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IV. — LES FORMES DE LA VIE

Les manifestations de l'activité vitale sont loin de présenter la même énergie dans tous les organismes. A mesure qu'on s'élève dans la série des êtres, on voit peu à peu la vie, de latente qu'elle était dans la graine par exemple, se dégager graduellement comme dans la plante, s'affranchir de plus en plus des conditions extérieures qui la dominent et acquérir enfin dans les animaux supérieurs un maximum d'intensité et une indépendance relative. On peut donc, à ce point de vue, tout en n'oubliant pas que la' vie passe d'une forme à l'autre par des transitions insensibles, admettre, avec Claude Bernard, trois formes principales do la vie, la vie latente, la vie oscillante et la vie constante.

l"* Vie latente. — La graine nous donne un exemple de cette première forme. La vie, en effet, existe virtuellement dans la graine ; elle s'y trouve en puissance, mais elle ne s'y manifeste pas. Tant que la graine n'est pas exposée à certaines conditions de chaleur, d'humidité, etc., elle reste dans le même état qu'un corps brut, une pierre par exemple qui ne serait pas

(1) A cOiVSCLTER : Claudo Bernard, Phénomènes de la vie comtmins aux animaux et aux végétaux, Pan?, 1878. — Darwin, Les Plantes carnivores, 1877.

attaquée par les agents extérieur?. Il y a là une sorte d'cfnt imliprent qui n'est ni la mort ni la vie, ni la mort, puisque cette graine est susceptible de germer dans des circonstances données, ni la vie. puisque les e.xpériences les plus délicates ne peuvent faire constater ni variation de poids, ni absorption d'oxygène, ni quoi que ce soit qui rappelle les phénomènes de la vie. Cet état a reçu le nom de vie latente [vitalité dormante des auteurs anglais). Cet état peut se prolonger pendant des mois, des années, des siècles même, sans que la graine perde son aptitude à vivre et à germer. Même en écartant les faits, peut-être un peu douteux, de germination de graines recueillies dans les hypogées d'Egypte ou dan? les habitations lacustres, il reste encore des preuves certaines de conservation de graines enfouies depuis des centaines d'années.

Les ferments figurés, la levure de bière en particulier, présentent ces phénomènes de la vie latente avec une très grande intensité, et dans cet état ils possèdent un pouvoir de résistance énergique aux agents extérieurs. Ainsi Claude Bernard a vu de la levure de bière conservée deux ans et demi dans l'alcool absolu produire encore la fermentation alcoolique.

Chez les animaux, les exemples de vie latente ne sont pas rares et sont peut-être encore plus curieux que chez les plantes. Ils se présentent surtout chez les infusoires, mais on les observe aussi chez des êtres bien plus élevés dans

l'échelle animale. Parmi les infusoires, les colpodes ont surtout été bien étudiés par Costo, Gerbe et Halbiaui. Ce sont des infusoires ciliés pourvus d'une bouche, d'une poche stomacale et d'un estomac (fig. 1, e). Quand on observe ces colpodes dans une infusion, on les voit, au bout d'un certain temps, s'enkyster (f) et devenir tout à fait immobiles dans leurs kystes. Sans les suivre dans leurs transformations ultérieures qu'il est facile du reste d'étudier sur la figure 1, il suffira de dire qu'à l'état de kystes, ils peuvent être desséchés et conservés indélinimentdans cet état; puis, dès qu'on les humecte avec un peu d'eau, ils reviennent à la vie. Les an- Quillules du blé niellé offrent les mêmes particularités. Baker en a conservé à l'état sec pendant vingt-sept ans sans qu'elles aient perdu la possibilité de revivre, Spallanzani a pu les dessécher et les ressusciter jusqu'à seize fois. Les rotifères (fig. 2) ont été le sujet d'expériences nombreuses sur la question qui nous occupe ; ce sont des animaux de t/2 à 1 millimètre de long, appartenant à la classe des, vers et qu'on trouve dans les mousses qui couvrent les toits ; quand l'humidité vient à leur manquer, ils se dessèchent, prennent la forme qu'on leur voit dans la ligure 3 et restent ainsi immobiles jusqu'à ce que la pluie vienne les ramener à la vie active. Les tardigrades, arachnides de la famille des acariens, qui vivent dans les mêmes conditions que les rotifères et sont soumis aux mêmes alternatives d'humidité et de sécheresse, présentent une organisation très compliquée, puisqu'ils possèdent un système musculaire et nerveux et dos organes digestifs complètement développés.

(*) a, a', b, c, colpodes se divisant dans l'iiitéripur de leur kysle. — (/, colpode sortant de son kyste. — e, colpode libre. — f, colpode enkysté. — D'af rès Cl. Bernard.

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