VITESSE DU SANO
Appareils pour mesurer la vitesse du sang. — Hémodromomètre de Volkmann [fig. 166, page 692). — Cet instrument se compose d'un tube métallique court, 1, 4, sur lequel s'embranche un tube de verre
PHYSIOLOGIE FO.XGTIONiNELLE.
en U, 2, 3, rempli d'une solution alcaline incolore. Deux robinets à trois voies permettent, suivant leur jeu, d'interposer le tube en U dans le
Fig. 166. — Hémodromomètre de Volkmann. (Voir page 691.)
trajet du tube métallique, comme en G, ou de l'en isoler tout à fait, comme en B. On tourne d'abord les robinets dans la position B, et on réunit les extrémités 1 et 4 du tube court aux deux bouts du vaisseau ; le sang coule de l en 4 ; on tourne alors rapidement les robinets
MÉCANIQL'E DE LA CIUCULâTIO>'.
dans la position C ; le sang ne peut passer directement de 1 en 4 et est obligé de traverser le tube en U ; il s'y mêle à la solution alcaline, qu'il rougit, et on voit au changement de coloration quand il a parcouru le tube en entier et combien il a mis de temps à le parcourir. Comme ou connaît Ja longueur du tube, on en déduit facilement la vitesse du sang. Appareil de ludwig [et de Dogiel (fig. 167). — Cet appareil est d'un
maniement plus facile et plus rapide que le précédent. Deux ampoules de verre. 1 et 2, de capacité déterminée, communiquent entre elles par un tube, 3. et a Jeur autre extrémité communiquent avec deux tubes, 7 et 7', qui s'adaptent aux deux bouts d'une artère ou d'une veine par les ajutages 8 et 9. Les ampoules sont supportées par un disque. 5, 5', qui peut tourner sur le disque inférieur 6, 6', de façon que cha« cune des ampoules peut se trouver en communication alternativement avec le tube 7 et avec le tube 7'. Avant lopération, on remplit l'ampoule 1 de sang défibriné, l'ampoule 2 d'huile, et on met en rapport (lappareil étant dans la position indiquée dans la Ogure) le tube 7' avec le bout central de l'artère, et le tube 7 avec le bout pé^ripbérique. Le sang arrive par 7' et pousse l'huile de l'ampoule 2 dans Tampoule 1, dont le sang délibriné passe dans le bout périphérique de l'artère. On note l'instant où le sang de l'artère arrive dans Lappareil et l'instant où le sang a rempli i l'ampoule 2, jusqu'à un trait marqué
F>g. i67.-Appareii de Lmiwig et Dogiel d'avauco. Ou a aiusi le temps qu'uuo pour mesurer la vitesse du sang. quantité dc saug Correspondante a la capacité de Lampoule a mis à traverser l'artère, il est facile d'en déduire la vitesse du courant. On recommence ensuite l'opération en tournant le disque 5, 5' : l'ampoule 1, remplie d'huile, communique alors avec le tube 7' et avec le bout central de l'artère; Lampoule 2, remplie de sang, avec le bout périphérique de l'artère. On peut répéter ainsi successivement plusieurs fois l'opération pour en contrôler Lexactitude.
Eémotachomètre de Vierordt (fig. 168). — Cet appareil se compose d'une cage rectangulaire dont les parois opposées sont formées par une glace transparente ; le sang y arrive par l'ajutage situé à droite de
la figure et sort par celui de gauche; mais avant de sortir, le courant isanguin déplace un petit pendule terminé par une boule d'argent munie de deux pointes qui touchent sans frottement les deux glaces et permettent, malgré l'opacité du sang, de voir les mouvements du pendule. La déviation du pendule, indiquée sur un cercle gradué, mesure la vitesse du sang. Yierordt a complété son appareil en le transformant en appareil enregistreur.
Hémodromog?'aphe de Chauveau et tor^e^ fj^. i68. — Hémotachomètre {fig. 169, page 695). — La figure représente Thé- ^^ vierordt.
modromographe combiné au sphygmoscope de Marey. Un tube en cuivre, 1, s'adapte par ses deux bouts au vaisseau sur lequel on veut expérimenter; vers le milieu de ce tube se trouve une fenêtre exactement fermée par une membrane en caoutchouc; cette membrane est traversée, comme le montre la figure 1 bis, par une aiguille qui fait saillie à l'intérieur du tube et dont l'autre extrémité se termine par une pointe écrivante qu'on met en communication avec le papier d'un appareil enregistreur, 8. Le courant sanguin, passant par le tube, dévie l'aiguille et la déviation s'inscrit sur le papier qui se déroule dans l'appareil enregistreur. Le sphygmoscope 2 communique d'autre part avec le tambour du polygraphe 5, et le levier du polygraphe 6 inscrit simultanément les variations de pression dans l'artère. Cet appareil donne des indications très-précises et a été employé avec succès par Chauveau, Laroyenne, Lortet, etc.
Les figures 170 et 171, page 696, donnent, d'après Lortet, les graphiques de la vitesse (V) et de la pression (P) dans la carotide du cheval.
Mesure de la vitesse du sang dans les capillaires. — Cette vitesse s'apprécie facilement au microscope ; il suflit de compter le temps qu'un globule sanguin met à parcourir un espace donné mesuré au micromètre. Vierordt a employé pour la mesurer la vision entoptique des mouvements des globules dans les capillaires de la rétine (voir: Vision).
Procédés pour mesurer^la vitesse de la circulation. — Procédé d'Héring. — On injecte dans une veine jugulaire du ferro-cyanure de potassium et on recueille le sang de la jugulaire, du côté opposé, de 5 secondes en 5 secondes, puis on examine chaque portion du sang recueilli avec le perchlorure de fer ; un précipité de bleu de Prusse indique à quel moment le sang recueilli contenait le ferro-cyanure et par conséquent combien il a fallu de temps à la substance injectée pour parcourir le circuit vaseulaire. Vierordt a perfectionné le procédé en adaptant les vases destinés à recueillir le sang au disque tournant d'un appareil enregistreur ; il recueille ainsi le sang de demi-seconde en demi-seconde.
MEC.VMOl'E BE LA CIRCULATION.
696 PHYSIOLOGIE F0XCT10>>;ELLE.
La vitesse du sang est en raison inverse du calibre total des I vaisseaux ; ainsi elle est la plus forte dans l'aorte, elle diminue
Fig. 170. — Graphique des variations de ia vitesse et de la pression du sang dans la carotide
du clieval. (Loitet.)
dans ses branches, atteint son minimum dans les capillaires dont la section totale est 800 fois celle de l'aorte, et augmente dans les veines pour atteindre dans les gros troncs veineux une vitesse
Fig. 171. — Graphiques de la vitesse et de la pression dans la carotide du cheval. (Lortet.)
assez forte, mais toujours inférieure à celle des grosses artères et de Taorte. Les chiffres suivants indicjuent, en millimètres, les
vitesses du sang par seconde dans les différentes parties de l'appareil yasculaire :
Cheval. Chien.
Artère carotide 300 26u
— maxillaire IC^ —
— Diétatarsienne 5G —
Capillaires 0,5 à 0,8 —
Veine jugulaire 100 <?) —
Veines caves 110(?; —
Tandis que dans les petites artères, les capillaires et les veines, la vitesse est constante et uniforme, il n'en est plus de même dans les artères et spécialement dans les grosses; chaque systole ventriculaire y amène une accélération de vitesse (voir /j^. 170 et 171, p. 696). En outre, dans les grosses veines les plus rapprochées du cœur, la respiration est une deuxième cause de variations rhythmiques dans la vitesse du sang.
Les causes qui font varier la vitesse du sang sont : V les différences de pression entre l'origine et la terminaison du système vasculaire : mais la pression moyenne du sang n'a aucune influence, on peut augmenter ou diminuer cette pression par une injection ou par une saignée sans changer la vitesse du courant; 2° les obstacles sur le trajet du courant" sanguin et surtout les changements de calibre des vaisseaux, changements qui sont sous rinlUience de l'innervation; 3'' la qualité du sang; certaines substances ('addition de sels alcalins neutres) activeraient la vitesse du sang (Aronheim). 11 n'y a pas de rapport constant entre la fréquence des battements du cœur et la vitesse du sang.
On peut appeler vitesse ou durée de la circulation le temps qu'une molécule sanguine met à parcourir complètement le circuit vasculaire igrande et petite circulation'), qu'un globule sanguin, par exemple, parti du ventricule, met à revenir à ce ventricule. A priori, il est évident que cette durée variera suivant la longueur du circuit à parcourir et qu'un globule sanguin parti du ventricule gauche et qui passera par le? capillaires du pied mettra plus de temps pour revenir au ventricule que le globule qui ne parcourra que l'artère coronaire, les capillaires du cœur et la veine coron-aire. Cependant on a cherché à apprécier la vitesse moyenne de la circulation en prenant une longueur de
698 PHYSIOLOGIE FONCTIO>'>'ELLE.
circuit vasculaire intermédiaire entre ces deux extrêmes. D'après les expériences d"Héring, répétées par Vierordt, cette vitesse pour la circulation des veines jugulaires est de 16 secondes chez le chien, de 23 secondes approximativement chez l'homme, c'est-àdire qu'en 23 secondes une molécule partie de la veine jugulaire revient à son point de départ. Pour les veines crurales on obtient 2 secondes de plus. Cette vitesse de la circulation explique la rapidité avec laquelle les substances introduites dans le sang, les poisons par exemple, se répandent dans l'organisme.
Chez un individu donné, la fréquence du pouls diminue avec la vitesse de la circulation, à moins que la fréquence ne soit extrême, auquel cas, cette vitesse, au lieu de diminuer, augmente.
11 y a donc un rapport entre la fréquence des battements du cœur et la vitesse de la circulation, et Vierordt a trouvé que chez la plupart des espèces animales la vitesse de la circulation est égale au temps pendant lequel le cœur fait 27 pulsations. C'est ce que montre le tableau suivant emprunté à Vierordt :
Poids du corps Fréquence du pouls Nombre de pulsations en par pendant la durée
grammes. minute. de la circulation.
Cabiai 222s«- 320 23,7
Chat 1,.312 240 26,8
Hérisson. ... 911 189 23,8
Lapin 1,434 220 28,5
Chien 9,200 96 26,7
Cheval 380,000 55 28,8
Poule 1,332 354 30,5
Buse 693 282 31,6
Canard 1,324 163 28,9
Oie 2,822 144 26,0