A. — DES EXCITANTS DES SEXSATIOXS TACTILES
Les sensations tactiles sont déterminées par des actions mécaniques, contact, pression, traction, et par l'excitation qui en résulte dans les nerfs sensitifs de la peau et des muqueuses.
Le mode d'application de l'excitation mécanique sur la surface sensible diffère suivant que le corps est solide, liquide ou gazeux.
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r Solides. — Les corps solides, dont l'aclion peut toujours se mesurer par des poids, agissent sur la peau (ou les mucpieuses) de deux façons : par pression ou par traction.
Lii pression peut varier depuis zéro jusqu'à un maximum qui n'a pour limite que la désorganisation même des tissus. De zéro à une certaine pression minimum, qui dépend de la sensibilité de la région, la sensation est nulle, et à cette pression minimum correspond la sensation de contact simple ; bientôt et très-rapidement, la sensation change de caractère et on a la sensation de pression; puis, la pression augmentant toujours, la sensation de pression fait place à une sensation nouvelle, celle de douleur, qui elle-même disparaît quand la pression, arrivée à son maximum, désorganise les extrémités nerveuses. Il y a donc une sorte d'échelle graduée des impressions tactiles correspondant aux différences d'intensité de l'excitation mécanique.
La pression peut varier non-seulement en intensité, mais en étendue; et c[uelque circonscrite qu'ehe soit, elle couvre toujours une surface correspondante à plus d'une périphérie nerveuse. Cette pression peut être uniforme, c'est-à-dire répartie également sur les différents points de la surface touchée, ou irrégulière ; dans ce dernier cas, qui est le plus ordinaire, les sensations tactiles sont plus précises et plus nettes. Un corps rugueux, qui ne touche la peau que par quelques points en laissant des intervalles non impressionnés, donne une sensation plus accusée qu'un corps lisse qui touche la peau par un grand nombre de points. Si l'on imprime le doigt dans un morceau de paraffine encore molle et qu'on la laisse se sohdifier sur le doigt, les sensations tactiles disparaissent, sauf à l'endroit où la paraffine cesse d'entourer le doigt; dans ce cas, en effet, la paraffine se moule sur les divers accidents de surface de la peau et presse également sur tous les points ; ïinêgalitc de pression paraît être iine des conditions de la sensation tactile ; de là l'utilité pour la finesse de la sensation des crêtes papillaires qu'on trouve sur les parties de la peau les plus aptes au toucher, comme la face palmaire des doigts et de la main.
Quand les pressions sont très-légères (frôlement) et se succèdent rapidement, périodiquement ou non, en excitant une grande quantité de fibres nerveuses, les sensations tactiles prennent un caractère particulier : c'est le chatouillement.
La traction (sur les cheveux, les poils) détermine beaucoup
plus rapidement la sensation de douleur, et 1 eclielle sensitive est bien moins étendue que pour les sensations de pression.
2° Liquides. — Les liquides (supposés à la température de la peau) pressent uniformément sur toutes les parties de la surface cutanée . à l'exception des points de la peau qui se trouvent en contact avec la surface du liquide ; soit, en effet, un doigt plongé dans un liquide, dans du mercure par exemple: la partie plongée dans le liquide subit une pression qui décroit uniformément de bas en haut ; la partie du doigt située dans l'air est soumise aussi à une pression uniforme ; c'est seulement au niveau de la surface du liquide qu'il y aura inégalité de pression dans le derme, suivant une ligne circulaire correspondante à la ligne d'affleurement du mercure ; aussi la sensation tactile est-elle absente, sauf en cet endroit, où elle se révèle par l'impression d'un anneau fixe. L'expérience est plus frappante avec le mercure qu avec l'eau à cause de la différence de pression qu'il y a entre l'air et le mercure; la sensation est encore plus vive quand on enfonce et qu'on retire alternativement le doigt du liquide.
3° Gaz. — Un courant d'air qui vient frapper obliquement la peau détermine une sensation tactile : cette sensation est beaucoup moins marquée quand le courant d'air frappe perpendiculairement la surface cutanée.
Le mode de transmission des excitations mécaniques jusqu'aux nerfs sensilifs est encore très-obscur. On trouve dans la peau et les muqueuses trois espèces de terminaisons nerveuses auxquelles puissent se rattacher les sensations tactiles : 1° les corpuscules du tact ; 2° un plexus nerveux de fibres sans moelle dont les extrémités plongent jusque dans la couche de Malpigbi, et 3° les corpuscules de Pacini. Les deux premiers sont situés sous l'épiderme, les derniers dans le tissu cellulaire sous-cutané.
La première coucbe rencontrée par l'excitation mécanique est la couche cornée de l'épiderme; cette coucbe cornée, très-variable d'épaisseur, transmet aux périphéries nerveuses Tébranlement mécanique et parait en même temps en atténuer lintensité. Quand cette couche cornée disparaît (vésicatoires , la sensation tactile est remplacée par la douleur, et la sensation perd en même temps de sa précision. Au-dessous de cette couche cornée, fèbranlement mécanique rencontre la couche de Malpighi, moins dure, moins dense, imprégnée de liquides et comparable peut-être à une mince lame liquide interposée entre la couche cornée et les extrémités nerveuses. Comment, avec quelles
modiûcations rébranlement mécanique se transmet-il dans cette lame pour arriver aux nerfs? C'est ce qu'il est impossible de préciser.
En tout cas,, si une pression très-faible sufTit pour que les corpuscules du tact et le plexus nerveux soient excités (ainsi dans le chatouillement), il n'en est plus de même pour les corpuscules de Pacini, situés plus profondément ; il faut pour cela une pression plus marquée qui puisse se faire sentir à travers l'épaisseur de la peau.
Le mode même d'excitation des terminaisons nerveuses est aussi peu connu. Les actions mécaniques déterminent-elles simplement une pression, pression qui se transmet aux corpuscules du tact ou de Pacini, ou bien produisent-elles des oscillations qui agiraient sur les extrémités nerveuses comme les vibrations de Pair sur les nerfs auditifs, ou bien les deux modes peuvent-ils se présenter suivant les cas? Krause a cherché à trouver dans la structure des corpuscules des conditions anatomiques qui augmenteraient la pression dans les parties centrales; Meissner, de son côté, voit dans Parrangement des fibres nerveuses dans les corpuscules du tact une disposition qui favoriserait Paction des oscillations, et a cherché ainsi à expliquer mécaniquement certains phénomènes de la sensation tactile; mais ces hypothèses, n'étant susceptibles jusqu'ici d'aucune vérification, doivent être laissées de côté jusqu'à nouvel ordre.