‹ Nouveaux éléments de physiologieChapitre 83 sur 102 · CHAPITRE III. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. t

DES CAUSES ET DES FOBCES QUI DÉTERMINENT LES MOUVfcMENTS DES COUPS VIVANTS.

Tout les corps vivants , les végétaux aussi bien que les animaux, exécutent desmouvements, comme il résulte des faits exposés dans les chapitres précédents. Tout acte de la vie paraît être accompagné de changements de lieu , dont les uns peuvent être aperçus immédiatement parles sens, tandis que, quant aux autres, nous sommes obligés de conclure leur existence de phénomènes qui ne sont point concevables sans mouvement, comme ceux déformation , de nutrition, d'accroissement, elles fonctions des nerfs. Les mouvements des corps vivants ne peuvent être considérés ni comme des effets de la gravitation, ni comme les résultais d'une impulsion mécanique du dehors. On n'en a point non plus, jusqu'à présent , rendu raison d'une manière satisfaisante par los attractions et répulsions qui s'exercent dans le jeu des affinités chimiques. Des physiciens et des médecins d'un grand mérite les \' regardent, en conséquence, comme des phénomènes à part, et produits par des forces d'cspcc* particulière, qui ont leur fondement dans la constitution spéciale des corps en qui on les observe. Mais si nous cherchons à savoir quelles sont ces forces , sous quelles conditions et d'après quellei lois elles agissent , nous tombons sur des question» à l'égard desquelles ont été énuses les opinions el les théories les plus disparates, cl qui ont donné lieu aux plus vives controverses. Je crois nécessaire, avanl de développer les vues qui me sont

GÉNÉRALE

lèpres, d'etposer brièvement les pins importantes Il hypothèses qu'on a imaginées pour se rendre mple des forces motrices des corps vivants, et de jsoumeltre à la discussion , afin de faire ressortir

I vérités concordantes avec l'expérience qu'elles ibferment, et de signaler les erreurs qui oui pu . glisser.

i&lisson fut le premier physiologiste qui attribua iilivemeut aux animaux une force spéciale déterloant les mouvements. Il donnait à cette force le m d'irritabilité , parce qu'elle est mise en activité

• des influences d'espèce diverse, qu'il appelait ■ses irritantes. Il distinguait en elle la faculté do rcevoir ces causes irritantes, ou d'être changé, ^^cté par elles, et la tendance à réagir contre les t;italions , par des mouvements qui consistent en l'jtractions. L'apperception des causes irritantes lui naissait être différente de la sensation , parce que MJœur et le canal intestinal se meuvent, à l'occana d'excitations agissant sur eux, sans que le phéiinène soit accompagnéde sensation. Ces parties, >si bien que les muscles , sont mises en mouvennt par des stimulations diverses . long-temps orne après leur séparation du corps. Cependant i^perception d'une irritation peut aussi être ac- Dopagnée de sensation, comme dans la stimula-

II d'un nerf. Glisson admettait trois sortes d'aprceplion des causes irritantes et d'irritabilité , la uurelle, la sensitive, et celle qui dépend de la

K)nté. La première , ou la naturelle, appartient à bre animale en général, même au sang et aux meurs. Dans la seconde, l'action des impressions éérieures ou des irritations sur les fibres irritables wère par l'intermédiaire des nerfs irrités. La troime enfin est déterminée par l'appétit animal ou eolonté, le cerveau mettant les muscles en mou- Mient par une irritation exercée de l'intérieur. Doutes ces considérations , Glisson ajouta des reri'ques précieuses sur les degrés de l'irritabilité, DUT sa variabilité en diverses circonstances. .i.a théorie de Glisson relativement à une force lirice organique ou vitale, inhérente aux animaux, lest sollicitée à entrer eu jeu par des irritations iërienres ou par des irritations intérieures engen- Bë8 dans le corps vivant lui-même, ne trouva Mitdepartisans parmi ses contemporains, qu'aveu- «ent les systèmes de la chémiatrie et des iatro- Ihématiques, et ne fut appréciée à sa juste valeur

• dans le cours du siècle suivant.

Iftahl , qui eut le grand mérite de faire ressortir iiîfférence existante entre les êtres vivants, noiment les animaux, et les corps privés de la vie, ie fixer l'attention sur les particularités que les miers offrent dans leur structure et leur corapo- «n intime , Stahl regardait l'âme comme la cause Hamcntale de la vie et des mouvements qui s'y nchent. A la vérité. Descartes et Vanhelmont fent déjà émis une opinion analogue , cl elle tt été soutenue d'une manière plus précise eniipar deux célèbres iatro-mathémaliciens, Boet Perrault, qui avaient considéré l àmo comme iileur des mouvements des animaux, et cherché nro ressortir son iiilluence sur toutes les fonc- •s. Cependant Stahl fut celui qui soutint et déippa cette théorie avec le plus de zèle et de la

ET COMPAHÉE. 505

manière la plus conséquente ; de sorte qu'on peut avoir en lui le véritable fondateur du système de l'animisme dans la physiologie. Suivant lui, le corps animal, comme tel, n'a point la faculté de se mouvoir, mais il est mis en mouvement par une substance immatérielle , l'âme , qui agit au moyen du système nerveux. L'âme engendre et forme aussi le corps , et le maintient en possession de ses propriétés. Tous les mouvements accomplis par des muscles, tant les volontaires que ceux qui ont lieu sans le concours de la volonté , sont produits par l'âme, les premiers avec conscience et réflexion , les autres sans conscience. Indépendamment du mouvement musculaire , Stahl admettait, dans les autres parties molles, des mouvements produits par tension et par relâchement, qu'il appelait toniques. C'est par ces mouvements que le sang coule dans les vaisseaux, et les humeurs dans les conduits excréteurs des glandes et le tissu cellulaire. Ils concourent à la nutrition et à la sécrétion des humeurs. Stahl les regardait aussi comme des effets de l'âme. Toute irritation extérieure qui agit sur un organe quelconque , détermine d'abord un changement dans l'âme , et la sollicite à exercer , sur l'organe irrité, une réaction qui se manifeste par du mouvement. L'action de certaines irritations sur l'âme est obscure et vague, de manière qu'on n'en perçoit pas l'impression ; la réaction de l'âme est également vague et obscure , en sorte qu'elle ne se fait point avec conscience. Ce système fut embrassé avec ardeur par Cari, Coschwitz , Gohl et Platner, en Allemagne ; soutenu par Porlerfield, R. Whytt et Darwin , en Angleterre , et modifié partiellement par Sauvages , en France.

De fortes objections s'élèvent contre une théorie qui représente ainsi le corps animal , son organisation et sa partie matérielle , comme dépourvus de force et d énergie. C'est à tort que Stahl admettait l'identité de l'âme, c'est-à-dire d'une des causes qui occasionent les mouvements , avec les forces provocatrices de ces mêmes mouvements. Quoiqu'on ne puisse nier que les animaux se déterminent d'une manière spontanée à certains mouvements par le principe qui est en eux la source de la sensation et de la perception , cependant il ne suit pas de là que l'âme les accomplisse aussi , et que l'impulsion soit donnée par elle à tous les mouvements. Noos ne pouvons la regarder que comme une cause par laquelle les forces motrices sont mises en jeu , et il est impossible de voir en elle la force elle-même qui décide les mouvements. Ce qui prouve que cette force et l'âme diffèrent l'une de l'autre , quant à leur essence , c'est que les muscles, le cœur et toutes les parties munies de muscles, l'estomac et le canal intestinal , continuent quelque temps encore , après avoir été séparés du corps , à exécuter leurs, mouvements, lorsqu'on les irrite. Si, en pareil cas,, la force motrice était la même que l'âme, il faudraiS supposer la divisibilité de celle-ci au moment où la partie vient à être détachée du corps, ce qui est en contradiction avec l'idée fondamentale de son unité et de son indivisibilité. D'ailleurs , nous apercevons des mouvements et des manifestations de vie dans des plantes qui n'offrent cependant aucun phénomène qu'on puisse regarder , avec quelque vrai-

TRAITÉ DE PHYSIOLOGIE

PcmLlancc, comme olant l'effet de l'âme. Stahl et quelques-uns de ses partisans tentèrent d'échapper à l'objection en disant quelcs manifcsiations vitales de ces corps sont lo résultat d'un mécanisme. Mais nous ne pouvons pas accueillir ce moyen de défense , parce que nous voyons, dans les végétaux et les animaux, des propriétés qui sont communesaux uns et aux autres, et qui les distinguent essentiellement des corps privés de la vie. E. Darwin, s'appuyant sur des apparences , ne s'est même pas fait scrupule de regarder aussi les plantes comme des êtres sentants.

La doctrine de Glisson, relativement à une force inhérente aux corps organisés, qui, sous le nom d'irritabilité , provoque leurs mouvements , fut développée par Gorter , qui agrandit encore le champ de cette force , en établissant que non-seulement les animaux , mais encore les végétaux, ont la propriété de se laisser déterminer à des mouvements par les causes irritantes. Gorter admettait, dans toutes les parties des corps' vivants , un principe produisant les mouvements sous l'influence des excitations, et qu'il distinguait de l'élasticité , ainsi que de toutes les autres forces physiques qui occasionent des phénomènes mécaniques ou chimiques. Gomme on voit aussi dans les plantes des mouvements qui s'exécutent à la suite d'irritations, ce principe intérieur d'activité ne peut point être confondu avec l'âme ni avec la force nerveuse, qui n'existent ni l'une ni l'autre dans les végétaux. D'ailleurs , Gorter traita d'une manière plus précise des irritations qui excitent les mouvements vitaux.

F. Winter et Lups marchèrent sur ses traces. Le premier considérait l'irritabilité comme une force inhérente à chaque fibre du corps animal , qui peut être mise en activité, non-seulement par l'inûuence des nerfs , mais encore par des irritations d'espèces diverses. L'autre, au contraire, s'attacha à faire voir que l'irritabilité appartient également aux végétaux, parce qu'ils exécutent certains mouvements sensibles après avoir été irrités. C'est ainsi qu'en particulier il expliquait les mouvements des anthères par l'irritabilité. Gaub attribuait aussi une force motrice aux solides vivants, muscles, nerfs et tissu cellulaire , et faisait, comme Glisson, une distinction entre la faculté d'être affecté par des causes irritantes , et celle de réagir contre ces mêmes causes. A la vérité il supposait la force mobile dans les solides , mais cependant il accordait qu'elle doit déjà exister en partie dans les liquides , aux dépens desquels se forment les parties solides.

Quoique les mouvements des corps organisés aient été regardés, par les physiologistes et médecins que je viens de ciler, comme des effets d'une force spéciale, inhérente aux parties vivantes , et qu'ils distinguaient fort bien, tant des forces physiques générales que de l'âme, cependant ils avaient si peu choisi pour sujets d'observation les mouvements qui surviennent dans les corps vivants et leurs diverses parties , sous l'empire des irritations, ct la manière dont ces mouvements s'accomplissent , que l'irritabilité dont ils faisaient le principe de tous les mouvements organiques , était considé-

rée plutôt comme nnc qualité occulte , hypoihé.» tiquement admise , que comme une faculté or{;anir que fondamentale, dont l'existence fùtdémonlrée! Celle circonstance détermina Ifaller à entreprendre des observalions et des expériences, relativement à l'action des causes irritantes sur les diverses par» ties animales , et aux changements qui sont provo» qués par elles. Il mit à découvert des muscles , dei nerfs, le cœur , des vaisseaux , des membranes, de» tendons , des ligaments , des cartilages , des os, de| glandes , des viscères , sur des animaux vivants d» différentes classes, et soumit ces organes à oo grand nombre d'agents divers, mécaniques ou physiques , afin de constater les effets qui seraient produits par là dans les parties. IJ crut être autorisé^ par ses expériences , aussi nombreuses que variée», à établir les propositions suivantes. La tibre orga-. nique , en général et dans toutes les parties solidei des animaux et des plantes, possède, à divers de« grés , la propriété , quand une force extérieure là tiraille sans dépasser certaines bornes , de repren-^ dre sa situation primitive, après l'éloignementde la cause qui agissait sur elle. Cette propriété , qu'il nommait la contractilité , dépend uniquement de la constitution matérielle et de la texture organt> que. On ne peut point la considérer comme une force des corps vivants parce 'qu'elle se manifesta encore dans les parties après l'extinction de la vie., Haller voyait donc en elle une force morte , idea tique avec l'élasticité. L'écartement des bords d'une plaie, celui des vaisseaux sanguins coupés en trsh verset le rétrécissement de ces mêmes vaisseaux,' lui semblaient également être de simples effets dâ la contractilité. Suivant lui, les muscles des anit maux vivants possèdent seuls la propriété de», contracter et de tomber dans des mouvements oss' cillatoires lorsqu'on les soumet à des causes irritantes de diverses espèces. Ces mouvements sont des phénomènes de vie, parce qu'à la mort d'oa animal, ou peu de temps après, les muscles ne peuvent plus être mis en activité par les irritations.

La propriété inhérente aux muscles vivants de se contracter quand ils sont irrités, était appelée irritabilité par Haller , et il la regardait comme une force inhérente seulement à la Gbre musco-^ laire vivante , différente de toutes les autres foi;^ ces, et dont la cause est inconnue. Toutes les autr«. parties , nerfs , vaisseaux, membranes , glandes, tendons , ligaments , cartilages et os , ne sont poinjt irritables , parce que , dans le cours de ses innoi»{ brables expériences, Haller n'observa pas de moB-j vements en elles. Indépendamment des mouvO| ments dans les muscles vivants irrités , ce phy.sM| légiste aperçut des manifestations de sentiment» de douleur, lorsqu'il irritait des parties municf de nerfs , ou qu'il faisait agir des causes irritantes sur les nerfs eux-mêmes. Il considérait la sensalio» comme une propriété vitale particulière des nei et des tissus nerveux , et lui donnait le nom force nerveuse ou sensibilité. Il lui fut impossibw de voir aucun mouvement dans les nerfs irrites, » cependant il accordait que , peut-être , dans la sation et les manifestations de vie des nerfs, Quide très-délié, le fluide ou l'esprit nerveux,

tlÉNÉRALE ET COMPARÉE.

iive en mouvement. Ainsi , dans la théorie de lier , les mouveinenls survenant dans les parties :atiiques irritées , qui se manifestent par la conotion et l'expansion , étaient le seul caractère luel on piit reconnaître l'existence de l'irritaité , et celte force était bornée uniquement aux res musculaires,

Quoiqu'on ne puisse trop apprécier le mérite eut Haller d'étudier et de distinguer les effets causes irritantes , par la voie de l'observa- 1 et de l'expérience, mieux que ne l'avaient fait prédécesseurs, cependant on ne sauraitdisconvenon plus qu'il envisagea son sujet sous un point vue trop étroit en n'admettant d'autre effet de la t de CCS causes appliquées aux corps vivants, que ensation au moyen des nerfs, et le mouvement moyen des muscles, et considérant la sensibilité irritabilité musculaire comme les seules forces a vie. Il y a beaucoup départies, dans le corps ani- I, qui, lorsqu'on les irrite, ne se montrent nisenes ni irritables dans le sens hallérien, mais auxllesnous n'en devons pas moins accorder la vie, ce que nous apercevons en elles des phénomède formation et de nutrition. Si les deux forces jlies par Haller étaient les seules conditions de vie, ou serait obligé d'effacer du nombre des ps vivants les végétaux, qui ne les possèdent pas. illeurs les premières manifestations de la vie s les germes des animaux consistent en de pies phénomènes de formation et d'accroisseit,qui sont accompagnés de mouvements, sans )u puisse découvrir aucune fibre musculaire ? ces mêmes germes. C'est des opérations de la nation que dépend l'apparition des muscles et nerfs dans lesquels se manifestent la contractimusculaire et la sensibilité. Nous voyons encore les phénomènes de formation et de nutrition animaux et des végétaux dépendent d'iniluenju irritations extérieures, et sont sujets avarier ■5 certaines limites. Les organes sécrétoires, les .des , les membranes muqueuses , séreuses et jviales, quoique n'ayant point de fibres muscu- 's, sont également déterminés à entrer en jeu es causes irritantes qui agissent sur eux. Haller immis encore une erreur en rapportant aux Mes effets de l'élasticité les phénomènes conijitilesdu tissu cellulaire, des vaisseaux, descon- IB excréteurs et des membranes. Ainsi nous tons des animaux composes uniquement de I muqueux, qui se meuvent après avoir été irrilEn outre, certaines plantes offrent des mouvells, quoiqu'elles n'aient point de muscles. La •ricté qu'ont les animaux et les végétaux d'être tiés par les causes irritantes, et de se montrer l's par des mouvements, ne peut donc pas être eenée à l'irritabilité hallérienne , dont l'idée a renfermée dans de trop étroites limites. L'irriiiité, dans toute la latitude du terme, n'appar- . pas seulement aux muscles , mais encore à es les parties des corps organisés, ce qui n'est tt le cas de l'irritabilité prise dans lo sens ialler y attachait.

wec la doctrine de Haller s'éleva une conlro- >B qui a été poursuivie avec beaucoup de vio- 13 pondant un dcmi-siccle, et dont les points

litigieux ne sont au fond point encore éclaircis. •fandis que Zimraermann, Oeder , Batlie, Pozzi, Cigna, Fontana et autres, obtenaient, de leurs expériences sur les animaux vivants , des résultats concordants avec ceux de Haller , quant aux circonstances principales, et soutenaient ses opinions relalivemenlà l'irritabilité elà la sensibilité comme forces fondamentales de la vie des animaux, Whytt Bianchi , Lorry, Arrigori, Cullen, Dehaen ,Unzer, J.-A. Schaffer, etc., al laquaient vivement cette théorie. Hs attribuaient l'irritabilité non-seulement aux muscles, mais encore au tissu cellulaire, aux membranes, aux vaisseaux et aux nerfs. Ils croyaient même devoir admettre que l'irritabilité est identique avec la force nerveuse, ou que la première est seulement la suite ou l'effet delà seconde. Hs prétendaient que les irritations qui entraînent des mouvements dans les parties animales agissent uniquement par les nerfs, et que ceux-ci doivent produire aussi les mouvements, de même que toutes les fonctions du corps animal. Cette doctrine, qui érige la force nerveuse en force fondamentale de la vie animale , se rapproche du système de Stahl. Elle diffère essentiellement de ce dernier, en ce quejSes partisans accordaient aux causes excitantes le pouvoir de l'aire impression sur les nerfs, indépendamment de l'âme, et sans produire de sensations, comme aussi de provoquer des mouvements dans ces parties sans le concours de l'âme. N'étant ni convenablement appuyée sur l'expérience , ni applicable aux plantes, elle trouva peu d'accueil parmi les physiologistes et les médecins, et ne tarda point à être étouffée par de nouvelles hypothèses.

Plusieurs physiciens acquirent la conviction , en étudiant les propriétés des animaux et des plantes , et les comparant avec celles des êtres inanimés, que les mouvements et toutes les autres manifestations d'activité des corps organiques diffèrent de ceux des corps inorganiques et par leurs causes et par leur mode d'accomplissement. Ils blâmèrent toute tentative ayant pour but de les expliquer par les forces physiques générales. Les forces admises par les physiologistes que j'ai cités, l'âme, l'irritabilité de Glisson, l'irritabilité et la sensibilité de Haller, ne leur parurent pas non plus suffisantes. Ils crurent donc devoir recourir à l'admission d'une force fondamentale , de laquelle dépendent toutes les manifestations de la vie, qui déploie son activité dans les plantes comme dans les animaux , et qu'ils désignèrent sous le nom de force vitale ou principe vital. Suivant eux, cette force inhérente aux corps organisés produit tous les phénomènes de la vie, en agissant de différentes manières et dans des directions diverses. Comme force formative ou plastique, elle fonde , dans les animaux et les végétaux , la faculté qu'ont les individus de se conserver par la nutrition et les espèces de se maintenir par la génération. C ommel'irrita-i bilité, elle donne aux parties contrac'/ies des plantes et des animaux l'aptitude à être affectées par des causes irritantes , et à réagir contre ces causes par des raouvemenis qui consistent en contraction et raccourcissement. Chez les animaux seuls elle se manifeste dans les nerfs comme sensibilité, ou

THAITÉ DE PlIVSIULOGIE

comme faculté do percevoir el transracltru des impressions, comme faculté même de produire des excitations qui déterminent des mouvements dans les parties contractiles et d'autres effets dans d'autres parties. Indépendamment de ces différentes manifestations de la force vitale, ses partisans admettaient encore , chez les animaux , un principe spirituel, r«ime,quipar son concours d'action avec le principal vital , donne lieu à tous les phénomènes intellectuels.

La force vitale , comme propriété commune à tous les corps vivants, se manifeste avec des modifications spéciales, ou d'une manière particulière , dans chaque espèce végétale ou animale, et de là résultent les spécialités que les diverses espèces offrent dans leur organisation , leur composition cl leurs phénomènes vitaux. Bartbez ,Fryer ,Blumenbach.Hufeland, Sprengel, Brandis, Roose.etc, soutiorentavec ardeur celte théorie. En admettant ainsi une force vitale, ils croyaient avoir satisfait âux exigences de la raison , qui fend à ramener à un principe d'unité les diversités sans nombre qu'on observe dans les phénomènes de la vie. Mais , en y regardant de près, on voit que cette force fondamentale simple n'est qu'une qualité occulte, à l'égard de laquelle ils ne rendaient compte ni de son existence, ni de sa manière d'agir, ni delà cause qui fait qu'ellese manifeste tantôt comme principe plastique, tantôt comme principe moteur, et tantôt enfin comme principe sensilif.

Les physiologistes dont j'expose en ce moment les théories s'abandonnaient à des conjectures impliquant contradiction toutes les fois qu'ils tentaient de rechercher la cause de la force vitale. Les uns la regardaient comme une force simple, immatérielle, totalement soustraite à nos investigations, qui s'associe à la matière dans certaines circonstances, el la sollicite à produire des effets de nature particulière. D'autres la considéraient comme le résultat d'une combinaison spéciale des matériaux entrant dans la composition des corps vivants , et de leurs forces tant chimiques que mécaniques, ou , pour tout exprimer d'un seul mot, de leurs forces physiques générales , et faisaient dériver la vie du mélange el de la forme. Quelques-uns enfin pensaient devoir ériger ou l'oxigène , ou l'électricité , en principe de la vie. Il suit de là que l'adoption de la force vitale , comme cause prochaine des mouvements qui ont lieu dans les corps vivants, ne saurait satisfaire.

Vers la fin du dernier siècle , la doctrine de la force vitale , telle qu'elle avait été établie par ces physiologistes, fut ébranlée par Brown. Brown reconnut mieux que ses prédécesseurs la dépendance dans laquelle la vie est d'influences extérieures agissant sur elle, la chaleur , l'air, l'eau, les aliments el la lumière. Il la regarda par conséquent comme un état ayant les choses du dehors pour condition , cl en quelque sorte forcé. Il chercha la cause qui fait que les influences extérienres, appelées par lui incîtamento , stmwK, potentiœ irritantes, mctlcnllcs corps vivants en activité , dans la propriété qu'ont ces derniers d'être affectés par les puissances irritantes el de réagir sur elles. Il donna lo nom d'incilabililé à celle propriété , el

l'attribua exclusivement aux parties solides, am muscles , aux nerfs el à tous les organes. Leg humeurs no lui paraissaient point dire iucilables ni vivantes, et il ne voyait en elles que des piiisRance» incitantes intérieures, au nombre desquelles il rangeail également les manifestations de l'âme. Il considérait l'incitabililé, érigée ainsi en principe de la vie, comme une force fondamentale, inhérente aux corps inorganiques , sur la nature de laquelle nous no pouvons rien savoir, el dont on no peut conclure l'existence que de l'action des puissancei incitantes , c'est-à-dire , de l'incitation. Chaque être vivant reçoit , au moment de sa naissance, une certaine dose de celle force , que toutes les puissances incitantes agissant sur elle détruisent plus lot oa plus tard, suivant leur plus ou moins d'énergie, el dont l'anéantissement entraîne la mort, qui peut cependant résulter aussi du défaut d'incitation.

Autant Brown avait saisi clairement et exactement lescondilions extérieures de la vie, et la dépendance danslaquelle est celle-ci descirconslancet du dehors, autant ses vues étaient vagues et inexactes par rapport aux conditions intérieures. Il rabaissait les corps vivants au rang de simples machines qui sont mises en jeu par des influences extérieure», et leur refusait tout principe intérieur de détermination spontanée. Ces corps ne subsistent assurément que par un conflit continuel entre eux et les choses du dehors, el celles-ci les font entrer en action, mais ils déploient en cela une activité qui leur est propre , car l'incitation, comme réaction contre les puissances incitantes , est dépendantede l'état de leurs forces. Il suit de là que le rapport entre les organismes el les puissances incitantes n'est pas seulement passif, mais qu'il est actif. Brown perdit entièrement de vue l'essence des corps organisés, quand il considéra les solides senls comme vivants, et les humeurs comme mortes, comme ne jouant que le rôle de stimulus , tandis que toutes les parties qui entrent dans la composition d'un corps vivant réagissent mutuellement les unes sur les autres , el que par là seulement la vie peut se maintenir.Les humeurs sont, en outre, Icsmatièresaux dépens desquelles se forment les solide»,«t qui entretiennent l'état d'incilabilité de ces derniers dans le travail delà nutrition. En proclamant l'incitabililé comme force fondamentale de la vie, Brown n'eut égard qu'à ses proportions sous le rapport de la quantité , circonstance qui ne suffit point seule pour expliquer les différences que les corps vivants offrent dans leur composition, leur configuration, leur organisation et leurs manifestations de force. Quoique les corps vivants et incilabics ne déploient d'activité qu'à l'occasion d'influencf' extérieures, on ne saurait cependant jamais , d** près la nature de ces influences, qui sont à pe» près les mêmes pour tous, ni d'après la dose dmcitabililé qui leur est départie, concevoir les modifications qu'ils offrent dans leur formation , 1«" organisation , leur composition et leurs acl'*""*' Chaque espèce végétale , chaque espèce aiiim*'^ produit même des puissances incitantes, se forW el se développe à sa manière, et manifeste son a tivilé sous un mode spécial , ce dont la cause peut point être dans la quantité proporlionnei

GÉNÉRALE ET COMPARÉE

iticilabililô , ni dans la somme des incitants extélijrs , mais uniquement dans la qualité ou la na- L'3 de leurs forces propres. Brown n'a pas même ipçonné les différences qu'offre l'aclivilé intéiare, dont la vie des divers corps organisés est le >duit sous l'inlluonce d'agents extérieurs ou d'inmts. Son système est vicieux encore en ce qu'il net l'uniformité générale de l'incitabililé dans .ganisrae entier et dans toutes ses parties, tandis ! chaque partie accomplit une fonction qui lui (propre, est mise en jeu par des inQuences ou iiilations spéciales , et concourt par là à la conserhion de la vie. On ne conçoit pas , dans ce sysme, pourquoi un corps yivant renferme des tissus, . organes, des appareils différents.

■Bn faisant de l'incitabililé la force fondamentale hia vie, Brown ne s'occupa nullement de recherïcr de quel état des corps organisés cette force loend , comment el dans quelles circonstances les i ps doués d'irritabilité naissent avec leurs parties iiides et liquides; quelle part les différents liquides isolides , les tissus , les organes et les appareils -nncntà la conservation de l irritabililé ; ni pour- )0i , considérés d'une manière générale , ils sont ■cessairesà certains états de la vie. On ne voit pas m plus quel moyen les corps vivants, entourés incitants exiérieurs qui tendent à les détruire, ' Viennent à se maintenir et à demeurer incitables Bodanl un certain laps de temps. Brown a laissé > côté la question de savoir ce qui se passe dans

organes pendant l'action des puissances incitan- ,,et pourquoi l'incilalion diminue leur incilabiîi, finit même par la détruire. La réaction des ■fties vivantes et leur incitabilité sont diminuées r* l'impression des puissances incitantes , mais le »os les rétablit. D'où provient cet effet? C'est ce i»t Brown ne s'est point occupé. En un mot, il

eu aucun égard à la condition intérieure du litiutien et de la conservation de l'incitabilité. UiBS partisans de la doctrine de Brown ont bien Berché à corriger quelques-uns des défauts de ce iMème , en considérant l'incitabilité comme le wduit de deux facteurs, la faculté de percevoir

incitations (réceptivité ) et celle d'agir ( sponméilé), et recherchant les rapports de ces deux ittenrs, tant l'un avec l'autre qu'avec les divers ♦Is de l'organisme et les puissances incitantes ; • ont supposé aussi une modification de l'incita- Mlé et de ses facteurs dans les appareils , dans . organes, dans les tissus , et signalé les difféiQces que présente l'action sur eux des puissances titaotes. Mais ils ne sont jamais parvenus à écar- "les objections que j'ai présentées plus haut, •stenons-nous donc d'en élever de nouvelles mire un système qui commence à être oublié , Mans lequel certains médecins n'ont que trop ipg-temps espéré de trouver les vraies bases de rtrt do guérir.

(Quelque dissidentes que soient dans leurs printes les doctrines physiologiques dont je viens KMqnisserle tableau, elles s'accordent cependant Kites en un point , celui de considérer les mouvetntsctlesmanifestationsd'activilédes corps orgal^acs comme des effets de forces spéciales , qui Ktrent en jeu sous l'influence d'agents ou d'inci-

tants extérieurs. Les forces qui rcssortcnt de la constitution particulière des corps organisés doivent être regardées comme les conditions extérieures de la vie , tandis que les puissances incitantes qui les sollicitent à agir en sont les conditions intérieures. Faisons connaître d'abord les faits qui établissent que la vie dépend d'agents exlérienrs. Nous examinerons ensuite les manifestations d'action qui ont lieu dans les corps vivants sous l'influence de ces agents, el nous les ramènerons, autant que la chose sera praticable, à des faits plus généraux , en nous fondant sur les règles de l'analogie. Celle recherche permettra de décider si les forces qui ont été imaginées par les physiologistes et médecins précités , pour l'explication des phénomènes de la vie, sont suffisantes, et jusqu'à quel point les idées qu'ils s'en formèrent sont trop généralisées ou trop restreintes.

Les corps organisés ne se montrent actifs que dans certains rapports entre eux et les objets du dehors ou la nature entière, c'est-à-dire qu'ils ont besoin d'inQuences et d'agents extérieurs pour la manifestation et la conservation de leur activité. Tous les mouvements de ces corps , tant ceux qui accompagnent la formation el la nutrition que ceux des liquides et des solides , dont j'ai parlé dans les deux chapitres précédents , exigent le concours d'influences et de conditions extérieures, parmi lesquelles se rangent, un certain degré de chaleur, l'air atmosphérique, les aliments , et pour la plupart aussi la lumière. Lorsqu'ils cessent d'être en rapport avec ces influences , ou qu'ils sont soustraits à leur impression , l'activité organique s'éleint plus on moins promptement en eux. Les végétaux et les animaux ne tardent pas à cesser de vivre dans le vide , ainsi que dans tous les gaz incapables d'entretenir la respiration. Ils périssent également lorsque l'eau et les aliments viennent à leur manquer. La vie ne se soutient qu'à un certain degré de chaleur. Elle s'anéantit quand la température extérieure est fort élevée ou très-basse. Tous les phénomènes vitaux des plantes et des animaux , les opérations ayant leur conservation pour but, l'intussusceplion de matières alimentaires, la respiration , l'assimilation, le mouvement dn suc nourricier, la nutrition , l'accroissement, la sécrétion, ont lieu sous la condition d'influences extérieures , qui sont nécessaires à l'exercice de ces fonctions. Les manifestations de force propres aux animaux, le sentiment et le mouvement volontaire, supposent également ces conditions extérieures.

Les corps organisés offrent de nombreuses différences relativement à la dépendance dans laquelle éstla vie des agents du dehors. Chaque espèce végétale ou animale ne subsiste qu'au milieu de certaines conditions extérieures , et quand celles-ci sont renfermées dans certaines bornes. Nous traiterons en détail, dans le livre suivant , des influences extérieures nécessaires à la conservation de la vie, et de leur importance pour l'accomplissement des diverses fonctions.

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