DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES DES COHPS VIVANTS
iPour faciliter l'intelligence de ce qui doit suivre, j'exposerai d'abord brièvement les propositions fondamentales relatives à l'électricité , et je ferai connaître en peu de mots les circonstances dans lesquelles les corps en général nous offrent des phénomènes électriques.
On sait que , par le mot d'électricité, les physiciens entendent la propriété qu'ont les corps, ea certaines circonstances , d'attirer ou de repousser des corps légers de différentes espèces qui se trouvent voisins d'eux. Le moyen ordinaire qu'on emploie pour mettre un corps dans l'état électrique est le frottement. Si l'on frotte un tube de verre avec de la laine, il attire d'une certaine distance des bandelettes de papier, des poils, de petites plumes, des feuilles minces de métal , des boulettes de liège ou de moelle de sureau attachées à un fil , et les repousse au bout de quelque temps. Si l'on augmente le frottement , il émane du corps qui le supporte des étincelles brillantes, accompagnées d'un bruit pétillant et d'une odeur particulière. Lorsque ces étincelles nous touchent la peau , elles occasionnent un sentiment de picotement. Outre le verre, le soufre, le succin , la porcelaine, et, parmi les substances organiques , la résine , la cire à cacheter , le papier , la soie , la laine et les poils offrent des phénomènes semblables. Tous les corps qui deviennent électriques par le frottement portent le nom d'idioéleclriques ; ceux, au contraire, en qui celle opération ne fait pas naître do phéno-
THAITÉ DB PHYSIOLOGIE
mènes électriques sensibles . comme les mëlaux et les liquides , sont appelés anclecli iques.
Pour expliquer ces phonomèiies, les physiciens adnicltenl que, des corps qui sonlcnlrés dan» l'état électrique, émane une matière subtile, impondérable et de nature particulière, le ûuide électrique, et que cette matière se communique à d'autres corps. D'après la découverte de Groy , la matière électrique ne se propage qu'à travers certains corps, avec une rapidité très-grande, bien que variable. Les corps sont partagés, relativement à la facilité do propager l'électricité , eu conducteurs et non conducteurs. Ceux qui reçoivent la matière électrique et la laissent échapperquand ils sont voisins de corps qui ont été frottés, ou en communication avec de semblables corps , sont appelés conducteurs ; ceux , au contraire , qui la retiennent, portent l'épitbèle de non conducteurs ou isolants. "Tous les corps anélectriques, les métaux à l'état régulin, le charbon et le graphite, soutbons conducteurs du Quide électrique. L'air dilaté, les vapeurs, l'eau, les acides étendus d'eau, les alcalis , les dissolutions salines et les substances organiques humides, sont des conducteurs imparfaits ou des demi-conducteurs. Les corps idioéleclriques, comme, parmi les inorganiques, le verre, les pierres gemmes, le diamant, le phosphore, le soufre, le sélénium , l'iode, le jayet, beaucoup d'oxides métalliques, l'air ordinaire et les gaz , et , parmi les organiques , toutes les résines, les huiles grasses, le suif, la cire, le camphre , la fibre végétale sèche , la toile , la soie, les poils , la laine , les plumes , le cuir , sont nonconducteurs ou isolants. Cependant on ne peut pas établir de ligne de démarcation rigoureusement tracée entre les conducteurs et les non-conducteurs, attendu que certaines substances tantôt sont conductrices, et tantôt ne le sont pas, suivant leur degré d'écbaufferaent , d'hnmcclation , d'agrégation, etc. Au reste, la matière électrique s'accumule en quantité diverse dans les corps , qu'ils soient conducteurs ou isolants , et jamais, lorsqu'ils en sont chargés , on ne trouve leur poids augmenté , même avec les balances les plus sensibles.
Ainsi que Dufay l'a observé le premier , l'éleclricilé offre, suivant la diversité des corps dans lesquels elle est excitée, deux différences frappantes, qu'on a désignées par les noms d'électricité vitrée et d'électricité résineuse. La première est mise en jeu par le frottement du verre, du cristal de roche , du diamant et des poils ; l'autre , au contraire , est produite par celui des résines , du snccin , de la soie et du papier. L'existence de deux états électriques, opposés l'un à l'autre, a été confirmée par les recherches de Boulanger , Wilke , Sommer, Wilson, Cigna , Aldini , Ritter et autres. Lorsque l'on frotte deux corps l'un contre l'autre, tous deux, le frottoir et le corps qui subit le frottement , deviennent électriques, mais d'une manière opposée , l'un prenant l'électricité vitrée, et l'autre la résineuse. Les corps doués d'une même électricité se repoussent mutuellement, tandis que ceux qui sont animes d'une électricité différente s'attirent réciproquement. Le contact répété de deux corps pourvus , d'électricités contraires fait que celles-ci se neutralisent, se dciruiscut l'une l'autre; et, de leur réu-
nion , naît l'état de repos ou d'indifférence électri. que. L'opposition qui régne dans les phénomènei électriques a été désignée par Lichtenberg sou» ij noms d'électricité eu plus et en moins. On appelu aussi l'électricité vitrée , positive , et la résineui» négative. La différence qui existe entre les deux électricités se donne encore à connaître par cellfl des phénomènes lumineux auxquels elles douneat lieu dans l'obscurité , par la production de figui^ différentes dans la poussière des résines , par tt| effets chimiques qu'elles déterminent, et par l'jn, fluence diverse qu'elles exercent sur les sens du rbomrae vivant.
D'autres circonstances encore que le frottcmei( peuvent exciter l'électricité en repos qui est ioM. rente au corps, et la décomposer en électricit^f positive et négative. Il est à peine, dans la nalur», une opération durant laquelle deux corps ou matières hétérogènes entrent eu action mutuelle, um que l'équilibre électrique soit plus ou moins 49. rangé, ce qui entraine la manifestation de pb^ noménes d'électricité. Le dérangement deréquiU» bre électrique se prononce, suivant la diversité 4| conditions dans lesquelles l'acte a lieu , soit par U mise des électricités à l'état de libre tension , sQi| par leur écoulement en un courant continu m moyen duquel elles se neutralisent de nouveau , «f que l'on peut apprécier à l'aide d'électromètre*«| de galvanomètres sensibles. Indiquons les princi^ les conditions dans lesquelles l'équilibre des deux électricités contraires est rompu.
1° Plusieurs corps , notamment le spath calcaire, la topaze, le mica, le cristal de roche , le spath d'Ii^ lande , la tourmaline , etc., deviennent, d'après 1m expériences de Coulomb, Dessaignes, Haiiy.Beo* querel et autres, électriques parla simple compret* sion , quand on les presse entre les doigts par leoif faces parallèles. Si l'on presse un disque de Iiég« contre de la gomme élastique, du succin, du cuivre, du zinc, de l'argent, etc., il s'électrisc positivement, taudis que ces corps prennent l'électricité négative. Au contraire , le liège acquiert celte dernière électricité lorsqu'on l'appuie sur des substancesauimaief sèches, ou sur du gypse, du spath pesant, du spalb iluor,qui manifestent alors l'électricité positive.
2" Certains corps présentent des phénoméiM électriques quand leur état d'agrégation vient à changer. Lorsque l'eau se réduit eu vapeur dans dei vaisseaux, ceux-ci prennent l'électricité négative. Grolthussa trouvé, dans ses expériences, que l'eao qui se congèle rapidement acquiert l'électricité p<h silivc, et que celle qui s'évapore promptemenl à ao| haute température prend la négative. Peut-être !• phénomènedclumièrequ'on a observé dans la cristallisation de différents sels est-il également électiif que; du moins l'électricité se dénole-t-elle à I eleç* tromèlre immédiatement aprèsquc la cristallisation s'est clfectuée. Grotthussn'a rien remarqué de constant à l'égard de la nature de l'électricité. Le pb^ iiomène de lumière que Buechner a observé pendial la sublimation de l'acide bcnzo'ique est vraisembU* blement aussi un effet électrique, qui tient au cbUl' gement de l'état d'agrégalion.
3" Beaucoup de cristaux manifestent, lorsqwo" les chauffe, des électricités contraires aux cilrcint-
GÉRÉRALE ET C0MPAE8E.
I pposccs de leurs axes ; c'est ce qui arrive, d'à- , les expériences d'^pinus , Canlou , Brand , ) ' et Brewsler, à la tourmaline, à la topaze, à lite, au boracite, à la mésotype, au diamant, ; lath pesant , au spath calcaire , à la célestine , j stronliane , au sulfate de magnésie , à l'amé- 1 e , au grenat , au sulfate de fer, etc.
Si l'on met en contact mutuel deux fils d'un } le métal , dont l'un soit plus échauffé que l'au- 1 le fil le plus chaud prend l'électricité négative, ( plus froid la positive, d'après les observations i cssaigues, Seebeck et Becquerel.
Lorsque des corps solides et liquides hétérogè- ■nlrenl en contact immédiat, ils excitent mu- 3ment en eux des électricités opposées , dont îsion est d'autant plus forle que les matières plus hétérogènes. Le phénomène n'est nulle plus sensible que dans le contact de métaux rents, et c'est sur lui que repose l'électricité par ict ou galvanique.
Enfin , un dégagement d'électricité s'opère dans les changements chimiques des matières érables , d'après les expériences de Lavoisier, . ace , Becquerel , Pouillet et autres, laminons maintenant quels sont les corps vis qui offrent des phénomènes électriques , et les sont les circonstances et conditions danslesles ces phénomènes ont lieu. On sait que les i, les renards , les martres, les lapins et autres laux garnis de fourrure , donnenCdes étincelles .riques, accompagnées d'un bruit de pétillement, id on leur frotte le poil. Le duvet des oiseaux est électrique aussi , d'après les observations de , Hartmann et de J. Majer. Ces phénomènes ne eut point être considérés comme dépendants a vie, puisque les poils et les plumes se monl également électriques après la mort quand on ichauffe ou qu'on les frotte, part cette circonstance , on peut présumer que les corps vivants développent de l'électricité , qu'à un faible degré, parce qu'il se rencontre ux toutes les conditions qui , dans les corps paniques, sont accompagnées de phénomènes iriques. Ici se rangent l'évaporation de liquides, langement d'état d'agrégation , et les change- Is de composition qui ont lieu dans les actes assimilation , de la respiration , de la nutrition i la sécrétion, dont ils font partie essentielle, linuellement les végétaux et les animaux , à l'éle de leur pleine vigueur , ingèrent des substanhétérogènes; ces substances sont assimilées l'exhalation de certains matériaux dans les mii environnants et l'absorption de parties conlantes de l'atmosphère; le suc nourriciei' se cornavec les parties solides , et , chez les animaux, is-ci repassent à l'état fluide. D'ailleurs , dans ces actes , des parties hétérogènes , fluides et les , entrent en contact mutuel et réagissent les > sur les autres. Des matières homogènes sont i/erties en hétérogènes , et des matières hétéro- !S le sont en homogènes. D'après l'analogie ; les phénomènes que les corps inorganiques 3nt en pareilles circonstances, nous devons umcr que, chez les corps vivants , dans toutes opérations, il y a tantôt manifesUlioii , tantôt
saturation d'électricités contraires. Diverses expériences faites sur les animaux vivants, cl dont nous rapporterons les résultats, parlent en laveur de cette conjecture. On en a fait peu jusqu'à ce jour sur les végétaux, pour examinerleur état électrique. Cependant Pouiliet prétend avoir observé un dégagement d'électricité pendant la germination des plantes. Il mit dans une chambre dont l'air était entretenu suffisamment sec par de la chaux vive ,. et sur un support isolé, plusieurs pots remplis de terre, dans lesquels il sema diverses graines. Le support fut mis en connexilé avec un condensateur. Pendant la germination il ne se manifesta aucun indice d'électricité ; mais à peine les graines avaientelles germé , qu'on aperçut distinctement des signes d'électricité ; et , lorsque les jeunes plantes furent en état complet d'accroissement , elles donnèrent au condensateur unechargc qui écarta les deux feuilles d'or d'un demi-pouce l'une de l'autre. Pouillei présume, en outre , que les plantes développent de l'électricité lorsqu'elles exhalent du gaz acide carbonique , parce que ce gaz donne des indices d'électricité au moment de sa formation. L'action des végétaux sur l'air lui paraît être une des principales sources de l'électricité atmosphérique.
L'électricité par contact ou galvanique se manifeste dans les parties animales vivantes , lorsque des nerfs et des muscles mis à découvert entrent en contact ensemble, et elle s'annonce alors par la production de contractions ou de convulsions dans les muscles. Ce. phénomène a été observé pour la première fois par Galvani. Après avoir coupé la tête à une grenouille vivante , détaché les pattes de devant , et enlevé promptement la peau , Galvani sépara la colonne vertébrale , et ne laissa la moelle épinière communiquer avec les membres postérieurs que par le moyen des nerfs lombaires ; ensuite il prit d'une main l'une des cuisses de l'animal, saisit la colonne vertébrale de l'autre, et fléchit la première sur la seconde , jusqu'à ce que les muscles crurarx touchassent aux nerfs lombaires. A l'instant du contact , les muscles entrèrent vivement en convulsion. L'expérience lui réussit également après avoir isolé la grenouille sur des baguettes de verre. Elle a été répétée avec le même résultat par Volta, Valli, Aldini, Pfaff , Humboldt, Fowler , Rilter et autres. Aldini dit avoir observé des convulsions dans les muscles par l'effet du contact mutuel de ces organes et des nerfs , non-seulement sur la même grenouille, mais encore sur deux grenouilles différentes. Il ajoute les avoir remarquées aussi lorsqu'il mettait les nerfs d'une grenouille en rapport avec la chair musculaire de la nuque d'un bœuf tué récemment. Humboldt a fait des expériences nombreuses de ce genre sur des. grenouilles. Il a vu des convulsions survenir quand il plaçait sur une plaque de verre sèche une extrémité postérieure dont les nerfs cruraux avaient été mis à nu , et qu'il touchait les nerfs et les muscles avec un morceau de chair musculaire fraîche isolé au bout d'un bâton de cire à cacheter. Des convulsions se déclarèrent également lorsqu'au lieu d'un lambeau de chair, il employa, pour former la chaîne, trois morceaux difréronts,dont l'un louchait au nerf, l'autre à la cuisse, et le troisième aux deux autres.
TRAITÉ DE PHTSlOtOGIE
Des expériences semblables et analogues, faites par l*laff, Rider et autres, ont procuré le incino résultiit. Cependant elles ne réussissent qu'autant que les grenouilles jouissent do l'activité vitale dans toute su plénitude, surtout au printemps, après l'accouplciuent, lorsqu'on opère sur des animaux qui ne soient pas trop petits, et qu'on exécute la préparation avec rapidité.
Ces diverses expériences prouvent suffisamment que les parties animales peuvent former des chaînes galvaniques, et produire un effet galvanique, sans qu'il y ait d'excitation mécanique qui donne lieu aux contractions des muscles. Voici les lois auxquelles elles sont soumises , relativement à la manifestation des convulsions , et à leur, force, ainsi qu'à leur durée ;
1° Il faut que les nerfs des muscles dans lesquels on veut exciter des contractions, fassent partie de la chaîne; .
2' Il faut que le nerf ou le morceau de nerf qui âûU faire partie de la chaîne , soit isolé autant que possible, et que nul autre conducteur ne produise de dérivation dans celte portion de la chaîne , aûn que le courant électrique, quand il se développe dans celle-ci, soit oblige de prendre sa route à travers ks nerfs.
3° Toutes choses égales d'ailleurs , les convulsions sont d'autant plus vives, et se manifestent dans une étendue d'autant plus grande, que la portion nerveuse servant de conducteur entre dans la chaîne ;
4° Les convulsions sont d'autant plus fortes et durent d'autant plus long-temps, que la chaîne se trouve formée plus promptement, et que la surface avec laquelle les parties qui la constituent entrent en contact présente plus d'étendue.
Quoique, d'après les recherches précédentes, la puissance qu'ont les parties animales disposées en chaîne, d'exciter des contractions dans les muscles , au moyen des nerfs , ne puisse pas être révoquée en doute, les physiciens ontété néanmoins partagés d'opinion relativement à l'agent qui déploie son efficacité en pareille circonstance.
Galvani regardait les contractions qu'il observa dans les muscles de grenouilles récemment mises à mort, et dont les nerfs dénudés avaient été mis en contact avec eux de la manière qui vient d'être indiquée, comme des effets d'une force électrique d'espèce particulière , qui appartient aux animaux vivants , et qu'il appelait éleclricilé animale. Suivant ses vues, celle force se produit dans le système nerveux , spécialement dans le cerveau, et les nerfs la distribuent par lout le corps.
Carminati, Carradori, Yalli et Âldini soutinrent celte opinion avec chaleur. Humboldl, Fowler et autres considérèrent aussi les phénomènes en question comme le résultat d'un agent spécial , dépendant des forces des animaux vivants.
Voila fut le premier qui aperçut les r^^pports de CCS phénomènes avec l'électricité générale , et qui lejcla l'existence d'un force spéciale , l'éleclricilé animale. Il regardait les convulsions qui surviennent dans les muscles vivants comme des effets de l'influence de l'électricité sur les nerfs, influence qui est excitée par le contact mutuel de parties ani-
males hétérogènes, disposées de manière à formo une chaîne, il fut confirmé dans cette opinion^*" les phénomènes électriques qu'il vit naître lorgj contact de métaux différents les nnsavec lesaiitr et avec des corps humides, et qui déterminent ab' solument les mêmes effets sur les nerfs et muscle" vivants. Les précieuses recherches de Pfaff « î démontré aussi l'idenlilé de l'électricité excitée di des chaînes de parties animales avec celle qui egj produite par le contact de corps inorganiques hété^ rogènes. Les chaînes composées de parties animales se comporlent, sous le rapport de leurs condf» lions et des lois pour la manifestation et l'inlensii^ des convulsions dans les muscles vivants , de U même manière absolument que celles qui sont for. mées de corps inorganiques hétérogènes, el dan lesquelles, d'après la nature de leurs éléments consliluanls, l'excitation de l'électricité par contact on galvanique ne saurait être mise en doute. Uo pareil accord entre les effets oblige donc d'admeltre que les chaînes animales sont vraiment galraniques , el que leur action , quand on vient à lù clore, est également galvanique , c'est à-dire qa't. lors l'éleclricilé par contact se trouve excitée et mise en jeu. Ces chaînes animales déploient de même leur activité lorsqu'on y introduit un corpi inorganique, un métal, comme excitateur du gaivanisme. Les convulsions sont encore plus forlei dans les muscles quand on garnit ceux-ci elle* nerfs de feuilles ou de disques métalliques, c'esl-idire de ce qu'on appelle des armatures , el qu'on fait communiquer les mélaux ensemble par le moyen d'un ûl métallique, d'un arc galvanique on d'un excitateur, ainsi que le prouvent des expériences de Voila, Humboldt , Riller, Pfaff, Rossi.Nj». ten et autres.
L'excitation de l'électricité par contact ou galviniquedans des chaînes de parties animales, ne doit donc point être considérée comme un acte vital, et il n'y a que ses effets, les contractions qu'elle provoque dans les muscles, qui dépendent des conditions vitales de ces derniers et des nerfs. Cependant, il est à présumer que l'éleclricilé excitée dam les chaînes de parties animales hétérogènes, peut être modiûée el accrue par les forces organiquei. De plus, on rencontre chez les animaux des orga* nés dont la disposition est telle, que de l'éleclricilé se trouve excitée par suite de leur action vitale, cas dans lequel se trouvent spécialement les poissons électriques.
Yassali-Eandi elBellingeri ont fait des expériences sur les propriétés électriques des liquides animaux, du sang, de l'urine el de la bile. Le premier croyait avoir trouvé que le sang possède en génér»! l'éleclricilé positive, et qu'il ne devient négatif qoe dans les états faiblement inflammatoires. BelUngeri a tout récemment fait de nombreuses expérleûces pour constater l'état électrique de ces liquide». Il s'est servi pour cela d'une cuisse de grenoniHe armée de métaux hétérogènes , d'après une n»^ tbodo de son invention. Les considérations suiv*»* tes sont nécessaires pour qu'on puisse coniprendw ces expériences et les conclusions qui en découlent. Tous les corps, tant simples que composés, so trouvent dans un certain état électrique, tel qu'"'
GÉNÉRALE ET COMPARÉE
orvo point en eux, nia vérité, d'éleclricilé li- . Il de tension électrique, mais que quand on - à en réunir deux ensemble il se manifeste une ition électrique plus ou moins considérable, ipartient en général à l'électricité par contact llaïque, et qui est d'autant plus forte, que les corps sont à une plus grande distance l'un de 1 e dans la série tracée d'après la manière dont il comportent sous le point de vue électrique, l igeri, se fondant sur ses expériences, disposa le il suit les métaux de la série électrique : plomb, mercure, antimoine, fer, cuivre, bis- , or, platine. Ensuite il compara la manière es liquides animaux se comportent, eu égard .1 ctricité, avec celle do ces divers métaux, exj) oces pour lesquelles il employa des cuisses de j: (uilles préparées à titre d'éleclromètre. Il dit ji trouvé ainsi que réleclricilé du sang de la ■v jugulaire des veaux, des bœufs, des agneaux, i! Dules, des dindons et des canards, à l'état sain, la même dans presque toutes les circonstan- )ans la série électrique des corps ce sang n ra presque toujours celle du fer, même alors ' était coagulé et qu'il s'était séparé en caillot et 1. L'électricité du sang d'animaux avancés en î! B montra un peu plus faible que celle du fer.
du sang artériel n'a point été trouvée aussi , ante. Dans les agneaux, les béliers, les che- -\ et les oiseaux , elle était la plupart du temps i) 5 forte que celle du sang veineux; quelquefois ( égalait, mais jamais elle ne la surpassait. Le artériel conserve aussi le même degré d'élect ; long-temps après sa sortie des vaisseaux. 1 . électrique de l'urine des veaux, des bœufs, d louions , des béliers varia beaucoup. Elle ne fi mais égale à celle du sang; la plupart du temps e lait ou plus forte ou plus faible que celte dern . Bellingeri a également trouvé que l'électric e la bile était très-variable, qu'elle ne s'accori] oint avec celle du sang et de l'urine, et qu'elle antôt plus forte, tantôt plus faible, que celle (i 9 liquides.
î phénomènes électriques les plus prononcés I plus remarquables se voient chez plusieurs I es de poissons , qu'on appelle , pour cette raitrembleurs ou électriques. Ces animaux im- , 3nl aux hommes et aux autres animaux des » -sses qui ressemblent à celles que donne une ille de Leyde ou une pile de Voila. Les uns t dans la mer, elles autres dans les rivières, i i parliennent à divers ordres, familles et genres, .mi les poissons cartilagineux, les suivants se nt ici :
! Les torpilles , notamment les torpédo vulgaris rmorata , des mers du midi de l'Europe et do ;es autres mers tropicales. Celles sur lesquelles ipfer, Todd ctHuraboldt ont fait des expérienl'un dans le golfe persique , l'autre au cap , et nier à Cumana , sont probablement des espèarticulièrcs , différentes de celles d'Europe, iciens parlent déjà de la propriété qu'ont ces lus de donner des secousses. Les premières obtiens exactes à leur égard sont celles de Redi. ipfer, Réanmur , Walsh, J. Pringle, Ingen- , Cayendisb , Spallanzani , Galyani et Aldiui ,
HumboldtelGay-Lussac, Voltact Configliachi, et Todd ont ensuite fait de nombreuses recherches sur les propriétés dont ils sont doués.
2» Le rhinobatus electricus, des mers du Brésil , dont Marcgraf a parlé le premier sous le nom de puraque.
Les poissons osseux offrent aussi plusieurs espèces électriques.
r L'anguille électrique (gymnottts electricus s. tremulus), des fleuves de l'Amérique méridionale. Humboldt a trouvé ce poisson dans le Colorado, le Guarapiche, l'Orénoque et la rivière des Amazones. Il abonde surtout dans les eaux stagnantes des environs de Colabozo. Richer a le premier fait menlioa de la propriété dont il jouit de donner des commotions. Berkel , Lacondaraine, Bajon , Fermin et autres en ont parlé aussi. Des expériences ont été faites sur lui par Ingram , S'Gravesande , Gronov , van der Lolt , Schilling, Williamson, Garden, Walsh, Leroy, Ingenhouss, Bryant, Collins Flagg, Fahlberg, Guisan, et Humboldt.
2" Le silure électrique ( malacopterurus electri' cas), du Nil , du Sénégal , du Congo et d'autres fleuves d'Afrique. Adanson fut le premier qui observa ses phénomènes électriques. Forskael ét Broussonnet en ont donné une description plus exacte.
3" Le trichiure électrique {trichiurus electricus), des mers de l'Inde , dont Willughby etNieuhof ont fait mention.
4° Le tetrodon electricus , que Paterson a découvert au milieu des bancs de corail de l'île Saint-Jean, dans la mer des Indes.
Il est très-probable que plusieurs autres poissons des mers tropicales sont également électriques.
Les poissons électriques n'ont de commun, quant à l'extérieur, qued'avoir une peau nue, sans écailles, et garnie de nombreuses glandes mucipares, qui sécrètent un mucus abondant. Tous se distinguent par des organes particuliers , d'une structure variée , très-riches en nerfs , et la plupart du temps en rapport avecles téguments communs, qu'on appelle électriques , ou électromoleurs , à cause de leur ressemblance avec une pile de Yolta. Indiquons la structure de ces organes dans les diverses espèces. . Ceux des torpilles, que Redi, Lorenzini , Oliger Jacobaeus, Réaumur, J. Hunter , Girardi et Geoffroy ont examinés, sont doubles. On les trouve aux deux côtés de la tête , entre le crâne , les branchies et les grands cartilages demi-circulaires des nageoires pectorales , sous la forme de masses aplaties et obrondes , dont la peau couvre les faces supérieure et inférieure. Après avoir enlevé les téguments communs, on rencontre de suite une membrane réticulée , formée de fibres tendineuses. Chaque organe est composé d'un très-grand nombre de colonnes membraneuses, perpendiculaires, ~)a plupart irrégulièrement hexagones , pentagones ou létragones , qu'unissent ensemble du tissu cellulaire, des vaisseaux sanguins et des nerfs. La grandeur et le nombre de ces colonnes varient suivant la taille et l'âge du poisson. J. Hunter en a compté quatre cent soixante-dix dans une petite torpille , cl onze cent quatre-vingt-deux dans une fort grosse. Leurs parois sont formées par une membrane tendineu&e
TBAITÉ Dl PHYSIOLOGIE
mince. Chaque colontio est coupée par de minces cloisons ou plaques ineinbrai.euses horizontales , dont le nombre, variable suivant l'âge , s'élève do cent cinquante à deux cents, et qui tiennent les unes aux autres par des fibres. Entre ces plaques se trouve un petit espace rempli d'un liquide golatiucux ou aibumineux. Dans leur épaisseur se répandent des artères et des veines , qui y forment des Téseaux extrêmement fins. En outre, les organes électriques reçoivent de fort gros nerfs, branches de la paire vague , qui est très-volumineuse et naît de renflements particuliers de la moelle alongée. Ces nerfs passent entre les branchies, auxquelles ils envoient des filets, et se ramifient ensuite dans les organes électriques. Chaque rameau qui pénètre dans une colonne y produit des (îlels qui se perdent dans les cloisons. Les colonnes reçoivent aussi des filets de la troisième branche delà cinquième paire, qui marchent le long dy bord externe de l'organe •électrique.
Les organes électriques de l'anguille de Surinam, dont la structure a été étudiée par J. Hunter, Geoffroy , Humboldt, et tout nouvellement parKnox , sont beaucoup plus gros que ceux des torpilles , «t forment la plus grande partie de la queue extrêmement longue du poisson. Il y en a deux de chaque côté , qui sont séparés l'un de l'autre par un long ligament et par les muscles supérieurs delà colonne vertébrale. Un organe plus volumineux se trouve immédiatement au-dessous de la peau, le long des muscles supérieurs du dos, et s'étend sur les deux tiers postérieurs de la queue, à l'extrémité de laquelle il finit eh pointe. Un organe plus petit £t situé plus profondément est séparé de celui-ci par une membrane tendineuse épaisse, une couche de graisse et des muscles. Tous deux sont composés de membranes tendineùses , en forme de plaques , dont les unes sont superposées, tandis que les autres sont perpendiculaires à celles-là et se croisent avec elles. Ces plaques produisent un très-grand nombre de cellules , qui sont remplies d'un liquide. Les nerfs de la moelle épinière envoient aux organes électriques des branches nombreuses , qui se réduisent en filets très-déliés dans les parois des cellules. Il est faux que celles-ci reçoivent des ramifications du grand sympathique.
Dans le silure électrique, les organes électriques sont situés sons les téguments communs , d'après l'assertion dfe Geoffroy, et les recherches plus exactes de Rudolphi. Après avoir incisé et renversé la peau, on aperçoit , de chaque côté du poisson , une membrane particulière, composée de petites cellules rhomboïdales, (}ui s'étend depuis la tète jusque derrière les nageoires ventrales. Les cellules contiennent un liquide aibumineux. Â sa face interne , ■cette membrane est garnie de fibres tendineuses , d'un blanc argentin, qui s'entre-croisent en divers «ens. Une grosse branche de la paire vague la par- .court , sur la ligne médiane , et envoie, dans toutes les directions, des rameaux qui , après avoir percé la membrane , se divisent à l'infini dans la masse cclluleuse extérieure. Les nerfs sont accompagnés d'une artère considérable, qui se résout en une multitude de branches. La veiné provenant do icettc membrane s'abouche dans la veine cave, noh
loin du cœur. Les muscles «ont encore cnlonr.! d une autre membrane formée d'un tissu cellul l floconneux, dans laquelle pénètrent des fileu h nerfs spinaux.
Les organes électriques des autres poissons nW point encore été examinés. '
Il résulte de cet exposé que les organes électri ques ont cela de commun qu'ils sont composéi d membranes tendineuses, ayant la forme de plaqoei' parsemées do vaisseaux sanguins, pourvue» d nombreux nerfs, et laissant entre elles des espace! celluleux.que remplit un liquide gélatineux oiuU bumineux. Cette structure établit une certaine agilogie entre eux et la disposition d'une pile jm. laïque.
Les torpilles et les anguilles électriques sonlfeg seuls poissons sur la faculté électrique desquel» on ait fait des expériences , dont Pfaff a donné dernièrement le résumé. Nous nous bornerons à l'indication des principaux résultats.
Quant à ce qui concerne les sensations occasionnées par le contact de poissons électriques vivants Redi , avant que les effets de l'électricité fussent connus, les avait déjà décrits, d'après ses obserratiens sur les torpilles, d'une manière qui établit leor analogie avec ces derniers, Réaumur, en touchant des animaux de cette espèce, ressentit une stupenr qui s'étendait subitement tout le long du brasjasqu'à l'épaule, souvent même jusqu'à la tête, etqni était accompagnée d'une forte douleur sonrde. Adanson , S'Gravesande , Walsh et autres comparent cette sensation à la secousse produite parone bouteille de Leyde. Gay-Lussac et Humboldt en parlent de même; ils ajoutent seulement qu'elle est plus pénétrante et plus douloureuse. Depuis, Hom boldt et Configliachi lui ont trou^-é plus de rapport avec celle que fait naître le contact de deux pdlei d'une pile voltaïque. Les effets de l'anguille électrique, qui a de plus gros organes électromoteon , sont plus forts que ceux des «orpilles, et ressemblent, d'après les observations de Williamson, Flagg, Fahlberg et autres, aux commotions eicitées par une batterie électrique. Bryant ressentit le cbocàliKrapj non-seulement dans les mains et les bras , maii encore dans le corps entier. Humboldt a vn tomber dans l'eau , frappés de stupeur, des chevaux sons le ventre desquels des anguilles de Surinam avaient opéré leur décharge. L'intensité de la commotion varie en raison du mode de contact. Si l'on tonche du doigt seulement la peau d'une torpille , à l'en-f droit où sont situés les organes électriques, '^'^'"jPlkiiitj.J est faible; il est plus fort si l'on applique une •""T'Isijj^'! surl'organe, et il ne l'est jamais davantage <11^|' quand on pose une main à la face supérieure ii<^|;|, celui-ci, et l'autre à l'inférieure ; en opérant ainsi on ressent presque toujours dans les deux ""'"L—,!. une secousse, qui est cependant plus forte d«n«I> première que dans l'antre. En outre les conufi"^ • tions deviennent plus vives lorsqu'on même tettpi on comprime, frotte, pince, on irrite d'une njaBiW quelconque la peau du poisson. L'anguille do Sort nam imprime aussi des chocs plus forts quand on J touche des deux mains à la fois. La comniolion plus violente a lieu lorsqu'on saisit d'une nrtJ" tétc , et de l'autre la queue de l'animal.
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GÉNÉBALB ET COHPABÉB.
ne foule de pbcnomèoes parlent en faveur l'opinion , manifestée pour la première fois Adunsou et S'Gravesande, et soutenue depuis Walsh , que la secousse produite par les poisi appelés trembleurs est de nature électrique, ressent des commotions même sans toucher imlialement aux poissons , pourvu qu'on soit mis rapport avec eux par d'autres corps. Redi a déjà porté le dire des.pêcheurs , que , quand ils preiut des torpilles , ils éprouvaient une secousse, t de la pari de la corde du ûlet, que de celle du pou avec lequel ils avaient piqué un de ces poiss. Réaumur reçut une faible commotion en tounl une torpille avec sa canne. Walsh en ressenle fortes dans les deux mains en appliquant un s ceau de fer sur une torpille couverte d'eau, tanqu'il avait l'autre main plongée dans le liquide , uelque dislance de l'animal. Spallanzani avait lement éprouvé des secousses eu touchant de eils poissousavecdes corps conducteurs de l'élecité. Les filets et les étoffes conduisaient les comtions, lorsqu'ils étaient humides, mais non quand étaient secs. Gay-Lussac et Humboldt disent, au itraire, n'avoir rien ressenti par le seul contact !C des conducteurs métalliques. Ayant placé une pille, par la face inférieure de son corps, sur un que métallique , celui qui tenait le disque à la in n'éprouva point de secousse ; mais s'il venait à icher de l'autre main la face supérieure de l'orle électrique, il ressentait de suite un coup vioct dans les deux bras. L'eau seule ne conduit pas fel électrique, suivant eux, car ils n'éprouvaient ) de choc dans l'eau , lorsqu'ils se contentaient pprocher la main du poisson, et le phénomène .vait lieu qu'à la suite d'un contact immédiat, s phénomènes de la propagation de l'électricité r des corps intermédiaires sont plus sensibles ns l'anguille de Surinam que dans les torpilles, poisson donne des secousses même lorsqu'on apache la main de lui dans l'eau , sans qu'il soit hein d'y toucher immédiatement, comme l'ont ob- -^vé Williamson, Fahlberg, Guisan et autres. Il ul frapper de stupeur et de mort, par les déchars qu'il lance sur eux, les petits poissons qui pasnt dans son voisinage à une grande distance. Ses mmotions se propagent par les métaux, même r le bois, qu'on met en contact avec lui, mais m par la cire à cacheter et la cire ordinaire. La commotion électrique peut être éprouvée par usieurs personnes à ia fois, lorsqu'elles forment, I se tenant par les mains , une chaîne dont le derer anneau est en contact immédiat avec les ornes électriques d'un poisson, ou en rapport avec IX au moyen d'un conducteur de l'électricité. Si le rcuit est interrompu par des corps non conducurs de l'électricité, les effets cessent. Cette expéence, qui est plus propre qu'aucune autre à prouer la nature électrique de l'agent produit par les oissons vivants , a été faite pour la première fois ar Walsh, sur des raies , et répétée ensuite avec ! même résultat, par Spallanzani, Gay-Lussac, (umboldt et autres. Elle réussild'une manière plus appanle encore lorsqu'on opère sur l'anguille do urinam. Dans une expérience faite par Walsh , la ommotioD fut ressentie par vingt-sept personnes
réunies en une chaîne dont les deux bouts louchaient aux poissons.
Ni Walsh et Spallanzani, ni Gay-Lussac, Humboldt et Configliachi n'ont observé d'étincelles pendant le j*.;ssage du fluide électrique des torpilles à travers des conducteurs. Gardini seul prétend en avoirvu , dans une circonstance où il reçut un coup violent d'une torpille étendue sur une planche isolée. Mais l'étincelle électrique a été remarquée aussi dans les expériences sur l'anguille de Surinam. Walsh ayant tiré un de ces poissons de l'eau , et fait passer la secousse par une bandelette d'étain laminé, fixée à undisque de verre , vit l'étincelle jaillir d'une moitié de la bandelette sur l'autre. Le même phénomène a été observé par Fahlberg, en faisant communiquer, au moyen des mains de deux personnes , ou d'autres conducteurs, les deux extrémités d'une bandelette d'étain laminé fixée sur du verre et interrompue par un petit intervalle,avec un poisson étendu à l'air libre ; mais, quand l'animal était dans l'eau, il ne put apercevoir d'étincelles. Guisan a été également témoin de ce phénomène.
Enfin, ce qui mérite d'être rapporté encore, Galvani a vu des cuisses de grenouille dépouillées de leur peau , qu'il avait placées sur le dos d'une torpille , entrer en convulsion lorsque l'animal donnait une secousse , effet qui parle de même eu laveur d'une décharge électrique. Malgré ces phénomènes manifestement électriques, on n'a encore pu parvenir jusqu'à présent, soit sur des torpilles , soit sur des anguilles de Surinam , à reconnaître ni aucune trace de tension électrique libre , ni polarité, ni attraction et répulsion de corps légers , ni action sur des électromètres très-sensibles , même avec le secours des meilletirs condensateurs , ni enfin charge de bouteilles ou de batteries. H. Davy a aussi expérimenté l'influence des commotions électriques de la torpille sur la décomposition de l'eau et de l'aiguille aimantée. Il a fait passer à plusieurs reprises les coups de l'animal à travers un arc composé de fil d'argent et d'eau , sans pouvoir remarquer la moindre décomposition du liquide. Il a fait également passer plusieurs fois ces mêmes chocs à travers l'arc d'un multiplicateur très-sensible , sans observer la plus légère déviation de l'aiguille aimantée. Schilling s'est trompé en disant que les phénomènes électriques de l'anguille de Surinam ont un certain rapport avec l'aimant, car -Walsch , Ingenhouss et Humboldt ont trouvé ce poisson absolument insensible à toute influence magnétique , ce que Spallanzani avait remarqué de même à l'égard des torpilles.
Les observations ont appris ce qui suit relativement à la manière dont les poissons électriques se comportent quand ils donnent des secousses , et à la dépendance dans laquelle ce phénomène est de la vie. Lorsque ces animaux imprimcntune commotion, ils ne sont point inactifs, et l'on ne peut point décharger à volonté leurs organes électriques , comme on ferait d'une bouteille de Leyde ou d'une pile voltaïque. La décharge est un acte de leur volonté, ainsi que l'avait déjà remarqué Réaumur, et que l'ont constaté les observations de Walsh , Williamson , Spallanzani , Gay-Lussac . Humboldt, Todd et autres ; car il arrive souvent qu' an poisson
THAITÉ DE rUïSIOtOClE
Tigourcux qu'on saisit à deux mains no donne pas de secousse , taudis qu'il suffit parlois du plus léger contact pour en ressentir une. D'après cela, les poissons électriques paraissent opérer la décharge, et probablemeul aussi la charge de leurs»i)rgane8 , par l'influence do la volonté. Ilumboldt pense même pouvoir conclure de ses expériences que l'anguille de Surinam est capable de donner la direction qu'il lui plaît à ses secousses. Il paraît , d'après les remarques de Walsh, Fahlberg et Guisan, que ce poisson possède un sens exquis pour apprécier les circonstances dans lesquelles ses commotions peuvent se communiquer : en effet , il semble reconnaître si les corps qui s'approchent de lui sont ou non do nature à les recevoir , c'est-à-dire s'ils sont conducteurs ou isolateurs ; car dans le premier cas il donne la secousse, tandis qu'il s'en abstient dans le second. Ainsi le voisinage de métaux placés dans le baquet où il est renfermé , le met en agitation , et le détermine à décharger sur eux son fluide électrique.
Les observateurs ne sont point d'accord ensemble relativement aux phénomènes, qui précèdent la décharge , et à ceux qui l'accompagnent. Les uns disent que la décharge des torpilles est toujours liée à un effort musculaire. Ainsi Réaumur prétend avoir remarqué que le dos voûté de ce poisson s'aplatit , devient même concave , quand il donne une secousse , et qu'aussitôt apr^s celle-ci il reprend sa forme convexe. Gay-Lussac et Humboldt croient avoir observé que les nageoires pectorales entrent dans un mouvement convulsif au moment de la décharge. Todd a trouvé aussi que la communication de l'ébranlement s'accompagne en général d'efforts musculaires , et que les poissons rétrécissent leurs yeux. Ce dernier phénomène a été observé également par Walsh , mais il ne l'a point été par Spallanzani. Il est prouvé, quant à l'anguille de Surinam , que des mouvements du corps ne coïncident pas nécessairement avec la décharge ; car ce poisson se meut souvent avec beaucoup de vivacité , quand on le tient entre les mains , sans donner de secousses , tandis que fréquemment , au contraire , il en imprime lorsqu'il se tient dans un repos parfait.
Les poissons électriques peuvent , après avoir donné une secousse , recharger leurs- organes avec une grande promptitude , et communiquer une série d'ébranlements. En général, la force des commotions est en raison directe de leur vivacité et de l'intensité de leurs phénomènes vitaux. La répétition fréquente de cet acte les affaiblit et rend leurs coups moins forts. Par le repos , ils se rétablissent, et l'intensité de leurs chocs augmente. Lorsqu'ils s'épuisent peu à peu , les commotions deviennent de plus en plus faibles. Peu de temps avant la mort elles se succèdent très-rapidement, mais sont si peu fortes qu'à peine les perçoit-on. Les torpilles auxquelles on a enlevé les organes électriques n'en donnent plus; cependant elles peuvent vivre longtemps encore après cette excision , et même plus long-temps que celles qu'on excite à de fréquentes décharges. Si l'on enlève un seul organe, l'autre demeure la plupart du temps actif.
Les nerfs qui se rendent aux organes électro-
moteurs prennent la part la plus importante à IW citation de l'électricité et à la communication du secousses. Spallanzani, Galvani, Ilumboldt et Todd ont trouvé que les jioissons perdent la faculté d'inj. primer des commotions dès qu'on coupe ou qu'onlig ces nerfs. Si l'on coupe les nerfs d'un organe, l'anit^ conserve son activité. Todd détruisit le cerveaa ce qui entraîna la cessation des secousses, que nulle excitation ne fut plus ensuite capable de rétablir La faculté de donner des commotions persiste pendant quelque temps après l'excision du cœur. U est encore à remarquer que les poissons éleciriqueg à l'instar des autres animaux , entrent en convul- ' sion sous l'emploi de l'électricité par frottement d du galvanisme, ainsi qu'Aldini l'a reconnu daiis les torpilles, et Humboldt dans l'anguille de Su- ^ rinam.
D'après les recherches qui ont été faites jusqu'à ce jour sur les poissons trembleurs , il ne peut être tnis en doute que les secousses qu'ils donnent pendant la vie ne soient de nature électrique, et plus analogues aux effets d'une pile voltaïque qu'à tout autre phénomène. Les organes électromoteurs propres à ces animaux montrent aussi, dans leur structure , une grande ressemblance avec une de ces piles de la seconde classe, attendu qu'ils sont composés de couches alternatiyes de conducteurs humides d'une nature différente; savoir, de cloisons membraneuses et d'an liquide gélatineux ou albamineux. Cependant os ne saurait admettre que leurs effets soient uniqae- ï ment le résultat de leur structure, de la disposition [ mécanique des parties qui entrent dans leur compo- | sillon, et que par là seulement soit produite de l'électricité par contact, au degré où nous avoni occasion de l'observer chez les animaux vivants; car, après la section des nerfs qui se rendent anx organes électriques , ceux-ci perdent sur-le-cbamp la faculté d'imprimer des secousses, quoique le» couches hétérogènes qui constituent leurs organe» n'aient éprouvé aucun changement. Les expériences des physiciens ne nous ont rien appris encore relativement à la manière d'agir sur les organes de l'indispensable influence des nerfs , et au rôle qu'elle joue dans l'excitation des secousses. Dans cet état de choses , nous sommes obligés de considérer la charge et la décharge électriques des organes comme un acte vital , qui dépend immédiltement de l'influence des nerfs sur ces mêmes orgines, et de ne regarder ceux-ci que comme l« appareils qui concourent d'une manière secondaiie à ia production et à la décharge de l'électricité pW contact, avec la coopération vivante des ncrfe. Mais il ne nous sera pas donné de nous rendre n» compte exact de la manière dont les nerfs agisseol dans l'excitation de l'électricité , aussi long-temp» que nous ignorerons le mode d'action de la force nerveuse elle mémo. La théorie complète de remarquables phénomènes électriques ne saurait être acquise que par de nouvelles observations et recherches sur les manifestations de la vie daM les nerfs. H. Davy présume, d'après ses expériences, que l'électricité animale a plus d'analop» avec l'électricité commune qu'avec la ^'^'''^ que , cl il lui paraît plus vraisemblable encore
GERÉBAIE ET COMPARÉB.
Ail
•lie constitue une espèce à part d'électricité.
les phénomènes électriques excités par le simple tact , et aussi prononcés que ceux qui sont ofs par les poissons dont nous venons île parler , il point été observos jui-qw'à présent, surd'auanimaux , avec assez de certitude pour ne point ser place au doute. Cotugno dit, à la vérité, ir reçu une secousse électrique d'une souris vile qu'il allait disséquer, au moment où l'animal ourha le doigt de sa queue. Molina et Vidaure )ntent qu'une araignée à six pattes engourdit la n de celui qui y loucha. Kirby et Spence raptent que le général Davies ressentit une secousse ^trique en prenant sur sa main un reduvius ser- (S vivant. Enfin, on prétend que la leonice gitea, l'une des plus grandes annclides marines , tut jetée vivante sur les côtes d'une des Antilles, na un choc électrique à la personne qui lasaicl qui fut atteinte ensuite d'une éruption génésur tout le corps. Mais ces assertions nous pasenl élre i'ort douteuses et demander conOrma-
l existe encore , dans l'économie animale, plu^ irs phénomènes rendant probable que les nerfs t en état, par suite d'une force qui leur est inunte, d'exciter et de conduire des courants élecues semblables à ceux que produit la réunion pôles d'une pile galvanique. Ici se range l'ac- 1 des nerfs vivants sur les muscles dans le phénoae de la contraction musculaire. Humboldl a 1 émis la conjecture que toute contraction des scles s'accompagne d'une sorte de décharge élecue des nerfs. Prévost et Dumas, de même qu'Edds, ont ensuite cherché à démontrer que les ses se passent réellement ainsi. Nous revienns sur ce point en temps opportun. Cependant is devons, dans toutes les circonstances, consier l'excitation d'électricité par les nerfs vivants ime un phénomène suborcionné à la vie et dédaut des actions de la force nerveuse.,
ARTICLE ni.
Des mouvements.
)es mouvements ont lieu dans tous les corps orisés , et ils forment un des principaux caraces de la vie. Les actes de la nutrition et de la Goation , dont le tableau a été tracé précédemnt, l'intussusception des aliments, l'absorption, similalion, la respiration , la progression du lide nourricier, la Gxation de parties constituantes :e li(juide dans l'acte de la nutrition, enfin , la relion des humeurs , d'où dépend le maintien corps vivants dans les conditions de composi- 1, d'organisation et d'activité qui leur sont pros, tous ces phénomènes sont liés à des mouventg. Indépendamment des mouvements qui acnpagnent le travail de la nutrition et de la forlion , nous en apercevons d'autres encore. Les illes 80 meuvent dans les végétaux, et, chez beauip d'entre eux, les organes génitaux. Les animaux uvenl leurs membres et changent de pl.ico à voté. En un mot , chaque corps vivant peut être
comparé à un mouvement perpétuel , qui se meut d'une manière plus ou moins sensible , et avec des degrés différents de rapidité et de force, en vertu d'une activité propre.
Essayons de retracer les mouvements des corps organisés , et d'en faire connaître les causes ou conditions , dont la recherche est un des problèmes les plus difûciles de la physiologie. La manière la plus sûre d'arriver à ce but me paraît être d'énumérer d'abord l'un après l'autre les mouvements quL s'observent dans les animaux et les végétaux, d'indiquer les parties et organes qui les exécutent, et de signaler les circonstances dans lesquelles ils s'opèrent. Ensuite nous comparerons les mouvements des deux groupes d'êtres vivants , pour découvrir jusqu'à quel point ils sont similaires, analogues on différents les uns des autres. Nous arriverons ainsi à la recherche des causes et des forces d'où ils dépendent, et à discuter s'ils sont produits par les mêmes foixes ou par dos forces différentes. Je crois devoir commencer par les mouvements des animaux, qui sont plus manifestes et plus connus.