LIVRE ÏROISHiME
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
injecte dans la cavilé de l'inteslin une dissolution d'upas-tieuté ; Tinloxication se produit an bout de quelques minutes. Un grand nombre d'expériences confirment la réalité de l'absorption par les capillaires, absorption qui ne peut plus être mise en doute aujourd'hui. Si on injecte dans la trachée d'un animal du prussiate de potasse, on le retrouve bientôt dans les cavités gauches du cœur et non dans les cavités droites, ce qui prouve que l'absorption s'est faite par les veines pulmonaires (Lebkûchner, Panizza). Westrumb, ayant poussé dans l'estomac une solution de cyanure de potassium, le retrouve dans l'urine à un moment où le chyle et la lymphe n'en contiennent pas la moindre trace. Du reste la rapidité d'absorption de certains poisons, comme l'acide prussique. ne peut guère s'expliquer que par son passage direct dans le sang, vu la lenteur de la circulation lymphatique.
Vabsorption exclusive par les bjmphatiques a été surtout soutenue par William et John Ilunter, et surtout par leur élève, Ci uikshank, et appuyée sur les expériences suivantes : après l'injection de lait ou de substances colorantes dans une anse intestinale, ces substances n'apparaissent que dans les cbylifères et jamais dans les veines de l'intestin. Mais ces expériences, répétées par d'autres physiologistes et en particulier par Ségalas, donnèrent des résultats diirérents, tandis qu'elles furent confirmées au contraire par quelques autres auteurs, comme Emmert et Colin. Mais les expériences de Colin sont loin d'être probantes, car il n'a pas lié les vaisseaux sanguins de la surface absorbante, et la substance absorbée pouvait avoir été absorbée par les capillaires sanguins et n'avoir passé que de seconde main dans les lymphatiques. Emmert avait cherché à se mettre à l'abri de cette cause d'erreur; il lia l'aorte abdominale au-dessous des artères rénales et injecta sous la peau de la cuisse une solution de cyano-ferrure de potassium ; ce sel se retrouva dans l'urine, et il en conclut que, la circulation sanguine étant arrêtée, l'absorption s'était faite parles lymphatiques. Mais Mcder montra que les recherches d'Emmert ainsi que les expériences ultérieures de Bischotl", Ilenle, etc., présentaient toutes plusieurs causes d'erreur; en effet, d'une part, il s'établit après la ligature de l'aorte une circulation collatérale, et d'autre part il se fait par le tissu cellulaire sous-cutané une imbibition qui fait progresser de proche en proche la substance introduite sous la peau; ainsi on retrouve au bout de quelque temps à la hauteur du cou le cyano-ferrure introduit sous la peau de la cuisse; ces expériences ne peuvent donc fournir la démonstration positive d'une absorption parles lymphatiques.
L'absorption de proche en proche par imbibition, et en dehors de toute circulation, peut se faire quelquefois avec une certaine rapidité; mais en général cela n'a lieu que quand elle est favorisée par les conditions physiques. Ainsi si l'on injecte de la strychnine sous la peau de la cuisse d'une grenouille dont le cœur a été lié, l'intoxication se fait plus rapidement si la grenouille est suspendue par les pattes, que quand on la suspend par la tête; dans le premier cas en efiet l imbibilion est favorisée par l'action de la pesanteur.
Les conditions générales qui influencent l'absorption sont les suivantes : 1" La nature de la surface absorbante, c'est-à-dire son épaisseur, la forme et l'épaisseur de son épithéliura, et en première ligne la spécialité d'action de cet épithélium. Une membrane très mince, à épilhélium pavimenleux presque endothélial, comme la muqueuse pulmonaire, absorbera très facilement, tandis que, pour la peau épaisse et couverte d'un épidémie stratifié, l'absorption sera beaucoup plus lente et, dans bien des cas, impossible. Enfin quelques surfaces paraissent tout à fait réfraclaires à l'absorption, au moins pour certaines substances ; telle paraît être la muqueuse vésicale.
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2" La nature de la substance à absorber. — Certaines subslances, el, suilout celles à fort équivalent eiulosmoliqae, comme les colloïdes, sont tlif(icilemenL absorbables ; mais, même dans ce cas, elles peuvent devenir plus facilement absorbables dans des conditions déterminées. Ainsi ralhumine traverse plus facilement les membranes quand elle est en solution alcaline. La concentration d'une solution favorise aussi l'absorption. En outre, si la substance est rapidement décomposée dans le sang, son absorption sera plus rapide (Voir aussi sur ce sujet : PuMe des tissus connectifs dans l'osmose, p. 48t ; Endosmose des tissus épitbéliaux, p. >03, et Rôle de l'épitbélium dans ra])sorption, p. 49G).
3° Le sanrj agit sur l'absorption par sa quantité, par sa quab'té et par sa pression. Plus il passe de sang par la surface absorbante dans l'unité de temps, plus l'absorption sera rapide, l'enlèvement de la substance absorbante se faisant .r.i fur et à mesure de l'absorption locale; tel est le cas des membranes très ricbes en capillaires sanguins; la saignée, d'api-ès Kaupp, au lieu de favoriser l'absorption comme l'indiquent les expériences de Magenilie, la ralentirait au contraire en diminuant la masse du sang; cette assertion de Kaupp mériterait cependant fl'étre vérifiée. La qualité du sang a encore une influence très marquée. Les substances qui existent déjà dans ce liquide seront absorbées plus difficilement lorsqu'elles s'y trouveront en plus forte proportion; ce sera l'inverse pour les substances qui n'y existent pas ou qui ne s'y trouvent qu'en proportion minime. Quand une substance est rapidement éliminée par le sang, son absorption se fait d'une façon plus active. Certains états de l'organisme, qui influencent la qualité du sang, agissent sur l'absorption. Ainsi, d'après Kohler, l'absorption serait diminuée cbez les animaux à jeun, et il attribue cette diminution à la diminution de fréquence de la respiration et du pouls. L'augmentation de la pression sanguine tend à diminuer la rapidité de l'absorption ; c'est par ce mécanisme qu'une ventouse appliquée sur une plaie empoisonnée peut arrêter ou retarder l'intoxication; inversement toute baisse de pression sanguine favorise l'absorption ; il y a là peut-être une des conditions qui expliquent la rapidité de l'absorption par la surface pulmonaire dont le sang se trouve sous une pression inférieure à celle du sang contenu dans les capillaires généraux.
4° L'état de la lymphe agit sur l'absorption de la même façon que l'état du sang.
0° L'influence de l'électricité a déjà été mentionnée page 484. Fodéra avait constaté depuis longtemps une augmentation d'activité des pbénomènes d'absorption sous l'influence de l'électricité. Munk, en mettant en contact doux points de la peau d'un lapin avec une solution de strychnine et faisant passer un courant électrique, a vu l'absorption se faire au pôle positif et l'intoxication apparaître au bout de peu de temps.
6° L'influence du système nerveux sur l'absorption sera étudiée avec les nerfs troipldqucs et vasculaires.
Les ditférenls modes d'absorption seront étudiés plus loin, l'absorption cVoxygène avec la respiration, l'absorption digestive el l'absorption sécrétoire avec la digestion (1).