‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 37 sur 102 · DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

DE LA PUTRÉFACTION

324, après un tiers de siècle écoulé au milieu troubles du la guerre et des agitations de la ique (1).

)us entrerions dans de plus grands détails sur bjet , s'ils n'appartenaient bien plus encore à ience de l'économie politique qu'à celle de nomie animale.

s calculs sur les probabilités de la yie humaine nt-ils des résultais généralement applicables? durée inoycune de l'existence esl-elle à peu la môme pour les hommes de tous les pays et us les climats ? Le pâtre des Pyrénées , qui ^ d'heureux jours dans l'innocence de la vie raie, respirantl'air pur de ses montagnes, estjus ce rapport , sujet aux mêmes lois que l'hal des cites populeuses, soumis à tous les incon- 3nts attachés à ces grandes réunions d'hommes; ivénientsqui , philosophiquement appréciés, en emphatiquement exagérés , ont tant de fois Je texte aux utiles réQexions des sages comme , aines déclamations des rhéteurs?

iiir résoudre ces questions d'une manière satisiite , il serait nécessaire d'avoir sous les yeux c comparer des tables de mortalité dressées avec ( en divers lieux de la terre ; mais les préjugés 'eux opposent d'invincibles obstacles à de semés recherches dans les vastes contrées soumises ug de l'islamisme , et la statistique est peu vée dans le raidi de l'Europe. Cependant, à en r par les résultats obtenus dans le nord, les f septentrionaux sont ceux où l'homme vit le long-temps. Les tables de mortalité de l'emrusse pour l'année 1811 offrent , sur huit cent -huit mille cinq cent soixante et un individus és , appartenant à l'église grecque , neuf cent anle-sept centenaires, parmi lesquels il s'est wé quatre-vingt-trois vieillards âgés de plus de quinze ans, cinquanteet un qui avaient dépassé ' vingt ans , vingt et un au-delà de cent vingt- , , sept qui avaient plus de cent trente ans, un I trente-ciuq , et un autre cent quarante. Cette ongation de la vie humaine au-delà de son terme aire dans les pays du nord nous parait tenir à uence du climal. C'est en relardant l'accroissct du corps que celte influence en prolonge la Je. L'habitant du midi arrive plus promplement îrme de son développement complet , vieillit onne heure , et doit mourir plus tôt. Dans celle

s) Voyez, pour la population de la France en 1824 ,

uaire publié par le bureau des longitudes pour la

« année. L'iulroduclion de la vaccine, la suppression

"libat monastique, ne suflisent pas à l'explication d'un

hénomène : il faut y joindre la division des proprié-

pérée par la rente des biens dits nationaux, division

Œnlliplié le» propriétaires dans la classe des cultiva-

-, el du plus Tessor vraiment prodigieux de l'industrie

I l'activité nationales. Doit-on ajouter l'énorme con-

nalioq d'hommes qu'entraînait un état de guerre ba-

îl?En serait-il de l'espèce humaine comme de toutes

tutres productions, dont la masse augmente avec les

»nde»cl les besoins des consommateurs? ou bien enfin,

ociétés humaines ressembleraient-elles à ces animaux

les garennes ou les volières se dépeuplent, si l'on né-

! d en enlever périodiquement ua certain nombre d'in-

multitude d'hommes du nord , que les événements de la guerre ont amenés parmi nous , les homrnes de quarante à cinquante ans paraissaient en général avoir à peine accompli leur sixième lustre. Ajoutez à cette influence du climat favorable à la longévité, l'habitude contractée de bonne heure des varialions de la température (l),variations subites, chez nous si souvent mortelles pour les personnes avancées en âge.

Enfin , la durée de la vie éprouve-t-elle une diminution progressive à mesure que les siècles se succèdent? et, sans parler des temps antérieurs au déluge, époque à laquelle, suivant la Genèse ,les hommes poussaient leur carrière au-delà de plusieurs centaines d'années , les hommes d'autrefois vivaient-ils plus long-temps que ceux de notre âge ? Rien n'est moins fondé qu'une semblable croyance: les Égyptiens, les Hébreux, les Grecs et les Romains , voyaient parmi eux un très-petit nombre de centenaires, et les exemples de longévité sont peut-être moins rares chez les modernes.

L'art usuel de la vie faisant chaque jour d'incontestables progrès , il n'est pas hors dé toute probabilité que, loin de s'abréger, le terme de la vie humaine ne puisse être rdculé d'une certaine quantité d'années au-delà de la durée actuelle et ordinaire. Cette idée est, à la vérité , contraire à l'opinion assez répandue de la dépravation successive de l'espèce humaine dans la suite des âges; mais l'âge d'or n'exista jamais que dans l'imaginalion des poètes; et les plaintes chaque jour proférées par la vieillesse chagri.^e, naissent d'un motif facile à apprécier pour le physiologiste. Celui dont les années ontémousséle sentiment est affecté d'une manière bien différente par tous les objets qui l'environnent. Pour le vieillard , les fleurs ont perdu leur parfum et leur éclat , les fruits leur saveur ; toule la nature semble trisle et décolorée. Mais la cause de ces changements est en lui; autour de lui tout est resté le même. Toujours également féconde, la nature fait passer tous les êtres dans son inépuisable creuset , éternise sa jeunesse , el conserve une fraîcheur toujours nouvelle. Les individus meurent, les espèces se perpétuent; partout la vie naît au sein de la mort; les malériaux des corps organisés entrent dans d'autres combinaisons, et servent à la formation de nouveaux êtres , lorsque, la vie cessant d'animer ceux auxquels ils ont appartenu , la putréfaction s'en est emparée pour les délruire.

CCXXXIX. De la putréfaction. Ici devrait se terminer l'histoire de la vie : cependant, si l'on fait attention que les changements qu'éprouvent, après sa privation, les corps qui en ont joui, jellenl une grande lumière sur ses moyens , ses fins et sa nature, on sentira la nécessité de jeter un coup d'oeil rapide sur les phénomènes qui accompagnent la décomposition du corps ; il ne cesse d'appartenir à la physiologie que lorsque son aspect no peut plus réveiller l'idée de son clat aulcrieur, qu'après que les derniers linéaments de l'organisation sont complètement effacés. Aussitôt que la vie abandonne les organes, ils rentrent sous l'empire des lois physiques, auxquelles Obéissent pleinement

(1) Prolégomènes.

tous les corps ilon organisés. Un mouvement intestin s'clablil tlansleur substance, cl leurs molécules ont UIM3 tendance d'autant plus forte pour s'abanxlonner, que leur composition est plus avancée. La chimie apprend que l'allérabililé des corps est en raison directe de la multiplicité de leurs éléments , et que l'existence cadavérique d'un être organisé se prolonge d'autant plus que sa composition est plus simple, ses principes constituants moins nombreux et moins volatils.

Pour que la putréfaction s'établisse dans le corps humain, il doit élre absolument privé de la vie; caries forces qui l'entretiennent sont l'antiseptique le plus puissant; et l'on pourrait soutenir que cet état n'est autre chose qu'une lutte permanente contre les lois physiques et chimiques. Cette résistance vitale , exprimée par les anciens , lorsqu'ils disaient que les lois du petit monde (microcosme) étaient en perpétuelle contradiction avec celles du grand monde , qui Gnissaient par l'emporter ; celle force , toujours réagissante , se manifeste par la vie : celleci , si l'on n'avait égard qu'aux résultats , pourrait donc être déûnie la résistance qu opposent les corps organisés aux causes qui tendent sens cesse à les détruire. Que l'on examine tous ses phénomènes , et l'on verra que tous, dirigés vers le bul de sa conservation , ne le remplissent qu'en soutenant une lutte continuelle avec les lois qui régissent les corps inorganiques.

Aussi Bichat a-t-il cru pouvoir déflnir la vie, Vcnsemhle des fonctions qui résistent à la mort ; mais celle résistance est elle-même un effet de la •\ie; de la vie, ce résultat de causes ignorées que l'on appelle forces vitales? Les physiologistes qui regardent la vie comme une puissance, une force , parce que ce mot dérive du terme vis des Latins , ne s'aperçoivent point qu'ils donnent d'un problème physiologique une solution purement grammalr- ■cale. La vie, comme nous l'avons dit en commençant cet ouvrage , consiste dans celle succession de phénomènes coordonnés que nous présentent certains corps de la nature durant la plus grande partie de leur existence. Ces phénomènes viennentils à s'interrompre, l'anéautissement suivra bientôt leur cessalion.

On s'étonnerait peut-être de trouver dans la mort Ia plus juste idée de la vie , si l'on ne savait que ce n'est qu'en comparant que nous pouvons distinguer, juger el connaître.

Entièrement -dépouillé par la mort de ses propriétés vilales , le cadavre jouit encore des propriétés de lissu , el celles-ci ne disparaîtront qu'au moment où l'organisation à laquelle elles sont intimement liées s'effacera par l'effet de la putréfaction. Favorisée ou relardée par diverses circonstances celle-ci s'empare enfm des membres , dans lesquels se dissipe laroideur cadavérique, dernier effet de la contraclilito de tissu qui s'ancanlil avec l'organisation.

La roideur cadavérique ne nous parait pas cependant, ainsi que le veut M. Nyslen , pouvoir être regardée comme le signe le plus certain do la mort; tant d'autres causes, le froid extérieur, la nature de la maladie, peuvent donner lieu à ce phénomène , que la pulrélaclion rcsle , scion nous ,

la seule preuve infaillible de l'impossibilité dôrtf.' peler un cadavre à la vie. Un fait assez récent no a confirmé dans cette doctrine. M. Tliourct , ancil&ï doyen de la Faculté de Médecine de Paris', g'élEI long-temps occupé de questions de cette naluili' Chargé par le Gouvernement de diriger l'exhuni' ' tion des cadavres du cimetière des Innocenig jj > s'était trouvé conduit à approfondir toutes î''|l questions relatives à l'élal de cadavre : eh bie|; *

après une vie presque tout entière consacrée à 1 tudede la mort, ce savant , doué d'un esprit éteo autant que solide , reste convaincu que la pulréf; tion peut seule nous fournir la certitude de celél; et prescrit par ses dispositions testamentaires, re l' gieuscment exécutées, qu'on ne procède à son i humation qu'au moment où son corps donnera d^j signes évidents de fermentation putride.

La putréfaction ne s'établit, ne s'opère, ne s chèvc que dans les substances mortes. Un naei .* bre gangréné perd la vie avant que la putréfacli {\ s'en empare ; et si la nature conserve assez force pour s'opposer à ce mouvement contrai elle pose, par un cercle inflammatoire , laligoeM démarcation entre le vif et le mort. Yie cl poli) faction sont donc deux idées absolument cnntradM^ toires; et lorsque, dans quelques maladies, on ai marque une certaine tendance des parties soli el fluides à la décomposition spontanée, il ne fi point confondre celle tendance à la putridilé a' la pulridilé elle-même. if

Dans les maladies appelées putrides, l'odeur pi ticulière et fétide qu'exhalent les matières fécali A] les urines , les sueurs , et en général tout #i corps des malades, a fait croire long-temps à u dissolution putride des éléments dont sont foni|i nos humeurs et nos solides. Mais ces humeUi excrémentilielles sont en quelque sorte hors domaine de la vie, lorsqu'elles éprouvent ceco mencementde fermentation seplique; lesmalièiii •lëcale« et les urines amassées dans leurs rés( • voirs frappés d'adynamie, l'humeur de la transi ration déposée à la surface de la peau, peuTe| obéir à l'empire des forces chimiques. L'élimiq -tion de ces matières étrangères se trouve presqj achevée; le sang, soumis à l'influence des forcji vilales n'a jamais offert des signes de putréfactiop « Combien donc était vaine la prétention des iqdecins chimistes dans l'emploi des médicamenlsaj tipulrides , qu'ils regardaient comme propres) neutraliser les effets delà putréfaction, en secoij binant avec les matières dans lesquelles on las

posait déjà existante

Internes ou topiques, tous les médicamcn gissent que par l'entremise des forces vilales si les organes, dont ils augmentent, diminuent, acd lèrent , retardent , intervertissent, régularisenf éteignent ou rétablissent l'aclion (1). »

Plusieurs conditions sont nécessaires pourqi la putréfaction s'empare du corps humain pr' de vie : 1" une température douce, c'esl-à-dirca dessus de dix degrés du Ihermomèlre de Rc^ mur; 2° une certaine humidité; 3° le contact

(1) Erreurs populaires relalivesàla mcrlecinc, dc"»'^' édition, page 178,

I la SUÉ ils ni '

Dï lA PUTRÉFACTIOW.

Mais celte dernière condilion n'est point )ensable comme les deux autres, puisque les pourrissent dans le vide, quoique d'une maplus lente. L'air favorise donc seulement la nposilion, en volatilisant les éléments qui s'é- 1 t. en vapeurs. Au contraire, un froid glacial, i le chaleur excessive et voisine du degré d'éion l'empêchent, le premier, en condensant l irties; la seconde, en leur enlevant cette hu- L é dont l'absolue privation explique la conser- V 11 des momies égyptiennes.

i phénomènes de la putréfaction, résultant „ série d'attractions particulières , se modifient (i ;ement , selon les matières animales qui l'éent , les milieux dans lesquels elle s'opère , fférents degrés de température et d'humidité, me suivant ses différentes périodes. Nonobces innombrables variétés, on peut dire que > en général laissent d'abord exhaler l'odeur ent ou de cadavre , se ramollissent , augmente volume , s'échauffent , changent de couverdissent , passent du vert au bleu , et de c ci au brun noirâtre; elles laissent en même t i dégager un grand nombre de produits gazeux, : lesquels l'ammoniaque tient le premier rang , )ar sa quantité , soit parce que la matière lie en fournit depuis l'instant où son alté- I I commence jusqu'à celui de sa dissolution 1 s complète. C'est à ce gaz qu'est due l'odeur [ nte et septique que répandent les cadavres, rs la fin de la putréfaction , il se dégage du gaz carbonique, qui, s'unissantà l'ammoniaque, : un sel fixe et cristallisable. A ces produits tent l'hydrogène phosphore , sulfuré , azoté , né, et toutes les matières qui peuvent résulte]^

de leurs combinaisons respectives. Enfin la matière animale , réduite à un résidu qui contient des huiles et des sels de différentes espèces, forme un terreau dans lequel les plantes puisent les principes d'une végétation très-riche et très-vigoureuse. Les os , ces parties les moins altérables de la machine organisée , se dessèchent à la longue par la combustion lente de leur partie fibreuse et l'évaporalion des sucs médullaires. Enfin, réduits à un squelette terreux , ils tombent en poussière , et cette poussière se dissipe lorsqu'on ouvre les tombeaux qui les recèlent.

C'est ainsi que s^efface à la longue tout ce qui pouvait rappeler l'idée de notre existence matérielle.

La putréfaction , philosophiquement envisagée , parait un moyen employé pour ramener nos organes privés de la vie à une composition plus simple , afin que leurs éléments puissent être employés à de nouvelles créations ( circulus œterni motûs (1). Rien n'est donc mieux prouvé que la métempsycose de la matière (2) ; ce qui autorise à croire que ce dogme religieux , comme la plupart des cultes et des conceptions fabuleuses de l'antiquité , n'est qu'un voile mystérieux , adroitement jeté par la philosophie entre le vulgaire et la nature.

(1) Becker, Pliysica subterraneâ.

(2) La matière est éternelle en ce sens, que les moléxules des corps ne font que passer de l'un à l'autre ; elles survivent à la destruction ou plutôt à la dissolution des êtres inorganiques et organisés, lorsque ces derniers, cessant de vivre, rendent au fonds inépuisable de la nature ces éléments qu'elle prête toujours et n'aliène jamais.

lUiancupio nulli datur, omnibus usu.

LUCRBT., lib. ui.

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