CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES CORPS VIVANTS. 1V
croissement de la masse. Il y a d'abord une différentialion morphologique qui porte primitivement sur les éléments cellulaires intérieurs et extérieurs ; puis peu à peu les tissus, les organes, les appareils, paraissent et se distinguent les uns des autres; en un mot, l'organisation se perfectionne et s'achève.
La mort vient enfin terminer nécessairement cette évolution vitale, et livrer l'organisme à l'action pure et simple des milieux extérieurs; mais il faut distinguer la mort de l'organisme en tant qu'individu et la mort des parties et des éléments isolés qui le constituaient. En général, dans les organismes complexes, la mort du tout et la mort des parties ne coïncident pas; sauf dans des cas très rares (fulguration, par exemple), la mort totale, aumatique, précède la mort moléculaire ou des parties.
Action des milieux. — J.e milieu fournit les matériaux de la vie; la matière brute devient matière vivante; il fournit les mouvements indispensables aux manifestations vitales, lumière, chaleur, etc. ; il modifie la forme des organismes (influence de la pesanteur sur la végétation).
Le milieu agit sur l'organisme à chaque instant de son évolution; cette action du milieu est tantôt adjuvante, tantôt destructive. Aussi tous les êtres vivants possèdent-ils la variabilité dans certaines limites, et cette variabilité est la condition de leur existence. Chaque action extérieure est suivie d'une réaction interne de l'organisme qui lui correspond exactement et la vie n'est, en réalité, qu'une série continuelle d'adaptations des réactions intérieures aux actions extérieures, ou, comme le dit Herbert Spencer, des relations internes aux relations externes.
En résumé, les caractères essentiels de la vie sont les suivants :
1° Complexité moléculaire, hétérogénéité et instabilité chimique des composés organiques ;
2° Usure et réparation incessante des matériaux organiques ;
3° Production de forces vives et, en particulier, de mouvement mécanique, de chaleur et d'électricité;
4° Organisation;
5" Evolution déterminée de l'origine à la mort;
6° Origine d'un être vivant antérieur et possibilité de reproduction ;
7° Variabilité et adaptation aux milieux et aux forces extérieures.
En réalité, une partie de ces caractères sont sous la dépendance les uns des autres; la complexité et l'instabilité chimique de la molécule organique rendent possible l'usure et la réparation de l'organisme, et, d'un autre côté, le dégagement de forces vives est lié intimement à cette usure et nécessite cette réparation; l'adaptation au milieu à son tour n'est autre chose qu'une production de forces vives, de réactions correspondant aux actions extérieures. Les trois premiers caractères contenus déjà l'un dans l'autre se trouvent aussi implicitement contenus dans le septième, et l'on pourra donc définir la vie, en prenant seulement les caractères essentiels et jusqu'à un certain point indépendants, de la façon suivante :
La vie est l'évolution déterminée d'un corps organisé susceptible de se reproduire et de s'adapter à son milieu.
Pas plus que toutes les déûnitions données auparavant, cette définition n'est à l'abri de toute objection; et cela s'explique facilement, si l'on réfléchit qu'une distinction absolue entre les corps bruts et les corps vivants est impossible.
Définitions et théories de la vie. — C'est ici le lieu de rappeler les principales définitions de la vie données par les auteurs. Le lecteur n'aura qu'à se reporter aux caractères essentiels des êtres vivants, caractères qui ont été donnés plus haut, pour voir par quoi pèchent ces définitions.
Aristote : La vie est l'ensemble des opérations de nutrition, de croissance et de destruction (Çw, Xiym ttiv xpcoYiv xal aûÇïiain xat cpôîaiv).
Lamarck : La vie dans les parties d'un corps qui la possède est cet état de choses qui y permet les mouvements organiques, et ces mouvements qui constituent la vie active résultent d'une cause stimulante qui les excite.
BicHAT : La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
RicHERAND : La vie est une collection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans un corps organisé.
LoRDAT : La vie est l'alliance temporaire du sens intime et de l'agrégat matériel, alliance cimentée par un êvopfxov ou cause de mouvement dont l'essence est inconnue. Cette définition ne s'applique qu'à l'homme.
Béclard : La vie est l'organisation en action.
DuGÈs : La vie est l'activité spéciale des corps organisés.
Treviranus : La vie est l'uniformité constante des phénomènes avec la diversité des influences extérieures.
P. BÉRARD : La vie est la manière d'exister des êtres organisés.
De Blainville : La vie est le double mouvement interne de composition et de décomposition, à la fois général et continu.
Flourens : La vie, c'est une forme servie par la matière.
LiTTRÉ : La vie est l'état d'activité de la substance organisée. {Dictionnaire.)
H. Lewes : La vie est une série de changements définis et successifs, à la fois de structure et de composition, qui se présentent chez un individu sans détruire son identité.
Herbert Spencer : La vie est la combinaison définie de changements hétérogènes, à la fois simultanés et successifs, en corrélation avec les coexistences et les successions antérieures (in con-esponcZcMce icilhexternal co-existences and séquences), ou plus brièvement : la vie est l'adaptation continuelle des relations internes aux relations externes.
Beaunis : La vie est l'évolution déterminée d'un corps organisé susceptible de se reproduire et de s'adapter à son milieu.
Chacune de ces définitions se rattache de près ou de loin, sciemment ou inscierament, à une des théories de la vie. Ces théories peuvent se ranger en trois groupes : il suffira de les indiquer d'une façon générale sans entrer dans une discussion qui a déjà été faite en partie au début des prolégomènes.
1° Théorie animiste. — Dans l'animisme pur de Stahl et de quelques modernes, l'âme (voûî) agit sur le corps sans intermédiaire pour diriger toutes les actions vitales. Mais la plupart des auteurs modernes, reculant devant les conséquences d'un pareil système, ont admis un animisme mitigé dans lequel l'àme n'agit que sur une certaine catégorie de phénomènes nerveux, le reste des actes vitaux étant réductible à des actes physico-chimiques ou soumis à une force vitale. La part de l'âme dans les actes vitaux est du reste plus ou moins réduite suivant les opinions