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DE LA DIGESTION DANS LES DIVERS SEGMENTS DU TUBE

a. — Digestion dans la cavité buccale.

Les aliments subissent dans la cavité buccale deux espèces de modifications, des modifications mécaniques ei des modifications chimiques.'

Les modifications mécaniques consistent en une trituration

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des aliments par les mouvements de mastication. Cette trituration réduit en parcelles ténues les fragments que leur volume et leur dureté empêcheraient d'être plus tard pénétrés par les sucs digestifs; elle opère une dissociation préalable et grossière des divers éléments qui les composent et les ramollit en les imprégnant intimement de salive ; il en résulte une sorte de pâte ou de bouillie, bol alimentaire, qui par sa mollesse se prête à tous les changements de forme des cavités qu'elle doit traverser et présente cependant une certaine cohésion, de façon à nepass'émietter dans son parcours à travers le pharynx et l'œsophage. Dans ces mouvements de mastication une certaine quantité d'air est battue avec la salive et mélangée à la masse alimentaire avec laquelle elle est déglutie. La durée de la mastication varie évidemment suivant l'état physique de la substance alimentaire; plus celle-ci est dure et volumineuse, plus la mastication sera prolongée. Une mastication complète est une condition essentielle pour que les actes digestifs auxquels sera soumis ultérieurement le bol ahmentaire s'accomplissent régulièrement.

Les modifications chimiques qui se passent dans la cavité buccale sont d'abord une dissolution des parties solubles des aliments .et en particulier des sels solubles, et ensuite la transformation des féculents en glycose; mais, à cause du court séjour des aliments dansla cavité buccale, cette transformation ne fait que commencer, y est toujours très-incomplète et s'achève dans les parties sous-diaphragmaliques du tube digestif.

Dans le pharynx et dans l'œsophage, le passage du bol alimentaire est tellement rapide qu'il n'a pas le temps d'éprouver de modifications digestives particulières.

b. — Digestion stomacale.

Chez quelques animaux, comme le lapin, l'estomac est toujours plein, et la digestion stomacale est continue. Mais, chez la plupart des animaux et chez l'homme, la digestion stomacale est essentiellement intermittente. Dans ce cas, les aliments arrivent successivement dans l'estomac par petites portions, à chac^ue mouvement de déglutition. L'arrivée dans l'estomac des premières masses alimentaires imprégnées de salive détermine immédiatement une turgescence de l'estomac et une sécrétion de suc gas-

trique qui se continue tout le temps que de nouvelles masses alimentaires arrivent dans cet organe.

La digestion stomacale est caractérisée par la transformation en peptones des substances albuminoïdes; mais cette transformation ne s'accomplit pas intégralement dans l'estomac, elle ne fait que commencer là pour se continuer dans lintestin grêle, et même certaines substances ne font que le traverser et subissent toute leur digestion dans l'intestin. Aussi la part de l'estomac et de l'intestin grêle dans la digestion des albuminoïdes est-elle très-difficile à déterminer, et cette difficulté explique les fluctuations qui existent dans l'histoire de la science sur ce sujet: autrefois c'était l'estomac qui jouait le rôle principal; aujourd'hui on tend à le déposséder au proUt de l'intestin. Quelques auteurs même, exagérant cette tendance, refusent à l'estomac toute action digestive et ne lui accordent plus qu'un rôle mécanique et préparatoire de dissolution et de dissociation.

L'abord de la bile dans l'estomac arrête immédiatement la digestion des albuminoïdes. Il se passe encore dans l'estomac d'autres phénomènes indépendants de l'action digestive du suc gastrique: les sels solubles, la gomme, le sucre, sont dissous: certains sels insolubles de chaux et de magnésie le sont aussi à la faveur de l'acide du suc gastrique : les graisses sont liquéfiées par la température de l'estomac, mais sans subir de transformation: enfin l'action saccharifiante de la salive se continue, à moins que l'acidité du mélange ne soit trop prononcée. La cellulose, le tissu corné, le tissu élastique, restent inaltérés.

Il en résulte une sorte de bouillie ou de pâte molle, de couleur grisâtre ou brune, variable suivant l'alimentation, à laquelle on a donné le nom de chyme stomacal. Ce chyme comprend:

Des substances réfractaires à la digestion, tissu élastique, tissu corné, cellulose, etc.:

Des aliments, albuminoïdes, hydrocarbonés, graisses, non encore digérés;

Des boissons ;

Des sels :

Des aUments en voie de digestion, albuminoïdes et hydrocarbonés, plus ou moins modifiés par l'action du suc gastrique et de la salive;

De la glycose et, dans certains cas, de l'acide lactique et de l'acide butyrique ;

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Des traces de peptones ; il y en a toujours très-peu. car elles sont résorbées dans l'estomac même au fur et à mesure de leur production ;

De la salive et du suc gastrique ;

Des débris épithéliaux de la partie sus-diaphragmatique du tube alimentaire.

Enfin l'estomac contient encore des gaz en petite quantité, mais qui peuvent augmenter dans certaines conditions. Ces gaz proviennent en partie de l'air ingéré avec le bol alimentaire, en partie de décompositions des aliments. Aussi leur composition et leur nature varient-elles suivant l'alimentation. Planer a trouvé chez un chien nourri de viande 6 p. 100 d'oxygène, 68 d'azote et 26 d'acide carbonique. L'estomac est le siège d'une véritable respiration rudimentaire ; l'oxygène introduit avec les aliments est absorbé en partie et remplacé par de l'acide carbonique exhalé par la surface de la muqueuse ; mais tout l'acide carbonique de l'estomac ne provient pas de cette respiration ; une partie provient évidemment de la décomposition des carbonates de la salive par le suc gastrique et peut-être aussi d'une fermentation butyrique: en effet, Chevreul a trouvé de l'hydrogène dans l'estomac d'un supplicié.

La durée du séjour des aliments dans l'estomac est trèsvariable; les hquides y séjournent le moins longtemps et paraissent suivre, dans certains cas. la petite courbure pour se rendre directement dans le duodénum sans même se mélanger avec la masse alimentaire qui occupe la grande courbure et le grand cul-de-sac. Cette rapidité de passage se montre même pour les liquides qui contiennent des substances albuminoïdes digestibles; ainsi, dans un cas de fistule duodénale, du lait non encore coagulé se montrait à l'orifice de la fistule quelques minutes après l'ingestion. Parmi les aliments solides, il en est qui passent de l'estomac dans l'intestin après un temps assez court, 15, 20 minutes; d'autres ne passent dans l'intestin qu'au bout de quelques heures; mais en général, au bout de 4 à 5 heures, la digestion stomacale est terminée et l'estomac vide.

Le temps pendant lequel les diverses substances alimentaires séjournent dans l'estomac ne donne pas une idée juste de la digestibilité de ces substances, puisque, d'après ce qu'on vient de voir, étant donné un aliment introduit dans l'estomac, une

partie de cet aliment passera dans l'intestin sans être modifiée, tandis que l'autre partie pourra être digérée complètement dans l'estomac. Cependant, ces réserves faites, la durée du séjour des substances alimentaires dans l'estomac donne des indications utiles pour le physiologiste et le médecin.

Beaumont, sur le Canadien Saint-Martin, Cidderet Schmidt, sur une femme atteinte de fistule gastrique. Gosse, sur lui-même lil était atteint de mérycisme ou rumination), ont cherché le temps pendant lequel les divers aliments séjournaient dans l'estomac. Le lait, les œufs à la coque, le poulet, le veau, l'agneau, la truite, la perche, le brochet, séjournent dans l'estomac une heure ou une heure et demie; le pain, les pommes de terre, le bœuf un jjeu plus longtemps; le porc, le boudin, le canard sauvage, de 4 à 6 heures. Il y a du reste, sous ce Tapport, de très-grandes variétés individuelles.

L'estomac se vide de deux façons : 1° par résorption des peptones à mesure qu'elles sont produites; 2° par le passage du chyme dans le duodénum; ce passage se fait par petites masses successives, de plus en plus volumineuses et multipliées à mesure que la digestion avance, jusqu'à ce que tout le contenu de l'estomac se soit vidé dans l'intestin.

c. — Digestion dans l'intestin grêle.

Dès que le chyme a franchi le pylore pour pénétrer dans l'intestin grêle, le suc gastrique perd toute action digestive et ce chyme acide détermine un afflux de bile, de suc pancréatique et de suc intestinal; d'après Schiff, c'est au liquide des glandes de Brunner que reviendrait la plus grande part dans la neutralisation de l'acidité du mélange. L'acidité disparaît peu à peu ; à la fin du duodénum, le contenu de l'intestin est en général déjà alcalin, et cette alcalinité se conserve habituellement jusqu'à la terminaison de l'intestin grêle.

L'action du mélange des trois sécrétions intestinales sur la masse alimentaire est assez difiicile à analyser, si on veut faire exactement la part de chacune d'elles. Cependant un fait certain, c'est que dans l'intestin grêle tous les ahments, albuminoïdes, féculents, sucre de canne, graisses, sont modifiés et transformés de façon à les rendre assimilables, et que le plus grand rôle

revient au suc pancréatique. 11 semble, d'après ce qu'on a vu plus haut, que la bile devrait s'opposer à la digeslion intestinale, comme elle s'oppose à la digestion stomacale; mais cette précipitation des peptones par la bile ne se fait que dans un milieu acide et pourrait tout au plus avoir lieu dans les parties supérieures du duodénum; dans un milieu alcalin et, par conséquent, dans tout le reste de l'intestin grêle, la bile n'empêche en rien la transformation des albuminoïdes en peptones.

Le chyme intestinal varie suivant l'endroit même de l'intestin où il est recueilli. Très-liquide et coloré en jaune par la bile dans les parties supérieures de l'intestin, il devient plus épais, se fonce et acquiert une couleur verdàtre dans les parties inférieures; sa composition se rapproche de celle du chyme stomacal , dont il se distingue par son alcalinité, la plus faible proportion de principes alimentaires non digérés, des traces de leucine et de tyrosine et la présence des sécrétions intestinales et spécialement de la bile.

Ce chyme ne remplit pas complètement l'intestin grêle ; il ne s'y trouve que par places, les anses intestinales voisines restant vides et tantôt affaissées, tantôt au contraire distendues par des gaz, d'autres fois remplies par de la bile presque pure ou par du mucus intestinal formé en grande partie de cellules épithéliales.

Les gaz de l'intestin grêle consistent en azote, acide carbonique et hydrogène. L'hydrogène et une partie de l'acide carbonique proviennent de la fermentation butyrique des hydrocarbonés. On ne rencontre dans l'intestin que des traces d'oxygène.

La durée du séjour de la masse alimentaire dans l'intestin grêle est peu connue, et on n'a pas de données précises sur ce sujet. Chautard a vu que si, après avoir pris des aliments herbacés, on s'en abstient complètement, la raie de la chlorophylle met trois jours à disparaître quand on examine au spectroscope le contenu de l'intestin.

d. — Digestion dans le gros intestin.

Le chyme alcalin de l'intestin grêle trouve dans le gros intestin un suc qui a aussi la réaction alcahne; cependant, habituellement, le contenu du gros intestin a la réaction acide; mais cette acidité tient à une décomposition de la masse alimentaire (dé^

composition des graisses par le suc pancréatique, fermentation lactique et butyrique des hydrocarbonés, etc.), aussi la réaction acide est-elle toujours plus prononcée dans le centre de la masse qu'à sa surface.

Les aliments ne paraissent plus subir dans le gros intestin de transformation digestive, sauf peut-être dans le cœcjim. surtout chez certaines espèces animales, comme le lapin, chez lesquelles le coecum constitue un sac très-allongé et volumineux où s'accomphssent probablement des phénomènes digestifs très-actifs. Mais, en tout cas, cette digestion cœcale n'est que rudimentaire chez l'homme, et on peut admettre, chez lui, qu'à partir de la valvule iléo-cœcale, il ne se passe plus que des phénomènes d'absorption et qu'il n'y a plus de transformations digestives.

La bile se décompose peu à peu dans le parcours du gros intestin ^voir : Bile) et donne lieu à la formation de taurine, de glycocolle. d'acide cholalique, d'acide choloïdique, de dyslysine et d'urobiline. Les altérations du suc pancréatique et du suc intestinal sont inconnues.

Par suite de ces décompositions et de la résorption graduelle des aliments assimilables, le chyme du gros intestin prend peu à peu le caractère des matières excrémentitielles: l'odeur fécale s'accuse peu à peu. la couleur se fonce, la consistance augmente; cependant, à l'examen microscopique, on retrouve encore des substances digestibles qui ont traversé l'estomac et l'intestin sans avoir été modifiées.

Une fois arrivées dans la partie inférieure du gros intestin, les matières du gros intestin ont tous les caractères des matières excrémentitielles.

Les fèces ou excréments ont en général une réaction acide, plus prononcée après une nourriture féculente; quelquefois cependant ia réaction est neutre ou alcaline (fermentation ammoniacale;.

On y rencontre les substances suivantes :

Les parties réfractaires ou insolubles des substances alimentaires, tissus élastiques et cornés, mucine, tissus végétaux, phosphates de magnésie, sels de chaux, etc. ;

Un excédant d'aliments digestibles qui n'ont pas été modifiés ou ne l'ont été qu'incomplètement, fibres musculaires, fragments d'albumine, amidon, graisses, etc.;

Des cellules l'pithéliaies de l'intestin;

Des principes biliaires plus ou moins décomposés, urobihne et matières colorantes de la bile ; acides biliaires, surtout l'acide glycocholique qui se décompose plus difficilement, acide cholalique; dyslysine, cholestérine ; la taurine et la glycocolle ne s'y rencontrent pas ;

Des prodpits de décomposition solides ou gazeux, acide butyrique et acétique, stercorine, indol, naphlylamine, etc.

Les fèces contiennent 25 p. 100 de parties solides, sur lesquelles 3 à 4 p. 100 de substances minérales; la proportion de principes solides peut atteindre 50 p. 100 pour une nourriture composée uniquement de yiande; elle diminue au contraire beaucoup quand on ajoute du sucre en quantité notable à l'alimentation.

lia couleur des fèces dépend en grande partie de la matière colorante biliaire; en effet, cbez les cbiens à fistule biliaire avec écoulement extérieur, les excréments ont une couleur blanc grisâtre. Cependant la nature de Talimentation exerce aussi de l'influence: un régime exclusif de viande les rend noirs, un régime mixte de féculents et de viande brun jaunâtre, un régime berbacé verts.

Leur quantité varie entre 100 et 200 grammes par jour et peut aller jusqu'à 400 et 500 grammes; elle est plus forte par une aUmen talion végétale.

La durée du séjour des fèces dans le gros intestin varie entre six et vingt-quatre beures environ ; cette durée, très-différente du reste suivant les individus, est soumise à l'influence d'une foule de causes et en particulier de l'babitude.

Les gaz du gros intestin ont une composition qui dépend de la nature de l'alimentation. On y rencontre des traces d'oxygène, de rbydrogène, de l'acide carbonique, fie l'azote, et en outre de rbydrogène carboné et de l'bydrogène sulfuré; le second n'y existe qu'en très -faible quantité, à la suite d'alimentation de viande et provient probablement du soufre des albuminoïdes et peut-être d'une décomposition de la taurine. On y trouve des principes volatils odorants encore indéterminés.

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