Mouvements du cœur
J'étudierai successivement les mouvements des oreillettes et ceux des ventricules.
Oreillettes. — 1° Systole auriculaire. — La systole auriculaire est prompte et brève; la contraction part des embouchures veineuses et se propage rapidement vers les orifices auricuîo-ventriculaires ; ainsi pour l'oreillette droite on constate souvent, immédiatement avant la systole auriculaire, des contractions rythmiques des veines caves; la contraction des auricules paraît terminer la systole auriculaire. Le sang de l'oreillelle se trouve ainsi soumis à une certaine pression et n'a que deux voies ouvertes, les veines ou le ventricule ; il suivra nécessairement celle des deux oii la pression est la plus faible, c'est-à-dire le ventricule; en efîet, le ventricule est à l'état de relâchement absolu et, grâce à la faible élasticité de ses parois, n'oppose aucun obstacle à l'abord du sang; cet abord est même favorisé, comme on l'a vu, par la pression négative due à l'élasticité pulmonaire. Du côté des veines^ au contraire, la pression, quoique faible, est cependant sensible, d'autant plus qu'elle se trouve encore augmentée par la contraction des embouchures veineuses au début de la systole. Il ne peut donc y avoir à l'état normal de reflux dans les veines, quoique ces veines soient dépourvues de valvules ; il est même probable que l'oreillette continue à recevoir du sang même pendant la systole, car elle ne se vide jamais complètement.
2° Diastole auriculaire. — A ce moment commencent en même temps la diastole auriculaire et la s^'stole ventriculaire. Dès que l'oreillette est relâchée, le sang y afflue (en plus grande quantité) des veines qui s'y abouchent, sous l'influence^ de la pression qui existe dans ces veines et de la pression négative des parois de l'oreillette qui se laissent distendre passivement sans opposer de résistance. Mais la distension de l'oreillette, arrivée à son maximum, empêcherait bientôt l'afflux sanguin de continuer s'il n'in-
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tervenait une disposition spéciale sur laquelle Kuss a insisté avec raison ; a mesure que le ventricule achève sa contraction, la valvule auriculo-ventri culaire forme une sorte de cône (fig. 378 et 370) qui prolonge l'oreiUclle
Fig. 378. — Schéma de l'appareil auriculo- V\\i. — Scfiéina de l'appareil anriculovenlriculaire pendant la conlraclion du ventriciilaire pendant le repos du ventriventricule (Kilss) (*). cule (Kuss) (*').
dans le ventricule et agrandit d'autant sa capacité, espace qui, au moment de la diastole ventriculaire, communique avec la cavité du ventricule à travers les intervalles des muscles papillaires et permet encore à l'oreillette de recevoir de nouvelles quantités de sang (ûg. 379).
En résumé, l'oreillette a pour fonction principale de maintenir une moyenne à peu près constante de pressitm dans les veines, en diminuant, par son extensibilité, la pression qui tendrait à augmenter au moment de la systole ventriculaire, en l'augmentant par sa contraction au moment où elle tendrait à diminuera la fin de la diastole ventriculaire.
Ventricules. — 1° Diastole ventriculaire. — Dès que le ventricule a cessé de se contracter, le sang, qui afflue de l'oreillette dans le cône auriculoventriculaire, pénètre dans le ventricule qu'il dilate jusqu'à ce que la pression soit égale dans le ventricule et dans l'oreillette.
Quelques auteurs ont admis une diastole active du ventricule. Wedemeyer et Gunlher avaient cru voir la diastole du cœur amener une aspiration sur un siphon plongé dans un liquide. GoHz et Gaule ont constaté à l'aide de leur manomètre à minima (voir : Pression sanguine) une pression négative de — 52 millimètres de mercure dans le ventricule gauche, de — il dans le ventricule droit immédiatement après la systole ventriculaire. Marey avait déjà constaté sur ses tracés une baisse de pression à la fin de la systole (vacuité post-systolique). Celte pression négative pendant la systole a été aussi conslatée par Moens et correspondrait à l'instant où le ventricule vient de se vider. En tout cas, d'après ces deux auteurs, elle ne correspond pas à la diastole. De Jager, au contraire, confirme les expériences de Goltz et Gaule et admet l'existence de cette pression négative dans la diastole. Le cœur dans ce cas agirait comme une pompe aspirante et foulante. Smolensky aurait constaté aussi chez une femme atteinte de fissure du sternum (Calharina Scrafin^i une diastole active du cœur. Contre l'aspiration du cœur Donaldson et Howell font
(•) I, pendant la premiéi-e moitié de la systole ventriculaire. — 2, à la fin de cette systole. — AV, cômvalvulaire. — (). oreillette. — V, ventricule. — A, aorte ou artère pulmonaire.
(*•) V, veine. - 0, oreillette. - V, ventricule. A, artère. - 1, c6ne valvulaire. - 2, infundibuluiu artériel.
Be.\u.ms . — Physiologie, 3e édition.
valoir que dans les expériences faites avec le procédé de Martin (voir plus haut), dès que la pression veineuse tombe à zéro, le cœur cesse de fonctionner.
2» Si/sfole ventriculaîre . — La systole ventriciilaire se produit dès que la distension du ventricule atteint un certain degré et elle succède immédiatement à la systole auriculaire (1). La contraction du ventricule est rapide et totale, moins rapide cependant que celle de l'oreillette ; tout le ventricule se contracte à la fois; cependant, d'après Klug, il y aurait un léger retard de la base sur la pointe. En même temps les muscles papillaires se contractent énergiquement et tendent fortement les valvules auriculo-ventriculaires dont les bords s'accolent de façon à empêcher le reflux du sang dans l'oreillette; l'occlusion des valvules est subite et hermétique; si on met à nu par l'oreillette la face supérieure des valvules et qu'on injecte de l'eau dans les ventricules par l'aorte ou l'artère pulmonaire, pas une goutte d'eau ne passe dans l'oreillette, même quand on exerce une compression sur le cœur (Expérience de Lower).
Le sang contenu dans le ventricule se trouve donc à ce moment pressé entre le cône musculaire des parois du ventricule et le cône valvulaire énergiquement maintenu parles muscles papillaires; il n'a qu'une voie d'échappement, l'aorte pour le ventricule gauche, l'artère pulmonaire pour le droit. Soit pour le moment l'aorte; la pression du sang dans l'aorte est assez considérable, comme on le verra plus loin ; il faut donc que la contraction ventriculaire communique au sang contenu dans le ventricule une pression supérieure à celle du sang aortique ; il faut pour cela une plus grande énergie musculaire, autrement dit une plus grande quantité de fibres musculaires ; de là l'épaisseur des parois du ventricule gauche comparées à celles des oreillettes : le sang, ainsi comprimé par le ventricule, refoule les valvules sigmoïdes et pénètre dans l'aorte qu'il dilate.
Le ventricule se vide complètement à chaque systole en lançant environ 180 grammes de sang dans l'aorte. Cependant, d'après Chauveau et Faivre, il resterait toujours un peu de sang au-dessous des valvules auriculo-ventriculaires qui, d'après ces auteurs, formeraient un dôme du côté de l'oreillette sous l'influence de la poussée sanguine au moment de la contraction ventriculaire, et on pourrait, sur des chevaux tués par la section du bulbe et chez lesquels on pratique la respiration artificielle, sentir ce dôme avec le doigt introduit dans l'oreillette. L'existence de ce dôme est cependant encore douteuse et a été très controversée. Sandborg et Worm Millier admettent, d'après leurs recherches sur des cœurs en état de rigidité cadavérique, que les ventricules ne se vident jamais complètement.
Les mêmes phénomènes se passent dans le ventricule droit ; seulement la pression dans l'artère pulmonaire étant beaucoup plus faible que dans l'aorte, le ventricule droit a besoin de moins d'énergie musculaire ; aussi ses parois sont-elles beaucoup moins épaisses et ses piliers musculaires moins puissants que pour le ventricule gauche.
Le mécanisme de Voçclusion des valvules auriculo-ventriculaires et le rôle des piliers ont donné lieu à de nombreuses discussions qui ne sont pas encore lermi-
(I) D'aprï's Ziemsseu et Gregorianz, la contraction des ventricules débuterait avant la fiu de la contraction des oreillettes (observations faites sur Catharina Sérafin).
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nées. Pour les uns, l'occlusion est purement passive et produite par la pression du sang refoulé par la contraction ventriculaire (Lower, Haller. Magendie et un grand nombre de physiologistes). C'est à cette opinion que se rattachent Sandborg et Worm Millier qui n'attribuent aux muscles papillaires que le rôle de régler la situation et par suite le degré d'occlusion des valvules ; ce seraient de véritables muscles d'accommodation. Un fait certain, c'est que dans la rigidité cadavérique du cœur, les oriftces auriculo-ventriculaires sont ouverts. Pour les autres, et celte opinion a été défendue surtout par Marc Sée, les muscles papillaires jouent un rôle actif dans Tocclusion valviUaire. Paladino a insisté sur ce fait, déjà décrit par d'autres auteurs, que les parois de ces valvules contiennent des fibres musculaires provenant des oreillettes et des ventricules. Pour lui ces valvules sont contractiles et leur contraction se ferait de la façon suivante. A la lin de la systole auriculaire, ces valvules se soulèvent par la contraction de leurs fibres auriculaires; ainsi soulevées, elles plongent dans le sang et permettent à la pression ventriculaire de les fermer complètement; enfin au moment de la systole du ventricule, leurs fibres venlriculaires se contractent à leur tour et achèvent l'occlusion hermétique de l'orifice valvidaire.
Au moment de la systole ventriculaire, la forme du cœur change; au lieu de représenter un cône oblique à base elliptique, il représente un cône droit à base circulaire; les diamètres longitudinal et transversal de la partie ventriculaire diminuent tandis que le diamètre antéro-postérieur augmente. En même temps, les ventricules subissent un mouvement de rotation autour de leur axe longitudinal, mouvement de rotation qui se fait de gauche à droite et découvre le ventricule gauche. En outre, on observe, au moins sur les cœurs mis à nu, un redressement de la pointe du cœur ou une projection en avant de cette pointe qui, sur le vivant et dans l'état d'intégrité, se transforme probablement en un mouvement de glissement contre les parois thoraciques. Quant à la descente du cœur et au déplacement ([u'il subirait au moment de la systole en se portant à. gauche et en bas, ils ne paraissent pas devoir être admis (1),
La pénétration du sang dans l'aorte (et dans l'artère pulmonaire) ne commence à se faire qu'un peu après le début de la systole du ventricule, quand la pression inlra-venlriculaire a acquis une intensité suffisante pour soulever les valvules semilunaires.
Pour le mode d'occlusion des valvules semi-lunaires, voir : Pouls.
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(1) Cette descente a été cependant observée par Wilckcns sur un homme atteint de plaie du thorax (suite d'empyème) ; il est vrai que dans ce cas les conditions normale-^ d'équilibre du cœur pouvaient être inodillées. Je ne ferai que mentionner l'opinion de Kilehne et Penzoldt qui admettent, d'après leurs recherches, que la pointe du cœur se porte en haut et à droite pendant la systole. Cette opinion a été combattue par Loesch
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