IV. — TOXICITÉ MUSCULAIRE
La tonicité musculaire [tonus musculaire) n'est qu'une forme spéciale de l'élasticité musculaire et pourrait être appelée tension ^nusculaire. Sur le vivant, les muscles n'ont presque jamais leur longueur naturelle, ils sont tendus, c'est-à-dire tirés à leurs deux extrémités, soit par la contraction des muscles antagonistes, soit par l'élasticité même des pièces du squelette et des parties molles ; aussi quand on vient à couper le muscle en travers ou à sectionner ses tendons, voit-on ce muscle se raccourcir et ses deux moitiés s'écarter l'une de l'autre jusqu'à une certaine distance. Les sphincters sont peut-être, à l'état normal, les seuls muscles qui aient leur longueur naturelle et qui ne soient pas tendus; leur tonicité n'intervient que lorsqu'ils sont dilatés.
La tonicité n'est pas spéciale au muscle inactif; elle existe aussi dans le muscle actif, et, comme on l'a vu plus haut, c'est cette tension qui donne au muscle contracté sa rigidité et sa consistance.
Cette tension des muscles a une grande importance pour leur fonction ; si elle n'existait pas, le muscle devrait d'abord, au début de sa contraction, perdre un certain temps à acquérir le degré de tension nécessaire pour qu'il puisse agir sur les os.
(1) Marey, D>i 7nouvement dans les fonctions de la vie, page 457.
PHYSIOLOGIE DU TISSU MUSCULAIHE. al»
Ues controverses nombreuses se sont élevées sur la question de savoir si la tonicilé musculaire était sous Fintluence de l'innervation. Plusieurs expériences semblent prouver celte influence. La plus coimue est l'expérience de Brond^eest. Il sectionne, sur une grenouille, la moelle au-dessous du bulbe, puis coupe les nerfs de la jambe d'un seul côté; alors, en suspendant la grenouille par la lête, il voit que toutes les articulations de la jand)e du côté opéré sont plus lâches et moins fléchies et en conclut que la moelle fournit aux fléchisseurs et probablement il tous les muscles une innervation permanente qui les maintient dans un état de contraclioa légère.
Pour voir si ce tonus était dû à une activité automatique de la moelle ou à une action réflexe provenant de nerfs sensilit's, Brondgeest prépara la grenouille et la suspendit comme dans l'expérience précédente; il vit alors pai- Texcitalion des nerrs cutanés (pincement, chaleur, etc.) la patle dont les nerfs étaient intacts se tléchir et rester ainsi plus d'une demi-heure à l'état de flexion permanente ; ce qui prouvait bien la nature réflexe du phénomène, c'est qu'il ne se produisait plus après la section des racines postérieures de la moelle. La destruction de la moelle, le chloroforme, le curare, produisent le même résultat que la section du nerf, savoir Tabolilion du tonus musculaire. Si, à l'exemple de Liégeois, on coupe le nerf sciatique d'un seul côté et qu'on sectionne les deux muscles gastrocnémiens, on voit que le muscle du côté paralysé se raccourcit moins que celui du côté intact. Les expériences de Brondgeest furent répétées avec le même résultat par la plupart des physiologistes; mais chacun en donna pour ainsi dire une interprétation difîélente. Pour Witlich la flexion de la patte intacte était due à une crampe réflexe produite par l'évaporation cutanée ; en plaçant la grenouille sous une cloche humide, les deux pâlies reslaient symétriques après comme avant la section d'un des deux nerfs. Schwalbe l'attribuait à la fatigue consécutive aux mouvements de l'animal, cette fatigue augmentant l'élasticité des muscles du côté intact, ces muscles se laissaient moins facilement distendre par leur poids que les muscles du côté coupé. PourCarlet, l'allongement du membre dont le nerf a été sectionné au lieu d'être dû, comme on l'admet généralement, à un état de flaccidité, est dû au contraire à une contracture des extenseurs, contracture déterminée par la section agissant comme excitant mécanique ; on peut constater en effet soit par les mesures dii-ectes, soit à l'aide du myographe de Marey, que sur une grenouille à moelle coupée, le gastrocnémien qui s'est contracté sous l'influence de la section du nerf sciatique ne revient à sa longueur primitive qu'au bout d'un temps plus ou moins long. Cette contracture des extenseurs s'observe bien en effet dans un certain nombre de cas, mais la plupart du temps, dans l'expérience de Brondgeest, le membre dont le nerf a été secliotmé se trouve dans un véritable état de flaccidilé.
Cohnsteiu remarqua que l'expérience de Brondgeest ne réussissait pas quand l'animal au lieu d'être suspendu verticalement était placé horizontalement sur le mercure. Il vit que l'expérience réussissait quand, au lieu de sectionner le sciatique, on pratiquait des sections circulaires de la peau de la Jambe, quand le membre était dépouillé ou quand on faisait la section sous-cutanée des nerfs de la peau, et il arriva à cette conclusion que c'est le poids de la jambe qui excite par traction les nerfs cutanés, d'où contracture réflexe des fléchisseurs.
Certaines expériences sont cependant en opposition avec les recherches précédentes. Ainsi Heidenhain constata sur la grenouille et le lapin que la courbe d'élasticité d'un muscle chargé d'un poids n'était pas modifiée par la section du nerf qui se rend au muscle et Auerbach arriva aux mêmes conclusions.
Celte question de la tonicité musculaire est entrée dans une nouvelle phase à