Nutrition
On a vu qu'au point de vue histologique un tube nerveux peut être assimilé à un organe composé constitué, d'une part par le cylindre-axe, émanation d'une cellule nerveuse centrale, et d'autre part par ses segments interannulaires (gaine de Sclnvann et myéline) qui forment chacun une véritable individualité histologique comparable à une cellule. La nutrition du nerf présentera donc un double caractère en rapport avec cette dualité anatomique, caractère qui ressortira des expériences citées plus loin sur la dégénération nerveuse.
D'après les recherches de Ranvier, voici comment il faudrait comprendre le mécanisme de la nutrition dans les nerfs. Le plasma interstitiel provenant des capillaires qui entourent les tubes nerveux s'épanche entre ces tubes, et arrive au cylindre-axe en pénétrant dans le tube nerveux au niveau des étranglements annulaires et peut-être aussi des incisures de la myéline; c'est à ce niveau en effet qu'on voit les matières colorantes, le nitrate d'argent, pénétrer jusqu'au cylindre-axe, tandis que la myéline s'oppose à cette pénétration. Le plasma qui a servi ainsi à la nutrition du nerf passe des espaces intrafasciculaires dans les cavités séreuses de la gaine lamelleuse, et de là dans le tissu périfasciculaire où il est absorbé par les lymphatiques.
l^ig. 180.
Loi de Waller [*).
Cette nutrition des nerfs est, comme l'ont prouvé les expériences de Waller et d'un grand nombre d'histologistes, sous l'influence des cellules nerveuses qui constituent pour les nerfs de véritables centres Irophiques. Quand on sépare un nerf de son centre nerveux trophique (substance grise delà moelle
(*) Altérations nerveuses consécutives à la section des racines racliidiennes. La portion A, foncée et séparée du ganglion ou de la moelle, est seule altérée. - rj , ganglion. — fi, racine postéri.Mire. — S', racine antérieure. - M. Joseph, dans des expériences récentes, est arrive à des résultats qui dillereut un peu de ceux de Waller. Apré^ la section de la racine postérieure (/,>/. (), il a vu une dégénérescence partielle du gan-lion • après la section au delà du ganglion (fig. 2) il a vu une dégénérescence partielle du ganglion et^de là racine postérieure.
pour les racines motrices, ganglion de la racine postérieure pour les racines sensitives, etc.), le bout du nerf séparé du centre (fig. 180) se désorganise et subit une série d'altérations connues sous le nom de dégénérescence graisseuse ou dégénération nerveuse (Hg. 16, p. 98). Pour les phénomènes histologiques qui se passent dans la dégénéraiion et dans la régénération nerveuses, je ne puis que renvoyer aux mémoires spéciaux.
La régénération des fibres nenveuses ne se fait pas quand les nerfs sont séparés (le leurs centres trophiques ; pour que la régénération puisse avoir lieu, il faut que dans la cicatrice qui réunit les deux ])outs du nerf coupé, des fibres nerveuses viennent relier les fibres du bout central à celles du bout périphérique. Les observations conliaires de Vulpian et de Pbiiippeaux onl été reclifiées par Vulpian lui- ?nème et tenaient à l'imperfection des procédés employés alors pour l'étude histologique des nerfs; il n'y a pas de régénération autogène des nerfs.
L'époque de la dégénéraiion et de la régénération des nerfs sectionnés varie suivant les espèces animales et l'état même du sujet en expérience. Cbez le chien l.> dégénération se produit au bout de quatrejours, au bout de quarante-huit heures chez le lapin et chez le rat, au bout de trente ou quarante jours seulement chez la grenouille. Pour la réunion des nerfs sectionnés, les expériences ne sont pas assez nombreuses pour avoir des résultats positifs. Quelques auteurs admettent cependant, spécialement chez l'homme, la possibilité de la réunion des nerfs par première intention (Wolberg). On admet en général qu'au bout de deux à cinq semaines chez les mammifères, les nerfs commencent à reprendre leur activité fonctionnelle. D'après Letiévaut [Traité des sections nerveuses), elles serait beaucoup plus lente chez l'homme (12 à 15 mois). Dans certains cas cependant l'activité fonctionnelle des nerfs paraît se rétablir beaucoup plus rapidement (voir : iVer/s sensitifs; Sensibilité suppléée).
Comme les muscles, la substance nerveuse est le siège d'une sorte de respiration, comme on a pu s'en assurer sur des cerveaux exsangues de pigeon (Ranke); elle absorbe de l'oxygène et élimine de Tacide carbonique. Ces phénomènes semblent être plus intenses pendant l'activité nerveuse.
Les produits de désassimilalion de la substance nerveuse sont encore incomplètement connus; elle paraît, d'après les recherches de Byasson et de Liebreich, consommer surtout des albuminoïdes ; l'urée serait alors un de ses principaux produits de déchet. Flint considère au contraire la cboleslérine comme un des résultats principaux de la désassimilalion nerveuse, mais ses analyses sont passibles d'objections qui leur enlèvent toute valeur. Les phosphates (provenant de la lécilhine) semblent être aussi un produit de l'activité nerveuse. Cette question sera du reste traitée avec la physiologie des centres nerveux.
On a vu, à propos de la circulation dans le tissu nerveux, que les capillaires seuls sont en contact immédiat avec les tubes nerveux; il y a là une disposition qui existe aussi bien dans les nerfs que dans les centres nerveux et qui est nécessitée par la délicatesse des éléments qui les constituent; la pulsation artérielle ne peut ainsi arriver jusqu'à ces éléments et y déterminer des secousses qui pourraient en troubler le fonctionnement.
lliblio^fraphie. — Stiénon : Rech. sur la structure des ganglions spinaux (Ann. de rUniv. de Bruxelles, 1880). — P. Vejas : Ein Beitrag zur Anat. und Physiol. der Spinalganrjlien (Diss. Munich, 1883]. — M. Joseph : Zur [Physiologie der Spinalganglien (Arch. f. Physiol.,. 1887) (1).
(1) A consulter : Waller : Nouvelle Méthode anal, pour l investigation du système ncr-
PHYSIOLOGIE DU TISSU NERVEUX