LIVRE TROISIÈME
— PIIYSIOI-OGIE GÉNÉRALE.
iiiilieu respiratoire comme l'air atmosphérique est le milieu respiratoire du sang, et la respiration des tissus est une véritable respiration aquatique.
Les orf^anes el les tissus dépourvus de vaisseau.x n'en sont pas moins sous la dépenflance du sang pour leur nutrition; seidement cette dépendance est moins immédiate; le cartilage, par e.xernple, reçoit ses matériaux de nutrilion, de proche en proche, du tissu vasculaire osseti.x sous-jacent, et ses matéiiaux de déchet s'^éliminent de la même façon; mais sa vitalité est très inférieure; aussi quand il a à développer une vitalité plus intense, comme au moment de rossification, se C"euse-t-il de canaux qui en font, pour une certaine période, un organe vasculaire.
Les tissus épithéliaux, dont la vitalité est si active, .et qui sont cependant dépourvus de vaisseaux, paraissent au premier abord en désaccord avec cette loi générale de la relation entre la vascularité et l'activité d'un lissa. Mais la contradiction n'est qu'apparente. Les surfaces soiis-épithéliales sont en général très vasculaires et les cellules de l épilliélium simple ou les cellules profondes de l'épithélium stratifié sont en rapport aussi immédiat avec les capillaires sous-jacents qu'une fibre musculaire ou une cellule nerveuse avec les capillaires qui l'entourent. En outre, ces cellules épithéliales ont une activité vitale très énergique, et si elles opposent une barrière ou un retard au passage des substances indilTérenles 0 1 nuisibles, elles s'emparent avec une très grande rapidité des substances qui peuvent servir à leur nutrilion, à leur accroissement et à leur multiplication.
Les échanges nutritifs des tissus invasculaires peuvent se faire avec une certaine rapidité. Ainsi l'analyse spectrale démontre la présence de la lilhine dans le cristallin quatre heures après l'ingestion d'un sel de lithine (Jones); et même chez les jeunes chats les opacités du cristallin consécutives à la concentration du sang s'observent deux à trois heures après l'introduction de sel marin dans l'estomac on dans le rectum (Kunde).
On a vu plus haut que les déchets des épithéliums étaient éliminés à l'extérieur sans être versés dans le sang ; il faudra donc ajouter aux dix actes intimes de la nutrition énumérés plus haut un onzième acte qui, lui, ne se fait plus par l'intermédiaire du sang, c'est V élimination ou la mue épilhéliale,
§ 2. — PSiéiioinùncs généraux de la nutrition.
Les manifestations de la vie, son activité fonctionnelle sont liées à l'usure des éléments et des tissus, à une destruction organique (oxydation, fermentation, putréfaction); c'est ce qui constitue la désassimiiation. Cette usure nécessite une réparation incessante de ces tissus et de ces éléments ; à la destruction organique correspond donc la création organique, l'assimilation^ avec tous ses phénomènes d'accroissement et de régénération.
T. — DKSASSIMILATION.
Pour bien comprendre les phénomènes de désassimiiation organique, il faut remarquer que les principes chimiques qui contribuent à former un élément analomique ou un tissu n'ont pas tous la même signification. A ce point de vue on peut les diviser en deux classes, et cette division présente la plus grande importance au point de vue physiologique : 1° les uns.
PllYSIOLOlilE GÉNÉRALE DE L'ORGANISME. <590 ce sont les plus importants et les plus nombreux, entrent dans Ja consliUition même du tissu et l'ont partie intégrante de sa substance, de telle façon que sans eux le tissu ne pourrait exister; tels sont les albuminoïdes, certaines substances minérales, etc. ; on peut les appeler principt's constiiiunUs. 2° Les autres, jjrincipes auxiliaires, ne font qu'imprégner le suc intra ou extra-ceUuIaire sans entrer dans la constitution même de la celhile; telle est probablement une partie de la glycose et peut-être de la graisse introduite par l'alimentation; ces principes traversent, sans s'y fixer, les éléments et les tissus, et y subissent au passage des modifications (oxydations) qui servent à favoriser le fonctionnement de l'élément ou du tissu d'une manière encore indéterminée. Ainsi il est très probable qu'une partie de la cbaleur produite dans le muscle doit être rapportée à l'oxydation (?) de substances bydrocarbonées apportées au muscle par le sang, mais qui ne participent pas à la composition de la fibre musculaire même.
La désassimilation porte sur ces deux espèces de principes. D'une façon générale, et tout en faisant les réserves indiquées pages 326 et 342, on peut considérer provisoirenumt celte désassimilation comme liée cà une oxydation (1) ; par conséquent le premier acte de toute désassimilation sera la mise en liberté de l'oxygène de l'hémoglobine. Cet oxygène une fois libre se portera soit sur les principes constituants des tissus, soit sur les principes auxiliaires dont il a été parlé plus haut, et donnera naissance à toute la série déjà étudiée des produits de désassimilation. Il y a donc dans la désassimilation deux choses, l'usure même des tissus et de leurs principes constituants, et l'usure des principes auxiliaires (oxydables?) apportés par le sang. Malheureusement, la part faite à ces deux actes pour un organe donné ne peut être évaluée exactement ; ainsi on a vu déjà que, pour les muscles par exemple, tantôt on a cru que la désassimilation portait sur le tissu musculaire seul, tantôt sur des principes oxydables auxiliaires, à l'exclusion du tissu musculaire. Il est plus que probable que les deux modes interviennent, et même que la part prise dans la désassimilation par les principes auxiliaires est la plus considérable : dans ce cas, l'usure des tissus ne se produirait d'une façon notable que lorsque les principes auxiliaires fournis par le sang seraient en quantité trop faible.
La désassimilation est liée à la production de force vive (chaleur, mouvement, etc.), et elle en est la condition indispensable. Aussi, quand cette production de forces vives est exagérée (travail excessif, chaleur fébrile, etc.), Ja consommation des principes auxiliaires ne suffisant pas pour compléter la somme de forces vives exigée, les principes constituants du tissu doivent fournir en s'oxydant ce complément de forces vives nécessaires. Soit un muscle, par exemple, qui, à l'état de contraction normale, fournisse un travail mécanique représenté par 10; sur cechifi're, 2 sont produits, je suppose,
(1) Malgré l'inconveuicnt qu'il peut y avoii- à conserver ce terme oxytUiliou, qui no correspond probablement pas à la réalilA des faits, j'ai cru pouvoir l'employer; dans l'incertitude où nous soiiinies actuelltMiicnt de la nature intime des phénomènes do désassimilation, toute autre expression aurait les mêmes inconvénients. Seulement il faut bien savoir que C(> mol oxydation n'est là que sous toutes réserves et pour fixer simplement les idées en permettant l'exposition dos faits.
par ]'u?ure de la substance musculaire même et 8 par celle des principes auxiliaires; si le travail monte à 20 et que les produits auxiliaires apportés par le sang ne puissent fournir que 13 du travail demandé; les 7 restants devront être fournis par la substance musculaire elle-même qui constitue une réserve oxydable, sinon inépuisable, au moins plus abondante que les substances auxiliaires dont l'apport est limité, et cette usure du muscle n'aurait pour limites que la destruction même de l'organe, si la fatigue (production d'acide lactique) n'intervenait pas pour arrêter les contractions en abolissant l'irritabilité musculaire.
H. — ASSLMILATION.
L'assimilation sert, soit à réparer les pertes des tissus, soit à l'accroissement de ces tissus ou à leur régénération. Elle a pour condition l'apport de matériaux de nutrition venant de l'extérieur et qui, après avoir passé dans le sang (absorption digestive), arrivent aux tissus (transsudation interstitielle) qui les emploient et les mettent en œuvre.
De même que la désassimilation, l'assimilation peut porter sur les principes constituants et sur les principes auxiliaires.
1° Assimilalion des principes constituants. — Cette assimilation comprend trois actes ou trois stades; soit, par exemple, pour tîxer les idées, l'assimilation d'une substance albuminoïde par une fibre musculaire. Dans un premier stade, stade de fixation, la fib^re musculaire s'empare de l'albumine qui lui est offerte par le sang et la lympbe à l'état d'albumine du sérum; mais, à cet état, l'albumine ne peut entrer dans la constitution de la.fîbre, il faut qu'elle soit transformée, stade de transformation; elle devient alors de la myosine ; mais elle a encore une étape à franchir pour devenir partie intégrante de la fibre musculaire; c'est le slade d'intégration ou de vivification , elle n'était jusqu'ici que substance organique, elle devient organisée, vivante, elle devient substance contractile. Comment se produisent ces trois actes, quels en sont les agents, sous quelles conditions s'accomplissent-ils? Nous sommes là-dessus dans l'ignorance la plus absolue, et nous touchons là, en effet, aux phénomènes les plus intimes de la vie.
2° l'assimilation des principes auxiliaires est beaucoup moins complexe, ou plutôt il n'y a pas là assimilation véritable; mais le phénomène n'en est pas moins obscur. Cet apport de matériaux oxydables est le même pour tous les tissus et les organes, puisque le sang a une composition uniforme, et cependant ces matériaux ne paraissent être utilisés que dans certains organes, et plus dans les uns que dans les autres, sans que nous sachions, dans ces cas, la partffui revient à chaque élément anatomique.
m. — ACCROISSEMENT.
A l'état normal et pour un organisme qui a terminé sa croissance, la désassimilation et l'assimilation marchent de pair ; au fur et à mesure que l'usure d'un tissu prive ce tissu de ses principes constituants, la réparation se fait
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE L'ORGANISME. ''Jl
et l'organisme assimile de nouveaux principes en échange de ceux qu il a perdus. Dans ce cas, à moins de conditions particulières, il y a égalité entre les principes perdus et les principes assimilés; l'organisme ne gagne ni ne perd, il reste dans \e statu quo; l'équilibre existe entre les entrées elles sorties.
Mais cet équilibre n'existe pas toujours, et même on peut dire qu'il n'est vrai que théoriquement, que la plus faible cause suffît pour le rompre. Dans ce cas, s'il y a excès des entrées sur les sorties, de l'assimilation sur la désassimilation, l'organisme s'accroît; il décroit dans les conditions contraires.
A proprement parler, laccroisscrnent n'est qu'une augmentation de masse. Mais un tissu ou un organe peuvent augmenter de masse de deux façons: 1° par l'augmentation de volume des éléments déjà existants; 2" par l'adjonction aux éléments préexistants d'éléments nouveaux, autrement dit, par formation ou multiplication cellulaires. Le premier mode, augmentation de volume des éléments déjà existants, est en général très limité ; les éléments anatomiques ont à peu près le même volume chez des animaux de taille très différente, et on trouvera les mêmes dimensions, par exemple, pour la fibre musculaire d'un animal microscopique que pour celle d'une baleine; cependant, pour un organisme donné, la santé et la vitalité d'un élément artatomique se traduisent par une plénitude, par une sorte de turgoi' due à la tension cellulaire, et en somme par une véritable hypertrophie. Mais habituellement l'accroissement s'accompagne de la production d'éléments nouveaux, d'une prolifération cellulaire. Quel que soit le mode de la production des cellules nouvelles, ces cellules viennent se juxtaposer aux cellules anciennes et, suivant le mode de juxtaposition, donnent lieu aux divers modes d'accroissement organique. Tantôt l'accroissement est central, c'est-à-dire que les cellules nouvellement formées se produisent dans toute la masse et dans tous les sens, de façon que. Torgane augmente de volume suivant ses trois dimensions; tel paraît être le cas des organes massifs, comme le foie, le cerveau, etc. Tantôt l'accroissement se fait en surface, comme dans les membranes épithéliales par exemple ; tantôt enfin, comme dans les tubes nerveux de l'enfant, qui augmentent de longueur à mesure que la taille s'élève, l'accroissement est linéaire et se fait suivant une seule dimension.
L'activité favorise l'accroissement; un muscle devient plus volumineux par l'exercice. Il semble qu'il y ait là une contradiction avec cet autre fait de l'usure des tissus par l'activité exagérée; mais il faut remarquer que cette usure ne s'observe avec intensité que quand l'activité est poussée jusqu'à la fatigue. Dans l'exercice modéré, l'afflux sanguin augmente (par des causes encore inconnues), et comme l'apport de substances auxiliaires oxydables suffît pour la contraction, le tissu même n'a pas d'usure notable à subir et trouve, au contraire, dans l'excès de sang qui lui arrive, un excès de matériaux nutritifs et de principes constituants, autrement dit, une plus riche alimentation; il est dans le cas d'un individu qui se nourrit plus qu'il n'est besoin pour la somme d'exercice qu'il fait et qui, par conséquent, engraisse.