II. — ACTIVITÉ DES CELLULES NERVEUSES
L'activité des cellules nerveuses se présente sous deux formes essentielles : la conductibilité ou la transmission de mouvement et le dégagement de mouvement (1).
La conductibilité nerveuse, quoique plus spécialement attribuée à la substance blanche, existe aussi dans la substance grise ; si on sectionne tous les cordons blancs de la moelle, en respectant la substance grise, la transmission nerveuse, quoique afTaiblie, continue encore à se faire ; elle paraît seulement plus lente et plus diffuse.
Le dégagement de mouvement nerveux est la propriété la plus importante des cellules nerveuses; chaque cellule représente un véritable réservoir de mouvement, et on peut donner le nom de décharge nerveuse (qui ne préjuge rien) au dégagement de mouvement moléculaire, encore inconnu dans son essence.
Le premier caractère de celte décharge nerveuse, c'est son instantanéité. Elle n'a qu'une durée très courte, inappréciable; aussi quaud l'activité de la cellule nerveuse doit durer un certain temps, la décharge nerveuse, au lieu d'être continue, est-elle intermittente et consiste alors en une série de décharges successives, très brèves, séparées par des intervalles de repos. Ainsi on a vu plus haut que la contraction musculaire se compose d'une succession de secousses qui correspondent à autant d'excitations parties du centre moteur ou à autant de décharges nerveuses; à l'état normal, ces décharges, et par suite les secousses, se succèdent avec assez de rapidité pour que les secousses se fusionnent en uïie contraction totale unique; quand au contraire, le centre nerveux moteur, par suite d'altérations dues soit à l'âge, soit à d'autres causes, ne peut plus envoyer assez rapidement les décharges nerveuses successives, les secousses musculaires correspondant à chaque décharge sont trop espacées pour que leur fusion s'opère ; chacune d'elles se produit à part et se termine avant que la suivante ait commencé, et il en résulte, au lieu d'une contraction totale, une série de contractions partielles comme dans le tremblement sénile ou alcoolique.
Il est probable que, dans les autres centres nerveux comme dans les centres moteurs, cette intermittence se présente aussi; car on la retrouve dans un très grand nombre d'actions nerveuses, jusque dans la veille et le sommeil. Elle prend même très souvent, comme dans les mouvements du cœur, la respiration, etc., un caractère rythmique d'autant plus marqué que le fonctionnement nerveux est plus régulier.
(1) Ord a admis une véritable coutractilité des cellules delà substance grise.
PHYSIOLOGIE DU TISSU NERVEUX-
Cette intermittence et ce rythme, si fréquents dans les actions nerveuses, peuvent se comprendre jusqu'à un certain point si on se rapporte au mode d'action de la plupart des excitants qui agissent sur la substance nerveuse. Les excitations des deux sens les plus importants, avec le toucher, la vue et l'ouïe, ne sont autre chose que des vibrations, vibrations lumineuses, vibralions sonores, d'un caractère essentiellement rythmique; il en est de même des impressions de température et peut être des impressions tactiles ; le retour réguher du jour et de la nuit, peut-être aussi celui des différentes saisons, font revenir périodiquement certaines inlluences de chaleur, de lumière, etc., qui ont probablement leur corrélatif dans les centres nerveux et il n'y a rien d'étonnant à ce que des excitations périodiques, à force d'agir sur la substance nerveuse, finissent à la longue par imprimer à son activité un caractère particulier d'intermittence et de périodicité.
La quantité de mouvement dégagée dans un centre nerveux en activité ou ^intensité de la déc/ia^^ge nerveuse varie suivant certaines conditions encore incomplètement connues. En général, elle augmente avec l'intensité de l'excitant : une faible excitation d'un centre moteur déterminera de faibles mouvements; une forte, des convulsions intenses. Le mode d'excitation ou la nature de l'excitant paraît jouer aussi un rôle important, mais encore indéterminé. ^
Un caractère essentiel de l'activité des centres nerveux, c'est qu'une modification nerveuse fréquemment répétée se produit de plus en plus facilement et tend à se reproduire pour la plus faible excitation. Le centre nerveux paraît acquérir, par l'usage, une sorte d'état cVéquilibi^e instable. grâce auquel il entre en activité sous la plus légère impression. Si c'est un centre nerveux moteur, le mouvement devient, comme on dit, machinal, et s'il est quelque temps sans se produire, il survient dans le centre nerveux une véritable tendance à le reproduire, tendance qui s'accompagne d'un certain malaise, si elle n'est pas satisfaite. 11 en est de même pour les centres nerveux sensitifs; quand une impression habituelle cesse d'agjr, la cessation de l'excitant ordinaire amène une sorte de sentiment mal défini qui constitue un dési?' ou un besoin.
Toute excitation d'une cellule nerveuse produit donc dans cette cellule une modification qui peut persister plus ou moins longtemps, quelque légère qu'elle soit. C'est grâce à cette persistance que peuvent s'expliquer en partie les phénomènes d'addition latente dont il a été question pages 548 et 642.
Le phénomène de la fatigue se présente pour les cellules nerveuses comme pour les éléments musculaires. Certaines substances peuvent agir comme épuisantes sur les centres nerveux et d'après Ranke, là comme pour le muscle, il faudrait ranger parmi ces substances les produits de la désassimilation nerveuse.
La nature de la décharge nerveuse nous est complètement inconnue dans son essence. Mais, quelle que soit sa nature, cette décharge nerveuse peut présenter deux caractères difi'érents : être perçue ou non perçue, et les modifications des centres nerveux peuvent, à ce point de vue, se diviser en deux groupes : modifications conscientes et modifications inconscientes. Cependant
cette distinction, quelque légitinae qu'elle paraisse au premier abord, est loin d'être absolue.
On trouve, en effet, un grand nombre d'actions nerveuses qui, d'abord conscientep, deviennent ensuite inconscientes. Quand l'enfant commence à marcher, chaque mouvement est volontaire, et il a parfaitement conscience de chacun des essais qu'il fait pour avancer en conservant son équilibre ; puis, peu à peu le tâtonnement des premiers pas disparaît, les mouvements, d'abord cherchés et hésitants, deviennent automatiques et inconscients et la marche se fait enfin sans qu'il y pense. La parole présente un exemple encore plus frappant de cette transformation d'actions, d'abord conscientes, en actions inconscientes, et il en est de même chez l'adulte (pianiste, violoniste, etc.).
La façon dont ces phénomènes doivent être compris, à mon avis, sera exposée dans le chapitre de la PsycJiologie physioloffujuc.
Classification des centres nerveux. — Tous les centres nerveux n'ont pas le même mode d'activité. Excités, les uns réagissent par des sensations (douleurs, sensations spéciales, etc.); d'autres, par des mouvements ou des sécrétions; d'autres enfin ne donnent lieu, dans l'expérience physiologique, à aucune réaction appréciable et sont probablement attribués à des actes purement psychiques. On pourra donc, d'après leur mode d'activité ou mieux d'après les phénomènes réactionnels qu'ils engendrent, diviser ainsi les centres nerveux :
1° Centres crimpi^ession, auxquels arrivent les excitations sensitives conscientes et inconscientes (impressions et sensations);
2° Centres d'action, moteurs, sécrétoires et peut-être trophiques (?);
3° Centres fsy chiques (perception, idées, volonté, etc.);
-4° Centres d^ai-rêt, dont l'action consisterait à enrayer à certains moments l'action des autres centres et en particulier des centres moteurs.
Article IV. — Physiologie des organes nerveux périphériques.
Les organes nerveux périphériques se trouvent soit à l'extrémité des nerfs moteurs, soit à l'origine des nerfs sensitifs. Ils peuvent être considérés comme de véritables commutateurs de mouvement ; les plaques terminales motrices transmettent, en le transformant, à la substance contractile du muscle le mouvement moléculaire produit par le nerf moteur; les organes périphériques sensitifs, les cônes et les bâtonnets de la rétine par exemple, reçoivent les vibrations lumineuses et la modification (inconnue) qu'ils subissent agit à son tour comme excitant sur les libres du nerf optique.
Les organes périphériques sensitifs présentent cela de particulier qu'ils sont influencés par des excitants qui, à cause de leur faible intensité, resteraient sans action sur les fibres nerveuses ordinaires. Ainsi les vibrations lumineuses ou auditives, les excitations olfactives laissent en général indifférents les nerfs ordinaires, et la présence d'une substance nerveuse spéciale plus impressionnable, plus facilement excitable, douée probablement d'une
PHYSIOLOGIE nu TISSU NERVEUX. 667 instabilité plus grande, était nécessaire pour que toute une catégorie d'agents extérieurs ne restât pas sans connexion avec l'organisme.
Il y a donc, à ce point de vue, une distinction essentielle entre l'activité des nerfs et celle des organes nerveux périphériques ; ces derniers sont organisés spécialement pour réagir en présence d'un excitant détermine, lumière, vibration auditive, etc., auquel on donne le nom d'excitant homologue, et on réserve le nom d'excitants hélérologues à tous ceux qui agissent indifféremment sur tous les nerfs ordinaires, comme les actions mécaniques et chimiques, l'électricité, etc.
La physiologie des organes nerveux périphériques se prête mal à une étude générale ; son étude spéciale a été faite pour les terminaisons motrices avec la physiologie du tissu musculaire et sera faite pour les terminaisons sensitives avec les organes des sens.
Article Y. — Phénomènes généraux de l'innervation.
Les phénomènes généraux de l'innervation peuvent être rapportés à cinq chefs principaux : i" impressions et sensations ; 2° actions réflexes ; 2" actes instinctifs ; 4° actes psychiques ; 5° actions nerveuses d'arrêt.