PREMIÈRE PARTIE
PHYSIOLOGIE CELLULAIRE
La forme que présentent à leur origine tous les organismes est la forme cellulaire, et la même chose peut se dire de leurs éléments. Tout organisme, tout élément anatomique est une cellule ou dérive d'une cellule.
L'idée que se faisaient primitivement les auteurs de la théorie cellulaire, Schleiden et Schwann, de la constitution de la cellule s'est aujourd'hui profondément modifié. La cellule (xoTXo,-, creux) était pour eux une petite vésicule microscopique composée d'une membrane d'enveloppe et d'un contenu semi-liquide, dans lequel se trouvait un globule, le noyau, pourvu lui-même d'une granulation, le nucléole (fig. 67). Une observation plus précise montra bientôt que la membrane d'enveloppe manquait souvent et que la cellule se
Fig. 67. — Cellule (»). Fig. 68. — Globule [ovule nu) {**).
composait, dans beaucoup de cas, d'une petite masse demi-solide avec un noyau (Schultze) ; il n'y avait donc plus là de cavité et le nom de globule convenait mieux à cet élément anatomique primordial (fig. 68). Enfin on alla plus loin encore et, comme le noyau lui-même était souvent absent, la cellule se trouva réduite à une masse plus ou moins homogène de substance organisée (Briicke).
L'étude physiologique de la cellule a confirmé cette dernière vue ; en réalité, la substance organisée ou protoplasma constitue la partie essentielle
(') 1. membrane. — 2, sa limite interne et contour externe du pi-otoplasma cellulaire. — 3. noyau avec le nucléole (Ovule).
(**) a, protoplasma. — b, noyau. — c, nucléole.
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de la cellule vivante qui lui doit ses propriétés fondamentales. D après ce qui vient d'être exposé, le nom de cellule ne correspond plus à la conception moderne de cet élément anatomique et serait remplacé avec avantage par celui de globule; mais comme il est consacré par l'usage, on peut continuer à l'employer, tout en se rappelant qu'il a perdu dans beaucoup de cas son sens étymologique (1).
Art. I". — Substance organisée ou protoplasma.
La substance organisée présente une forme, un aspect, une constitution chimique très variables, si on l'étudié dans les divers organismes, dans les différents éléments des organismes et aux diverses phases de leur existence. Mais quelles que soient sa forme ultérieure et les modifications qu'elle subit plus tard, il n'en est pas moins vrai qu'à son origine elle présente des caractères particuhers communs à tous les êtres, végétaux et animaux, et constitue une espèce de gangue où la vie va puiser les matériaux de son évolution future. Cette substance primordiale, c'est le protoplasma, c'est la substance vivante par excellence, la base pkysique de la vie, suivant l'expression d'Huxley. Ce n'est pas encore la vie définie; c'est, comme le dit Claude Bernard, un chaos vital, qui n'a pas encore été modelé et oij tout se trouve confondu.
Pour étudier ce protoplasma, il ne faut pas s'adresser aux organismes supérieurs ni aux éléments spécialisés de ces organismes; il faut s'adresser, au contraire, aux organismes inférieurs ou aux éléments naissants des êtres plus perfectionnés ; c'est là qu'on peut l'étudier avec le plus de facilité (2).
Le protoplasma se présente sous deux aspects : tantôt il est libre, tantôt il est contenu dans l'intérieur d'une cellule.
i» Protoplasma libre. — Pour en donner une idée, il suffira de prendre des exemples dans chacun des deux règnes, animal et végétal.
A. Myxomycètes. — Les myxomycètes sont des champignons qu'on rencontre sur les feuilles ou les bois pourris, sur le tan qui fleurit. Dans une phase de leur développement (de Bary), leurs spores donnent naissance, après plusieurs transformations (2), à des masses protoplasmiques analogues à des amibes (voir plus loin) qui
(1) Heeckel a donné le nom de cijtodes aux organismes élémentaires [monères] ou aux élément? dos organismes supérieurs composés uniqiipuient de protoplasma. Il donne au protoplasma des cylodes le nom de plasson, réservant le nom de protoplasma proprement dit pour la substance des cellules à noyau. Le protoplasma a reçu aussi les noms de sarcode (Dujarflin), rytoplnsmn (Kôllikcr), mbslancc protozootiquc (lleichert), etc.
(2) Pour l'étude du protoplasma, je ne puis (|ue renvoyer aux ouvragos' d'histologie, pour les précautions a prendre pour la préparation.
(3) Voici, d'après de Bary, la séri(> des transformations. Les spores sont contenues dans des réceptacles ou sporanges. A l'époque de la maturité, les sporanges s'ouvrent et laissent échapper les spores. La spore est constituée par une membrane vésiculaire et un contenu protoplasmique; une fois libre, au bout d'un temps variable, la spore se gonfle, sa membrane se déchire et la masse de proloplasma qu elle contenait sort en s'effda'nt par un bout et se transforme en uue sorte de corpuscule amœboïde cilié (Scfnvanner). Ces spores ciliées en se soudant, après avoir perdu leur cil, constituent \iiiAasmodie, qui à sou tour donne naissauce aux sporanges et aux spores (A. de Bary, Morphologie nnd Physiologie der Pilze, Flechten und Myxo^nycelen, p. 295).
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finissent par se réunir pour conslituer dos masses volumineuses de protoplasma, appelées plasmodies (fig. 69). Ces plasmodies sont formées par une substance granuleuse à bords hyalins, et présentent des mouvements de deux espèces : \° un mouvement de courant qui se fait avec une vitesse variable et dans différentes directions, et qui est rendu visible par la progression des granulations; 2* un changement de forme «[ui modifie les contours de la masse et amène à la longue un véritable mouvement de progression sur la surface sous-jacente . Les agents extérieurs peuvent modifier ces mouvements; la chaleur les accélère; le froid les ralentit; une chaleur trop ardente (+40°) ou un froid trop rigoureux les arrêtent en
Fig. G9. — Plasmodie de Myxomycètes [*).
tuant le protoplasma ; l'électricité y produit des phénomènes qui rappellent ce qu'elle produit sur la substance musculaire, et une expérience curieuse de Kûhne prouve l'analogie des deux éléments ; il fabriqua une fibre musculaire artificielle en introduisant du protoplasma de myxomycètes dans un intestin d'hydrophile et put faire raccourcir deux ou trois fois par l'électricité cette fibre colossale. L'oxygène est nécessaire à la production du mouvement du protoplasma; l'acide carbonique l'anéantit; il en est de môme des vapeurs d'éther, du chloroforme, de la véralrine, etc.
B. Amibes. — Les amibes sont de petits organismes microscopiques qu'on ren-
(*) Plasmodie de myxomycètes, Didymvim Serpula (W. Hofmeister). La direction des flèches indique la direction des courants du protoplasma.
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