosophe, le sourcil se fronce, la ponil des joues s'élève , la pauj)ièrc se serre, la bouche fait moue. Celle contraction des parties mobiles n'a-t-cllei pu et dû , à la longue , influer sur les parties solide*»

Page 1