KLIMINATIO.N
L'élimination est l'acte corrélatif du l'absorption; et il est, en réalité, soumis aux mêmes lois et aux mômes conditions. En effet, que de reau venue
(1) A consulter : Magendie, Mém. sur le mécanismf de l'absorn ion (.louni de Dhvsiologie, 1826). ^ ^
<i96 LIVRE TROISIÈME. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE.
de rextérieur, par exemple, soit absorbée et passe dans le sang-, ou qu'elle soit ('liminée du sang et' versée à l'extérieur^ elle n'en a pas moins les mêmes membranes à traverser; seulement elle le fait en sens inverse, mais cela ne change rien au mécanisme du passage. Ici, comme tout à l'heure, la nature de la membrane à traverser (membrane d'élimination), la nature de la substance, l'état du sang et de la lymphe, jouent le rôle essentiel.
C'est cette élimination qui assure la constance de composition du sang. Aussi est-il très diiricile de faire varier artificiellement la composition du liquide sanguin et la proportion des principes qui le constituent, à moins d'empêcher la surface éhminatrice de fonctionner. Ainsi, après la ligature de la trachée, l'acide carbonique s'accumulera dans le sang, les voies supplémentaires de l'exhalation carbonique, comme la peau, ne pouvant remplacer l'exhalation pulmonaire; l'ablation des reins a la même action par rapport à l'urée. Il semble y avoir, pour chaque substance introduite ou préexistante dans le sang, une dose maximum au delà de laquelle l'excès de la substance est immédiatement éliminé ; ainsi quand la quantité de glycose dans le sang dépasse 0,4 p. 100, elle apparaît dans les urines (CI. Bernard).
Les obstacles que l'élimination met aux changements de composition du sang se montrent bien dans les expériences dans lesquelles les animaux sont soumis à une alimentation très acide; le sang n'en reste pas moins alcalin avec une remarquable fixité (Fr. Hoffmann).
L'exhalation gazeuse d'acide carbonique sera étudiée avec la respiration.
L'excrétion et la sécrétion ont été étudiées à propos de la physiologie de l'épithélium.
UT, — TRANSSUDATTON ET EXHALATION INTERSTITIELLES.
Pendant son passage au travers des tissus et des organes, le sang abandonne à leurs éléments un certain nombre de principes; ces principes sont de deux ordres, en premier lieu de l'oxygène, en second lieu des matériaux de renouvellement destinés à réparer les pertes faites par ces tissus. Là, comme pour les échanges entre le sang et l'extérieur, la lymphe paraît être l'intermédiaire obligé entre le sang et les tissus; ces principes passent avec la lymphe à travers la membrane des capillaires et c'est dans cette lymphe que les tissus prennent à leur tour l'oxygène et les matériaux nécessaires à leur activité vitale. Ces matériaux varieront naturellement suivant les besoins de chaque tissu; l'offre est la même, la demande diffère.
Ce processus intime se compose de deux actes secondaires : 1° le passage même des substances depuis le sang jusqu'aux tissus; 2° le choix fait par chaque tissu dans le liquide qui lui est ofl'ert. Le premier acte est presque complètement physique : en effet, il n'y a pas là d'épithélium interposé entre le sang et le tissu; il n'y a guère que des membranes connectives et l'endothélium vasculaire; aussi ce passage doit-il être très rapide et pour ainsi dire instantané. On comprend alors pourquoi, dans l'absorption des substances médicamenteuses et toxiques, une fois la substance généralisée
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE L'ORGANISME. 0J7
et transportée par le sang dans tout l'organisme, cette substance entre immédiatement en contact avec les tissus, et exerce sur eux son action. Ce premier acte est sous la dépendance directe de la pression sanguine et se confond, en réalité, avec la formation même de la lymphe (Voir : Lymphe).
Le second acte, au contraire, est un acte vital, physiologique. Chaque tissu choisit ce qui lui convient dans la lymphe qui l'entoure. Malheureusement nous connaissons fort peu le mécanisme intime de cet acte; nous ignorons presque complètement quelles substances prend un tissu donné, sous quelle forme, en quelle quantité, sous quelles conditions; et nous n'avons de données un peu positives que pour l'oxygène; ainsi on sait qu'un muscle en état d'activité emploie plus d'oxygène qu'à l'état de repos ; mais pour tous les autres principes, nous sommes dans une ignorance absolue.
Quant à la question de savoir si l'oxygène traverse les parois des capillaires pour arriver jusqu'au contact des tissus et de leurs éléments ou si les substances provenant des tissus vont trouver l'oxygène du sang pour se combiner avec lui, elle a été déjà traitée page 324. Du reste, comme on Ta vu pages 326 et 343, il règne encore beaucoup d'incertitude sur la nature même des actions chimiques qui se passent dans la nutrition, que ces actions aient leur siège dans le sang ou dans les tissus. En tout cas ces phénomènes de transsudation nutritive s'accomplissent avec une très grande rapidité; en effet les globules sanguins ne mettent guère plus d'une seconde pour traverser les capillaires d'un organe, c'est-à-dire pour passer des artérioles dans les petites veines.