LES PRINCIPES DE LA PHYSIOLOGIE
L'homme continue donc, en la terminant, la série ininterrompue des êtres qui s'élève peu à peu des organismes inférieurs jusqu'à lui; il ne peut, par conséquent, être isolé du reste des êtres vivants, et les phénomènes de la vie, pour être étudiés avec fruit, doivent être étudiés, non pas chez un seul, mais comparativement chez tous. Les fonctions ne s'exécutent pas autrement chez l'animal et chez l'homme et les différences qu'elles présentent s'expliquent par des différences d'organisation ; mais au fond les actes vitaux essentiels sont les mêmes. Ainsi la marche de l'homme diffère de la marche de tel ou tel animal, mais la contraction musculaire se fait chez tous de la même façon et d'après les mêmes lois. Il y a même souvent avantage, pour connaître les fonctions de l'homme, à s'adresser, non pas aux êtres les plus voisins de lui dans la série, mais au contraire aux êtres les plus éloignés, aux organismes inférieurs, chez lesquels les actes vitaux sont moins complexes, plus facilement observables et peuvent aussi, grâce au microscope, être constatés directement. Mais l'observation seule ne suffit pas en physiologie. De même que les chimistes placent les corps qu'ils veulent étudier dans certaines conditions, de façon à reproduire des réactions déjà observées ou à en produire de nouvelles, le physiologiste cherche à déterminer dans quelles conditions, sous quelles influences se produit tel ou tel acte vital, et pour cela il reproduit les conditions, il fait agir les influences qu'il suppose pouvoir déterminer cet acte ou en faire varier le caractère; en un mot, il expérimente. C'est à l'expérimentation que la physiologie est redevable des progrès immenses qu'elle a faits dans ces dernières années, et quels que soient les reproches faits à certaines méthodes d'expérimentation et en particulier aux vivisections, il y a là une nécessité qui s'impose aujourd'hui comme le massacre des animaux de boucherie est un résultat nécessaire de l'alimentation humaine. Les vivisections sont aussi indispensables aux progrès de la physiologie que les autopsies aux progrès de la médecine. On peut proscrire et attaquer l'abus, mais on doit en permettre l'usage, sinon toute recherche scientifique deviendrait impossible.
Bibliosrraphie. - R. IIaktmanx : Der Gorilla, 1880. - Id. : Les shirjes anthropoïdes 1886. - De Quatrefages : Lcspèce humaine, 1883; Les crânes des races humaines. Paris',
Vil. — LES PRINCIPES DE LA PUYSIOLOGIE.
En résumé, deux grandes lois dominent aujourd'hui les sciences physiques et naturelles; l'une est là corrélation dite des forces physiques, l'autre est révolution des êtres vivants. Ces deux lois sont applicables aussi à la physiologie, et c'est par elle qu'on arrive à trouver les principes essentiels de celte science.
Appliquée à la physiologie, la première loi peut se formuler ainsi : Tous tes phénomènes physiologiques ne sont que des phénomènes de mouvement et ne
Rrni;^r!!T'T" -.""^l<^y' ^'l^^^de Vhomme dans la nature, trad. par Dallv 18G8 - Biocd L ordre des primates (Soc. d'anthropologie, 1869). ^ ^'
sont que dns transformations des mouvements phijsico-cfdmiques ; en un mot, il y a non seulement corrélation des forces physiques, mais corrélation des forces physiques et des forces vitales, pour employer les termes usuels.
Cette loi étant posée, il en ressort cette conséquence, que les mouvements vitaux doivent présenter les caractères essentiels des mouvements physiques. Or, dans les faits de ce dernier ordre le fait est toujours corrélatif à sa cause; étant données telles et telles conditions, le phénomène se reproduit toujours nécessairement; quand il ne se produit pas, quand, par exemple, une réaction chimique ne réussit pas, on n'invoque pas une qualité occulte, une spontanéité de la substance chimique; on en conclut simplement que les conditions de l'opération ne se sont pas réalisées toutes, et on recherche ce qui a fait manquer l'expérience. Quand ces conditions sont multiples, il arrive souvent que quelques-unes d'entre elles nous échappent; on n'en conclut pas pour cela que l'activité chimique du corps qu'on examine est spontanée. Pourquoi faire pour les mouvements vitaux ce qu'on ne fait pas pour les mouvements physiques?
En réalité, il n'y a pas plus de spontanéité vitale que de spontanéité chimique. Cette prétendue spontanéité n'est qu'un produit de notre imagination, qui nous sert à masquer notre ignorance et qui s'évanouit devant un examen attentif. L'activité vitale est toujours provoquée^ jamais spontanée, et ce principe fondamental se confirme partout, dans l'élément anatomique, dans le tissu, dans l'organe. Si on irrite une cellule contractile ou une tibre musculaire, elle exécute un mouvement, une contraction, et, tant qu'elle est vivante, ce mouvement se reproduit, quelle que soit l'excitation, mécanique, chimique ou physique, pourvu que la cellule soit sensible au mode d'excitation employé. Toute excitation produit donc, nécessairement, tant que l'élément se trouve dans des conditions normales, une manifestation de l'activité vitale, et inversement, toute manifestation de l'activité vitale ne se produit qu'à la condition d'une irritation antécédente, et elle se produit nécessairement comme se produit une réaction chimique quand on met deux substances convenables en présence.
La seconde loi est celle de dévolution des êtres vivants. Si l'on examine la série des êtres vivants depuis les plus infimes jusqu'aux plus élevés, on trouve, en étudiant leur structure, des ressemblances et des analogies telles, qu'il n'est pas un être, à quelque degré de la série animale ou végétale qu'on le prenne, qui puisse être isolé du reste de la création et qui n'ait des affinités avec d'autres êtres. Cette parenté s'étend plus ou moins loin et c'est elle qui a permis de classer et de grouper les êtres vivants, autrement dit, de les diviser d'après les caractères qui les distinguent.
Cette parenté entre les différents êtres n'est niée aujourd'hui par personne. Seulement les uns, comme Cuvier et la plupart des naturalistes français, plus frappés de ce qui distingue que de ce qui rapproche, partagent les êtres vivants en catégories bien tranchées, qui, suivant leur étendue, portent les noms de règne, de classe, de famille, d'espèce, et se refusent à admettre tout passage possible, dans le temps ou dans l'espace, d'une espèce à l'autre.