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Causes de la déperdition de chaleur

L'organisme produisant continuellement de nouvelles quantités de chaleur, sa température propre s'élèverait indéfiniment si une partie de cette chaleur ne disparaissait au fur et à mesure. Cette perte de chaleur se fait de plusieurs façons. La plus grande partie de la chaleur produite se perd par le rayonnement par la surface cutanée; une autre partie est employée à échauffer l'air inspiré et les aliments et les boissons que nous ingérons; enfin une dernière partie disparaît dans la vaporisation de l'eau exhalée par les surfaces pulmonaire et cutanée. Toutes ces quantités peuvent être calculées approximativement.

1" Échauffement de l'air inspiré. — Nous inspirons parjour environ 13 kilogrammes d'air à i2° en moyenne, et nous le renvoyons à la température de 31"; nous avons donc échauffé en 24 heures 13 kilogrammes d'air de 2.^° ; la capacité calorifique de l'air étant 0,26, la quantité de calories perdues par l'organisme sera del3X2i) X0,26 — S4 calories.

3" Êcliauffemcnt des aliments et des boissons. — Leur température est en moyenne de 12° ; celle des excréments et des urines est de 37°; c'est donc une quantité de \ 000 grammes environ de matières de capacité calorifique = 1 qui ont été échauffées de 23°; elles représentent une perte de l'^, 900X25 = 47 calories.

2° Êvaporation cutanée. — Cette évaporalion est, en moyenne, de 660 grammes. \ gramme d'eau, pour passer à l'état de vapeur, absorbe 0,o82 calories ; pour vaporiser 660 grammes d'eau, l'organisme perdra donc 364 unités de chaleur.

4° Èvaporation pulmonaire. — En l'évaluant à 330 grammes d'eau, son évaporalion représente une perte de 182 calories.

0° Rayon7iement par la peau. — La quantité de calories ainsi perdues est impossible à évaluer directement ; le seul moyen d'arriver indirectement à la connaître est de retrancher la somme des quantités précédentes (677) de la quantité totale de calories perdues par l'organisme = 2,500. On a ainsi 2 500 — 677:^1 823 calories.

Le tableau suivant résume les différentes causes de la déperdition de chaleur et leur valeur absolue (I) et relative (II); les chiffres expriment des calories :

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT

( Évaporation 31)4 | 21,7

u ^.o- ( Rayonnement m-) ^ 1^^^ ( 87,5

„ ( Evaporation 183 ( io,7

Poumons. 2GG , *^ ... ^ i i 3,5 j

/ Echaiitlement de 1 air inspire 8* '

Échauffement des iugesta ^1 ' -

I^ÔT 100,0

La seconde colonne (II), qui donne la valeur relative, montre comment se répartit une perle de 100 calories suivant les divers modes de déperdition de chaleur.

On voit par ces chiffres que près de 90 p. 100 delà chaleur produite sont éliminés par la peau ; les petits organismes perdent donc beaucoup plus de chaleur que les grands, leur surface cutanée étant plus étendue par rapport à la masse du corps, et doivent compenser celte déperdition par une production de chaleur plus intense. Aussi les petits animaux sont-ils en général plus vifs et plus actifs que les grands (i).

Les conditions qui influencent la déperdition de chaleur doivent être cherchées d'une part dans rorganisme, de l'autre dans le milieu extérieur, et pour l'homme principalement dans l'atmosphère.

Du côté de l'organisme, c'est la peau qui joue le rôle le plus important; son épiderme (mauvais conducteur) s'oppose plus ou moins, suivant son épaisseur, aux déperditions de calorique par conductibilité ; ses caractères de sécheresse ou d'humidité ont une influence encore plus grande : en eff"et, plus l'évaporation est active à sa surface, plus la perle de chaleur est considérable (2).

Enfln, il en est de môme de l'état de ses vaisseaux; quand ils sont dilatés et remplis de sang, la peau abandonne au miheu extérieur beaucoup plus de chaleur que quand ils sont rétrécis et parcourus par une faible quantité de sang (3).

L'air est mauvais conducteur de la chaleur, mais sa température et son humidité influencent directement la déperdition de calorique en favorisant ou en contrariant le rayonnement et l'évaporation. Le mouvement et l'agitation de l'air ont surtout, à ce point de vue, une très grande importance. Quand les couches d'air qui entourent immédiatement l'organisme se renouvellent continuellement, la peau perd à chaque instant du calorique par le rayonnement et par l'évaporation (en admettant, ce qui a lieu d'habitude, que la température de l'air soit inférieure à celle de l'organisme), tandis que si on maintient une couche d'air autour du corps, comme on le fait par les vêtements, le refroidissement est beaucoup plus lent ; les vêtements agissent alors comme les doubles fenêtres d'un appartement. L'eau (très bon conducteur) soustrait au contraire quand elle est à une température inférieure à celle de la peau une véritable quantité de chaleur. Aussi des températures de 18 à 20", qui paraissent chaudes dans l'air, paraissent froides dans un bain.

(1) D'Arsonval a donné le nom de coefficient de pariar/e thermique au rapport de la ctiaieur perdue par la peau et de la chaleur perdue par les poninons.

(2) On peut ranger ainsi, par ordre de conductibilité, les tissus animaux, en allant du plus au moins (Landois) : os, caillot sanguin, rate, foie, cartilages, tendons, muscles, tissu élastique, ongles et cheveux, peau privée de sang, muqueuse stomacale. Le sang conduit très bien, la peau dépourvue de sang très mal. Les tissus fibreux conduisent mieux dans la direction de leurs fibres (Greiss).

(3) Chez les espèces qui ne suent pas, comme le chien, c'est surtout par l'évaporation pulmonaire que se fait la déperdition de chaleur; quand une cause quelconque tend à augmenter la température centrale, la respiration s'accélère {pohjpnée thermique). Si on empêche cette respiration accélérée (obstacles à la respiration, muselière, chloral, etc.), la température monte (Ch. Richet^.

Ordinairement le côté droit perd plus de chaleur que le côté gauche (Kusnezow).

Bililio^SfrapIiie. — S. Lombard : E.rp. researches on the propagation of beat by conduclioninbone, etc. (Proc. Roy. Soc, t. XXXIII, 1881 et t. XXXIV, 1883). — Cii. Kusnezow : Unt. ûbcr dm Wiirmeverlusl durch die Haut, etc. (Mcd. Bote, 1883). — A. Masje : Ufit. liber die WCirmeslrahlung des memddiclien Korpers (A. de Virchow, t. CVil, 1887)

2. — Équilibre entre la production et la déperdition de la chaleur.

Régulation de la température. — Le maintien d'une température constante est une des conditions de l'activité vitale chez les animaux à sang chaud; c'est elle qui leur permet de conserver toute leur énergie fonctionnelle, quelle que soit la température du milieu ambiant, ou du moins tant que celte température ne dépasse pas, en plus ou en moins, certaines limites, et cette constance parait surtout favorable aux manifestations de l'activité nerveuse.

Pour que cet équilibre de température s'établisse, il faut de toute nécessité que l'organisme perde, en une minute par exemple, autant de chaleur qu'il en produit. Ainsi, si le corps humain produit 1,87 calorie par minute, il doit en perdre 1,87 pour que sa température moyenne reste constante; s'il en produit 2, l'équilibre s'établira encore si la perte est aussi de 2 calories par minute; seulement, dans ce cas, la température moyenne augmentera.

Deux conditions agissent donc sur cet équilibre de température, les variations dans la production de chaleur, les variations dans la déperdition.

Les variations dans la production de chaleur tiennent au plus ou moins d'activité des différents foyers de chaleur de l'organisme et en particulier des muscles, c'est-à-dire à l'intensité des phénomènes chimiques qui se passent dans les organes; les variations dans la déperdition dépendent soit de l'organisme, soit du milieu extérieur, et le système nerveux est le lien qui les rattache les unes aux autres et établit entre elles la relation nécessaire; c'est lui qui est, comme on le verra plus loin, le véritable régulateur de la chaleur animale, comme le sang en est le distributeur.

Quelles sont maintenant les causes qui peuvent augmenter ou diminuer la température moyenne du corps?

1° La température moyenne augmentera dans les cas suivants :

a) Par augmentation de la production dé chaleur, la déperdition ne changeant pas;

b) Par diminution de la déperdition, la production de chaleur ne variant pas; Cj Par augmentation de la production et diminution de la déperdition;

d) Par augmentation de la production de chaleur et augmentation insuffisante de la déperdition ;

e) Par diminution de la déperdition et diminution de la production de chaleur, si la première l'emporte sur la seconde.

2° La température moyenne diminuera dans les cas contraires.

On voit donc qu'une augmentation de production de chaleur peut coïncider :

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. ^'

a) Avec une augmentation de la température moyenne, si la déperdition de chaleur ne varie pas ;

b) Avec le maintien de la température moyenne, si la déperdilion augmente ;

c) Avec un abaissement de la température moyenne, si la déperdition est 1res considérable.

De même une augmentation de la déperdition de chaleur peut coïncider : a) Avec une diminution de la température moyenne, si la production de chaleur n'augmente pas ;

6) Avec le maintien de la température moyenne, si la production de chaleur augmente ;

c) Avec une augmentation de la température moyenne, si la production de chaleur est plus considérable.

Quelques exemples feront comprendre comment se fait l'équilibration de la température. Si la température augmente, l'activité du cœur s'accroît et fait passer plus de sang par les capillaires et surtout par les capillaiies de la peau, dont les arlérioles se dilatent; il en résulte une déperdition plus grande de la chaleur par la peau dont la conductibilité est augmentée, en outre, la sueur est sécrétée en abondance et son évaporation amène aussi une perte de calorique; en même temps, les respirations ont plus d'ampleur et le sang qui traverse les capillaires des vésicules se refroidit dans les poumons; enfin la sensation de chaleur que nous éprouvons nous porle à augmenter encore la déperdition de chaleur par des vêtements légers, bons conducteurs, par des bains, etc. Quand la température baisse, les phénomènes inverses se produisent; les arlérioles cutanées se rétrécissent et ne laissent passer par la peau, surface réfrigérante par excellence de l'organisme, que le minimum de sang indispensable à son fonctionnement ; le sang reste dans les parties plus profondément situées et peu accessibles au refroidissement; nous diminuons encore la déperdition de la chaleur par des vêtements mauvais conducteurs, par réchauffement artificiel de l'air qui nous entoure; enfin, nous augmentons la production de chaleur par l'exercice musculaire et par une alimentation abondante riche en hydrocarbonés et en corps gras (1).

On peut donc, avec L. Frédéricq, distinguer dans la régulation de chaleur une régulation consciente volontaire (vêtements, chauffage, etc.) et une régulation inconsciente, automatique. Dans celte dernière, d'après le même auteur, la lutte contre le froid ne se ferait pas par un mécanisme parallèle à la lutte contre la chaleur. 1° Dans la lutte contre le froid, l'organisme augmente la production de chaleur et diminue la déperdition. V augmentation de la production de chaleur a lieu par l'auginentalion des oxydations respiratoires (animaux à sang chaud) et cette suractivité respiratoire est déterminée elle-même par le système nerveux et par l'action du froid extérieur sur les nerfs sensitil's de la peau. La diminution de la déperdition de chaleur a lieu aussi par suite de l'excitation des nerfs cutanés (jui détermine, en irritant les centres vaso-moteurs, un rétrécissement réflexe des vaisseaux de la peau et peut-être encore par une action locale du froid sur la contraction des muscles lisses des vaisseaux. 2" Dans la lutte contre la chaleur au contraire, la production de chaleur, au lieu de baisser, augmente plutôt; c'est la déperdition seule qui intervient. Celte déperdition se produit par la sécrétion de la sueur, par la dilatation des vaisseaux cutanés et par l'augmentation d'énergie de la ventilation

(1) D'après Liebermcistcr ot Iloppc, uuc soustraction subite do chaleur (comme par une douche froide par exemple) amènerait une auguionlation de température. Si on mouille le pelage d'un chien, on remarque une augmentation de température pendant tout le temps de l'évaporation ; si on empêche l'évaporation par une enveloppe de caoutchouc, il n'y a pas d'augmentation de température.

pulmonaire. Les centres sudoraux, vaso-dilataleiirs et respiratoires sont excités à la fois directement par l'accroissement de la température interne et indirectement et par action réflexe par l'irritation des nerfs périphériques.

Oiblloffrsiphie. — L. Frkdkiucq : Sur la régulation de la température chez les animaux à sanrj cliaud (Arch. de biol., t. III, 1883). — Cii. Richet : Rér/ulatlon de la cfiuleur par la respiration (Soc. de biol., 1884). — Tii. Rumi-f : Unt. Ut), die Wurmeregxdalion in der Na7-kose und im Schlaf (A. de Pfl., t. XXXIII, 1884). — Cii. Richet : Régulation de la température chez le chien (Soc. de hiol., 1887) (1).

§ o. — Influence de l'innervation.

Le système nerveux et spécialement le système nerveux vaso-moteur est le véritable régulateur de la chaleur animale. Seulement son mode d'action présente encore beaucoup d'obscurités.

L'influence des ner/îs vaso-moteurs sur la chaleur animale est démontrée par un grand nombre d'expériences dont la plus célèbre et la première en date est la section du grand sympathique au cou (Cl. Bernard). Après cette opération, on observe, en même temps qu'une dilatation vasculaire, une augmentation de température du côté de la section. La section du fdet sympathique de la glande sous-maxillaire, celle des nerfs des membres (qui contiennent des fdets vaso-moteurs), produisent le même résultat (parfois après un refroidissement temporaire dû à l'excitation produite par la section). L'excitation des nerfs vaso-moteurs, au contraire, est suivie d'un refroidissement de la partie innervée par ces fdets. Celte influence des vasomoteurs est double. D'une part, ils agissent sur la production de chaleur ; ainsi une partie dont les capillaires sont dilatés reçoit plus de sang et les combustions y sont plus actives, d'où production plus grande de chaleur; d'autre part ils agissent sur la déperdition de chaleur : ainsi quand les vaisseaux de la peau sont dilatés, les pertes de chaleur augmentent soit par rayonnement, soit par l'évaporation sudorale.

L'excitation des iwrfs scnsitifs amène en général un abaissement de température (Mantegazza, Heidenhain). Tantôt cet abaissement ne se fait sentir que localement (nerf auriculaire, nerf sciatique), et s'explique par un rétrécissement réflexe (les vaisseaux; tantôt l'abaissement porte sur la température générale de l'organisme (comme dans la douleur) et est plus difficile à interpréter. D'après Wood, l'abaissement de température observé par Mantegazza n'est pas accompagné de variations dans la pression sanguine et disparaît quand on sépare la protubérance (lu bulbe. Edgren a étudié l'influence des nerfs sur la température sous-cutanée (lapin; extrémités postérieures). Il a vu se produire une baisse plus ou moins rapide de température par les excitations sensitives (bruit, contact léger, douleur, excitation du bout central du nerf dorsal de la patte opposée). Ces efîels sont très probablement des effets vaso-moteurs réflexes.

La section de la moelle est suivie d'un abaissement de température qui augmente graduellement jusqu'à la mort, abaissement d'autant plusrapide et remontant d'autant plus haut que la moelle a été coupée plus haut (Cl. Bernard, Schiff, Brodie). Ainsi après la section dans la région dorsale l'abaissement n'a lieu que dans les

(1) A consulter : Licbcrnieister : Die Regulirung der Wurmebildung, etc. (Dent, klinik, 1839). — Ackermann : Die Wârmeregulation, etc. (Deut. Arch. fur klin. Med., 18G6). — Liebcrmcister : Zur Lehre von der Wiirmereguiirung (Arch. fiir pat. Anat., t. LU, 1871) — Scnator : Krit. ûber die Lehre von der Wdrmeregidirung (id., t. LU, 1871). — l{oehrig et Zuntz : Zur Théorie der Wiirmeregulation (Arch. de Pfluger, 1871). — Rosenthal : Zur Kenniniss der Wurmeregulirung , 1872). — Riegel : Zur Lehre von der Wiirmeregulation (Arch. de Virchow, t. LIX, 1873 et t. LXI, 1874).

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT

exlrémilés inférieures et le rectum. Il est probable que cet abaissement est dû à la section des lîlels vaso-moteurs contenus dans la moelle, à la dilatation consécutive des vaisseaux cutanés et à la déperdition de calorique qui en résulte, car si on empêche cette déperdition en plaçant l'animal dans une enceinte chauffée, il y a au contraire augmentation de température (Billrolh, Weber). Cependant, d'après quelques auteurs (Parinaud, Wood) il y aurait en même temps diminution des combustions dans les parties paralysées et par conséquent diminution dans la production de chaleur. La paralysie musculaire contribue aussi à l'abaissement de température. Au contraire la section entre la protubérance et le bulbe augmente la température de l'animal; d'après Wood, il y aurait dans ce cas augmentation des deux processus, de production et de déperdition de chaleur, mais du premier beaucoup plus que du second.

Les lésions du cerveau influencent aussi la température générale. D'après Charles Ricbet, Frédéricq, Aronsohn et Sachs, l'excitation des parties antérieures des hémisphères produit l'hyperlhermie et élève la température; seulement cet effet se produirait, d'après llicliet, après les lésions et les excitations superficielles de l'écorce cérébrale, tandis qu'Aronsohn et Sachs le font dépendre des parties profondes et spécialement de la partie interne du corps strié (milieu des corps striés, Ott) (1) et de la base du cerveau, et Hokaï admet même cet abaissement de température par l'excitation de l'écorce cérébrale (surtout il est vrai dans les régions postérieures).

On voit, par ces données expérimentales, que le système nerveux agit surtout par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, sur la répartition et sur la déperdition de chaleur. Agit-il directement sur la production de chaleur? Cl. Bernard croit à un effet calorifique distinct de la circulation; pour lui le grand sympathique est à la fois un nerf vaso-moteur, constricteur des vaisseaux et un nerf frigorifique, et ces deux actions seraient indépendantes l'une de l'autre; si on sectionne le sympathique au cou, après avoir lié les veines de l'oreille pour interrompre la circulation, l'augmentation de température ne s'en montre pas moins. Les nerfs vaso-dilatateurs, comme la corde du tympan, auraient une action opposée à celle des nerfs constricteurs et seraient des nerfs calorifiques; en un mot, suivant l'expression de Cl. Bernard, l'organisme vivant pourrait faire sur place du chaud ou du froid à l'aide de son système nerveux. Lesidées de Cl. Bernard ne sont pas adoptées par la plupart des physiologistes. Cependant Mosso admet encore l'existence de nerfs et de centres calorifiques spécifiques en se basant sur ses expériences sur des animaux curarisés auxquels il fait une injection sous-cutanéede strychine et chez lesquels il observe à la suite une augmentation de la température rectale. Chouppe et Pinet ont réfuté l'opinion de Mosso.

Y a-t-il maintenant dans la moelle ou dans l'encéphale, en dehors des centres vaso-moteurs proprement dits, des centres spéciaux régulateurs ou d'arrêt chargés de maintenir l'équilibre entre la production et la déperdition de chaleur ? La question est actuellement à peu près insoluble. Quelques auteurs (Tscheschichin, Naunyn, Quincke, Schreiber, Wood) ont bien admis dans la protubérance ou dans l'écorce cérébrale (Bokaï) des centres d'arrêt d'où partiraient des fibres modératrices ralentissant ou enrayant les processus thermiques, mais les expériences sont en- . core trop incomplètes pour qu'on puisse en tirer des conclusions précises et Heiden-

(f) Sawadowski, d'après ses expériences sur l'antipyrinc, admet dans le corps strié rexistcncc de deux centres thermiques, l'un, vaso-moteur pour les vaisseaux de la peau l'autre trophique, situés, le premier, à la partie antérieure, le second à la partie postérieure du ganglion.

hain, Riegel et plusieurs autres physiologistes sont arrivés à des résultats contraires.

D'après Bokaï, après Tahlation des hémisphères jusqu'au corps calleux, la température reclale monte jusqu'à 41 (lapin) ainsi qu'après la destruction de l'écorce. \j. P'rédéricq, GorinetV. Beneden ont au contiaire constaté, chez les pigeons il est vrai, que la régulation de la température se faisait de la même façon chez les pigeons privés d'hémisphères et chez les pigeons normaux (1).

En résumé, c'est par l'intermédiaire des vaso-moleurs que le système nerveux agit sur la régulation de la chaleur animale quand l'organisme est soumis aux variations de la température extérieure (chaleur ou froid) et cette intervention des vaso-moleurs se produit par action réllexe (L. Frédéricq).

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— E. .\ho.nsoiin et J. Sachs : Die Beziehungen des Gehirns zur Korperwarme, etc. (A. de Pfl., t. XXXVII, 1885'). — Ch. Richet : Die Beziehungen des Gehirns zur Kdrperwa'rme, etc. (id.). — J. Ott : Ein Wiirmecentrum im Cerebrurn (CbL, 18851. — E. .Ahonsohn et j. Sachs : Zur Geschichtc des sog. Wurmecentrums im Grosshirn (Cbl., 1885). — L. Frédéricq : Nervensystem und Warmeproduction (A. de Pfl., t. XXXVIII, 1885). — Racdnitz : Ueber dus thermische Centrum der Grosshimrinde (.Arch. f. Physiol., 1885). — Eui.enburg : Ueber das Wurmecentrum im Grosshirn (id.). — Christian! : Id. (id.). — L. Frédéricq : Nervensystem und Warmeproduction (A. de Pfl., t. XXXVIII, 188G). — P. Grùtz.ner : Uni. ûb. Regulirung der Kôrperwârme, etc. (D. med. Wochensch., 1885). — A. .Mosso : Einfluss des Nerveyisystems auf die thierische Te7nperatur {Phy s. Inst. Turin, 188G). — Id. : Infl. del sistema nervoso sulla temperatura animale (Arch. per le se. med., t. X, 188G).

— Ch. Richet : De l'hyper thermie consécutive aux lésions du cerveau (Soc. de biol., 1886). — G. CoRiN et van Benede.n : Rech. sur la régulation de la température chez les pigeons privés d'hémisphères cérébraux (Trav. du labor. de Frédéricq, 1885-188()). — Cnoci'PE et PiNET : Rech. cxp. sur l'élut de la tempér. pendant l'intoxication strychnique (Soc. de biol., 18871. — J. Ott : The heat-cenlre in the bra'in (Journ. of nerv. and ment. Diseases, 1887). — Ch. Richet : Nouv. /onction du bulbe rachidien ; régulation de la température par la respiration (.Arch. de physiol., 1888). — J. Sawadowski : Zur Frage liber die Localisation der wurmeregulirenden Centren im Gehirn (Cbl., 1888) {'}).

§ 6. — Des variations dans la température du corps.

1° Variations suivant les divers états de l'organisme. — a) Age. — Les ditlerences de température dues à l'âge n'atteignent pas 1°; chez le fœtus encore dans le ventre de la mère, la température prise dans le rectum est de 37", 91, et supérieure à celle du vagin ; après la naissance, elle est de 37°, 81 ; elle baisse dans les

(1) Ou a observé des températures très basses dans certaines formes d'aliénation mentale.

{2) A consulter: Chos^-at: De Vin fluence du système nerveux siirla chaleur animale, 1820. — Cl. Bernard : Rech. sur le grand sympathique (Gaz. niéd., 1854). — Tscheschichiu : Zur Lehre von der thierische Wiirme (Arch. fur Anat., 1860). — Mantegazza : Influence de la douleur sur la chaleur animale (Gaz. hebd., 18GG). — Brown-Séquard et Lombard : Expér. sur L'influence de l'irritation des nerfs de la peau sur la température des membres (Arch. de physiologie, 18G8).

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT. 4b,i

premières heures et tombe à 37"; puis, dans les dix . jours suivants, elle remonte à 37°,2 — 37«,0; d'après les recherches de llené, en général (3 fois sur 4) la température rectale chez les nouveau-nés est inférieure à la température axillaire ; la différence peut dépasser un degré (I). La température reste au même niveau jusqu'à la puberté; puis, à partir de ce moment, elle s'abaisse de nouveau jusqu'à cinquante ans, où elle atteint son minimum, 30", 9, pour remonter de nouveau dans la vieillesse. — b) Sexe. — L'influence du sexe est à peine sensible; cependant la température parait un peu plus élevée chez la femme.

2° Variations fonctionnelles. — a) Alimentation. — On admet en général que la température s'élève après les repas; mais celle influence est peu marquée, quand l'organisme se trouve en état de santé, et l'augmentation ne dépasse guère 0°,6. Les recherches de V. Vintschgau et Dietl indiquent même un abaissement de température qu'ils ont constaté sur des chiens porteurs de fistules gastriques ainsi ({ue dans le reclum, observation confii niée par Bodsajewski sur un homme gasirotomisé. Ces faits concordent avec les expériences de R. Maly qui a constaté une absorption de chaleur dans la digestion artificielle des albuminoïdes et des hydrocarbonés et expliquent le léger frisson qu'on observe quelquefois au début «le la digestion. D'autre part, l'alimentation augmente la production de chaleur, comme l'a vu d'Arsonval dans ses expériences de calorimétrie. Pendant le jeûne, on observe deux maxima, l'un le matin, l'autre dans l'après-midi. L'abaissement de température dans l'inanition a déjà été indiqué précédemment. — b) Exercice musculaire. — D'après J. Davy, la température moyenne du corps monte un peu, de f" environ (sous la langue), pendant l'exercice musculaire, surtout dans les climats chauds. — c) Le travail intellectuel augmente aussi la température comme Gley l'a constaté pour la température rectale; mais il faut se mettre à l'abri du refroidissement causé par l'immobilité. Le sommeil a peu d'influence sur la température du corps. — d) La menstruation et la grossesse (sauf dans les deux derniers mois) n'augmentent pas la température ; seulement la température du vagin et de l'utérus est un peu plus élevée que celle de l'aisselle. — c) On observe fréquemment après la mort, avant que le refroidissement cadavérique ne s'établisse, une augmentation transitoire de température ; celte augmentation paraît tenir en partie à une diminution dans la déperdition de chaleur par suite de l'arrêt de la circulation, en partie à une augmentation dans la production de chaleur (coagulation de la myosine, coagulation du sang, continuation des processus chimiques).

3° Variations par causes extérieures. — o) Variations journalières. — Le maximum de température s'observe de 5 heures à 8 heures du soir; le minimum, dans la nuit, de 2 à 6 heures du matin. — 6) Temi>cralure . La température des milieux extérieurs (air, eau, bains, applications froides ou chaudes), celle des boissons ingérées, ont une influence assez marquée sur la température du corps, tant par leur action physique que par leur action sur le système nerveux; celte influence est par conséquent assez complexe, et pour s'en rendre compte il est né-

(1) Voici, (l'aprt's Eross, les chiffres de la temprralure rectale des nouveau-nés dans les huit premiers jours ; les deux premières colonnes dounent la température au moment de l'accouchement, I, et au bout d'une heure, Il (moyennes sur 100 enfants) :

1" jour.

1' jour.

3' j(vir.

i" jour.

r>' jour.

jour.

7" jour.

8« jour.

cessaire de l'analyser d'après les données indiquées plus haut. Mais cette question est plutôt du ressort de l'bygiène. — c) Climat. — En été, la température du corps est un peu plus élevée qu'en hiver (de 0°,l à 0°,2). J. Davy dans le passage d'un climat chaud ù un climat tempéré (différence de 11°, 11) a observé une diminution de température. Brown-Séquard a constaté des faits analogues. — d) Substances toxiques. — Les aneslhésiques, l'alcool, la digitale, le curare, la quinine, la morphine, l'aconitine, l'arsenic, etc., déterminent un abaissement de température, la strychnine, la nicotine, la picrotoxine,la vératrine, la laudanine, une augmentation.

4" Variations de la température périphérique. — La température superficielle de l'enfant est un peu plus basse que celle de l'adulte; elle est de 2o à 28", température à laquelle un adulte aurait une sensation de froid (Kûnkel). Le minimum de la température périphérique (main fermée; Rohmer) tombe entre 9 et 10 heures du matin, le maximum après le repas de midi; elle baisse ensuite de 1 heure à 3 et atteint son second minimum au bout de 2 cà 3 heures; puis elle re monte vite de 6 à 8 heures du soir et redescend lentement pendant la nuit Elle s'abaisse par l'élévation des bras, monte quand on abaisse la main.

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(1) A consulter : V. Barcnsprung : Uni. ûb. die Temperaturverhàllnisse im Fœtus und erwachsenen Menschen (Mùller"s Arch., 1851-1852). — Urowii-St'quard : Rech. sur l'influence des changements de climat sur la température animale (Journ. de la physiol., 1859). — Jilrgeuscn : Ueber den typischen Gang der Tagesivarme des gesunden Menschen (Deut. .Arch. fur kliu. Med., 1867).

(2) A consulter : Lavoisier et Laplacc : Mém. sur la chaleur (Mém. de l'Acad. des se, 1780). — Legallois : Sur la chaleur animale (OEuvres). — J. Davy : Obs. sur la température animale (Ann. de chim. et de phys., 1823, 1826, 18i5). — Dulong : Delà chaleur animale (Journ. deMagendie, 1823). — Becquerel et Breschet : Mém. sur la chaleur animale {A.nn. des se. uat., 1835). — Gavarret : De la chaleur produite par les êtres vivants, 1855. — Cl. Bernard : Leçons sur la chaleur animale, 1876. — D'Arsonval : Rech. sur ta chaleur animale (Tray. dulabor. de Marey, 1878-1879.

PHYSIOLOGIE DU MOUVEMENT

DEUXIÈME SECTION

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