C. — ROLE PROTECTEL'R DES ÉPITHÉLIUMS
Les épithéliums ont en premier lieu un rôle purement mécanique; partout où des pressions répétées, des frottements, pourraient léser les parties superficielles du corps, l'épithélium, devenu couche cornée de l'épiderme, agit comme organe protecteur; il agit de même en présence des substances chimiijues qui détruiraient rapidement les cellules plus délicates des parties profondes. Mauvais conducteur du calorique, l'épiderme, et spécialement ses annexes, poils, cheveux, etc., s'opposent, dans de certaines limites, aux déperditions de chaleur et peuvent aussi prévenir les effets d'une chaleur trop intense; ainsi les cheveux protègent la tête contre l'insolation.
Les épithéliums représentent des adjuvants indispensables de certaines fonctions. Les papilles cornées de la langue et du palais de certains animaux interviennent dans les phénomènes
PHYSIOLOGIE DES EPITHELIUMS. 243
de mastication. Mais c'est surtout dans les organes des sens spéciaux que se révèle le mieux la part prise par l'épithélium dans certains actes fonctionnels d'un ordre supérieur. Toute la sensibilité cutanée tactile est basée sur l'existence de l'épiderme; dès qu'il est enlevé, comme par un vésicatoire. il n'y a plus de sensation tactile nette et précise, il n'y a plus que de la douleur; l'épithélium lingual joue le même rôle pour la sensibilité gustative, et pour chacun des sens, il serait facile de faire la même remarque. Outre cette part nécessaire dans la sensation, l'épithélium fournit, par ses annexes et ses dérivés, des organes de protection et de perfectionnement pour les sens, cils des paupières et sourcils, cristallin, vibrisses, ongles, etc.
D. — ROLE DE L'EPITHELIUM DAXS L'ABSORPTIOX.
Les épilhéliums constituent, comme on l'a vu plus haut, une membrane continue recouvrant toute la périphérie de l'organisme; tout ce qui entre, tout ce qui sort, doit les traverser; ils peuvent donc servir à la fois à l'absorption et à l'élimination, être traversés par un courant allant de l'extérieur à l'intérieur ou par un courant de sens inverse. Supposons un instant que ce courant soit de l'eau ; que cette eau vienne du dehors et pénètre dans l'organisme, ou qu'elle vienne de l'organisme et soit éliminée à l'extérieur, il est évident à priori, et l'expérience l'a confirmé, que les phénomènes qui se produiront au moment où le courant traversera la membrane épithéhale n'en seront pas modifiés (') ; si la surface épithéhale laisse passer au dehors l'eau provenant de l'organisme, elle laissera passer l'eau de dehors en dedans avec la même facilité ; il y a parallélisme absolu entre l'absorption et l'élimination. Un exemple en est fourni par la muqueuse pulmonaire; à l'état physiologique, elle absorbe de^l'oxygène et élimine de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau ; de même on peut dire qu'elle absorbera les substances volatiles et les éliminera avec la même facilité ; l'absorption et l'exhalation des corps volatils marchent parallèlement et pari passu: étant donnée une surface épithéhale, à l'élimination facile d'une substance
(') Les faits contraires de Malteucci et de Cima me paraissent provenir d'une erreur d'observation et d'interprétation.
par cette surface correspond l'absorption facile de cette substance, et vice verset.
1° Absorption des gaz et des substances volatiles par les épithéliums. — La surface pulmonaire, dont l'épithélium si fragile et si délicat se rapproche tant des endolhéliums (Buhl, Debove), occupe la première place à ce point de vue, tant pour l'absorption physiologique de l'oxygène dans la respiration que pour l'absorption accidentelle des gaz et des substances volatiles. La peau, qui, même chez l'homme, est le siège d'une respiration rudimentaire, paraît, d'après les recherches les plus récentes, qui confirment en ce point l'opinion de Bicbat, pouvoir absorber les substances volatiles. Pour la muqueuse intestinale, où la respiration est plus rudimentaire encore, cette absorption est probable, sans qu'elle soit démontrée d'une façon positive.
2" Absorption des liquides et des substances solubles. — C'est surtout dans l'absorption des liquides et des substances solubles que se montre le mieux la spécialité d'action des surfaces épithéliales. Si l'on s'en tient à l'eau et aux principes que l'eau peut dissoudre, on voit certaines muqueuses, comme la muqueuse pulmonaire, l'absorber en quantité presque illimitée, tandis que l'épithélium vésical paraît presque réfractaire à l'absorption, La muqueuse intestinale, qui absorbe si rapidement la glycose et les peptones, n'absorbe qu'à peine ou très-lentement certaines substances toxiques et les virus. Enfin l'absorption cutanée ne se fait que lorsque l'enduit sébacé de la peau a été enlevé par différents moyens chimiques ou mécaniques.
3" Absorption de la graisse. — Le mécanisme de l'absorption de la graisse dans l'intestin sera étudié plus tard (voir : Absorption digestive). Partout ailleurs, sauf peut-être la peau dans des circonstances parlicuHères, l'épithélium, imprégné d'eau, est réfractaire à l'absorption graisseuse (voir, pour les détails, le chapitre : Absorption de la Physiologie spéciale).