A. — GÉNÉRATION SPONTANÉE
La génération spontanée {génération équivoque, hétérogénie, ahiogénèse, etc.) a donné lieu et donne encore lieu aux plus ardentes discussions. La question de savoir si les premiers êtres vivants doivent leur apparition à la génération spontanée sera étudiée à propos de l'origine des espèces. Ici, la seule question à examiner est celle d.e savoir si, actuellement, des êtres vivants peuvent naître sans germes ou parents antérieurs. Cette possibilité doit être écartée immédiatement pour la plupart des organismes, et les expériences de F. Redi (1638), Yallisnieri, Swammerdam, Réaumur, ont relégué depuis longtemps au rang des fables la génération spontanée des vers et des insectes admise par l'antiquité et le moyen âge. La question ne peut plus être soulevée aujourd'hui que pour les organismes tout à fait inférieurs, et c'est dans ce sens qu'elle a été reprise dans ces derniers temps par Pouchet et Joly, et plus récemment par II.-L. Smilh et G. Bastian en Angleterre, et par Huizinga en Allemagne.
Lu fait capital domine toute la question de l'hétérogénie, fait démontré d'une façon incontestable par Spallanzani et surtout par Pasteur, c'est que l'air et l'eau sont le véhicule d'une infinité de germes microscopiques qui, placés dans des conditions convenables, se développent en donnant naissance à d'innombrables organismes. Ces poussières atmosphériques se déposent sur tous
les objets; il est facile de les recueillir en filtrant l'air avec du coton ou de l'amiante, et on peut à volonté, en semant ces germes ainsi recueillis, déterminer l'apparition d'ôlres vivants. De là cette conséquence que pour pouvoir tirer des conclusions des expériences de génération spontanée , il faut empêcher ces germes d'arriver au milieu dans lequel les organismes doivent naître spontanément. Le meilleur moyen de détruire ces germes est la chaleur; mais il faut que cette chaleur soit portée trèshaut et des expériences nombreuses ont montré que la température de l'ébullltion ne suflit pas toujours pour détruire ces germes et qu'il en est qui résistent, surtout après dessiccation, à des températures de 110, 120 et HO degrés. Or, la plupart des substances organiques éprouvent déjà à 100 degrés des altérations qui peuvent modiher considérablement leur composition intime et par conséquent les rendre impropres à la formation d'organismes vivants. Il y a donc là, dans l'expérimentation, une sorte de dilemme dont il est à peu près impossible de sortir et qui explique pourquoi, malgré toutes les recherches, la question reste toujours ouverte.
Sans entrer dans les détails de la discussion pour laquelle je renvoie aux sources originales, je me contenterai de rappeler les principales expériences pour et contre l'hétérogénie.
Voici la plus importante expérience de Pouchet. 11 prend un flacon à l'émeri, le remplit d'eau bouillie, le ferme hermétiquement et le renverse sur une cuve à mercure ; il fait arriver ensuite dans son intérieur un mélange d'azote et d'oxygène dans les proportions voulues pour faire un air artificiel, et y introduit du. foin chauffé pendant vingt minutes à 100 degrés. Au bout de quelques jours, il se développe dans l'infusion, du PeniC27/n/??i glaucum, des amibes, etc. Mais la chaleur n'était pas assez considérable pour tuer tous les germes, et, du reste. Pasteur a démontré que les germes déposés sur la cuve à mercure sont entraînés par les gaz qui traversent le mercure et en assez grande quantité pour donner naissance à des organismes.
Les expériences contraires à l'hétérogénie sont très-nombreuses. Les unes ont pour but de montrer l'influence de l'abord de l'air sur la production des organismes ; les autres ont pour but de prouver que tout ce qui détruit ou enlève les germes dans l'air empêche toute production de génération spontanée.
Si on a deux infusions communiquant avec l'air extérieur,
GE-XÉRATIO-X ET REPRODUCTION. 3i5
l'une par un tube droit, l'autre par un luhe coudé, les infusoires ne se développent pas dans la dernière, dans laquelle l'air n'arrive pas aussi facilement (HolTmann;. Quand l'air a été débarrassé des germes qu'il conlient par la filtration (Pasteur) ou que ces germes ont été détruits par son passage à travers l'acide snlfurîque concentré (M. Schultze) ou un tube de porcelaine chauffé au rouge (Cl. Bernard), il ne se produit aucun organisme dans les infusions. Il en est de même si on prend l'air dans des régions très-élevées où l'almospbère est très-pure, comme sur de hautes montagnes (Pasteur).
Toutes ces expériences permetlent de conclure que, même pour la plupart des organismes inférieurs, la génération n'estjamais spontanée. Mais en est-il de même pour tous? Des expériences récentes de tluizinga le portent à admettre la génération spontanée, mais seulement pour les bactéries.
Il a vu, en etTet, des bactéries se développer dans une solution contenant des sels minéraux ('nitrate de potassium, sulfate de magnésium, phosphate neutre de calcium), de la glycose, de l'amidon et des peptones, le tout chauffé à 100 degrés pendant dix minutes, tempéralure et temps suflisanls, comme il s'en est assuré, pour tuer les bactéries qui auraient pu être contenues dans l'appareil. Mais l'intervention de l'air est nécessaire, et cet air arrive à la solution par une lame argileuse poreuse qui le filtre et le débarrasse complètement des germes qu'il pourrait renfermer. Des expériences de contrôle lui ont prouvé que les bactéries ne peuvent provenir ni de l'air, ni d'aucun des principes* employés dans ses expériences; il n'a jamais vu, du reste, de production de moisissures et de champignons microscopiques. Quand, au lieu d'employer la solution indiquée plus haut, il employait le mélange de Bastian (décoction de chou-rave et fromage) qui contient des substances riches en oxygène, l'accès de l'air n'était plus nécessaire. (Voir: Origine des espèces.)
Dibliosi'aphie. — rorCHKx : Hi't>'rogi'nie , 1850. — .Toly et Musset : Moniteur .<tcie?!7i/., Is61-18t)2. — Sciultze : Expériences sur les générations équivoques. lAnn. des se. iiatur., 1836.1 — Pastetu : Mém. sur les corpuscules organisés qui existent dans V atmosphère. (Ann. des se. iialur., IsiU.i — Bastian : Beginnings of Life, 1872. — HuiziXGA : Ziir Abiogenesis-Frage. Arch. de Pjiiiger, 1n73-1.874.
B. — GÉNÉRATION ASEXUELLE.
La génération asexueUe n'est en réalité qu'un mode même de l'accroissement et peut, par conséquent, se rattacher aux phéno-
mènes généraux de nutrition des organismes. La régénération et la transplantation forment le lien entre l'accroissement proprement dit et la génération. Nous avons vu en effet, à propos de la transplantation, que des parties détachées de l'organisme peuvent vivre encore un certain temps d'une existence indépendante et présenter même des phénomènes de multiplication cellulaire et de développement.
Le mode le plus simple de génération asexuelle est la génération par bourgeonnement on gemmiparité : i\ est très-répandu dans la série animale et se rencontre chez les polypes, les bryozoaires, les tuniciers, les vers plats, etc. Dans ce cas, sur un point ■ de la surface de l'organisme générateur, se produit une sorte de renflement organisé ou bourgeon qui s'accroît peu à peu et se développe de façon à constituer un nouvel organisme semblable au premier. Le bourgeon, une fois développé, peut rester uni au générateur; c'est ainsi que se forment les colonies decoralliaires, ou bien il peut s'en détacher et avoir une vie tout à fait indépendante, comme dans les hydres.
Tandis que, dans la gemmiparité, une partie restreinte du corps suffit pour donner naissance à un nouvel organisme, dans la fissiparité, l'organisme générateur doit se diviser en deux moitiés et disparaît en donnant naissance à deux organismes nouveaux. C'est ce qu'on observe chez un certain nombre d'infusoires.
Le troisième mode de génération asexuelle, la génération par germes ou par spores, n'est qu'une gemmiparité interne. Il se produit dans l'organisme une cellule germinative par une sorte de bourgeonnement interne, puis cette cellule est mise en liberté et en se développant finit par donner un organisme parfait; ce mode, qui existe surtout chez les végétaux cryptogames, se rencontre aussi chez certains infusoires et chez les trématodes.
Ces trois modes de génération peuvent en somme se réduire à celte loi physiologique : que, chez les animaux inférieurs, une portion de l'organisme, détachée du tout, a la faculté de vivre d'une façon indépendante et de se reproduire. Un fait qui indique aussi quelle est la généralité de cette loi, c'est que les mêmes procédés, se retrouvent dans la génération cellulaire. (V. Cellule)