CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES CORPS VIVANTS
ne peut s'écarter que dans des limites restreintes dans le cours de son existence. Au début, sauf dans ces organismes rudimentaires réduits à une masse de protoplasma (voir : physiologie du protoplasma), cette formetype est toujours ou presque toujours la forme sphérique; puis, peu à peu, le type propre à l'organisme se caractérise et se dessine dans le cours de son développement. Cette forme sphérique se retrouve non seulement au début de la vie d'un organisme, mais aussi dans la plupart des éléments primitifs dont se compose cet organisme.
Évolution des corps vivants. — L'évolution des corps vivants est déterminée : ils ont un commencement, une existence, une fin; ils parcourent des phases définies qui se succèdent réguhèrement et dans un certain ordre ; un cristal, un composé chimique instable, pourraient peut-être, sous ce rapport, être comparés à un organisme vivant ; mais ils s'en distinguent par l'absence d'usure et de réparation, par la fixité de leurs molécules pendant la durée de leur évolution. 11 y a quelques réserves à faire sur ce point; ainsi quand un cristal a été brisé, et qu'on le replace dans l'eau mère, la partie brisée se répare.
Les êtres vivants ont une individuahté propre; ils constituent des individus indépendants ou des agrégations d'individus dont chaque membre jouit d'une certaine indépendance vis-à-vis du tout; mais ce caractère n'est pas absolu et disparaît presque dans certaines classes d'animaux et de plantes pour faire place à une solidarité intime.
Tous les organismes vivants naissent d'un germe ou d'un parent antérieur doué de vie, et comme corrélatif un de leurs caractères essentiels est l'aptitude à reproduire des êtres plus ou moins semblables au générateur, ou, pour exprimer la même pensée sous une forme plus générale, la possibilité pour des parties détachées du tout de vivre d'une existence indépendante. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question si controversée de la génération spontanée; elle trouvera sa place dans un autre chapitre.
Les êtres vivants forment donc une série continue, et on peut remonter ainsi d'être en être jusqu'à l'apparition de la vie sur la surface du globe. Une autre conséquence de cette propriété générale de reproduction, c'est que les produits possèdent des caractères (en plus ou moins grand nombre) semblables à ceux de leurs ascendants, soit directs, soit dans la série; c'est là ce qui constitue V hérédité et Valavisme. Ces caractères héréditaires apparaissent, les uns dés la naissance de l'organisme (caractères dits à tort innés, innéité) les autres pendant le cours de l'évolution de l'organisme (hérédité proprement dite).
La constitution chimique de l'être vivant varie aux diverses phases de son évolution; il n'y a, sous ce rapport, qu'à examiner les analyses comparatives de la graine et de la plante à laquelle elle donne naissance, de Fœuf et de l'animal adulte. Cette variation des principes constitutifs' de l'organisme, suivant l'âge, porte à la fois sur la quantité et sur la qualité, et la plus remarquable est la diminution progressive de la quantité d'eau dJ corps par l'elfet de l'âge; il semble qu'à mesure que leur évolution appro- Beaums. — Physiologie, 30 édition. 1 ^>
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che fie sa lin, les organismes vivants se rapprochent du monde inorganique {ligneux des plantes, inscrustations calcaires des cartilages des vieillards;.
La production de forces vives change aussi pendant la durée de l'évolution ; habituellement cette production décroît après avoir atteint son apogée (maximum d'activité vitale); d'autres fois elle présente des alternatives de diminution et de recrudescence très remarquables dans quelques espèces; ainsi certains êtres passent par des phases successives de repos et de mouvement (enkystement des infusoires, métamorphoses des insectes, animaux hibernants, etc.); entin, dans certains cas, elle paraît tout à fait suspendue, et les organismes vivants, comme les graines, les rotiféres desséchés, semblent en état de mort apparente; la vie est à l'état latent.
La forme des organismes n'est pas moins variable; sphériques ou sphéroïdaux à l'origine, ils se modifient peu à peu jusqu'à ce qu'ils aient atteint le type morphologique qui caractérise le groupe auquel ils appartiennent; c'est ainsi que cette forme sphérique devient radiée, bilatérale, spiroïde, etc.
Ce changement de forme s'accompagne de deux phénomènes corrélatifs, une augmentation de la masse de l'organisme, et un développement de son organisation.
L'augmentation de masse ou l'accroissement a lieu pendant la première période de l'évolution, pendant la période progressive; puis, à un moment donné, spécial et déterminé pour chaque groupe d'êtres, elle subit un arrêt. Les causes de cet arrêt d'accroissement sont assez obscures; elles doivent être cherchées surtout dans la rupture des rapports entre l'usure de l'organisme et sa réparation. Un dégagement trop grand de forces vives, une réparation insuffisante sont des conditions d'arrêt de l'accroissement ; or il arrive forcément un moment où la réparation est insuflisante. Un exemple le fera comprendre. Soit un cube de 1 mètre de côté ; il aura une surface de 6 mètres carrés et une masse de 1 mètre cube; supposons un cube double de hauteur; il aura 21 mètres carrés de surface et 8 mètres cubes de masse; en doublant de hauteur, la masse sera 8 fois plus considérable, la surface quadruple seulement. Au lieu d'un cube prenons un organisme, les conclusions seront les mêmes; quand l'organisme aura une hauteur double, sa masse, sur laquelle porte l'usure et doivent porter les réparations alimentaires, sera 8 fois plus considérable; sa surface, par laquelle s'introduisent les matériaux de réparation, ne sera que quadruplée; il viendra donc un moment où ces matériaux ne seront plus introduits en quantité suffisante pour subvenir à la réparation. En d'autres termes, l'usure de l'organisme croît comme le cube et la réparation ne croît que comme le carré. Il y a bien, en outre, une affaire àL innéité (entendue dans le sens qui sera expliqué plus tard à propos de l'hérédité) dont il faut tenir compte; chaque être, en effet, suivant l'expression d'Herbert Spencer, commence son évolution biologique avec un capital différent.
Ce développement de l'organisation marche en général de pair avec l'ac-