Impressions et sensations
Les impressions peuvent être perçues ou non perçues ; dans le premier cas, elles ont reçu le nom de sensations, et l'on peut réserver le nom d'impressions proprement dites pour celles qui ne sont pas accompagnées de perception.
Les impressions ne peuvent exister qu'à la condition que l'excitation périphérique qui les détermine soit transmise par un nerf à un centre nerveux; aussi l'on ne donnera pas le nom d'impression à l'excitation qui portera directement sur une cellule épithéliale, par exemple, et déterminera une multiplication cellulaire, si cette excitation reste localisée à la cellule excitée. Aussi les impressions sont-elles toujours suivies d'une action réflexe et nous ne pouvons conclure à une impression que par l'acte réflexe consécutif qui, en l'absence de la conscience, nous révèle l'intervention du système nerveux.
Les impressions appartiennent surtout, mais pas exclusivement, à la sphère organique et végétative. Ainsi le contact des ahments avec la muqueuse de l'estomac, qui produit une sécrétion de suc gastrique, est un phénomène de cet ordre.
Les impressions conscientes ou sensations ont leur point de départ tantôt dans des excitations périphériques, sensations proprement dites, tantôt dans une. excitation des centres nerveux eux-mêmes, émotions.
Les sensations peuvent être externes, comme les sensations spéciales de la vue, du toucher, etc., ou internes, commes les sensations de faim et de soif. Tandis que les sensations externes sont parfaitement localisées, les sensations internes au contraire ont un caractère beaucoup plus vague et plus indéterminé.
Les émotions (crainte, colère, etc.), sont des sensations de nature très
complexe, mettant probablement en jeu un grand nombre de centres psychiques. Les émotions sont surtout caractérisées par leur indétermination dans le temps et dans l'espace.
L'étude des sensations dites spéciales, comme la vision par exemple, avait conduit Millier à atlmettre que chaque nerf a son énergie spécifique, déterminée par son organisation, et qui fait qu'il répond toujours de la même façon quel que soit l'excitant employé; ainsi le nerf optique répond toujours aux excitations par des sensations de lumière et rien que par elles, le nerf auditif par des sensations de son et ainsi de suite. Il y aurait donc une substance spéciale pour chaque sensation, et cette substance spéciale produirait l'énergie particulière de chaque nerf. L'hypothèse de Millier, admise par la plupart des physiologistes, a été cependant attaquée par Lotze, Volkmann, et plus récemment par Lewes, WundI, etc., et est difficiiemenl conciliable avec un grand nombre de faits physiologiques. Applicable à la rigueur aux sens spéciaux supérieurs, comme la vision, elle devient difficilement admissible pour les faits de sensibilité générale et les impressions organiques. Ce que Millier appelle Vmergie spécifique des nerfs est déterminé par les connexions phériphériques et centrales de ces nerfs ; le nerf lui-même n'est qu'un agent de transmission indifférent et en tous cas, même en admettant l'hypothèse do Millier, il faudrait la transporter des nerfs aux centres nerveux, mais là encore on retrouve les mêmes difficultés. Un centre nerveux n'est moteur que parce qu'il est en relation par un nerf avec une plaque motrice terminale et un muscle; un centre nerveux sensilif n'est sensitif que parce qu'une fibre nerveuse le met en communication avec une surface impressionnable ou un organe sensilif périphérique (rétine, muqueuse olfactive, etc.). Quant à la spécificité des sensations, elle a sa source, non dans la différence d'organisation do la substance nerveuse, mais bien plus probablement dans une série d'actes psychiques qui seront étudiés dans le chapitre de la psychologie physiologique.