‹ Nouveaux éléments de physiologie humaineChapitre 144 sur 377 · HELMHOLTZ · texte numérisé non relu

HELMHOLTZ

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Auerbach a modifié la théorie d'Helmholtz. En analysant à l'aide de résonnateurs les sons partiels de chaque voyelle en la chantant aux différentes hauteurs de l'échelle musicale, il a vu qu'il n'y avait pas, comme le croyait Helmholtz, une hauteur absolue et invariable pour chaque voyelle; mais que l'intensité des sons partiels pour chaque voyelle dépendait de deux facteurs : 1" du numéro d'ordre des sons partiels dans la série; l'intensité diminue du premier au dernier; 2° de la hauteur même de la note sur laquelle la voyelle est chantée. Le tableau suivant (p. 316) donne le résumé de ces recherches pour les dillerentes voyelles lorsqu'on les chante sur la note ut. En regard de chaque voyelle les chiffres de la ligne supérieure situés à gauche dans chaque colonne expriment les intensités relatives des sons partiels, le premier son partiel étant considéré comme égal à 27 (ainsi pour la voyelle U, les chiflres 27, 19, 10, etc.). Les chiffres de la ligne inférieure placés à droite dans chaque colonne expriment les intensités relatives des sons partiels d'après leur hauteur absolue, l'intensité du premier son partiel ut étant égal à 1. Pour avoir les mlensités réelles des sons partiels les uns par rapport aux autres, il suffit de mullipher le chiffre de la ligne supérieure par le chiffre de la ligne inférieure de la même colonne; ainsi 9X3,2 donnera l'intensité réelle (relative) du quatrième son partiel de la voyelle U. Les chiffres imprimés en caractères gras correspondent aux maxima d'intensité.

(1) Ces hauteurs se rapportent à la prononciation des Allemands du Nord ; il n'a pas été fait de recherches sur les voyelles prononcées à la française.

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J'ai mentionné plus haut les recherches de J. Lefort sur le même sujet.

Le timbre des voyelles dépend du nombre, de l'intensité et de la hauteur des sons partiels. Suivant la forme prise par la cavité buccale, la résonnance de cette cavité varie et cette résonnance fait prédominer dans le son vocal tel ou tel harmonique et détermine le timbre spécial de chaque voyelle. Les recherches de Kœnig ont démontré qu'il faut faire intervenir en outre dans le timbre des voyelles l'influence de la différence déphasé des sons harmoniques (voir : Kœnig, Expériences d'acoustique, p. 234).

Il y a en réalité autant de voyelles différentes qu'il peut y avoir de formes différentes de la cavité buccale, et comme on peut passer par des transitions insensibles d'une forme à l'autre, il y a en réalité une infinité de voyelles possibles; mais on peut cependant admettre certaines voyelles primitives que l'oreille distingue facilement et qui se retrouvent à peu près dans toutes les langues ; puis, entre ces voyelles primitives, viennent se placer des sons intermédiaires plus ou moins nombreux et qu'on pourrait multiplier indéiinimenl si on voulait relever toutes les variétés phonétiques de dialecte, de langue et d'individu.

Les voyelles primitives sont au nombre de six, dont trois surtout, OU, A, I, peuvent être considérées comme fondamentales; ce sont : OU, 0, A, É, I, U. Toutes ces voyelles peuvent être considérées comme ayant pour point de départ notre E muet (comme dansje), qui n'est en somme que l'exagération du murmure respiratoire de l'expiration, quand l'air expiré, au lieu de passer par le nez, passe par la bouche entr'ouverte. La cavité buccale se trouve ainsi dans une sorte de position d'équilibre, d'état indifférent dont elle peut sortir pour prendre alors la forme correspondante à chacune des six voyelles primitives. La figure suivante

représenterait alors les rapports de cet E avec les six voyelles et des six voyelles entre elles.

On voit que toutes les voyelles intermédiaires peuvent se placer dans les espaces situés entre deux voyelles voisines.

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT

Les figures suivantes donnent la forme de la cavité buccale dans l'émission des trois voyelles principales OU, A et I (fig. 336, 337 et 338) : Dans l'OU, la cavité buccale a la forme d'une sorte de fiole arrondie sans col ou

Fig. 337.

Fig. 338.

à col très court, et l'orifice buccal est assez étroit (fig. 336); aussi rOU donne-t-il le son le plus bas de toutes les voyelles.

Dans ri (fig. 337), la langue est élevée et presque accolée au palais, dont elle n'est séparée que par un isthme étroit; il en résulte que la cavité buccale a la forme d'une fiole à col allongé et à ventre très court; aussi celle voyelle a-t-elle le son le plus élevé et, d'après Helmholtz, elle aurait deux sons, l'un pour la panse et l'autre pour le col.

L'A (fig. 338) est intermédiaire entre l'OU etl'I; les lèvres sont plus ou moins écartées et la bouche figure un entonnoir ouvert en avant. Pour beaucoup de physiologistes, l'A serait la voyelle primitive, la voyelle par excellence, celle qui peut être prise pour point de départ de toutes les autres.

Les autres voyelles, 0, É, U, répondent à des formes de la cavité buccale intermédiaires entre les formes précédentes, et il sera facile de les retrouver sans qu'il soit besoin d'en donner ici une analyse plus détaillée.

Dans toutes ces voyelles, le voile du palais empêche la communication des fosses nasales avec le pharynx. Si on verse de l'eau dans les fosses nasales pendant qu'on prononce les voyelles, il ne passe pas une goutte d'eau dans l'OU, l'O etl'I; il en passe un peu dans l'É el surtout dans l'A, ce qui prouve que dans ces voyelles l'occlusion n'est pas hermétique. On arrive au même résultat par un des procédés indiqués p. 310.

On peut cependant prononcer les voyelles, à l'exception de l'I et de l'OU, en tenant ouverte la communication des fosses nasales et du pharynx ; ces voyelles acquièrent alors un timbre particulier qui leur a fait donner le nom de voyelles nasales: ON, AN, LN, UN. Celte résonnance nasale est encore plus prononcée quand on ferme ou qu'on rétrécit l'orifice des narines; or, même dans ces conditions, la nasalisation de l'I et de l'OU est à peu près impossible, ce qui s'explique par l'occlusion hermétique des fosses nasales nécessaire pour prononcer ces deux voyelles. La figure 339 représente les diagrammes des voyelles nasales d'après le procédé de Guébhard. On peut consulter aussi et comparer les figures 339 et 345.

Pendant l'émission des voyelles, le larynx monte peu à peu depuis OU, en pas-

sant par A, E, l, ce qui concorde avec TaugmenlaLion de hauteur du son qui existe dans la série de ces voyelles.

Les diphthonyues se produisent lorsque, pendant l'émission d'un son, la cavité

Fig. 339. — Diagrammes des voyelles nasales.

buccale passe rapidement de la position prise pour une voyelle à la position d'une autre voyelle. Dans les diphlhongues vraies les sons des deux voyelles ne doivent pas à l'oreille se séparer l'un de l'autre, et la diphlhongue doit toujours débuter par la voyelle qui exige la plus grande ouverture buccale.

Itibliographie. — S. -P. Thoihpsox : Leclure expei'. in acoustics (Philos. Magaz., t. IX, 1880). — A. Graham Bell : Vowel théories (Amer. Journ. of otology, 1879). — R. KœNiG : Quelques expériences d'acoustique, 1882, — J. Lefort : Et. expér. sur la production des voyelles dans la parole chuchotée {C. rendus, t. XCVI, 1883). — J. Lahr : Die Grassmann'sc/ie Vocaltheorie, etc. Diss. lena, 1885 (1).

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