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CHAPITRE IV

EAU

L'eau forme environ les deux tiers du poids du corps; un homme du poids de7o kilogrammes contient 52 kilogrammes d'eau. Celte quantité varie du reste suivant les races, suivant les individus et surtout suivant l'âge. La })roportion d'eau, très forte chez l'embryon, diminue peu à peu à mesure <i|u'on avance en âge. Le corps d'un adulte contient, d'après Bischofif, o8o pour 1000 d'eau et 413 de matières solides; celui du nouvcau-né contient 6Gi parties d'eau et 330 de matières solides. Les proportions d'eau diffèrent aussi suivant les organes.

Le tableau suivant, emprunté en partie à Gorup-Besanez, donne les quantités

il) A con.s aller : J. Forster, Versuche iiher die Bedeufung der Aschenhestandtheile in der Na/irung {Z ïlsch. fur Biol., t. IX); Dusart, Pe inanition minérale {(iaz. méd. de Pans, 1874). ^

Beaiws. — Physiologie, 3<^ édition. K — ô

d'eau (pour 1000) contenues dans les principaux organes et liquides du corps bumain fi) :

Organes. Kau.

Émail 2

Ivoire 100

S(im'lettf 48G

(îraisse 299

Tissu élastique 490

Cartilages 550

Koie 093

Moelle 097

Suljstanee Llanelic du

cerveau 700

Peau 720

Cerveau 750

Muscles 757

ilate 758

Thymus 770

Tissu couueetif 790

iloius 8-27

SuLstance grise de l'é-

eorce cérébrale 858

Corps vitré 987

l'artii's solides.

Liquides.

b'uu.

'Saug 791

Hile 804

Lait.. 891

Plasma 901

Chyle 928

Lymphi' 958

Sérosilé 959

Suc gastrique 973

Suc int(!slinal 975

Larmes 982

Humeur aqueuse 980

Liquide eérébro-spiuai . . 988

Salive 995

Sueur 995

Parties solides.

On voit de suite, par ce tableau, que la proportion d'eau n'est pas toujours en rapport avec l'état solide ou liquide des diverses parties de l'organisme, puisque le sang, liquide, contient moins d'eau que le rein ou la substance grise de l'écorce du cerveau. Ce qui s'explique par la présence dans le sang de corpuscules solides, globules sanguins. Cette proportion est plus forte chez les individus mal nourris, plus faible chez les personnes grasses. Les muscles contiennent plus de la moitié de l'eau totale du corps (55 p. dOO).

État dans l'organisme. — L'eau se trouve dans l'organisme sous trois états :

1" Comme véhicule de substances dissoutes ou en suspension, elle constitue la masse principale des li(|uides de l'organisme, sang, lymphe, chyle, urine, etc.;

2" Comme eau d imbibilion, elle pénètre les substances solides de l'organisme et fait ainsi partie intégrante des éléments et des tissus du corps.

3" Comme eau de combinaison, elle entre dans la constitution même de certaines substances organiques, fait partie de leur molécule chimique et

(1) Volkmauu a duuué des chitl'res qui s"écarteut, sur quelques ])oints, des chiffres de JJischoff. 11 a trouvé en moyenne, chez Tadulte, 657 pour 1000 d'eau ])()ur la totalité du corps, et donne pour les divers orgaues les chilfres suivants (pour 1000 parties") :

Eau.

Peau 700

Pancréas 780

Cœur

Eau.

Kau.

Rate

Sang.

Autres orgaues 763

Les proportions d'eau du squelette données par Volkmann paraissent trop fortes. Voit l'évalue à 2^ p. 100 environ.

EAU

correspond à ce qu'on appelle en chimie eau de cristallisation. La quantité d'eau ainsi combinée dans l'organisme est très faible eu égard à la quantité (lui se trouve dans les deux élats précédents. Enfin une certaine proportion d'eau (mais qui ne peut être considérée comme faisant partie de l'organisme) se rencontre encore à l'état de vapeur dans les voies aériennes, poumons, bronches, etc.

Origine. — L'eau qui existe dans le corps provient pour la plus grande pariie de l'alimentation, et, quoique cette quantité varie suivant les individus et queliiuefuis dans des limites considérables, elle présente cependant une certaine constance chez un individu donné, et peut être évaluée en moyenne à un litre et demi à deux htres pour les boissons et à un demi-htre pour l'eau contenue dans les aliments solides.

En outre, une petite quantité d'eau paraît être formée dans l'organisme : on est en droit de le supposer d'après les considérations suivantes. La quanlilt' d'acide carbonique éliminée dans l'expiration ne correspond pas à la quantité d'oxygène introduite par l'inspiration; il est donc probable que cet excé lent d'oxygène, non employé à la formation de l'acide carbonique, sert à l'oxydation des graisses et se combine avec leur hydrogène pour former de l'eau. En outre, l'eau est avec l'acide carbonique le dernier degré d'oxydation des substances organiques. Mais cette oxydation n'est peutêtre pas la seule source de production d'eau dans l'organisme, et il est très probable, comme on le verra par la suite, qu'il peut s'en former aussi par dédoublement, comme on en a un exemple dans l'union de l'acide benzoïque et du glycocolle pour former de l'acide hippurique et de l'eau. La quantité d'eau formée dans l'organisme est de 16 p. 100 environ de la quantité totale t'iiminée.

Élimination. — L'élimination de l'eau en excès dans l'organisme .se fait par quatre voies ; les reins, la peau, les poumons (et les voies aériennes) et l'intestin, et se répartit ainsi : reins, 1500 centimètres cubes; intestin, 100 centimètres cubes; peau et poumons, 800 à 900 centimètres cubes. La quantité d'eau ainsi éliminée correspond à peu de chose près à la quantité d'eau introduite dans l'organisme, de façon que les organes et les tissus du corps contiennent toujours, au moins dans de certaines limites, les mêmes proportions d'eau. Quand ces proportions d'eau subissent une baisse ou une i hausse trop considérable, l'activité vitale diminue et peut même être abolie. C'est ainsi qu'on a vu plus haut la dessiccation empêcher la germination des graines et ramener à l'état de vie latente les rotifères et les tardigrades (voif.; page 20). Mais la privation d'eau n'a pas besoin d'être portée, si loin :pour • amener des troubles graves. Les lésions produites dans ce cas ont été bien «îtudiées par Tb. Ghossat. Cet observateur a constaté, sur des grenoijiiteV"^ privées d'eau {anhydrisées), en les plaçant sous des clocbes avec du chlorure -le calcium, des troubles de la circulation et de la respiration (dyspnée, ralentissement des battements du cœur), de la diminution de la sensibilité, des contractions tétaniques, etc., et la mort arrivait quand l'animal avait .

perdu environ '^io pour 100 de son poids. A Fautopsie il trouva des altéralions en rapport «vec la diminution d'eau et spécialement des altérations -des globules reuges.

L'introduction de l'eau en excès, comme l'ont prouvé les expériences de Falk et de Picot, détermine aussi des accidents qui peuvent devenir mortels.

La quantité d'eau de l'organisme et du sang en particulier doit donc -jnésenler une certaine constance. Quand cette quantité diminue et tombe au-dessous d'un minimum non encore déterminé, nous ressentons im€ senf^ation particulière, la soif, qui se localise principalement dans le pharynx ■et rarrière-gorge, et s'accompagne d'un sentiment de sécheresse des muqueuses buccale et pharyngienne. Mais cette sensation locale ne fait que traduire un état général de l'organisme, la diminution d'eau ; l'iiumectation Klirecte de la muqueuse n'apporte dans ce cas qu'un soulagement momentané, tant que de l'eau n'est pas absorbée en quantité suftisante, et d'un autre côté les injections d'eau dans les veines calment immédiatement la soif (Magendie, Dupuytren).

Rôle physiologique. — On voit par ce qui précède que le rôle physiologique de l'eau doit être des plus importants. Ce rôle peut -être considéré à ■.plusieurs points de. vue. Elle est indispensable aux phénomènes chimiques qni se passent dans l'organisme, soit qu'elle y intervienne simplement en dissolvant les matériaux qui doivent entrer dans les combinaisons et ceux qui doivent en sortir, soit qu'elle y contribue directement comme dans certains dédoublements ou dans les fermentations. Aussi la quantité d'eau d'un tissu ou d'un organe est-elle en général en rapport avec son degré d'activité vitale, et on peut constater facilement le fait en se reportant au tableau de lia page 82. Comme eau d'imbibition, elle détermine en grande partie les ^propriétés physiques de consistance, d'élasticité, de transparence, etc., -des tissus (1).

Mais, oe rôle physiologique, l'eau ne peut le remplir qu'à condition qu elle <:ontienne des principes minéraux en dissolution et dans une certaine pro- ;jiortion qui varie suivant les espèces animales (marines ou d'eau douce) et -suivant les tissus. Pure, à l'état d'eau distillée, l'eau est un poison pour tous îles organismes et tous les tissus sans exception.

C'est elle encore qui, par son évaporation à la surface de la peau et des poumons et le refroidissement qui en est la feuite, régularise la température du corps. Enûn, quoique dans ce cas son utilité ne puisse qu'être v^upposée, elle conduit ces courants électriques qui se forment continuellement dans l'organisme, courants dont l'existence est aujourd'hui incon- •teetable, quoique leur rôle physiologique soit encore indéterminé, i ',- '

Bibliojçraphie. — J. Mayer : Ueber rien Einfluss vermefirler Wasserzufuhr auf den Sloffumsatz (Zeitsch. f. kl. Med., t. II, 1880) {•!).

fl) Voir : Chcvreul, Mémohxs du Muséum, l. "XUI, 1819.

{1) A consulter : J. Chossat, Recherches sur la cotu-entmlion du sang chez les batraciens r^Arch. de physiologie, 1869); Picot, Rech. expérimentales sur l'action de l'eau injectée JfltTw fe* r<rR«s <Comptes rendus, t. LXXXIX). •

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