‹ Nouveaux éléments de physiologie humaine (volume 2)Chapitre 66 sur 329 · I I CH2 CH3. CO OH · texte numérisé non relu

I I CH2 CH3. CO OH

Acide glutamique. Acide aspartique.

Schutzenbergcr, dont les recherches ont été mentionnées plus haut, arrive aux résultats suivants sur la constitution des matières albuniinoïdes. Si l'on fait abstraction des produits accessoires qui n'apparaissent qu'à faibles doses, comme le soufre, la tyrosine, le pyrrol, etc., on trouve comme élément essentiel la leucéine, C^H''AzO-, formée comme on l'a vu par l'union de l'acide protéique, G*Hi*Az-0* et de la gluco-protéine, C*H*^Az-0'', avec élimination d'eau et qu'on peut considérer par conséquent comme un éther protéique. Cette leucéine jouerait dans la constitution des albuniinoïdes un rôle analogue à celui de la glycérine pour les corps gras. Elle formerait le noyau auquel se rattacheraient d'une part l'urée ou l'oxamide et les divers groupements amidés de l'autre. On peut ainsi concevoir théoriquement, sous sa forme la plus simple, la constitution d'une molécule d'albumine, en associant, avec perte d'eau, à une molécule de leucéine, une molécule d'oxamide, une molécule de leucine et une molécule d'acide amido-valérique, d'après l'équation :

4(C*n'Az02) -1- C«HiJAz02 + CSH^AzO^ -f Cm^O'* + 2AzH3 — 7H20 = C29H48Az80»o

Leucéine. Leucine. Acide amido- Ac. oxalique. Ammoniaque. Eau. Albumiue.

valérique.

Ce poids moléculaire de l'albumine est certainement trop bas, mais il peut facilement être doublé, triplé, etc., en soudant plusieurs groupes entre eux par l'intermédiaire de l'urée ou de l'oxamide. L'albumine serait dans cette hypothèse une uréicle complexe.

Les recherches de Gautier en France, de Pflûger en Allemagne, tendent à faire envisager d'une autre façon la constitution des matières albuniinoïdes. Déjà Hunt avait considéré les albumines co-nime des nitriles, c'est-à-dire comme des éthers cyanhydriques. D'après Gautier, il existerait dans tout composé albuminoïde une chaîne centrale ou noyau constitué par le groupement CAzH (acide cyanhydrique) non saturé, groupement pouvant être soit tétratomique, soit diatomique.

(Az H)— — C—

I il — C— (AzH)

Tétratomique. Diatomique.

A ces noyaux se rattacheraient des groupes diatomiques ou monoatomiques oxygénés, tels que OH ou CO, et plus généralement des radicaux aldéhydiques qui viennent compléter la molécule. Les groupements suivants feront saisir cette conception :

(OH) — C — (AzH) — H (OH) — C— (AzH)— H

Il II CH 0 CO

On sait la tendance de l'acide cyanhydrique et du reste de beaucoup de composés cyanés à se polymériser. Le groupement CAzH, en s'unissant à lui-même ou à Beaunis. — Physiologie, 3e édition. I. ^

d'autres groupements deviendrait ainsi le squelette des matières albuminoides et d'une partie des composés organiques complexes qui en dérivent, acide urique, etc. Vadénine, C°H*Az^, trouvée récemment par Kossel dans le pancréas, vient donner un exemple remarquable de cette polymérisation du groupe CAzH et confirmer les idées de Gautier, On trouvera plus loin la théorie de Pflùger. Pour ce qui concerne l'asparagine, voir : Formation de l'albumine.

Jusqu'ici nous n'avons guère envisagé que le noyau azoté des albuminoides, que ce noyau soit le radical AzH^, une carbamide (urée) CO{kzR^)-, une leucéine ou un noyau cyané. Mais d'autres groupements semblent entrer encore dans la constitution des albuminoides, je veux parler d'un groupement aromatique et d'un groiipement hydrocarboné.

L'existence d'un noyau aromatique C paraît démontrée par la présence de la tyrosine C^H^'AzO^ (qui contient le radical C*H* et un hydroxyle OH) dans les produits de décomposition de l'albumine; on a objecté, il est vrai, que ce noyau aromatique ne préexistait pas et se formait au moment môme de la décomposition. Baumann a admis en outre dans l'albumine un noyau aromatique non hydroxyle qui fournirait de l'acide benzoïque, C*H",CO0H ; il s'en forme en effet une petite quantité, mais seulement dans des conditions de décomposition spéciales. En tout cas ce noyau non hydroxylé existerait probablement à l'état d'aldéhyde benzoïque, C®H^ COH. De toute façon ces noyaux aromatiques ne forment pas plus de o p. 100 de la molécule d'albumine. C'est à ce noyau aromatique que répond la réaction de Millon.

Enfin on a admis aussi l'existence d'un noyau hydrocarboné dont on retrouve la trace dans les acides gras volatils, l'acide oxalique, etc., qui se produisent dans la décomposition des albuminoides. Ce groupement serait représenté soit par CHOH ou H. COH (aldéhyde formique), soit par CH-. D'après Krukenberg, toutes les substances albuminoides contiennent un groupement atomique qui réduit à chaud les solutions alcalines d'oxyde de cuivre, groupement de nature hydrocarbonée, et il considère les albuminoides comme des produits de substitution des hydrocarbonés. Les différences des substances albuminoides tiendraient pour lui au nombre différent de groupements hydrocarbonés qui entrent dans la constitution des albuminoides; c'est ainsi qu'on les trouve en plus grand nombre dans la mucine par exemple.

En résumé, quoique la question ne soit pas tout à fait tranchée, il me semble résulter des faits précédents que trois groupements principaux, essentiels, entrent dans la constitution des albuminoides, un noyau azoté, CAzH ou C0(AzH-)2, un noyau hydrocarboné, H. COH ou gras, CH^, et un noyau aromatique, C*H*, auxquels peuvent venir s'associer des noyaux accessoires de différente nature, la nature des albuminoides différant suivant le nombre et le mode de groupement des noyaux principaux et des noyaux accessoires.

Le mode de jonction de ces divers groupes n'est pas non plus bien connu et on en est encore réduit à des hypothèses.

Si, comme on le voit par ce qui précède, la constitution intime des substances albuminoides est loin d'être connue, il en est de même des conditions qui déterminent les différences qu'on rencontre entre les diverses substances de ce groupe. Ainsi, tandis qu'Heynsius et d'autres chimistes considèrent les diverses espèces d'albumines comme identiques, un grand nombre d'autres, Schmidt, Béchamp, Ritthausen, etc., en font des corps bien distincts. C'est qu'en effet les principales différences de ces corps sont basées sur leurs différences de solubilité dans les différents milieux, et ce caractère est tellement variable et tellement influencé par

PRINCIPES CONSTITUANTS DE L'ORGANISME. 163

une foule do conditions difficiles à préciser, qu'il est impossible de lui attribuer une grande importance. Du reste, les chimistes ne sont môme pas d'accord sur la question de savoir si l'albumine pure contient ou non des sels minéraux, et si ces sels entrent dans la constitution de sa molécule. On avait cru d'abord, par la dialyse, pouvoir obtenir de l'albumine absolument pure et dépourvue de sels (Graham, Schmidt, Aronstein); mais les recherches de Hoppe-Seyier, Kiihne, Heynsius, Gautier et Alexandrowilch, ont montré que, même en prenant toutes les précautions possibles, elle contient toujours une petite quantité de sels. Or, on sait combien une proportion, même minime, de sels minéraux mélangée à l'albumine peut modifier sa solubilité, sa facilité de précipitation et ses principales propriétés physiques (pouvoir rotatoire, etc.).

Synthèse des albuminoïdes. — Il a été fait quelques essais de production synthétique des albuminoïdes. Grimaux, en chauffant pendant deux heures à 12o° — 130» de l'anhydride de l'acide aspartique avec la moitié de son poids d'urée, a obtenu une substance de formule C^'*H*^Az1<'02b, qui présentait les caractères généraux des substances proLéiques. En traitant l'acide amidobenzoïque par le pentachlorure de phosphore il a préparé aussi une combinaison ayant tous les caractères de l'albumine du sérum.

Existence dans l'organisme. — Les substances albuminoïdes ou leurs dérivés font partie de tous les éléments et de tous les tissus de l'organisme sans exception ; on les rencontre en outre dans tous les liquides ayant un caractère nutritif, sang, lymphe, chyle, lait, ou dérivant du sang, suc des tissus, transsudations, dans un certain nombre de sécrétions, dans l'urine albuminurique. Le tableau suivant, emprunté à Gorup-Besanez, donne la quantité d'albuminoïdes pour 1,000 qui existe dans les principaux liquides et tissus de l'organisme :

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