LIVRE TROISIÈME
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
bientôt ces deu.v secousses s'égalisent à mesure que l'on fait augmenter l'intensité du courant.
Si on augmente la fréquence des excitations induites, le phénomène de la fusion des secousses se produit alors et délermine un létanos musculaire.
A partir il'une cerlaine fréquence, les courants induits de rupture et de fermeture se neutralisent en partie, fait attribué par Guillemin à la présence dans la bobine inducirice du fer doux qui prolonge la durée des courants induits. En effet, en laissant le fer doux dans la bobine, on voit à mesure qu'on accroît la rapidité des interruptions, la douleur et la contraction musculaire s'alfaiblir, tandis qu'après avoir enlevé le fer doux de la bobine, on voit la douleur et le tétanos musculaire augmenter avec la fréquence des interi'uplions (Marey).
Les extra-courants (courants induils qui se forment dans la bobine inductrice ont la même action que les couranis induits ordinaires.
Si on fait passer un courant induit dans un nerf parcouru par un courant constant de moyenne intensité, le courant induit est renforcé quand il est de même sens, affaibli quand il est de sens contraire (Hermann).
C. Action de Vélectricilé statique et des décharges du condensateur. - — Les décharges du condensateur, au point de vue physiologique, produisent dans leur application sur les nerfs des résultats qui ne s'écartent pas sensiblement des résultats obtenus avec les courants de pile instantanés.
D. Excitation unipolaire de Chauveau. — Ghauveau a étudié dans tous leurs détails les conditions et les phénomènes de l'excitation unipolaire et je lui emprunterai presque textuellement les lois de celte excitation.
Si on compare ïactivité des deux pôles pendant le passage du courant de pile, on voit que :
|o Pour tout sujet dont les nerfs sont en parfait état physiologique, il existe une valeur électrique, le plus souvent très faible, quelquefois modérée, rarement très élevée, qui donne aux deux pôles le même degré d'activité dans le cas d'excitation unipolaire des faisceaux nerveux moteurs. Les contractions produites par l'excilalion positive et l'excitation négalive, avec cette intensilé-lype du courant, sont égales à la fois en grandeur et en durée.
2° Au-dessous de cette intensité, les courants égaux produisent des effets inégaux avec les deux pôles : l'activité du pôle négatif est plus considérable.
3° Au-dpssus de la valeur-type de l'intensité du courant l'inégalité se produit en sens inverse. C'est le po\e positif qin représente la plus grande activité, et la différence souvent considérable croit assez régulièrement avec l'intensité du courant, si l'on ne franchit pas les limites au delà desquelles les nerfs s'altèrent ou tout au moins se fatiguent. La tétanisalion absolument permanente, très souvent obtenue quand le pôle positif est sur le nerf, ne se montre jamais quand c'est le pôle négatif, si les couranis sont suffisamment forls.
4° Ces courants forls agissent aussi d'une manière inégale sur les faisceaux nerveux sensilifs, suivant la nature du pôle en contact avec le nerf; mais l'inégalité est renversée au lieu d'être symétrique avec celle qui se manifeste dans les contractions musculaires produites par l'excitation des nerfs moteurs. Avec des courants forls d'intensité parfaitement égale, l'application même médiate de l'électrode négative sur les neifs est plus douloureuse que l'application de l'électrode positive. L influence de l'excitation unipolaire sur les nerfs de sensibilité est donc tout à fait inverse de l'influence qu'elle exerce sur les nerfs moteurs, le pôle positif agissant ur les nerfs moteurs, le pôle négatif sur les nerfs sensitifs.
miYSlOLOGIE DU TISSU NKRVEUX. ^'^^
5« Pour les contractions de rupture, quand on augmente graduellement l'intensité du courant, la contraction de rupture apparaît toujours plus tôt avec l'excitalion unipolaire positive qu'avec l'excitation négative; celte contraction croît avec 1 intensité du courant, puis reste stationnaire et décroît enfin pour disparaître quel- .|uefois complètement. La contraction de rupture négative n'apparaît que lorsque la contraction positive commence à décroître et augmente aussi, puis diminue avec l'intensité du courant.
6° Quand le système nerveux est intact, si le courant est faible, les contractions positives sont de simples secousses; quand le courant est fort on a un tétanos pendant toute la durée du passage. Pour les excitations négatives, la tétanisation se produit plus facilement pour les courants moyens.
7° Un caractère remarquable dislingue les tVacés pris quand le système nerveux est intact : c'est que, après la rupture du courant, le muscle tend à conserver une partie de son raccourcissement. Cette tendance, qui existe déjà pour les excitations très faibles est surtout manifeste après les excitations positives tétanisantes. Après la section de la moelle, au contraire, ce raccourcissement ne se présente pas et la courbe de la contraction se rapproche à sa descente de la ligne des abscisses et se confond avec elle. En outre, la tétanisation par les fortes excitations positives fait place à des secousses de fermeture très brèves quand la moelle est détruite depuis un certain temps.
8° La section simple du nerf produit le même effet que l'écrasement de la moelle épinière avec cette différence que la section donne d'abord lieu passagèrement à une remarquable inversion dans l'activité des pôles.
9" Les flux électriques instantanés (excitations induites unipolaires, décharges d'électricité statique) agissent comme les courants continus et provoquent plus facilement la contraction avec le pôle négatif qu'avec le pôle positif; mais quand l'intensité du flux croît, les deux excitations, positive et négative, arrivent très vile à l'égalité et à partir de ce momenl, à l'inverse des courants continus, l'égalité se maintient et les secousses positives et négatives conservent la même hauteur.
10" Quand on augmente progressivement rinlensité des courants induits et des déidiarges statiques, à partir d'un maximum qui est très vite atteint, l'amplitude des secousses musculaires reste constante, et on n'observe pas les maxima secondaire, tertiaire, etc., qu'on rencontre avec les excilalions induites par la méthode bipolaire.
m. — EXCITATIONS THERMIQUES DES NERFS.
Procédés. — Il faut d'abord éliminer tous les procédés dans lesquels l'influence thermique n'agit pas sur le nerf seul. On peut placer le nerf dans un bain d'huile d'olive pure ou de tout autre liquide indifférent chauffé à une température déterminée ; on pourrait utiliser à cet effet un appareil semblable à celui qui est représenté dans la figure 1«G, appareil qui empêche en même temps la dessiccation du nerf. Griitzuer a employé de petits appareils ingénieux consistant en une gouttière ou en un tube dans lesquels le nerf est placé et qu'entoure un manchon dans lequel coule de l'eau à la température voulue. Il a donné aussi à un de ses appareils la forme d'un crochet creux sur lequel le nerf est placé comme sur une électrode ordinaire {Archives de Pflugdr, t. XVII, page 219).
L'influence de la température sur les nerfs est différemment interprétée par les divers observateurs. D'après Valenlin, Rosenlhal et Afaiiasiew, une température au-dessous de — 4° ou au-dessus de + 35", appliquée sur les nerfs moteurs de la grenouille, déterminerait une contraction, tandis que d'après Eckhard la contraction n'apparaîtrait qu'à -f 66" à -f 68° ; il admet
cependant la contracl.ion à — 4°. Pickford a constaté au contraire que toute variation brusque de température peut agir comme excitant sur les nerfs. Grutzner, dans ses expériences récentes sur les animaux à sang chaud (chien et lapin), ne confirme pas les observations de Rosenthal et d'Afanasiew. D'après lui il faudrait distinguer les diverses espèces de nerfs au
Figi 186i — " Bain d'huile pour texcitation des nerfSi
point de vue de l'action delà température; ainsi, tandis que les nerfs sensibles et excito-réflexes sont excités par une température de -|- 45" à + 50", il n'y a aucune influence excitante produite sur les nerfs moteurs, les nerfs d'arrêt (pneumo-gastrique), les nerfs sécréteurs et les nerfs vaso-moteurs, à l'exception des vâso=-moteurs de la peaui Le froid à 0" n*agit pas comme excitant sur les nerfs. Contrairement à Pickford, ce n'est pas la variation brusque» mais la température absolue qui influence les nerfs centripètes. Laulenbach ne confirme pas les résultats de Grtitzner et Grutzner lui-même, en cherchant à confirmer les difl'érences trouvées par lui dans les diverses espèces de nerfs en se servant de la variation négative, n'a pu arriver à un résultat positif. Les seules recherches faites sur l'homme l'ont été par Weber; en plongeant le coude dans un mélange réfrigérant, de façon à refroidir le nerf cubital, il se produit de la douleur, mais pas de contraction dans les parties innervées par ce nerf; Weber avait donc déjà constaté cette inexcitabilité des nerfs moteurs par le froid. On a vu plus haut. que Grutzner est arrivé pour le froid à des résultats négatifs» tant avec les nerfs sensitifs qu'avec les nerfs moteurs.